Déclaration de M. François Huwart, secrétaire d'Etat au commerce extérieur, sur la présence économique française à l'étranger, sur l'aide à l'expatriation des compétences humaines, des capitaux et sur le rôle des postes d'expansion économique en réseau, au Sénat, le 10 mai 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de M. François Huwart, secrétaire d'Etat au commerce extérieur, sur la présence économique française à l'étranger, sur l'aide à l'expatriation des compétences humaines, des capitaux et sur le rôle des postes d'expansion économique en réseau, au Sénat, le 10 mai 2001.

Personnalité, fonction : HUWART François.

FRANCE. SE au commerce extérieur

Circonstances : Audition devant la mission commune d'information du Sénat à Paris, le 10 mai 2001

ti : Monsieur le président, Monsieur le rapporteur, Mesdames et Messieurs les sénateurs,

En vous saisissant de la question large de l'expatriation, vous avez souhaité éclairer le pays sur les difficultés, réelles ou supposées, qui peuvent en découler pour lui.

En effet, à l'heure où nous nous devons, en tant que responsables publics, d'expliquer à nos concitoyens qu'ils ne pourront plus jamais vivre en un vase clos au sein duquel tout irait pour le mieux puisque nous resterions entre nous, il convient, je crois, de s'interroger sur les avantages que nous pouvons tirer, au plan national, d'une forte présence française à l'étranger, et ce, qu'il s'agisse des hommes, des entreprises ou des capitaux.

La présence économique française à l'étranger
A/ Présence en capitaux et en entreprises

La mobilité internationale des biens, des capitaux et des hommes est un fait. L'évolution de nos sociétés, le progrès technique (commerce électronique, baisse des coûts du transport) et l'ouverture des économies favorisent un phénomène qui ne peut que s'accélérer.

Pour ne retenir que ce type de mouvements de capitaux, le montant des investissements directs à l'étranger dans le monde a atteint en 1999 des niveaux records (865 milliards de dollars, soit 27 % de plus qu'en 1998). Ils pourraient être une nouvelle fois dépassés en 2000 : une première estimation de la CNUCED évoque 1100 milliards de dollars. Cette évolution portée par les fusions et acquisitions est la manifestation de l'accélération de la recomposition internationale.

Les flux d'investissement direct étranger de la France vers l'étranger ont connu en 1999 une progression record. Ils enregistrent leur 4ème année de progression consécutive avec une augmentation de 148 % par rapport à 1998 : le montant des investissements français à l'étranger s'est établi à près de 665 milliards de Francs, plaçant ainsi la France au 3ème rang mondial, derrière le Royaume-Uni et les Etats-Unis.

L'expatriation d'un cadre français, l'investissement direct à l'étranger sont des phénomènes ambivalents. Certains diront qu'ils peuvent être une ressource perdue. En ce qui me concerne, je préfère dire que c'est un atout pour le rayonnement international de notre pays.

L'existence d'une importante colonie française à l'étranger est un atout. La présence commerciale de la France et la présence à l'étranger de nos expatriés sont très largement liées. Au niveau global, la relation est en moyenne quasiment de 1 pour 1 (0,81 exactement) : chaque expatrié correspond, à peu près, à un million de francs exportés (il y a par exemple 141 000 Français en Belgique, nos exportations sont de 132 milliards de francs. On dénombre au Soudan 500 Français pour un peu plus de 500 millions exportés).

Cela signifie bien sûr que les facteurs - proximité géographique, affinité culturelle et linguistique, richesse du pays- qui favorisent les exportations sont aussi largement ceux qui dictent l'expatriation .

Mais cela montre aussi que les deux phénomènes sont très largement imbriqués : les entreprises françaises, en s'implantant à l'étranger, drainent avec elles des expatriés qui eux-mêmes contribuent au développement de services pour la communauté française (écoles, restaurants, etc.). A l'inverse, la présence d'une communauté riche peut être un facteur de succès pour une entreprise désireuse de s'implanter ; celle-ci pourra plus facilement s'entourer de conseils sur les particularités du marché et recruter sur place des cadres français bien intégrés au tissu local.

B/ Présence humaine à l'étranger

Quelle est la situation de la présence française à l'étranger ?
La première approche est celle de la situation de la mobilité de nos concitoyens vers les pays étrangers.

Compte tenu de la population immatriculée dans les consulats et de l'estimation de la population non immatriculée, ce sont aujourd'hui 1 900 000 Français qui vivent à l'étranger. Il est important de noter que ce chiffre est en constante augmentation ( 9 % entre 1997 et 1999), mais ce sont encore moins de 3 % de nos compatriotes qui vivent à l'étranger dont 46 % bénéficient de la double nationalité et plus de la moitié résident en Europe Occidentale.

Plusieurs facteurs expliquent cette faible présence française humaine à l'étranger, qui d'une certaine manière, peut être considérée comme un handicap à notre rayonnement international.

On peut citer les entraves juridiques, notamment en matière de législation du travail et sociale, les questions fiscales, dont ma collègue Florence Parly vous parlera, et enfin, les différences culturelles et linguistiques. Il faut savoir que 55 % de nos compatriotes déclarent ne pas parler une seconde langue alors que chez nos voisins allemands ils ne sont que 30 % dans le même cas. Pour sa part le gouvernement français a pris conscience de cette difficulté puisque les ministres de l'éducation nationale qui se sont succédés depuis juin 1997 ont mis en place les mécanismes qui permettront rapidement l'enseignement d'une seconde langue et ce dès le plus jeune âge de scolarisation de nos enfants.

Je souhaite cependant préciser que lorsque j'effectue des déplacements à l'étranger, et cela m'arrive très souvent, je suis amené à rencontrer les communautés d'affaires françaises. Ce sont des femmes et des hommes extraordinaires qui portent les couleurs de notre pays avec passion et reflètent son dynamisme et sa diversité.

Jeunes et CIVI
Le nouveau dispositif des volontaires à l'international, qui prend le relais des coopérants du service national (CSN) permet aux jeunes filles et garçons de notre pays qui le souhaitent de connaître une première expérience professionnelle à l'étranger, ce qui constitue, je crois un atout pour eux dans la poursuite de leur carrière et permet à certains d'entre eux de se découvrir une vocation d'expatrié qu'il vaut mieux tenter d'accompagner plutôt que de la subir.

D'ailleurs, le gouvernement a su prendre toute la mesure de cet enjeu en lançant le 10 octobre dernier le CIVI. Ce sont 14 700 jeunes filles et garçons qui se sont portés candidats, dans une proportion de 65 % de filles. Cela signifie clairement qu'il existe une forte attente de notre jeunesse.

Le démarrage est plus progressif pour les entreprises, très intéressées par cette nouvelle formule, mais qui ont encore beaucoup recours aux CSN durant cette année charnière entre les deux dispositifs (sur les 207 offres de missions déposées, 150 entreprises ont demandé et reçu un agrément pour bénéficier du dispositif VIE).

C'est donc en leur direction qu'il convient de faire des efforts, pour les convaincre s'il en était besoin, mais surtout pour les accompagner dans leur démarche. Le réseau de la DREE, associé pour ce faire aux différents relais et réseaux d'entreprises françaises que sont les conseillers du commerce extérieur, les CCI, les associations de DRH, les unions de français à l'étranger compte bien impulser ce dispositif afin qu'il se substitue pleinement aux CSNE.

Réseau

Pour ma part, je constate à chacune de mes visites combien la présence française en réseau, à travers la présence des agents de la DREE dans plus de 160 postes d'expansion économiques dans le monde, est appréciée de nos concitoyens. Cette administration est pour moi un symbole de modernité de l'Etat. Les PEE ont su intégrer les nouvelles demandes des entreprises qui ne se limitent plus à " trouver un client pour un produit " et répondent aux questions plus larges qui sont celles de l'investissement, de la législation locale ou internationale et qui ont trait, plus largement à l'environnement juridique dans lequel elles se trouvent.

Les Postes sont donc polyvalents et disposent d'une vision prospective des réformes mises en oeuvre dans les Etats avec lesquels nous échangeons et ce dans tous les domaines.

Dans cet esprit nous avons mis en place un site internet commun à tous les pays concernés par l'élargissement de l'Union européenne (http://www.dree.org/elargissement). Il permet, avec d'autres outils, une forte réactivité aux crises qui peuvent apparaître, comme la fièvre aphteuse par exemple. Certains pays de l'Union ont souhaité à l'époque nous imposer des contraintes supérieures à ce que les recommandations et normes européennes souhaitaient. La démarche d'explication des postes d'expansion et la transparence des informations qu'ils ont dévoilées ont permis de convaincre les autorités locales que les garanties offertes par la France étaient crédibles.

En effet, à travers les PEE, c'est l'Etat qui s'engage et donne sa parole, d'où l'impérieuse nécessité d'être performant.

Ce réseau est aujourd'hui en pleine évolution, les marchés en pleine croissance des pays émergents constituent l'une de nos priorités et nous allons y augmenter le nombre de nos experts. Dans le cadre des négociations OMC, ce sont quinze correspondants multilatéraux qui jouent un rôle actif de recueil d'informations et de diffusion.

En conclusion, et avant de répondre à vos questions, je souhaite vous donner mon sentiment sur les conséquences réelles de la présence française à l'étranger. Celle-ci génère des échanges, nous l'avons vu. L'exemple allemand le montre bien, une forte présence à travers le monde de ressortissants germaniques ayant gardé des liens forts avec leur pays permet une forme de drainage des énergies.

Nous devons donc nous consacrer au maintien de ce lien fort entre nos compatriotes et la France. Les autorités consulaires y contribuent, mais aussi les postes d'expansion économiques par leurs contacts réguliers avec les actifs français, qu'ils travaillent dans des firmes françaises voire étrangères mais c'est plus rare. Enfin, le tout est, je crois, bien coordonné avec les chambres de commerce françaises à l'étranger et les conseillers du commerce extérieur, dirigés par l'un de mes prédécesseurs, Bruno Durieux dont je me suis félicité de la nomination.

C'est, je crois un atout de notre rayonnement et du développement de notre économie nationale qui doit, je vous le rappelle, faire face à la concurrence mondiale et dans ce cadre être appréhendée dans toutes ses dimensions.

(Source http://www.commerce-exterieur.gouv.fr, le 30 mai 2001)

Rechercher