Interview de M. François Bayrou, président de l'UDF, dans "Libération" du 9 juin 2001, sur le refus de l'Irlande de ratifier le Traité de Nice et sur sa proposition d'organiser un référendum en France. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Bayrou, président de l'UDF, dans "Libération" du 9 juin 2001, sur le refus de l'Irlande de ratifier le Traité de Nice et sur sa proposition d'organiser un référendum en France.

Personnalité, fonction : BAYROU François, QUATREMER Jean.

FRANCE. UDF, président;FRANCE. Force démocrate, président

ti : François Bayrou, président de l'UDF et député européen, estime que le président de la République doit, après le non irlandais, organiser un référendum sur le traité de Nice, comme l'avait fait François Mitterrand en 1992, après le rejet par les électeurs danois du traité de Maastricht.


Le traité de Nice a-t-il encore un avenir ?

J'espère que le non irlandais signifie que ce traité néfaste est mort avant d'avoir vécu. Il ne faut pas oublier que c'est le peuple le plus européen de l'Union qui a rejeté le traité. C'est, pour moi, le résultat direct de toutes les ambiguïtés de ce texte : on récolte à Dublin ce que l'on a semé à Nice. Le citoyen européen veut comprendre ce que l'on fait en son nom, et il veut avoir son mot à dire sur ce qui se décide en Europe. Or, il n'y a pas 1 % des citoyens qui ait été informé par le gouvernement de ce qu'il y a dans le traité de Nice, et qui puisse donc comprendre cette mécanique nouvelle. En outre, c'est une Europe moins efficace, moins unie, moins démocratique que l'on est en train de construire. C'est donc une réaction de bon sens des citoyens irlandais qui leur a fait écarter ce traité-là. La vérité est que l'Europe que l'on a construit à Nice, c'est le contraire de ce que les peuples souhaitent, et le contraire de l'intérêt européen.

Ce refus du traité de Nice n'est pas uniquement le fait d'électeurs proeuropéens.

Il est vrai que chaque citoyen irlandais avait ses raisons, et qu'elles ne sont pas toutes bonnes. Mais tous ensemble, ils ont eu raison. Ils ont dit non en leur nom et en celui de tous les autres peuples européens, que personne ne songe à informer, et encore moins à consulter.

Les autres gouvernements semblent décidés à poursuivre les procédures de ratification comme si de rien n'était.

Effectivement, une fois de plus, les gouvernements vont essayer de ruser. Mais on ne peut ignorer le non irlandais, car ce non-là serait celui qu'exprimeraient tous les peuples européens.

Faut-il convoquer un référendum en France sur le traité de Nice ?

Le courage et l'honnêteté politique voudraient que l'on organise un référendum en France. Le traité de Nice est un " four ", comme l'a dit Jacques Delors, et comme va le répéter avec force, mardi, Valéry Giscard d'Estaing (lors du vote sur la ratification du traité par l'Assemblée nationale, ndlr). Il s'agit là du premier traité de régression européenne depuis cinquante ans.

Un référendum aboutirait-il à un rejet du texte ?

Je crois vraiment que si l'on soumettait ce traité-là aux citoyens français, ils diraient non. Et ils auraient raison : leur exaspération face à une Europe qu'on leur interdit de comprendre est une exaspération fondée. On ne peut pas construire une puissance politique sans que les peuples y soient, non seulement directement associés, mais se voient reconnaître la légitimité première. Dans le traité de Nice, on ruse avec toutes les demandes des peuples. Que demandent-ils ? A comprendre : on fait de plus en plus compliqué. Ils veulent de l'efficacité : on fabrique de l'impuissance.

Le président de la République prendra-t-il le risque de convoquer un tel référendum ?

Je ne le pense pas. Pourtant, cela grandirait le président de la République, mais aussi le Premier ministre, que d'accepter que les citoyens français soient saisis du débat européen. Si Jacques Chirac et Lionel Jospin pensent, comme ils le disent, que c'est un bon traité, qu'ils le soumettent au vote des Français.

Pourquoi l'UDF a-t-elle décidé de simplement s'abstenir lors du vote de la loi autorisant la ratification du traité et non de voter contre ?

C'est la première fois depuis cinquante ans que le groupe le plus européen de la vie politique française refuse sa voix à un traité européen. C'est un événement très important pour nous, et même si nous n'avons pas voulu, en votant non, mélanger nos voix aux antieuropéens, notre refus de ratifier est une condamnation sans équivoque.

Propos recueillis par Jean Quatremer


(source http://www.udf.org, le 12 juin 2001

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