Interview de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, à France 2 le 21 juin 2001 sur la Fête de la musique, l'éducation artistique à l'école et les rave-parties. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, à France 2 le 21 juin 2001 sur la Fête de la musique, l'éducation artistique à l'école et les rave-parties.

Personnalité, fonction : LANG Jack, MORIN Gérard.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

ti : G. Morin - C'est l'été, la Fête la musique, la vingtième du nom. Avez-vous un souvenir marquant de celle de 1982, la première ?

- " Nous avions un trac terrible. On avait demandé aux gens d'accepter ce jour-là de sortir de chez eux avec leurs instruments de musique mais on pensait : "et si c'était un bide, et si les gens ne sortaient pas de chez eux ?."Cela aurait pu être un échec retentissant. Par bonheur, les gens sont sortis de chez eux, comme des escargots quittent leur coquille, se sont retrouvés, d'abord intimidés puis plein de chaleur et de ferveur."

La presse n'y croyait pas. Elle était sévère au début puis elle vous a rejoint et tout le monde a suivi.

- " Elle s'est montrée sceptique, c'est normal. Il faut toujours lutter contre le scepticisme. J'ai quelques belles images de la première Fête : nous avions mis des branchements électriques dans les jardins du Trocadéro pour que les groupes de rock puissent s'installer. Ils sont venus. La plus belle image fut celle de J. Higelin, l'un de nos premiers soutiens, qui, hissé sur un camion, traversait Paris, entouré d'une foule de plus en plus nombreuse."

Comment expliquez-vous ce succès ? En vingt ans, près de 10 millions de personnes y participent, la moitié des pays du monde ont suivi le mouvement. Comment expliquez-vous cet engouement ?

-" Par l'amour de la musique, le désir de partage et d'échange, le désir se retrouver ensemble quelque part et par le fait que les citoyens ne sont plus seulement consommateurs mais aussi acteurs. Au début, on avait d'ailleurs joué sur le mot "fête" et "faites" - faites vous-même, do it. Par ailleurs, on avait choisi ce merveilleux jour, le premier jour de l'été, la saison des amours, la saison des aventures et des rêves."

La Fête a évolué librement ou bien a-t-il fallu la canaliser et la coordonner ?

- " Il ne fallait pas la canaliser : au contraire, il fallait donner de temps en temps quelques coups de fouet pour que les initiatives se multiplient. Il y avait quelquefois des réticences dans certaines villes ou dans certains pays. Petit à petit, les choses ont pris leur autonomie et ce qui est merveilleux, c'est qu'aujourd'hui l'événement a échappé à ses créateurs, il est entré dans les têtes, dans les coeurs, il est irrésistible, irréversible. Je ne dis pas éternel mais en tout cas durable."

Est-ce que vous considérez aujourd'hui que la Fête de la musique a modifié la pratique de la musique en France ?

- " J'en suis convaincu car elle a d'abord permis de révéler une multitude de groupes de musique professionnels et amateurs. Elle a été un formidable encouragement pour les pouvoirs publics à développer une politique pour la musique. Je prends mon propre exemple aujourd'hui : je suis ministre de l'Education nationale et j'ai décidé, avec l'accord du Premier ministre, de mettre au point avec C. Tasca un plan pour l'éducation artistique à l'école qui va entrer en application à la rentrée prochaine."

Que sera ce plan ?

- " Il prévoit une chorale par école et donc la formation de maîtres de choeur. Les maîtres qui le souhaiteront seront formés à la musique ou à d'autres arts - jeu théâtral, cinéma. Ensuite, cette initiative entrera au lycée et au collège. L'année prochaine, il y a aura 20 000 classes culturelles mises en place en France. "

Vous aurez des enseignants, ils sont formés, il y le budget ?

- " Les moyens ont été dégagés en enseignants, en crédit et en formation, les artistes y participent. Il y a eu un très grand changement de mentalité. J'aurais annoncé un tel plan en 1981, j'aurais provoqué la résistance des parents ou des professeurs. Aujourd'hui, c'est l'enthousiasme!"

Est-ce que vous avez craint pour la Fête de la musique lorsque la droite est revenue au pouvoir dans les années de cohabitation 1986-93 ?

- " Tout au début, il y a eu quelques inquiétudes et puis finalement, le mouvement a été plus fort."

On va dire que J. Lang est toujours content de ce qu'il fait. Il n'y a pas quelques petits points noirs dans cette réussite ?

- " En plus, aujourd'hui, il y a un soleil radieux. Merci, le ciel d'apporter votre lumière !"

Pour la Fête 2001, votre ministère et celui de la Culture ont fait distribuer un disque avec des chansons françaises très connues. En premier, il y a une chanson de Trénet.

- " Je dois vous dire pour l'anecdote que les huit compositeurs ont accepté -et je les remercie d'offrir les droits - de ne rien faire payer. Je crois que le dernier acte de Trénet a consisté, dix jours avant sa disparition, à me signer un texte pour dire "je cède les droits."

Y a-t-il d'autres initiatives à part les chorales et l'enseignement de la musique que vous allez développer à l'école ?

-" Nous allons développé tout ce qui concerne les autres formes d'expression : l'éducation du regard, le patrimoine, les arts plastiques, l'éducation du corps, le jeu théâtral. On peut se dire "après tout pourquoi les arts à l'école ?" D'abord, pour assurer le plein épanouissement de l'enfant ; il faut qu'il se sente bien dans sa peau et il a besoin d'une éducation du cerveau rationnelle et d'une éducation de la sensibilité. Par ailleurs, les expériences le montrent : l'expression artistique est un merveilleux "sésame", une clef d'accès aux autres savoirs. La musique facilite l'accès aux mathématiques, le jeu théâtral facilite l'appropriation de la langue. Bref, tout cela forme un tout pour assurer la réussite des élèves et leur bonheur."

Une question d'actualité : les rave-parties. Certains voudraient les contrôler, même certains de vos amis socialiste. Vous les défendez. Pourquoi?

-" Je suis favorable à la liberté d'expression artistique mais en même temps, il faut protéger l'environnement et protéger l'intégrité physique des jeunes qui y participent. Je suis toujours favorable, sur ce sujet comme sur tant d'autres, non pas à des textes décidés soit par le Gouvernement soit par le Parlement, mais à un dialogue, une charte, une sorte de document signé par les organisateurs et les pouvoirs publics."

(source http://sig.premier-ministre.gouv.fr, le 21 juin 2001)

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