Déclaration de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, sur l'enseignement des langues régionales, notamment le breton, Paris le 28 mai 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, sur l'enseignement des langues régionales, notamment le breton, Paris le 28 mai 2001.

Personnalité, fonction : LANG Jack.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

Circonstances : Signature d'un protocole d'accord entre le ministère de l'éducation nationale et les établissements Diwan, à Paris le 28 mai 2001

ti : Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

J'ai présenté le 25 avril 2001 de nouvelles orientations en faveur de l'enseignement des langues régionales. J'avais annoncé à cette occasion ma volonté forte de faire aboutir la négociation engagée avec l'association Diwan, en vue de l'intégration au service public des établissements qu'elle gère. Et bien nous y sommes.
Je connais depuis longtemps l'association Diwan et je me souviens avoir soutenu son action lorsque j'étais ministre de la Culture.
La signature de ce protocole d'accord représente un acte historique pour la langue et la culture bretonne. C'est un moment important pour la République.
Depuis plus de deux siècles, les pouvoirs politiques ont combattu les langues régionales. Certes, la République a accompli une ¿uvre considérable : la maîtrise de la langue française par le peuple, le recul des obscurantismes et de l'ignorance. Fallait-il pour cela nier les réalités culturelles et linguistiques de nos régions, au prix de la disparition de certaines d'entre elles?

Je suis, vous le savez, un militant de toujours des langues et cultures régionales. Une langue quel que soit son nombre de locuteurs est un trésor humain et sa disparition ampute le patrimoine de l'humanité.

La reconnaissance des langues et cultures régionales est le fruit d'une longue marche. Depuis un peu plus de trente ans, les appels, les prises de position d'intellectuels, d'artistes se sont multipliés. Les résistances n'ont pas été moins nombreuses.
Les prises de position de François Mitterrand dès les années 70 ont été déterminantes.
Les premières décisions furent prises dès 1982 : circulaires d'Alain Savary, rapport Giordan commandé par le ministère de la Culture.
La mise en place, à mon initiative, en 1985 d'un Conseil national des langues et cultures régionales devenu aujourd'hui le Haut conseil des langues et cultures de France, la loi du 10 juillet 1989 mise en ¿uvre par Lionel Jospin qui dispose que la formation assurée dans les écoles, collèges, lycées et les établissements d'enseignement supérieur, " peut comprendre un enseignement à tous les niveaux de langues et cultures régionales ", sont autant d'avancées.

En m'appuyant sur cette loi d'orientation, j'avais, lors de mon premier passage dans ce ministère, relancé cet enseignement.

Ce combat a été mené sur un triple front éducation, culture, audiovisuel.

L'exemple de la Bretagne est emblématique. La place du breton dans l'éducation, la culture et l'audiovisuel s'y est développée parallèlement.

La mise en place, à partir de 1984, d'un enseignement de musique bretonne, qui est aujourd'hui présent dans la majorité des écoles nationales de musique, l'émergence du Festival interceltique vont dans ce sens. Il y a eu, à la fois, la défense d'une musique traditionnelle, et la création et la diffusion d'une musique bretonne du XXIe siècle. Il s'agit bien de culture vivante et non pas d'un simple folklore. Il faut souligner ici le rôle primordial joué par des musiciens comme Alan Stivell ou encore Dan Ar Braz.

Sur le plan audiovisuel, on mesure le chemin parcouru de la minute trente de programme, à la fin des années 70, à TV Breizh aujourd'hui. Là encore, des technologies nouvelles comme le numérique permettent la diffusion de programmes bilingues, ce qui était impensable il y a 20 ans.

Dès son arrivée aux responsabilités lors du sommet du Conseil de l'Europe en octobre 1997, Lionel Jospin a évoqué : " Plus que jamais, en cette fin du XXe siècle qui voit se développer la mondialisation des échanges et la globalisation de l'économie, l'Europe a besoin d'affirmer son identité qui est faite de la diversité de son patrimoine linguistique et culturel. À cet égard, les langues et cultures régionales méritent, de notre part, une attention particulière ; Nous devons les préserver et les faire vivre. ".

Aujourd'hui, il s'agit de franchir un nouveau cap et de comprendre que l'école de la République est assez forte, assez sûre d'elle-même pour accueillir en son sein les écoles Diwan.
Ainsi, à la suite de la signature de ce protocole, l'enseignement public en Bretagne disposera de trois modalités d'apprentissage des langues régionales : l'initiation, le bilinguisme à parité horaire et le bilinguisme en immersion. Au-delà de cette signature, je veux rappeler devant vous les principales mesures que j'ai décidées pour les langues régionales.


UNE NOUVELLE ÉTAPE DANS L'ENSEIGNEMENT DES LANGUES RÉGIONALES

Un cadre réglementaire entièrement nouveau

Il est constitué de deux types de textes :
- L'un définissant le cadre général de cet enseignement,
- Les autres reconnaissant plus particulièrement l'enseignement bilingue.

Je souhaite insister sur les points essentiels de ces textes.

Le cadre général

Des objectifs clairs :
- Préserver et transmettre un élément de la richesse du patrimoine national ;
- Contribuer à la reconnaissance de la diversité des identités culturelles ;
- Contribuer au programme de développement des langues vivantes dès l'école primaire ;
- Garantir, pour l'enseignement des langues régionales commencé à l'école, la continuité sur l'ensemble des cycles de la scolarité.
- Une volonté de développement
Un plan pluriannuel de développement fera l'objet d'une publication officielle à l'échelle de l'académie. Ce plan s'appliquera à définir les mesures nécessaires au développement de l'ensemble des formes d'enseignement à l'école maternelle et élémentaire, puis au collège et au lycée. Il évaluera les moyens correspondants à mettre en ¿uvre, tant sur le plan des emplois que des ressources, dans le domaine de la formation initiale et continue. Ce plan fera l'objet d'une évaluation à mi-parcours.
- Une cohérence avec l'enseignement des langues vivantes étrangères
L'enseignement des langues régionales à l'école élémentaire peut soit être proposé au titre de la langue vivante dont l'étude est obligatoire à l'école, soit être associé, dans le cadre de parcours particuliers, à l'étude d'une langue vivante étrangère linguistiquement proche. On peut citer l'exemple des parcours roman et latin dans l'académie de Toulouse ou encore les sections méditerranéennes en Corse. Ces parcours associent l'apprentissage d'une langue régionale, à celui d'une langue romane, puis en classe de cinquième d'une langue ancienne, ainsi que l'étude des civilisations. Ces parcours permettent aux élèves de découvrir les convergences linguistiques et les différences entre ces langues, de connaître l'histoire de leurs civilisations. Je veux insister sur la complémentarité entre ces apprentissages. Le développement du Corse renforcera celui de l'italien ; l'enseignement de l'alsacien celui de l'allemand.

L'enseignement bilingue

L'enseignement bilingue sera reconnu pour la première fois par deux circulaires qui en fixeront le cadre. Cette reconnaissance spécifique est sans précédent. L'enseignement de la langue régionale dispensé sous la forme bilingue se traduit par l'apprentissage d'une langue régionale, mais surtout par l'utilisation de la langue régionale comme langue d'enseignement. Il doit être intégré à l'ensemble de la réflexion portant sur les évolutions que sera susceptible de connaître, au cours des prochaines années, l'enseignement des langues vivantes.
- Son objectif premier est de permettre aux élèves d'atteindre un niveau de communication et d'expression orale et écrite plus performante et de s'ouvrir aux divers aspects des réalités culturelles véhiculées par cette langue.
- L'enseignement bilingue sera organisé lorsque la demande des parents aura été exprimée et reconnue. Une carte départementale et académique des sites bilingues sera progressivement construite pour assurer de façon cohérente la continuité et le développement de l'enseignement bilingue. Il appartiendra à l'éducation nationale d'informer les familles de l'existence d'une offre d'enseignement bilingue.

L'enseignement bilingue commence à l'école maternelle, dès la petite ou moyenne section, et se poursuit à l'école élémentaire. La langue régionale y est à la fois langue enseignée et langue d'enseignement dans plusieurs domaines d'activité et d'apprentissage. Il peut être organisé selon différents principes :
D'une part, dans les écoles publiques, à partir des sites bilingues à parité existants (le bilinguisme à parité se définit par un enseignement à parité horaire en langue régionale et en langue française avec une répartition équilibrée pendant la semaine de classe),
D'autre part, selon la méthode pédagogique de l'immersion dans les écoles et établissements " langues régionales ", issus du mouvement associatif ou continuant d'en relever.
Pour ces derniers, les modalités pédagogiques font l'objet d'une circulaire spécifique. Cette circulaire fixe le cadre pédagogique de l'enseignement en immersion dans le service public. Il s'agit d'une reconnaissance de la modalité pédagogique de l'immersion tout en restant conforme à la réglementation nationale. L'objectif affiché est de permettre aux élèves d'atteindre un bilinguisme équilibré dans les deux langues, le français et la langue régionale. J'en profite pour dire ici fortement qu'il n'y a pas de contradictions entre l'apprentissage du français, de la lecture, de l'écriture, qui restent des priorités premières pour notre école et l'apprentissage d'une autre langue vivante régionale ou étrangère.
Ces trois circulaires seront complétées par un projet d'arrêté relatif à la mise en place d'un enseignement bilingue en langue régionale dans les écoles, les collèges et les lycées "langues régionales" ou dans les sections "langues régionales" dans les écoles, les collèges et les lycées. Cet arrêté consacre la priorité accordée au développement de l'enseignement bilingue comme mode privilégié d'apprentissage de la langue régionale. L'enseignement bilingue immersif sera enseigné dans les écoles et établissements "langues régionales" qui fonctionneront selon les modalités administratives et statutaires habituelles.


Un recrutement des enseignants enfin adapté à l'enseignement des langues régionales

La qualité de l'enseignement des langues régionales passe nécessairement, et en premier lieu, par l'amélioration du recrutement des maîtres du premier degré dans ce domaine. Actuellement, l'enseignement des langues régionales à l'école primaire est réalisé par des enseignants volontaires qui ont reçu une habilitation académique. Toutefois, les niveaux de connaissance testés sont assez variables. Il convient de s'assurer, par un recrutement adapté, d'un haut niveau de connaissance.

Un concours spécial de recrutement des professeurs des écoles chargés d'un enseignement de et en langue régionale

J'ai décidé, au terme de discussions approfondies conduites par le ministère avec les autorités académiques et les spécialistes, de mettre en place des concours spéciaux de recrutement de professeurs des écoles chargés d'un enseignement de et en langue régionale. La première session de ces concours aura lieu en 2002.

Ces nouveaux concours permettront ainsi de recruter des professeurs des écoles non seulement capables d'enseigner une langue régionale, mais également une autre discipline en langue régionale, notamment dans le cadre de l'enseignement bilingue.

Les langues concernées sont les suivantes : basque, corse, breton, catalan, créole, occitan-langue d'oc et langues régionales d'Alsace et des pays mosellans. Dix-sept académies sont concernées : Rennes, Nantes, Bordeaux, Toulouse, Montpellier, Aix-Marseille, Nice, Corse, Clermont-Ferrand, Limoges, Grenoble, Strasbourg, Nancy-Metz, Martinique, Guadeloupe, Guyane et Réunion.

Il convient de préciser que les lauréats de ces concours seront des professeurs des écoles au même titre que les lauréats des concours habituels de recrutement de professeurs des écoles. Les épreuves des concours spéciaux comprendront, outre l'ensemble des épreuves des concours actuels, deux épreuves de langue régionale, l'une écrite comptant pour l'admissibilité, l'autre orale comptant pour l'admission.

J'ai demandé aux directeurs d'IUFM des académies concernées de mettre en place les préparations correspondantes dès la rentrée 2001. Il faudra développer une formation adéquate pour ces enseignants après le concours, en particulier pour le bilinguisme. En effet, enseigner la langue régionale et enseigner dans une langue régionale ne requiert pas la même formation. Les IUFM auront la responsabilité de mettre en ¿uvre des dispositifs spécifiques de formation des enseignants bilingues. Je veux insister sur l'importance que j'attache à la mise en place effective du centre de formation aux enseignements bilingues qui me semble nécessaire si nous voulons réussir le pari du recrutement et de la formation de maîtres compétents. Les universités, en particulier celle de Rennes 2 et celle de Brest, auront un rôle particulier à jouer pour former des étudiants aptes à réussir ce concours spécial.


Un conseil académique des langues régionales

Ce conseil académique des langues régionales sera créé par décret.

Rôle du conseil

Il participe à la réflexion sur la définition des orientations de la politique académique des langues régionales. À ce titre, il est consulté sur les conditions de son développement et sur l'élaboration d'un plan pluriannuel de développement de l'enseignement de ces langues et cultures.

Il veille au développement et à la cohérence des enseignements bilingues mis en place, dont l'enseignement bilingue dispensé par la méthode dite de l'immersion, et à leur continuité pédagogique.

Il est également consulté sur toute proposition d'implantation des enseignements en langue régionale, notamment sur les projets de création d'établissements ou de sections d'enseignement bilingue ainsi que sur les demandes d'intégration dans l'enseignement public des établissements dispensant un tel enseignement.

Le conseil donne son avis sur l'attribution de la qualité d'établissement d'enseignement par immersion qui est prononcée, sans conditions de durée, par arrêté du recteur d'académie concerné.

Composition du conseil

Le conseil consultatif académique des langues régionales associera en son sein l'ensemble des acteurs concerné par l'enseignement des langues régionales. Il est composé :
Pour un tiers des représentants de l'administration,
Pour un tiers des représentants des établissements scolaires.
Je souhaite que parmi ceux-ci on puisse associer les représentants de l'association DIV YEZH qui regroupe les parents d'élèves de l'enseignement public et ceux de l'union des enseignants de breton qui regroupe les enseignants de l'enseignement bilingue,
Pour un tiers des représentants des mouvements associatifs et éducatifs ayant pour objet la promotion de la langue et de la culture régionale.
Pour l'académie de Rennes il s'agit, bien entendu, de Diwan et des représentants des collectivités de rattachement.

Un avenant au contrat de plan État-Région en Bretagne concernant le bilinguisme

Je sais que le président de la région Bretagne, le préfet de région et le recteur de l'académie de Rennes travaillent en relation avec les acteurs de terrain, et notamment Diwan, à la rédaction d'un avenant au contrat de plan État-Région. Cette collaboration est nécessaire pour le développement de l'enseignement des langues régionales. Les exemples existant en Alsace ou au Pays basque le montrent. Cet avenant doit être, à mon sens, l'occasion de réfléchir à un plan pluriannuel pour l'enseignement des langues régionales, ainsi qu' à l'aide à apporter en faveur de la formation des maîtres bilingues.

(source http://www.education.gouv.fr, le 31 mai 2001)

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