Conférence de presse conjointe de M. Charles Josselin, ministre délégué à la coopération et à la francophonie, et de M. Bruno Delaye, directeur général de la coopération internationale et du développement, sur la politique de coopération de la France, l'aide multilatérale, l'aide bilatérale, la Francophonie, l'influence de la France dans le monde, la coopération culturelle et l'aide au développement, Paris, le 8 juin 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse conjointe de M. Charles Josselin, ministre délégué à la coopération et à la francophonie, et de M. Bruno Delaye, directeur général de la coopération internationale et du développement, sur la politique de coopération de la France, l'aide multilatérale, l'aide bilatérale, la Francophonie, l'influence de la France dans le monde, la coopération culturelle et l'aide au développement, Paris, le 8 juin 2001.

Personnalité, fonction : JOSSELIN Charles, DELAYE Bruno.

FRANCE. Ministre délégué à la coopération et à la francophonie; FRANCE. Coopération internationale et développement (DGCID), directeur général

Circonstances : Présentation du rapport d'activité 2000 de la politique française de coopération, à Paris, le 8 juin 2001

ti : Mesdames et Messieurs, c'est en effet, Bruno Delaye, le directeur général de la DGCID qui pourra aller plus avant dans la présentation que nous voulons faire ensemble du rapport d'activité de la DGCID, le premier du genre. Ce qui m'a donné une envie et une raison supplémentaire d'être à ses côtés pour cette première présentation. Je sais que plusieurs d'entre vous sont évidemment intéressés par l'actualité, elle est riche, pas forcément festive. Elle aurait justifié sans doute que l'on puisse en parler plus complètement mais j'ai un séminaire gouvernemental comme tous les quinze jours à Matignon et je vais devoir rejoindre mes collègues pour évoquer une actualité probablement plus franco-française, mais pas forcément non plus sans intérêt.

Je suggère qu'en effet, dans les jours qui viennent, nous puissions nous revoir pour évoquer les questions qui vous passionnent, j'en suis sûr, du Tchad à Kinshasa en passant par la Côte d'Ivoire, la Centrafrique par exemple. Ce ne sont que des exemples, il y a peut-être d'autres sujets que vous voudriez peut-être évoquer avec moi. Je me prêterai bien volontiers à l'exercice questions-réponses.

Mais, ce matin, c'est de la coopération que je souhaitais m'entretenir avec vous et introduire en quelque sorte la présentation complète que Bruno Delaye fera tout à l'heure de son rapport. Je voudrais insister, bien entendu, sur l'importance de cette parution d'un premier rapport de la DGCID et dire que je l'inscris dans un cadre essentiel à mes yeux, celui de la transparence. Même si ce n'est pas si nouveau, ce n'était pas forcément toujours la règle en matière de coopération française. La transparence est pour moi le corollaire de la réforme que nous avons mise en oeuvre au moins pour trois raisons. La transparence est évidemment un impératif économique, c'est un facteur évident de bonne et de saine gestion, mais c'est surtout nécessaire et nous comptons sur vous pour entraîner et convaincre. Depuis le début de cette année, nous avons donné plusieurs signes de bonne volonté à cet égard, et je vous donnerai comme exemple celui d'un outil un peu emblématique de la coopération, le Fonds de solidarité prioritaire. Lors de la première réunion du comité stratégique de ce fonds, c'était en février, nous avons communiqué à la presse tous les dossiers sur lesquels ont travaillé les membres de ce comité : c'était, je crois, sans précédent. Cette transparence vaut, cela va sans dire, pour les deux dimensions de notre coopération internationale : la solidarité et l'influence. Je voudrais dire un mot sur chacune.

Notre effort de solidarité, il faut l'apprécier par rapport à la mondialisation, une mondialisation que notre coopération cherche à rendre plus humaine, j'emploie parfois le mot "apprivoiser". Nous nous y employons en essayant de répondre aux problèmes souvent nouveaux que la mondialisation pose au Nord comme au sud.

D'un côté, il y a une série de défis que le Nord ressent vivement, de manière parfois plus pressante que le Sud, même s'il faudra bien l'assentiment, la participation du Sud pour les relever. Je pense à l'environnement, je pense aux risques sanitaires, aux menaces sur la diversité culturelle qui est un peu le sel de notre civilisation, une diversité culturelle dont nous avons parfois du mal à convaincre de son importance des pays en développement qui ont évidemment à affronter d'autres nécessités. C'est pourtant au moins aussi important pour eux que pour nous que de préserver cette diversité culturelle

Et puis, il y a les défis que la mondialisation adresse au Sud et qui procèdent de phénomènes différents. Les plus connus sont la concentration de richesses, je n'y insiste pas mais un chiffre simplement, la part des 20 % les plus pauvres de la population mondiale est tombée à moins de 1 % du total des richesses.

Il y a aussi la dépendance, les pays pauvres étant plus vulnérables, plus sensibles aux chocs auxquels ils sont exposés. Face aux défis globaux, aux difficultés, nous avons plus que jamais besoin de valeurs. Je pourrais ajouter un autre défi lancé aux pays du sud et dont nous sommes en partie coupables, c'est celui de la sophistication des normes. Nous ne cessons d'élever nos standards et il devient plus difficile au Sud d'assumer le respect de nos normes pour exporter chez nous leurs produits, par exemple, que de s'adapter à l'arrivée chez eux de nos propres produits. Et il y a là un champ nouveau de la coopération : comment aider les pays du sud à se mettre au niveau de nos propres normes, celles que nous édictons pour notre protection souvent sanitaire et qui leur apparaissent souvent comme une manière de se protéger commercialement. C'est un vrai défi qui nous est collectivement lancé.

Face à ces enjeux de la mondialisation, nous fixons à notre coopération deux objectifs : peser dans le débat global et mener des actions bilatérales efficaces.

Entre le global et le bilatéral, il y a un maillon essentiel, c'est l'échelon européen. Lancée sous présidence française, la réforme de l'aide européenne va nous permettre de mieux articuler nos actions nationales avec celles de la Communauté. Les actions de la Communauté européenne en matière de développement ont souvent été considérées comme affectées par des lourdeurs bureaucratiques, une certaine inefficacité ; le montant considérable des reliquats du fond européen de développement en est un exemple, mais nous pourrions parler des autres fonds européens, qu'il s'agisse des fonds en direction de la Méditerranée comme MEDA, ou de l'Amérique latine comme le PVD-ALA. Tous révèlent des lenteurs dans la mise en oeuvre qui ne sont évidemment pas acceptables et le besoin d'en modifier les procédures s'impose de manière criante. Nous avons justement essayé d'y répondre à l'occasion d'un Conseil développement qui s'est tenu au mois de novembre dernier et qui a été l'occasion d'une remise en ordre de l'aide européenne qui ne fait que commencer. Mais, je voulais le signaler, un vent nouveau souffle sur les institutions internationales, en partie sous impulsion française et je voudrais en donner quelques exemples.

L'initiative PPTE (Pays pauvres très endettés), les critères des institutions de Bretton Woods aussi, qui sont en train d'évoluer, sont des signes positifs et d'une manière générale, l'exigence de lutte contre la pauvreté qui est un peu la marque de fabrique de cette initiative PPTE confère un poids croissant au thème du développement social ; c'est un thème auquel Français et Européens sont très attachés, c'est le cas pour la santé et l'éducation et le développement local. Je voudrais dire que la bataille engagée par la France, nous l'avons, Laurent Fabius et moi, conduite en particulier lors des dernières assemblées du Fonds monétaire et de la Banque mondiale pour que l'on sanctuarise en quelque sorte les politiques sociales lorsqu'il s'agit d'aide au développement.

Trop souvent, face aux contraintes imposées par le Fonds monétaire ou la Banque mondiale qui essaient de convaincre les pays en développement de maîtriser leurs dépenses publiques, ceux-ci apportent comme réponse la réduction des dépenses sociales. C'est évidemment tout à fait contreproductif pour le développement et nous avons mission de lutter pour empêcher cette mauvaise application en matière de développement.

Et puis, il y a le Sida. La communauté internationale est en passe d'entreprendre un effort massif dans la lutte contre la pandémie du Sida, c'est un effort que la France avait déjà demandé à l'automne, il devrait connaître des étapes significatives lors de la cession spéciale que les Nations unies vont lui consacrer au mois de juin prochain et lors de la réunion du G8 à Gènes en juillet.

Les mentalités évoluent, vous l'aurez observé, dans un sens que nous préconisions depuis longtemps. Nous avons été les premiers à poser la question de l'accès aux soins qui ne se résume pas, vous l'avez compris, seulement à l'accès aux médicaments, un large consensus est en train de se dessiner autour de thèses que nous étions encore seuls à défendre il y a peu.

Au Cap, lors de sa tournée en Afrique du sud, Lionel Jospin a présenté les grandes lignes de l'action française dans ce domaine et les moyens que nous voulons y consacrer, je n'y insiste pas. Nous sortons de cette actualité si je puis dire, mais je pense que vous aurez pu, à cette occasion, mesurer l'importance que la France entend consacrer à cette bataille considérable.

J'en viens aux actions de coopérations bilatérales : nous les voulons plus stratégiques, plus ciblées, elles visent aussi à préserver l'influence de la France car notre action ne relève pas seulement de la solidarité, elles visent aussi à préserver l'influence de la France sur une scène internationale de plus en plus concurrentielle et la modernisation de nos différents réseaux, de nos instruments est à cet égard un enjeu essentiel. Vous pourrez en reparler plus complètement tout à l'heure avec Bruno Delaye. Je voulais simplement encore insister sur l'occasion que nous offre la mise en oeuvre du volet bilatéral de l'initiative sur la dette. Vous savez que la France va proposer des contrats de désendettement-développement aux pays concernés. L'association de la société civile à la mise en oeuvre de l'aide et le travail en commun que nous réaliserons sur le terrain, l'implication des services du ministère des Affaires étrangères bien sûr, ceux de l'Agence française de développement enfin sont pour nous le signe d'une vraie cohérence qui devrait permettre une meilleure efficacité à notre coopération et surtout une meilleure utilisation de la marge de man¿uvre que le désendettement va offrir aux pays concernés.

Dans le même temps, nous achevons la réforme de l'assistance technique qui représente un atout de la France dans le concert des bailleurs de fonds et qui est un peu une spécificité française. Cette réforme s'inscrit dans la logique de la fusion, puisqu'il s'agit d'harmoniser les régimes de gestions issus du ministère de la Coopération et ceux du ministère des Affaires étrangères, mais nous voulons aussi intégrer des besoins qui n'existaient pas il y a quelques années, en particulier en matière d'expertises plus pointues, plus flexibles, susceptibles également de répondre au mieux aux appels d'offres internationaux.

Tout cela suppose le concours d'experts venus d'horizons variés, pour des durées variables, il s'agit de les identifier, d'en gérer le gisement, je pense que dans quelques semaines, nous allons pouvoir annoncer le dispositif complet mis en oeuvre à cet effet.

Et notre action de coopération internationale s'attache aussi à développer de nouveaux dynamismes culturels, plusieurs d'entre vous suivent le dossier de l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger, l'AEFE. Après bien des difficultés, nous sommes parvenus à un accord avec le personnel sur ce que l'on appelait les "faux résidents". La négociation a été délicate mais grâce à l'effort additionnel de l'Etat, elle a débouché sur une amélioration sensible des revenus et de la couverture sociale des enseignants concernés. Je veux dire aussi l'importance de la relation plus resserrée aujourd'hui que le ministère des Affaires étrangères entretient avec le ministère de l'Education nationale sur ces questions. Il y a quelques jours encore, nous avons eu une longue réunion avec Jack Lang sur ce sujet, nous avons eu l'occasion d'évoquer le dossier de l'accueil des étudiants étrangers, de souligner aussi les premiers succès remportés par Edufrance, qui est l'outil de promotion des formations supérieures mises en place conjointement par les Affaires étrangères et l'Education nationale.

Quelques chiffres en forme de bilan : cette année, 172 000 étudiants étrangers, il y a deux ans ils n'étaient que 150 000. Nous le devons aussi à une politique je crois plus compréhensive en matière de visas ; c'était important mais je me plais évidemment à souligner ces résultats au moment où l'on a tendance souvent à parler de la dérive, plutôt de l'attraction qu'exercent d'autres continents, en particulier sur les étudiants africains. Même si les chiffres évoqués montrent que l'augmentation, nous la devons aussi beaucoup aux efforts déployés en direction de nouveaux pays émetteurs, je pense à l'Asie et à l'Europe de l'Est qui ont aujourd'hui un nombre plus important d'étudiants en France.

En tout cas, c'était un défi important que nous entendons relever.

Un mot sur le réseau culturel extérieur, vous avez entendu parler du rapport Dauge qui vient d'être publié. Ce réseau culturel extérieur est sans équivalent : 151 centres culturels, 219 Alliances françaises subventionnées par nos soins, le tout pour un budget d'intervention de l'ordre du milliard de francs, ce qui est tout à fait considérable. Comme toute institution humaine, ce réseau n'échappe pas à certaines pesanteurs : le rapport Dauge d'ailleurs n'a pas dissimulé certaines de ces insuffisances, nous entendons en quelque sorte en faire notre profit car le travail d'Yves Dauge servira de base à une vaste concertation avec les agents concernés et avec pour objectif d'aboutir à l'automne à ce que nous appelons une charte du réseau. Je ne doute pas que, mutatis mutandis, nous ne parvenions à une rénovation de l'ampleur de celle que nous avons su concevoir, en concertation avec le ministère de la Recherche et celui de l'Education nationale, qui avait produit de bons effets pour nos centres de recherches en Méditerranée.

Je rappelle que, l'an passé, l'énorme succès du 10ème Congrès de la Fédération internationale de professeurs de français tenu à Paris, auquel plusieurs d'entre vous d'ailleurs avaient participé, a eu un résultat très novateur : le ministère des Affaires étrangères qui était propriétaire de la revue "le Français dans le monde", a intégralement transféré la gestion de celle-ci à la Fédération des professeurs de français qui devient, en quelque sorte, un opérateur de notre action linguistique internationale.

Autre dossier difficile : TV5. La négociation avec nos partenaires, singulièrement nos partenaires outre-Atlantique, a été difficile mais nous avons réussi à imposer une simplification des structures indispensable pour donner au signal TV5 une meilleure visibilité, une meilleure cohérence, une meilleure attractivité. L'étape est donc franchie pour que notre audiovisuel extérieur public réponde mieux aux enjeux mondiaux.

Un mot de la Francophonie. Je n'y insiste pas car nous aurons l'occasion, si le CAPE veut bien nous accueillir, dans le cadre d'une séance spéciale pour réfléchir à la préparation du prochain sommet qui se tiendra à Beyrouth, vous le savez. Il y a eu en novembre dernier une importante réunion aussi à Bamako, sur le thème de la Francophonie politique, et cette question ainsi que celle de la liberté culturelle seront évidemment les deux sujets majeurs du Sommet de Beyrouth. Espérons que l'actualité moyen-orientale permettra à ce sommet de se dérouler dans de bonnes conditions et surtout nous permettra d'avoir une présence forte des chefs d'Etat, sans lesquels ce sommet ne justifierait pas son nom évidemment, mais surtout ne donnerait pas à la Francophonie l'élan que chaque sommet lui donne normalement.

Mesdames et Messieurs, la revue "Esprit", a récemment ouvert un débat sur le déclin culturel de l'Europe. On a pu écrire dans un article que dans la réforme que nous avions menée, la dimension du développement avait pu faire disparaître la dimension culturelle qui caractérise traditionnellement notre action à l'international.

Vous aurez compris qu'il n'en est rien et comme rien ne vaut mieux que les démentis par les faits, je voudrais citer, pour mémoire, l'immense succès de la manifestation "Afrique en création" tenue à Lille à l'automne dernier et tout le travail de développement au sens propre accumulé dans le domaine culturel sur le continent africain depuis une décennie, qui a abouti à une série de spectacles et de manifestations qui ont fait le bonheur d'une audience estimée à plusieurs dizaines de milliers de personnes. C'est un point important pour moi : on ne peut en permanence juger une action à l'aune de critères purement parisiens. Vous autoriserez le Breton que je suis à le dire à cette occasion.

A défaut d'être exhaustif, j'espère avoir moi-même fait preuve, dans le tableau que je vous ai dressé, d'une diversité suffisante. La tâche est difficile, elle est riche, les chantiers ouverts sont nombreux, je souhaite qu'ils permettent à la société française de trouver toute sa place à l'international. C'est aussi cela la recherche d'une mondialisation plus humaine.

Voilà ce que je voulais vous dire pour introduire la présentation du rapport de la DGCID. Vous vous souvenez que cette direction générale, Bruno Delaye vous en rappellera peut-être plus complètement l'architecture, est très certainement le résultat le plus concret, le plus important de la réforme engagée et qui a donc permis le rapprochement, la fusion entre les Affaires étrangères et le ministère de la Coopération pour unifier l'action internationale de la France, l'action diplomatique sans doute, mais plus largement l'action culturelle, l'action au développement, bref, sa coopération.

Merci en tout cas de nous aider à faire mieux connaître la réalité de la coopération française. Merci beaucoup.

Bruno Delaye.

Merci Monsieur le Ministre, d'avoir ainsi introduit ce que je vous propose, en quelque sorte un voyage dans une partie méconnue de l'action diplomatique de la France.

L'objet de ces rencontres que nous avons souhaitées régulières, 5 ou 6 par an, est de vous permettre, chers amis observateurs de l'action de la France dans le monde de sa vie diplomatique, de découvrir un aspect pas toujours connu de ce que nous faisons.


La diplomatie française, ce ne sont pas simplement des rencontres de chefs d'Etat, des conférences, des sommets, des communiqués, des prises de positions. C'est aussi un immense travail, lent, au service du rayonnement et du poids de la France dans le monde en terme d'influence et d'autre part, essayer sur le terrain d'exprimer la capacité de la France à être solidaire des gens qui sur la planète ont moins de chance que nous. Aujourd'hui, à travers la publication de notre rapport d'activité sur l'année 2000, nous voulons vous présenter à la fois qui nous sommes, ce que nous faisons, vous en donner un aperçu extrêmement varié et méconnu et pour vous parler de l'année 2001, vous indiquer quels sont les grands chantiers sur lesquels nous travaillons.

Je vous présenterai tout cela très brièvement et ensuite nous nous prêterons, avec les directeurs et collaborateurs qui m'accompagnent, au jeu des questions réponses sur des sujets plus précis.

Nous n'allons pas vous parler de l'actualité politique ou diplomatique mais de la face cachée du ministère des Affaires étrangères qui est faite à Paris et sur le terrain, dans le cadre bilatéral comme dans le cadre multilatéral.

Ce travail est extrêmement varié, il va de l'enseignement et de la gestion d'un réseau de 260 lycées dans le monde qui scolarisent 160 000 élèves selon le système et les normes françaises et qui, au final de leurs études, passent un Bac identique au Bac français, à la gestion de plusieurs centaines de bibliothèques centres de ressources, à la gestion de 2000 coopérants, assistants techniques, placés dans le monde auprès de gouvernements étrangers où nous apportons notre expertise et notre savoir-faire. La gestion de 140 chantiers de fouilles archéologiques dans le monde, une quarantaine de centres de recherches où travaillent des ethnologues, des historiens, des archéologues, des botanistes. Pour ce matin, par exemple, le président de la République recevait le chef Raoni qui nous vient du Brésil et de la forêt amazonienne et qui veut que la France le soutienne dans la création d'un institut amazonien pour défendre la culture amazonienne et le milieu ambiant. Le ministère intervient pour la promotion de cet institut et de ce projet. Il organise cet après-midi une rencontre avec des bailleurs de fonds de la Banque mondiale, de la Banque interaméricaine, de l'Union européenne, des bailleurs de fonds privés pour tenter de promouvoir ce projet.

A l'autre bout de la chaîne, nous avions hier une réunion autour de laquelle nous avons parlé de location de Canal-satellite pour diffuser des images françaises à l'autre bout de la planète. Ou encore, et ce n'est pas connu, la participation du ministère des Affaires étrangères au World Education Market qui vient de se tenir à Vancouver, organisé par une société française, celle qui organise le Midem. L'édition de l'an prochain sera au Portugal et il s'agit pour nous de préparer la prochaine édition qui fait appel aux nouvelles technologies au service de l'enseignement à distance.

C'est pour vous donner une idée des multiples activités que, derrière le rideau ou apparent, les diplomates que nous sommes entreprenons au service de la diplomatie française, de son poids et de son rôle dans le monde. Ce travail est fondamental car, sans lui, la tâche des diplomates, celle de nos dirigeants politiques serait limitée. Je vais prendre deux exemples :

Si nous parlons d'imposer des normes en matière d'effet de serre sur la planète, il y a un aspect purement diplomatique et normatif de cet immense enjeu qui se traduit par l'organisation successive de conférences internationales dans lesquelles nous discutons des normes, de l'application, de la surveillance et des sanctions.

Pour réussir à faire admettre des normes à des sociétés démocratiques, il faut être en accord avec leurs opinions. Il ne s'agit pas simplement, autour du tapis vert, de convaincre le diplomate ou le ministre qui est en face, mais de faire en sorte qu'il ait, derrière lui, une opinion qui déjà ait été sensibilisée au thème que nous voulons défendre ou faire passer en matière de régulation internationale sur l'effet de serre. Là interviennent les outils dont la diplomatie française peut avoir usage qui sont les outils d'influence au sens large. C'est-à-dire que si nous avons été capables, au cours de semaines, des mois, même des années précédentes de mener un lent travail de fourmis au cours duquel nos intellectuels, nos savants, nos philosophes, nos ONG, ont pu inlassablement expliquer quelles étaient les opinions et le point de vue français sur le sujet.

Un autre exemple qui est réussi celui-là, c'est celui de la lutte contre le Sida en Afrique. Voilà 4 ans que la France a pris l'initiative de dire que l'on ne pouvait en rester là en matière de lutte contre le Sida en Afrique, à une seule politique de prévention, comme l'a rappelé le ministre à l'instant et qu'il fallait offrir, avec l'apparition de tri et quadri-thérapies la possibilité aux personnes atteintes de cette maladie d'avoir accès à ces soins qui, pour des raisons économiques, étaient jusqu'à présent hors de portée. Les thérapies coûtant 1000 dollars par mois environ, dans les pays industrialisés, il était inimaginable que dans les pays en voie de développement, les gens ne puissent avoir accès à ce type de thérapie.

La France a entrepris ce travail seule, il y a 3 ans, elle a créé le Fonds de solidarité thérapeutique international. Nous avons été les seuls à le financer, en partageant entre le ministère de la Solidarité et celui des Affaires étrangères, et nous avons pu démontrer, par des expériences sur le terrain, notamment en travaillant sur la question de la transmission du Sida de la mère à l'enfant, en montrant que l'on pouvait faire naître des enfants non séropositifs de mamans séropositives, grâce aux thérapies, nous avons pu montrer qu'il était possible de donner techniquement l'accès aux soins aux populations défavorisées du Tiers-monde sur des populations pilotes.

Puis, quand sont arrivées les mises en cause par le gouvernement sud-africain des compagnies pharmaceutiques, que les compagnies pharmaceutiques internationales ont attaqué le gouvernement sud-africain devant ses propres tribunaux pour la commercialisation des thérapies en Afrique du sud, l'opinion est intervenue et en l'espace de 6 mois, on a vu un retournement complet des opinions et du débat. Et aujourd'hui, il existe un consensus international sur une politique d'encouragement et d'accès des malades du Sida en Afrique et dans l'ensemble des pays du tiers-monde aux thérapies qui, jusqu'à présent leur étaient inaccessibles. Nous avons pu obtenir des compagnies pharmaceutiques le système du double prix, un prix pour les pays du Sud, un prix pour les pays du Nord.

Derrière le phénomène Afrique du sud, il y a eu un lent travail fait d'une part par le gouvernement français, d'autre part par des ONG françaises comme "Médecins sans frontières", d'autres anglo-saxonnes comme Oxafam. Il y a eu un nombre incroyable de colloques, de réunions, de voyages, de missions dont une grande partie financés par le ministère des Affaires étrangères sans que cela se sache pour arriver à ce résultat. Le résultat visible aujourd'hui, c'est un changement radical dans la façon dont la communauté internationale a décidé de traiter le problème du Sida, notamment en Afrique, continent le plus touché. Ceci va déboucher sur les mesures que Charles Josselin vient de rappeler et qui avaient été annoncées par le Premier ministre en Afrique du sud.

Très rapidement, qui sommes-nous ?

Nous sommes peu de gens à Paris, un petit état-major, 540 personnes à Paris, 300 cadres A, et nous avons à notre service un très grand nombre d'opérateurs. Nous avons externalisé un très grand nombre de tâches. Ces opérateurs, j'en cite quelques-uns uns, je ne les citerai pas tous car il y en a au moins une cinquantaine, les plus importants d'entre eux, ceux qui représentent les plus gros budgets pour nous, c'est l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger, c'est l'opérateur qui, pour notre compte, gère les lycées et écoles françaises dans le monde, qui emploie environ 6 000 professeurs et qui scolarise 160 000 enfants. Cela représente pour nous un budget de l'ordre de 2 milliards de francs par an.

Un autre opérateur avec lequel nous travaillons quotidiennement, c'est l'AFAA qui promeut les échanges ou la présence artistique de la France dans le monde dans le domaine des arts plastiques ou des arts vivants. C'est une petite équipe de 80 personnes environ et à laquelle nous donnons une centaine de millions de francs tous les ans pour assurer une présence française sur le plan artistique dans tous les pays du monde.

Edufrance qui est une agence pour la promotion des études supérieures en France, essaie de présenter de façon la plus attractive possible les possibilités d'études qu'il y a dans l'enseignement supérieur en France, à la fois dans les grandes écoles et à l'université. C'est une petite structure qui emploie une vingtaine de personnes et qui doit traiter cette année environ un millier de dossiers d'étudiants supplémentaires en assurant leur accueil et leur encadrement dans le système français et qui représente pour nous une dizaine de millions de francs de subvention. Il y en a d'autres beaucoup plus importantes, l'Institut de recherches sur le développement qui est un institut de recherche qui emploie 1400 chercheurs en France et à travers le monde. Ils travaillent sur les biotechnologies jusqu'à l'ethnologie et nous apportent une expertise scientifique sur les grands problèmes du développement, de l'analyse de la filière cacao en Côte d'Ivoire aux maladies du cotonnier au Mali, en passant par les problèmes d'acculturation, de populations indigènes marginales en Amérique latine.

Nous avons aussi d'autres gros opérateurs qui représentent plusieurs centaines de millions pour nous comme Radio France Internationale. Nous assurons 60 % du budget de cette chaîne de radio internationale, le ministère de la Culture en assurant 40 autres pour cent. Nous assurons 100 % de la part française du budget de TV5, c'est-à-dire les deux tiers du budget de TV5 qui est notre opérateur télévision dans le monde et qui a à peu près 130 millions de foyers câblés, reliés à TV5 ou qui peuvent recevoir les images de cette chaîne à travers le monde.

Dans le monde, en direct, nous sommes environ 7000 personnes, 7000 agents que nous entretenons directement dont 2000 coopérants et assistants techniques placés auprès des gouvernements étrangers, le reste des autres agents travaillant dans nos centres culturels, Alliances françaises, services de coopérations et d'action culturelle de nos ambassades au sein desquelles nous avons des attachés audiovisuels, des attachés scientifiques, des attachés culturels, linguistiques, universitaires. Ce sont des métiers qui se sont spécialisés et qui, bien entendu, dans la plus part des cas aussi font appel à une utilisation massive des nouvelles technologies.

Nous sommes organisés selon 4 directions sectorielles, je ne rentrerai pas dans l'organigramme et je vais vous parler maintenant très rapidement de nos priorités ou de nos grands chantiers sur l'année 2001. Ensuite on se livrera sur la base des documents qui vous ont été donnés, au jeu des questions réponses.

Ces chantiers sont ceux qui nous ont été confiés par le gouvernement, par nos ministres MM. Josselin et Védrine.

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 12 juin 2001)
La première de nos tâches, pour cette année 2001 en matière de développement et de politique de développement, est de reprendre l'initiative en matière d'idées sur les politiques d'appui au développement. Le sens de la réforme engagée depuis 1998 et qui est une réforme sans précédent pour le ministère des Affaires étrangères, ce n'est pas simplement une réorganisation administrative dans laquelle on fusionne deux administrations. C'est quelque chose de beaucoup plus ambitieux et cela doit se traduire et s'accompagner également par un effort de rénovation complet de la pensée française sur le développement en étant capable de tirer le bilan critique de 30 années de politique française d'aide au développement et en même temps, en tenant compte des nouveaux changements, du poids croissant des organismes multilatéraux comme les institutions de Bretton Woods, comme l'Union européenne avec les difficultés que le ministre a rappelées concernant le système d'aide que l'Union européenne avait gérée jusqu'à présent, et en étant capable également de se rendre compte que la politique d'aide au développement prise seule, sans tenir compte de l'effet de globalisation, n'a pas de sens.

Nous ne pouvons plus seulement raisonner uniquement en termes de flux d'aide publique au développement qui reste nécessaire et souhaitée mais on ne peut pas développer des pays si on ne s'attaque pas en même temps aux causes exogènes qui, régulièrement, les amènent à redescendre au bas de la colline. On ne peut pas traiter du développement en Afrique si par exemple, pour parler de la Guinée, on ne traite pas du commerce ou de la circulation des armes légères qui régulièrement font en sorte que ces pays sont ravagés par des bandes armés qui circulent et qui viennent ruiner les efforts de développement entrepris dans les cinq années précédentes.

Sur un certain nombre de sujets, il est important pour nous de reposer les questions qu'il faut se poser sur les causes, les blocages, les verrous qui empêchent le développement et de pouvoir concentrer au mieux notre action, l'action publique de la France pour faire sauter ces verrous. Cela va se traduire par un certain nombre de notes, de publications qui sont le résultat de ce travail de réflexion entrepris au ministère des Affaires étrangères en liaison avec nos partenaires, instituts de recherches, monde universitaire, agence de développement, en premier lieu bien sûr, l'AFD.

Le 20 juin prochain, le ministre M. Josselin vous présentera le bilan de ses réflexions à travers une note qui va reprendre ce qu'est la politique française de lutte contre le Sida sur le plan international, ceci en prévision de la session spéciale des Nations unies qui se tiendra à la fin du mois de juin sur ce sujet. Nous serons aussi amenés à vous présenter, d'ici avant le 15 juillet, la position française sur le thème qui est devenu à la mode dans les Organisations internationales, la lutte contre la pauvreté et l'exclusion que nous appelons, nous, lutte contre la pauvreté et les inégalités. Nous serons également amenés à vous présenter, dans les semaines qui viennent, la philosophie, le bilan et les perspectives de l'action française en matière de lutte pour la promotion de l'Etat de droit, ce que les Anglo-saxons appellent la bonne gouvernance. C'est une particularité de la politique française d'aide au développement de ne jamais avoir quitté des yeux l'importance de l'Etat dans l'aide ou l'appui au développement. Nous avons eu tendance parfois à oublier le rôle des Etats et beaucoup de pays sont arrivés à des situations où l'on ne réussit même plus à conduire des politiques d'aide au développement car il n'y a plus d'arbitrage du jeu central.

En octobre, nous serons amenés à appuyer une réflexion française sur les biens publics mondiaux. C'est une réflexion initiée au CNUD avec des économistes nordistes très importants et c'est une façon de faire redécouvrir aux populations du Nord le fait qu'il y a des biens communs sur cette planète, qu'ils ont un prix et qu'il y a une légitimité à payer notre écho de solidarité si nous voulons continuer à bénéficier d'un air propre, d'une nature agréable et de mers qui ne soient pas mortes, qui continuent d'être vivantes.

La deuxième grande tâche, c'est de mieux faire connaître la richesse extraordinaire de la pensée française. Les gens nous attendent, non pas pour une culture passée, une culture figée, mais ils nous attendent aussi pour ce que nous sommes en tant qu'intellectuels collectifs capables encore de produire comme pensées sur le monde. Quel sens donnons-nous ? Vous savez que tout le monde cherche un sens au monde : où vont les choses ? La globalisation accélérée, où nous conduit-elle ?

Il se trouve que nous avons la chance en France d'être restés l'un des pays sur la planète qui a le plus de pensées universelles, qui a le plus de pensées critiques sur les effets positifs et négatifs de cette globalisation et les nouveaux défis apportés par les révolutions technologiques. Ceci va de la bioéthique, en passant par la modification génétique des organismes vivants, jusqu'aux normes : faut-il lier la libéralisation du commerce au respect de normes sociales environnementales, comment juguler la violence dans les grandes cités, etc. les phénomènes d'immigration, d'identités nationales, d'identités régionales, le rôle et la place du religieux dans la société...

Nous avons, l'an dernier, organisé à peu près 1800 colloques et séminaires dans le monde et il s'agit pour nous en 2001 de passer à la vitesse supérieure. Nous avons fait voyager 8628 experts, scientifiques, conférenciers, écrivains, artistes français dans le monde, de la France vers l'extérieur. Au cours de l'année nous continuerons et amplifierons cet effort et bien entendu, en faisant appel aussi à la capacité d'atteindre encore plus de monde que nous donnent les nouvelles technologies. Nous encourageons les développements de sites Internet dans nos ambassades, pratiquement toutes en ont mais il faut y mettre des contenus, contenus qui donnent à connaître aux populations de pays partenaires, l'état actuel de la réflexion, du débat intellectuel en France sur les grands sujets de société.

Il nous faut aussi assurer la promotion par l'écrit des revues françaises, de la science française. Nous souscrivons pour le compte de partenaires étrangers 8000 abonnements à travers le monde que nous payons pour faire en sorte que les gens qui n'ont pas les moyens d'y avoir accès puissent accéder à toutes nos revues scientifiques, théoriques, artistiques et littéraires. Il nous faut aussi appuyer la diffusion du livre français, nous donnons tous les ans à peu près 1 million de livres dans le monde à des bibliothèques ou à des universités. Nous assurons le financement de 600 traductions d'ouvrages français dans le monde chaque année. Nous appuyons environ 200 librairies, nous fournissons en direct et gérons 400 bibliothèques à travers la planète.

La troisième de nos grandes tâches et de nos grands chantiers, c'est la formation des élites. Il s'agit d'une véritable bagarre, à la fois un enjeu politique majeur et un enjeu économique. Vous le savez, pour les Etats-Unis qui accueillent 500 000 étudiants tous les ans venus du monde entier, cela représente des sources de recettes pour leurs universités qui sont colossales de plusieurs milliards de dollars chaque année, pratiquement autant que la vente de films américains dans le monde. C'est un enjeu phénoménal dans la mesure également où, le ministre le rappelait hier dans un débat au Sénat, il s'avère qu'une grande partie de ces élites ainsi captés par des pays industrialisés, ne retournent pas dans leur pays parce que ce n'est pas accompagné de politiques de développement dans les pays émetteurs.

Dans le cas français, il s'agit à la fois d'accueillir les gens et en même temps de leur offrir des perspectives de retour pour faire bénéficier leur pays des connaissances acquises chez nous. L'effort entrepris depuis quelques années est positif, le ministre l'a rappelé, nous avons l'an dernier accueilli 12 000 étudiants étrangers de plus, nous sommes maintenant à 172 000 étrangers dans nos universités. Mais il faut aussi exporter nos universités, le ministère des Affaires étrangères appuie cet effort d'exportation de nos universités, c'est-à-dire la création de filières francophones dans les pays étrangers. Nous avons environ 200 filières francophones que nous avons encouragées dans le monde, une centaine dans les pays d'Europe centrale, de la Russie à la Roumanie, et nous travaillons maintenant à l'exportation de ces filières francophones sur les pays du Moyen-Orient et ceux du Maghreb, au Maroc, en Tunisie, demain en Algérie, en Egypte et au Liban.

Le quatrième chantier qui nous importe, c'est d'assurer au mieux la présence de la France dans le paysage audiovisuel mondial. C'est une responsabilité confiée par le gouvernement au ministère des Affaires étrangères. Vous savez que la télévision française est une télévision qui s'est peu internationalisée historiquement. En tant que ministère des Affaires étrangères, nous avons la responsabilité d'assurer la présence internationale, d'une part de la télévision publique française et d'encourager les télévisions et les programmes privés français à s'exporter dans le monde. C'est donc l'outil francophone TV5, CFI mais aussi l'appui que nous apportons à TV-FI qui est un organisme qui regroupe les professionnels et les vendeurs de programmes et qui, toute l'année, tournent à travers le monde pour vendre les programmes de la télévision française aux autres télévisions du monde.

C'est un effort aussi pour la promotion du cinéma français, cela se sait peu, mais le ministère des Affaires étrangères participe avec Unifrance à la promotion du cinéma français dans le monde en cofinançant l'organisation de festivals à Yokohama ou Acapulco où l'on présente le meilleur de la production cinématographique française. C'est aussi un appui que le ministère apporte à l'exportation de la musique française. L'année 2000 a été une excellente année, la France n'a jamais vendu autant de disques produits en France dans le monde. Nous avons vendu environ 30 millions de disques, ce qui représente d'ailleurs des recettes importantes de l'ordre de 800 millions de Francs à l'exportation.

Un autre travail qui est peu connu, c'est l'appui que le ministère des Affaires étrangères apporte au "comblage" du fameux fossé numérique.

Deux planètes sont en train de cohabiter, l'une qui est branchée sur Internet et qui va de plus en plus vite, et une autre qui n'a même pas accès à ce réseau des réseaux et donc notre effort, c'est de pouvoir implanter des bornes d'accès mutualisées dans les pays en développement qui permettent aux gens non seulement d'avoir accès à Internet mais aussi, avec des actions de formations, d'avoir accès aux technologies et aux techniques qui permettent d'avoir un usage intelligent de ce nouveau média.

L'autre chantier, le ministre l'a rappelé, c'est la réforme de cet outil formidable que nous avons qui est l'assistance technique. La France est un des seuls pays au monde à mettre à la disposition des Etats étrangers ses meilleurs experts - nous en avons 2 000 ainsi répartis à travers la planète - mais il s'agit de rénover, de réformer cet outil en lui donnant plus de mobilité et encore plus de compétence technique.

Le sixième chantier que nous suivons, le ministre l'a rappelé, c'est repenser complètement l'action de nos centres culturels. Nous avons 151 centres et 168 annexes à ces centres, soit environ 223 centres culturels dans le monde. Nous y consacrons 775 millions de francs. Ils ramassent 200 millions de francs en recette, ce qui fait que pratiquement, ils ont 900 et quelques millions de francs. Cela représente un budget de 900 et quelques millions de francs, avec les recettes qu'ils font sur les cours de français qu'ils donnent dans le monde. Mais cet outil a peut-être vieilli et il faut le repenser complètement, il faut penser à de nouvelles activités dans nos centres, plus branchées sur les nouveaux publics, dans les grandes villes notamment de la planète, et plus branchées sur les publics jeunes. La même chose pour les 1131 Alliances françaises qui existent dans le monde et auxquelles nous participons financièrement, à la fois en leur donnant de l'argent et à la fois en leur fournissant des personnels et des professeurs. Nous organisons environ 11 000 manifestations culturelles dans l'année. Nous organisons 1160 séjours d'artistes étrangers en France ou d'artistes français à l'étranger et dans nos centres culturels, nous avons 162 200 élèves inscrits qui prennent des cours de français - nous y donnons environ 1 million et demi d'heures de cours par an. Ceci représente un enjeu important qui débouche sur la modernisation de la présence artistique française dans le monde. La France n'est pas seulement un pays de patrimoine, c'est aussi un pays de création artistique et un des grands enjeux de notre action, c'est de faire connaître la création artistique contemporaine française. Cela va du ballet, comme ce que nous avons organisé à New York pour la présentation de la jeune création française en matière de ballet contemporain jusqu'à la présentation, à la fin de cette semaine à Venise, d'un artiste français, Pierre Lig, dans le cadre de la Biennale de Venise.

Le septième de nos chantiers, c'est de mieux travailler, en ce qui nous concerne, ministère des Affaires étrangères, pour notre action avec la société civile, aussi bien pour les actions solidarité d' "Aide-Développement" que pour les actions de rayonnement et diffusion culturelle. Il est impossible pour aucune administration aujourd'hui de faire quelque chose d'utile et d'efficace si on ignore le véritable bouillonnement que représentent le mouvement associatif, le mouvement citoyen ou les responsabilités nouvelles que se donnent les collectivités locales (municipalités, départements, régions) dans la coopération internationale. Il nous faut enfin mieux tenir compte de ce que font les organismes multilatéraux (la Banque mondiale, l'Union européenne, les banques régionales de développement, les fonds des Nations unies), mieux articuler notre action bilatérale avec ces énormes machines qui bien sûr disposent de fonds qui sont bien supérieurs aux nôtres.

Enfin, il ne faut pas oublier que notre premier devoir est d'assurer la défense et la promotion du français dans le monde. Ceci passe en plus de l'entretien d'un réseau extrêmement dense de professeurs de français dans le monde, de ce point de vue les chiffres sont encourageants puisque, grosso modo, il y a 4 % par an d'habitants de cette planète en plus qui apprennent le français. Tous les ans, le français en matière d'apprentissage, augmente de 4 %, même si les chiffres globaux de pays francophones n'augmentent pas parce que leur population n'augmente pas autant, l'enseignement du français augmente. Mais ce qu'on constate, c'est qu'il augmente sur des périodes plus courtes, qu'il n'est pas forcément toujours mieux enseigné et qu'il faut donc nous battre sur la qualité de l'enseignement et défendre la place du français comme deuxième langue vivante dans le monde dans les systèmes éducatifs secondaires et supérieurs.

Enfin, notre dernier devoir est de mieux évaluer notre action, savoir arrêter les programmes qui ne marchent pas. Nous avons mis en place tout un système d'évaluation interne et surtout, comme l'a rappelé le ministre au début, être plus transparent donc mieux communiquer et c'est l'occasion que nous avons aujourd'hui d'inaugurer cette série de rendez-vous où nous nous livrons bien volontiers à votre investigation sur ce côté méconnu de l'action du ministère des Affaires étrangères. Nous vous donnons tous rendez-vous de toute façon le 23 juillet au Palais des Congrès où, sous la présidence du Premier ministre, en présence du ministre délégué, M. Charles Josselin, et du ministre des Affaires étrangères, M. Védrine, nous réunirons la force de frappe de ce magnifique réseau international que nous avons. Les 7 000 personnes dont je vous ai parlées ne seront pas toutes là mais plusieurs centaines d'entre elles seront là. Et vous avez un petit aperçu du programme dans les dossiers qui vous ont été donnés et vous êtes bien entendu, chers amis, cordialement invités à participer à cette journée du 23 juillet.

Charles Josselin

Je vais devoir vous quitter. J'ajoute simplement, parmi les partenaires qu'a évoqués à l'instant Bruno Delaye et qui sont essentiels pour nous, il y a les collectivités locales. 2 500 communes aujourd'hui ont été non seulement autorisées mais encouragées par les lois de décentralisation et en particulier la loi de 1992 à agir à l'international. Ils participent aussi considérablement à l'influence à la solidarité de la France. Je voulais le dire, je me prépare à écrire aux nouveaux maires pour les inviter à poursuivre et accentuer même cette présence internationale qui a des retombées extraordinairement positives sur les mentalités aussi de nos concitoyens, et des plus jeunes en particuliers. Voilà, merci mais n'hésitez pas maintenant à torturer Bruno Delaye ! Il a une très bonne santé et je peux dire qu'il aime ça. Au programme, quand on se revoit, on pourra ajouter le Burkina où je vais cet après-midi, mais enfin la liste peut encore s'allonger. Merci, à bientôt."

Bruno Delaye

Q - Sans vouloir dénigrer le beau travail fait par tous vos collaborateurs qui est très impressionnant sans doute, j'ai quand même l'impression qu'on parle des quelques miettes qu'un pays riche veut bien accorder aux pays pauvres, parce que quand même la France ne fait pas partie des pays qui consacrent un grand pourcentage de son PIB à l'aide, au développement, à la coopération. Pourquoi le gouvernement socialiste n'a-t-il pas augmenté son aide au développement pendant ces quatre ans qu'il est au pouvoir ?

R - Alors pour parler des chiffres de l'aide publique au développement, plusieurs commentaires. Nous sommes pour l'année 2000 environ à 0,33 % selon les chiffres du CAD (Comité d'Aide au Développement de l'OCDE), de notre produit intérieur brut. L'objectif qui avait été fixé au début de la décennie 70 était que les pays industrialisés arrivent à 0,7 % du PIB. Il faut reconnaître qu'aujourd'hui il n'y a que 3 ou 4 pays dans le monde qui ont atteint cet objectif, essentiellement en fait les pays nordiques, c'est-à-dire, Danemark, Suède, Norvège et je pense les Pays-Bas et le Luxembourg. La France en étant à ce niveau reste cependant très largement au-dessus de la moyenne générale des pays de l'OCDE. La moyenne générale des pays de l'OCDE, c'est 0,22, donc on est dans la moyenne supérieure de la classe, on n'est pas les plus mauvais élèves de la classe. Et dans la classe G7, c'est-à-dire les riches, les super-riches, on est numéro un du G7. La moyenne du G7 c'est à (je ne vais pas citer les mauvais élèves du G7) 0,19 donc nous sommes à peu près à 30 % au-dessus de la moyenne de ce que font les autres pays du G7. Bon, ce n'est pas parce que d'autres pays font moins qu'il faut s'estimer satisfaits avec ce que nous faisons. Alors, les chiffres ont baissé depuis effectivement l'année 1994 où nous avons atteint pratiquement 0,65 % du PIB et on était arrivé effectivement pratiquement à cet objectif mythique qu'on s'était fixé au début des années 70 des 0,7. On était arrivé haut parce qu'à cette époque-là il avait fallu accompagner la dévaluation du franc CFA qui s'est faite en 1994 et on a mis en place un système d'aide budgétaire qui s'est faite en 1994, un système budgétaire extrêmement important. Mais depuis, ce qui c'est passé, c'est plusieurs choses. Premièrement, la dévaluation du franc CFA a marché, l'aide budgétaire n'a plus été nécessaire. Deuxièmement, en dehors des pays de la zone franc ou même dans le cas de la zone franc, il y a des pays qui sont rentrés en situation de guerre ou de crise profonde. Je vais prendre un exemple : le Congo ; la République démocratique du Congo. Voilà deux pays qui sont rentrés dans des situations de crises profondes où, de facto, la France, mais pas seulement la France, le reste de la communauté internationale n'a plus été en mesure de décaisser aucune aide, sauf, et on va le retrouver, mais on ne retrouve pas ces chiffres dans les chiffres de l'APD, sous forme d'opérations de maintien de la paix. Si nous avions, nous, Français, à introduire dans les chiffres de l'APD, notre participation aux opérations de maintien de la paix, et nous sommes là un très bon élève, je crois même le meilleur de la communauté internationale, il faudrait rajouter 1,4 milliard de francs. Pour vous donner un exemple, les opérations de maintien de la paix à Timor, cela représente sur notre budget de l'ordre de 380 millions de francs français par an. Alors Timor, c'est un pays en voie de développement. A Timor, aujourd'hui, on ne peut pas mettre en place, on est en train de commencer à mettre en place des programmes de développement qui rentreraient dans les chiffres de l'APD, mais avant d'arriver à des programmes d'aide publique au développement, il faut déjà assurer le maintien de la paix civile, sinon ce n'est même pas la peine d'essayer de penser développer des programmes d'exploitations forestières, des programmes d'éducation, des programmes même ne serait-ce que de reconstruction. Donc, une grande partie de l'aide publique que traditionnellement nous faisions comptabiliser au CAD comme APD française s'est transformée aujourd'hui en dépense pour des opérations de maintien de la paix. Ceci correspond malheureusement à une dégradation du paysage dans certains pays du Sud. Alors pour l'Asie, c'est Timor, pour le reste de l'Afrique la liste est longue.

Q - C'est un échec de la politique française ?

R - Je pense qu'elle est collective parce que Timor je ne vois pas en quoi concernerait uniquement la politique française, il faudrait qu'on discute sur le partage des responsabilités. Sierra Leone, il faudrait aussi qu'on discute du partage des responsabilités. La Somalie, il faudrait qu'on discute du partage des responsabilités. L'Ethiopie et l'Erythrée, il faudrait qu'on discute du partage des responsabilités. Le Liberia, il faudrait qu'on discute du partage des responsabilités. Le Congo, il faudrait qu'on discute du partage des responsabilités, et ainsi de suite. C'est une longue litanie dans laquelle la France estime aujourd'hui bien sûr qu'elle pourrait faire mieux mais je ne pense pas que nous soyons les premiers qui aient à rougir. D'abord, pour deux raisons. La première, c'est que quand on met bout à bout toutes les aides bilatérales qu'apportent les uns et les autres, nous restons pour le continent africain de loin le premier bailleur de fonds bilatéral et de très loin. Deuxièmement, quand s'organise une conférence de chefs d'Etat en Afrique où la France participe, c'est l'ensemble de l'Afrique qui vient. S'il n'y avait rien à discuter parce que notre politique n'était qu'une longue litanie d'échec, les gens ne prendraient même pas la peine de se déplacer, ou à la rigueur ils nous insulteraient à distance. Ce n'est pas le cas. Donc, je n'ai pas de signes si vous voulez de dire que la politique de la France en matière de développement est un échec, est un long échec et que finalement on est minable et misérable. Simplement, je ne suis pas en train de dire qu'on est parfait. On a à faire aussi notre travail d'amélioration permanente. De se poser la question, mais c'est une question que tout le monde doit se poser et pas seulement nous : qu'est-ce qui a fait que ça n'a pas marché ? Mais il ne faut pas baisser les bras. Et nous ne sommes pas fatigués de l'aide, nous ne sommes pas de ceux qui pensent que, et bien, finalement, l'aide au développement ça consiste à faire un chèque tous les ans à la Banque mondiale, en disant "occupez-vous en", on va faire un chèque à une ONG en disant "ça y est, j'ai fait mon devoir, j'ai fait ma charité, maintenant je n'en parle plus, envoyez-moi vos remerciements, à l'année prochaine, faites votre travail". Nous pensons que ça reste une mission de service public de République, c'est à dire qu'il est légitime que l'Etat français continue à employer les meilleurs de ses agents dans des transferts de technologie, d'employés à réseau de 2000 coopérants, payés par l'Etat français au service des gouvernements étrangers pour les aider à monter en place des systèmes de magistrature, des systèmes de contrôle de comptabilité, des administrations fiscales, des administrations portuaires, des administrations douanières ; organiser les paysans et les planteurs de café, de coton, de cacao ; organiser des centres de recherches ; former des journalistes et des gens de médias.

Nous pensons que tout ceci continue de relever d'une mission de service public. Et nous continuons à y mettre de l'argent, peut-être à tort, mais en tous cas on ne se désespère pas et on continue à le faire. Cela ne nous interdit pas de nous poser la question effectivement d'améliorer constamment l'outil. Nous l'avons fait avec la réforme et mettant en place deux outils distincts, l'un qui est l'AFD, l'Agence française de développement, qui est une des meilleures agences internationales d'aide au développement au point que maintenant certains organismes multilatéraux pensent à lui confier pour actions leur argent, en disant "faites pour nous parce que vous savez faire, vous avez les équipes, vous avez les développeurs sur le terrain". Je peux vous dire qu'en Afrique du Sud par exemple, l'Agence française de développement avec 1,4 milliard de francs qui ont été engagés depuis le changement politique en Afrique du Sud a pu toucher 1 million de personnes dans les townships. Vous savez ce que sont que les townships en Afrique du Sud où est concentrée la population noire d'Afrique du Sud, en leur amenant l'eau potable et l'électricité. Cela fait plaisir, on se sent fier d'être Français quand on voit ça, quand on est allé le visiter avec le Premier ministre la semaine dernière. Mais je suis d'accord, on n'est pas parfait, loin de là, on a à s'améliorer. Excusez-moi pour ce long plaidoyer.

Q - Monsieur le Directeur, s'agissant du Sida, ponctuellement, qu'est-ce que va devenir le FSD aux initiatives, d'une part de l'ONU et surtout peut-être de l'Union européenne ? D'autre part, le ministre a rappelé tout à l'heure que le Sida et les problèmes de santé en général, ce n'est pas seulement les médicaments. On sait très bien que tout ce qui est économique, social, culturel est au moins aussi important voire plus important que l'intervention technique dans ces questions. Donc, comment la France pense-t-elle agir dans ce domaine, qui sont un peu les conditions de l'amélioration de l'état de santé qui est elle-même une des conditions primaires, au bon sens du terme, du développement. Et justement, vous reparliez de l'assistance technique. Vous savez très bien, que depuis qu'il n'y a plus vingt ou trente mille (il y en a encore deux mille), mais il y a eu vingt ou trente mille assistants techniques sur le terrain, notamment en matière de santé, et je parle de ce qu'on appelle pudiquement les périphéries, c'est-à-dire, en dehors des capitales et notamment en Afrique, le quadrillage fixe ou itinérant qu'assuraient ces assistants la plupart du temps n'a été remplacé pour rien, souvent parce que les professionnels locaux n'avaient pas été suffisamment formés, mais aussi parce que pour des raisons qui ne sont pas seulement bassement financières, ils avaient du mal à aller à la périphérie. Cela tient notamment à l'isolement professionnel, social, etc. Alors, concrètement, qu'est-ce que la France compte faire dans ce domaine, parce que Bernard Kouchner la semaine dernière parlait de jumelage entre hôpitaux français et hôpitaux africains, oui, mais si la France ne fait rien dans l'économique, le social, les travaux publics, les gens qui sont dans les villages, ne serait-ce qu'à vingt kilomètres de l'hôpital, ne bénéficieront jamais du service, parce qu'ils ne pourront pas y aller, ils n'auront pas été informés, ils n'auront pas les transports, etc., etc.

R - Alors, d'abord, sur le Sida, comme je vous le disais, pour nous, tous ceux qui depuis plusieurs années lançaient des cris d'alarme, on ne faisait pas que lancer des cris d'alarmes, on avait commencé sur le terrain en disant "on va se réveiller en plein cauchemar si l'on ne s'attaque pas vraiment de façon sérieuse au problème", pour parler de l'Afrique où le problème est devenu vraiment dramatique. Quand vous revenez d'Afrique du Sud, quand vous vous rendez compte qu'il y a pratiquement 20 % de la population féminine des jeunes filles qui ont entre 20 et 24 ans qui sont contaminées, c'est impressionnant, quel avenir se prépare-t-il ? C'est devenu catastrophique. Alors, heureusement, aujourd'hui, le monde a enfin ouvert les yeux. Mais, là encore, nous sommes fiers d'avoir été les pionniers sur ce sujet et en disant que la question du Sida en Afrique, ce n'était pas simplement la distribution de capotes dans les écoles. C'était aussi la légitimité de pouvoir proposer aux gens de se faire des tests, et si on leur dit vous vous faites des tests, on leur dit il y a une solution, ou il y a un palliatif si jamais vous êtes séropositif, vous pouvez avoir accès aux thérapies. Sinon, pourquoi faire faire des tests ? Et donc cela pose plein de problèmes. Le premier, c'est celui de l'accès financier. Heureusement, la communauté internationale vient de bouger et maintenant les compagnies pharmaceutiques ont accepté le système du double prix, ou bien alors d'autres pays, grâce à la nouvelle législation de l'OMC, peuvent donner des licences obligatoires pour produire des génériques sur place, ce qui est aussi bien à des coûts compétitifs. Mais se pose le problème de la distribution de ces médicaments, le problème des procédures et des protocoles pour que les gens puissent suivre de façon sérieuse ces thérapies. Là, on tombe sur le problème du système de santé, et effectivement Bernard Kouchner propose un début de solution de passer par les structures hospitalières, parce qu'il faut bien commencer quelque part. On commence au moins par les hôpitaux, on ne peut pas commencer partout. Et même l'OMS dit qu'on ne va pas pouvoir avant cinq ans faire accéder plus de 1 million et demi ou 2 millions aux thérapies en Afrique, alors qu'ils sont plusieurs dizaines de millions à être atteints. Mais, au moins, il faut commencer par quelque part. Bernard Kouchner propose avec un certain nombre de pays européens qu'on commence par les structures hospitalières. En ce qui nous concerne, en termes d'effort budgétaire, je vous rappelle que depuis un certain nombre d'années nous mettons environ 100 millions de francs par an dans la lutte contre le Sida dans les pays de la ZSP, que nous entretenons environ une centaine de coopérants dans le secteur de la santé, et bien entendu ils sont beaucoup concentrés sur le Sida mais pas seulement. Il y a aussi les autres pandémies, tuberculose et malaria, qu'il ne faut pas perdre de vue et qu'il faut continuer d'essayer d'éradiquer. Deuxièmement, nous avons décidé que dans l'effort d'allégement de la dette, parce que ça, ça me ramène à la question que vous posiez Monsieur sur notre chiffre d'APD, nous espérons à la fin de l'année 2001 et en 2002 remonter à nouveau parce que va rentrer à ce moment-là en ligne de compte, l'effort que la France va entreprendre pour effacer la dette des pays les plus endettés. Et cela va représenter environ 3 milliards de francs supplémentaires par an comme effort budgétaire pour la France qui vont s'ajouter à l'aide de l'APD. Cela ne rentre pas encore en ligne de compte parce qu'il faut que ces pays aient atteint leur point de décision qui est décidé en accord avec le FMI et la Banque mondiale.
(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 12 juin 2001)
Mais nous pensons que dans notre effort bilatéral, quand on va dire à un pays "tu nous devais 100, on ne te le réclame plus", on va lui dire "mais sur les 100 que tu devais nous donner, gardes-en 10 pour la lutte contre le Sida et on est prêt à t'aider, à te fournir l'expertise qu'il faut pour que tu les consacres à la lutte contre le Sida et surtout ne va pas t'acheter des armes avec, s'il te plaît". Troisièmement, nous allons participer au nouveau fonds international qui est en cours d'être annoncé, qui va être finalisé dans les semaines qui viennent entre le Sommet de Gênes et l'Assemblée spéciale des Nations unies à New York, et qui devrait représenter, on l'espère, en première année, environ 1 milliard de dollars consacré à la lutte contre le SIDA dans les pays en voie de développement. La France y participera à hauteur de 150 millions d'euros, à comparer aux 200 millions de dollars annoncés par le président Bush. Nous sommes pour le moment le deuxième contributeur en volume.

Q - Je suis désolé de remuer un petit peu le couteau dans la plaie mais il me semble quand même que d'une façon récurrente ici, le thème de déclin de la politique culturelle de la France revient, c'est quand même indicatif. Est-ce que réellement vous ne vous interrogez-vous pas sur la raison pour laquelle aujourd'hui systématiquement cette question du déclin se pose parce qu'effectivement, à vous entendre, il y a un effort développé, mais pour autant la France doute de son influence dans le monde aujourd'hui. Qu'est-ce que cela vous inspire concrètement comme réflexion ?

R - On y pense tout le temps. On est très lucide. La France de 2001 n'est pas la France de 1901. La France de 1901 n'était pas la France de 1801. Alors tout dépend de ce qu'on appelle par influence et sur quoi le monde a profondément changé. Les cultures se mélangent. Il y a une espèce ce "world culture" qui apparaît. Est-ce que c'est un bien ? Est-ce que c'est un mal ? Ce n'est pas à nous forcément d'en décider mais en tous cas de penser qu'il faut défendre le droit à la diversité culturelle, de la même façon qu'il y a le droit ou il faut préserver la diversité biologique sur la planète, il est important aussi de défendre et de prendre les moyens de défendre des possibilités d'expression culturelle différente. Alors, en terme de quantité, bien sûr, si vous raisonnez, la France, c'est 1 % de la population mondiale et sa production intellectuelle, elle est à peu près l'équivalente en quantité de ce qu'est sa production commerciale. Nous devons représenter 5-6 %, 7% les bonnes années, des échanges mondiaux des biens et marchandises qui s'échangent sur la planète. Et 6-7 %, c'est aussi le poids en quantité de la France dans l'édition, dans le cinéma c'est un peu moins, dans les images télévisées, dans la musique. Mais ce n'est pas simplement en terme de quantité que cela se mesure, c'est aussi en terme de capacité d'influence. Aujourd'hui, le véritable enjeu quasi-civilisationnel, c'est l'organisation de la vie commune sur la planète. Est-ce que les Etats - parce que c'est à travers la structure des Etats qu'on doit y arriver -, réunis entre eux, réussiront à se mettre d'accord sur un minimum de règles de vie commune qui fait que le fait de vivre sur cette petite planète soit encore possible, habitable et normal, c'est-à-dire qu'on ne soit pas tous à saccager la mer en pensant que les déchets iront chez les voisins, pour parler de l'environnement, ou parler de façon plus générale de la protection de la production des biens globaux. L'enjeu étant celui-là, je ne peux pas dire que dans ce domaine, l'influence de la France soit négligeable ou en recul. Ce n'est pas le cas. Je ne peux pas dire qu'en matière littéraire, en matière musicale, en matière cinématographique, l'influence de la France soit en recul ou en retrait. Je ne peux pas dire que la langue française soit en recul ou en retrait - là, on peut parler de chiffres - : ce n'est pas le cas. Alors après, vous êtes dans le domaine du subjectif et là on peut discuter à l'infini et cela fait depuis 1801, pour prendre cette date, qu'on en discute. Est-ce que cela avance ? Est-ce que cela recule ? On est dans le domaine du subjectif. Nous, on fait avec des données. On a des états d'âmes bien sûr, toute la journée. Toute la journée, on se pose des questions, on n'est jamais sûr de nous, mais on n'est pas de ceux qui choisissons de nous lamenter ou de vivre dans la nostalgie d'un passé révolu. On essaie d'être concret. Nos objectifs sont ceux que je vous ai indiqués. Ce sont des chantiers extrêmement concrets : accueillir des élites françaises. Douze mille étudiants étrangers de plus en France, pour nous c'est un pas concret.

Q - Qu'est-ce que vous inspire le fait que le français ne soit plus une langue diplomatique très bientôt au sein de l'Union européenne ? Est-ce que cela, ce n'est pas un refus concret du français sur la scène internationale ?

R - Bien sûr c'est mieux si le français est la langue diplomatique, si le français avait continué d'être la langue telle qu'elle était parlée à la Cour de Prusse. L'influence d'un pays bien sûr se mesure à sa langue, mais aussi au contenu, à ce qu'il est capable de proposer. Les gens ne vont pas apprendre le français pour apprendre le français. Le véritable enjeu pour nous, et moi ça ne me dérange pas que cette information les gens y accèdent en anglais, en espagnol, en chinois, c'est aussi de faire accéder les gens aux valeurs dont nous sommes porteurs, aux propositions pratiquement de civilisations dont nous sommes porteurs. C'est ça qui m'intéresse. Et après, le français viendra en supplément. Mais si nous nous crispons sur une défense rigide de la langue française pour défendre la langue française au nom d'une grandeur passée, on n'arrivera pas à grand-chose. Mais aujourd'hui la France est un formidable intellectuel collectif, créatif et de pensée, qui, je vous l'assure, attire beaucoup, énormément au travers du monde entier. Et donc c'est ça qu'il faut proposer aux gens comme proposition.

La vraie proposition, c'est "ayez accès à ce que nous sommes, à travers la langue française, mais si ce n'est pas à travers la langue française, ce n'est pas grave, ça ne nous dérange pas". Je ne vais pas me battre contre l'anglais. L'anglais est devenu la langue internationale que tout le monde utilise. Ce n'est pas gênant. Simplement, il faut que le français puisse exister comme option en plus. Tous les enfants en Europe ont l'anglais en première langue dans les systèmes scolaires, mais il faut faire en sorte qu'il y ait aussi une deuxième langue étrangère qui soit apprise dans le système scolaire secondaire. Et là, le français aura toute sa place. Et le français progresse de façon vertigineuse dès qu'un pays décide de rendre obligatoire l'enseignement d'une deuxième langue vivante.

Q - Vous savez qu'Haïti est une terre francophone très ancienne et les intellectuels et la jeunesse haïtienne se posent beaucoup de question actuellement quant à l'engagement culturel de la France en Haïti. Je situerai ma question précisément sur le blocage de la construction de l'institut français d'Haïti, du nouveau local de l'institut français d'Haïti, alors la question est la suivante : est-ce que c'est un recul de l'action culturelle de la France en Haïti ou est-ce qu'il faut attribuer ça à autre chose ?

R - Il n'y a pas de blocage. On est en train de construire un centre culturel. On discute ferme avec l'architecte parce que l'architecte veut nous faire construire pour un certain nombre de mètres carrés un bâtiment qui revient plus cher au prix du m² que sur les Champs Elysées. Donc, voilà, on discute avec l'architecte. Il dit que cela doit coûter 30 millions, et cela doit en coûter 23 pour être précis. Donc on discute ferme avec l'architecte mais le centre, on va le construire. Il n'y a pas de blocage, c'est une discussion ferme avec l'architecte.

Q - Cela fait combien de temps que la discussion dure ?

R - Cela fait six mois. Six mois parce qu'il nous menace avec ses avocats mais je suis désolé, mais on est comptable de l'argent du contribuable français. Moi je ne peux pas tout mettre dans un bâtiment, je ne peux pas mettre tout l'argent du contribuable français dans un bâtiment. Je suis obligé de faire attention où va l'argent. Donc 23 millions ça me suffit largement et c'est le montant qui a été fixé dans l'appel d'offre. L'architecte a eu à concourir pour 23 millions de francs, il n'a pas eu à concourir pour 30 millions de francs. Donc pas de dépassement.

Q - Que pensez-vous de l'initiative Lamy pour parler de développement ?

R - Elle est excellente, la France l'a appuyée.

Q - Mais apparemment à Bruxelles, elle n'a pas avancé beaucoup.

R - Pourquoi n'a-t-elle pas avancé ? On en a discuté au moment de la conférence des PMA. C'est une position officielle de l'Union européenne. Je ne vois pas où est le problème.

Q - Donc concrètement que va-t-il se passer ?

R - C'est l'ouverture des marchés européens aux produits des pays ACP, tout sauf les armes, c'est clair.

Q - D'ici 2009 ?

R - Vous voulez parler du calendrier ? Oui, tout à fait, il y a un calendrier pour y arriver, oui tout à fait. Mais c'est jusqu'à présent l'initiative la plus généreuse jamais prise par aucun groupe de pays industrialisés en faveur des PMA.

Q - Est-ce que vous avez la possibilité, là, de me dire quel est le budget que vous consacrez à l'éducation et la formation d'une part et à la coopération universitaire et scientifique d'autre part ? Et, est-ce que vous pourriez me dire aussi ce que vous envisagez en matière de développement de l'enseignement de la formation à distance ?

R - Alors, là comme ça à brûle-pourpoint, il faudrait que je retrouve dans mes notes, parce que votre question est très large. Ce que nous consacrons à l'éducation et la formation ? Mais, le monde entier, tout compris ?

Q - Oui, s'il vous plaît.

R - C'est colossal.

Yves Saint-Geours :

R - La formation supérieure : 1 milliard.

Bruno Delaye :

R - Yves Saint-Geours, directeur général Adjoint de la DGCID.

Yves Saint-Geours :

R - Alors, formation supérieure : 1 milliard de francs, donc c'est un peu plus de 500 millions de francs de bourse, le reste en filières, en dispositifs divers et variés. Et alors la coopération éducative qui a un élément fort de solidarité, c'est de l'ordre de 300 millions de francs.

Q - Dans les FSP ?

R - Oui, dans les FSP. Il y avait une autre question. L'enseignement à distance, on a une véritable difficulté qui est la suivante, c'est que nous, nous sommes une interface et il faut à tout prix que la capacité française s'organise mieux. Les différents dispositifs, notamment le Centre national d'enseignement à distance (CNED), la FIED, le CNAM ont des choses mais se sont encore mal organisées pour produire véritablement en ligne les dispositifs. Et, nous sommes en quelque sorte, un peu en attente d'une bonne organisation de l'offre française pour pouvoir promouvoir. On s'en est rendu compte plusieurs fois dans les dernières années, soit parce qu'on a eu un petit peu le défi par exemple de la Banque mondiale et de son université virtuelle africaine qui est venue nous dire "mais alors qu'est-ce que vous faites ? Est-ce que vous ne pouvez mettre en ligne des cours en français, etc.", soit parce que précisément, nous avons tout de suite avec nos centres culturels, nos filières universitaires, pris ce train-là. Alors, on aide, on appuie, on va encore faire une table ronde lors de nos prochaines journées du réseau sur ces questions de l'enseignement virtuel. On le fait aussi pour les cours de français puisqu'on essaie de mettre en oeuvre un dispositif de cours de Français en ligne. Cela existe déjà. Il y a déjà des morceaux en quelque sorte qui sont prêts mais on a quand même encore un problème de pouvoir mobiliser une offre articulée qui va nous permettre de franchir un pas au-delà de choses un tout petit peu artisanal. Voilà ce que je pourrais dire.

Bruno Delaye

R - Pour l'enseignement du Français à distance et les méthodes de nouvelles technologies, donc là on finance directement, on intervient directement en tant que ministère des Affaires étrangères pour la production de matériel (vous avez une fiche dans les dossiers qui vous donnent la liste des produits déjà réalisés). Il y a des produits qui sont en cours de fabrication pour appuyer l'enseignement de la langue française, y compris d'ailleurs aux communautés européennes, pour défendre l'usage du Français comme langue diplomatique à Bruxelles. Et en ce qui concerne le reste, c'est-à-dire la diffusion de savoirs par Internet, là ce n'est pas nous qui sommes les producteurs de savoir, c'est aux universités, c'est au centre de recherches français de s'y attaquer.


Q - J'aimerais avoir une petite évaluation de votre travail avec les ONG. Je crois que c'est quand même une approche un peu nouvelle et on aimerait voir à quel point c'est encourageant, et s'il y a des exemples et des chiffres.

La deuxième question est une question un peu particulière qui peut paraître pas très importante, mais je suis sûr que ça l'est pour vous en tous cas, vous savez qu'il y a beaucoup d'étrangers qui viennent s'installer en France, spécialement des travailleurs émigrés, et qui bénéficient de quelque chose d'extraordinaire donc, c'est la gratuité de l'enseignement dans le public. Il se trouve que pour un certain nombre d'entre eux, il leur arrive de rentrer chez eux et là, ils sont confrontés à un problème plutôt dramatique je dirais, c'est qu'ils doivent payer l'enseignement de leurs enfants dans des établissements français. Je ne sais pas si vous avez pensé à ce problème.

R - Si, on y a pensé. C'est pour cela qu'il y a des bourses. Il n'y en a pas assez bien sûr. Vous parlez de ceux qui rentrent dans leur pays et qui veulent mettre leurs enfants au lycée français à Rabat ou à Tunis, c'est ça ? Et qui aura à faire à des frais d'écolage ?

Q - Oui parce qu'il y a un autre programme à 5000. Ici ils payent pas et là-bas ils payent.

R - Oui, on fait notre possible vous savez. On y met 2 milliards dans ça. Les parents mettent deux autres milliards mais c'est un système qui doit être financé à parité entre les parents et l'Etat français. On ne peut pas, on est arrivé aux limites de ce que nous pouvons demander aux contribuables français en la matière. Et du coup, cela m'a fait perdre de vu votre première question.

Q - Les ONG ?

R - Les ONG. Alors, il y a une formidable montée en puissance du travail du ministère des Affaires étrangères avec le monde associatif et avec le monde non gouvernemental en général, c'est-à-dire les associations, les organisations de solidarité internationale et aussi les collectivités locales. Et M. Josselin est un des grands promoteurs de cette montée en puissance du ministère des Affaires étrangères sur ce nouveau champ. En terme budgétaire, cela se traduit par le fait qu'environ 200 millions de francs de notre aide au développement intervient par ce canal. C'est beaucoup et pas beaucoup. Mais il y a une raison historique au fait que ce ne soit pas beaucoup. C'est que comme je vous l'ai dit, l'aide publique au développement est dans la tradition française une tradition de service public. C'est-à-dire que dès le début, dès les indépendances grosso modo des pays colonisés, nous avons considéré qu'il était du devoir de l'Etat d'assurer une politique d'aide publique au développement en ayant des fonctionnaires sur place, des missions d'aide et de coopération, des coopérants techniques, une agence particulière qui était l'AFD, la caisse centrale autrefois, bref que c'était une mission qui incombait à l'Etat. Et à la différence de la tradition d'autres pays, nordiques par exemple, où il n'y a pas eu cette tradition de service public d'aide au développement et où finalement l'aide publique a pris le canal soit de l'Europe à travers le FED naturellement, soit d'ONG ou d'associations internationales. Donc, dans le cas français, c'est quelque chose de nouveau mais c'est une montée en puissance que nous souhaitons accompagner. En ce moment, on est, je vous dis, à environ 200 millions de notre aide publique qui transitent directement par ce canal, c'est-à-dire que c'est de l'argent que nous donnons à Paris aux ONG pour faire. Et puis, il y a aussi, quand nous mettons en oeuvre des projets sur le terrain, le fait que 80 % pratiquement des projets que nous mettons en oeuvre, nous le faisons avec la société civile locale. Quand par exemple, nous mettons en oeuvre un projet de formation aux maladies du cotonnier, des planteurs de coton au Mali, on le fait avec les associations de planteurs de coton. Quand on fait un projet d'appui à la comptabilité ou à l'utilisation des méthodes modernes de comptabilités dans les PME au Sénégal, on le fait avec la chambre de commerce locale qui est une association d'une certaine façon non gouvernementale. Disons que, aujourd'hui, à travers l'instrument privilégié que nous avons à notre disposition qui est le FSP, le Fond de solidarité prioritaire, je dirais que 60 à 70 % des actions que nous entreprenons passent par le monde associatif local. Le reste pas toujours parce que si on travaille en matière de justice par exemple ou l'Etat de droit ou de formation de douanier, on ne va pas passer par des ONG, on va passer par des structures de l'Etat.

Q - Il faut que je revienne sur l'initiative Lamy : est-ce qu'il y a des mécanismes ou des structures mis en place pour aider les PMA à accéder au marché européen. Je sais qu'il existe déjà le COL et ACP par exemple.

R - Bien sûr.

Q - Mais, en dehors de ça, il y a un tel "gap", d'ailleurs le ministre en parlait, notamment en terme de normes et c'est un travail considérable, alors est-ce qu'il y a concrètement quelque chose de fait dans ce domaine ?

R - Oui, mais c'est colossal ce qui est fait dans ce domaine. C'est un des gros morceaux de notre action en terme d'APD. C'est favoriser la possibilité de ces pays d'accéder, ou que leur production accède, au marché international. Vous avez tout à fait raison. Il ne suffit pas simplement d'ouvrir le marché en disant "welcome" et puis d'attendre. Il ne se passera rien. Il faut aussi faire de la formation technique d'exportation, former les gens sur les normes parce que pour que les produits puissent rentrer, il faut qu'ils soient conformes aux normes sanitaires, au calibrage, aux normes réglementaires, aux normes de sécurité de nos marchés. Donc c'est un gigantesque travail et la coopération française y travaille énormément. De la même façon qu'il faut aussi offrir à ces pays les possibilités de financer l'investissement qui va leur permettre d'exporter leur production et pas simplement les gros financements, mais aussi ça passe par les micro-crédits, le développement d'un tissu des petites entreprises. Cela passe aussi par des ONG. Vous avez l'ONG de Barratier, "Gris Sud" qui fait un travail formidable et ces gens exportent sur le marché européen des produits vivriers qui sont produits dans la périphérie des grandes zones urbaines africaines.

Q - Vous avez cité des chiffres des engagements français dans les cas spécifiques. Dans la culture, est-ce que vous pouvez nous citer un chiffre ?

R - Là je ne l'ai pas directement sous la main, je ne sais pas s'il y a quelqu'un qui l'a. L'aide à la production je dirais que cela doit représenter bon an, mal an, environ 200 millions de francs, on doit y mettre à peu près l'équivalent de 200 millions de francs. Mais ça, c'est à la louche, je n'ai pas le chiffre sous la main.

Q - Il faudrait ajouter les aspects juridiques.

R - Exact. Notre aide comporte une politique de formation au droit, au droit des affaires, à tout ce système, notamment en Afrique, et l'AFD.

Q - Je souhaitais poser une question parcellaire sur TV5. On parle beaucoup de concertation, on parle beaucoup de transparence et je lis dans votre fiche que les choses sont en train de s'organiser à TV5 qui est un outil culturel mais qui pourrait être aussi un outil économique plus important pour nos opérateurs français dans le monde. Est-ce qu'il est prévu une grande concertation Internet comme vous l'avez fait par exemple pour l'accès aux fonds multilatéraux public-privé, comme vous allez le faire je pense pour un autre service encore, ou est-ce qu'on va rester aux discussions entre hauts- fonctionnaires ?

R - Je n'ai pas bien compris. Qu'est-ce que vous souhaitez ? Que le public intervienne ?

Q - Oui, vous avez prévu qu'il y ait des concertations par les biais d'Internet pour certaines opérations.

R - Oui mais sur TV5 qu'est-ce que vous souhaitez précisément sur TV5 ?

Q - Je souhaite que les utilisateurs de TV5, ceux qui sont concernés, notamment les opérateurs français dans le monde qui regrettent parfois que l'image de la France moderne, la France technologique ne soit pas bien présentée, puissent dire quelque part ce qu'ils souhaiteraient avoir comme outil télévisuel à travers la Francophonie, mais puisque c'est les Français qui payent le plus, ils peuvent l'utiliser aussi.

R - C'est qui les opérateurs ? C'est les entreprises ?

Q - Les entreprises qui sont des gens qui sont basés dans le monde, c'est des Français de l'étranger si vous voulez.

R - Oui, alors là on rentre dans un vrai débat. TV5 dans notre sens à nous, ministère des Affaires étrangères n'est pas un outil pour les Français de l'étranger, c'est un outil pour le rayonnement culturel de la France et pour faire accéder les larges masses mondiales à la beauté de la culture et des images françaises. Donc ce n'est pas un outil pour les communautés françaises expatriées. Ca, on a tout faux si on fait ça. Alors bien sûr, ils sont les bienvenus comme auditeurs mais ce n'est pas le sens du produit.

Q - Mais l'image française c'est aussi une image économique, on ne produit pas que de la culture, on produit aussi des objets.

R - D'accord. Le pari c'est de faire une télévision généraliste grand public qui offre des news, de la fiction et des images éventuellement, c'est cher, du sport. C'est ça l'idée. C'est ça que nous visons. Nous visons les publics francophones au sens large dans le monde, et même ceux qui ne sont pas francophones, en offrant le sous-titrage partout où nous le pouvons. Et si on devait se fixer simplement à la communauté française expatriée, notre bassin commercial serait trop réduit. Notre public c'est 134 millions de gens qui aujourd'hui techniquement ont la possibilité de recevoir les images de TV5. Alors que les Français qui sont établis dans le monde sont moins de deux millions.

Q - Ils ne se voient pas uniquement comme spectateurs, ils se voient comme bénéficiant d'une image française beaucoup plus dynamique.

R - Mieux TV5 sera, mieux se porteront les exportations françaises. Donc notre travail est d'améliorer la qualité de l'image de TV5. C'est pour cela qu'on a fait un gros travail de discussion avec nos partenaires pour arriver à une réforme des structures de TV5 qui fait qu'aujourd'hui, tous les signaux, sauf le signal québécois, seront produits à partir de Paris, en régie à partir de Paris avec on l'espère une amélioration des grilles notamment sur l'Amérique.

Q - Et quand aurons-nous des informations sur le nouveau TV5 ?

R - Vous les aurez j'espère le 1er juillet parce que c'est à cette date-là que nous serons en mesure de présenter la nouvelle grille Amérique.

Q - Où en est le projet de réouverture des autres centres cultures s'agissant d'Annaba, Oran et Constantine ? On parle de prochainement dans le rapport. Est-ce qu'il y a des échéances qui ont été fixées ?

Yves Saint-Geours

R - Théoriquement pour Alger c'est fait, et théoriquement pour ces trois centres ce sera effectivement pendant l'année 2001. Il va de soi que pour nous la réponse est "nous sommes en situation de les rouvrir". Bien entendu, il y a d'autres éléments qui peuvent intervenir.

Je vous remercie.

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 12 juin 2001)

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