Interview de M. Lionel Jospin, Premier ministre, à TF1 le 21 juin 2001, sur la musique et les jeunes et la sécurité des raves-parties. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Lionel Jospin, Premier ministre, à TF1 le 21 juin 2001, sur la musique et les jeunes et la sécurité des raves-parties.

Personnalité, fonction : JOSPIN Lionel, POIVRE D'ARVOR Patrick.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : 20ème fête de la musique le 21 juin 2001

ti : Patrick POIVRE d'ARVOR - Avec nous, le Premier ministre dans les jardins de l'hôtel Matignon. Avant de parler des rave parties, un mot sur l'environnement. C'est assez rare de voir l'hôtel Matignon à ce point envahi. Mais ce soir, c'est pour la bonne cause.

Lionel JOSPIN - La musique est partout en France. Donc, il faut qu'elle soit aussi à l'hôtel Matignon et, comme l'année dernière, nous avons ouvert les jardins pour que chacun puisse y venir.

Patrick POIVRE d'ARVOR - La fête de la musique, c'est quelque chose que vous avez suivi depuis vingt ans, depuis sa création par Jack LANG ?

Lionel JOSPIN - C'est vrai, c'est le 20e anniversaire. Jack LANG était avec moi tout à l'heure dans le jardin ; il partira tout à l'heure dans d'autres endroits pour faire la fête. C'est une fête qui s'est répandue aussi en Europe et on dit parfois que les Français ne sont pas suffisamment un peuple musical. Eh bien ils prouvent qu'ils peuvent l'être, pas simplement pour écouter, goûter, se réjouir, mais aussi pour jouer et créer pour les autres.

Patrick POIVRE d'ARVOR - Alors Monsieur le Premier ministre, entre les députés socialistes, on l'a vu, qui ne veulent pas légiférer maintenant - et c'est nouveau d'ailleurs- sur les rave parties, et votre ministre de l'Intérieur, Daniel VAILLANT, qui lui, souhaite un texte, veut une législation, à qui donnez-vous raison ?

Lionel JOSPIN - Je crois qu'il faut essayer de concilier deux choses. D'une part le goût d'un certain nombre d'hommes, de femmes, de jeunes pour cette musique techno et pour ces raves : ils y voient une forme de liberté, ils aiment l'accompagner d'un certain mystère ; il faut savoir comprendre cela. En même temps, à partir du moment où des jeunes se réunissent très nombreux dans des lieux qui ne sont pas spontanément faits pour les accueillir, il faut aussi veiller à leur sécurité, voire à leur santé. Et, donc, je pense que si on essaie, par le dialogue, de concilier ces deux approches - une approche de liberté et une certaine approche de sécurité -, on doit pouvoir trouver des solutions, qu'elles soient d'ailleurs législatives ou qu'elles ne le soient pas. C'est dans ce sens que nous allons aller.

Patrick POIVRE d'ARVOR - Mais là, votre décision n'est pas arrêtée. S'agira-t-il d'une loi ou d'une circulaire ?

Lionel JOSPIN - De toute façon, il existe une circulaire ; donc, on peut l'utiliser. De toute façon, je crois qu'il faut dialoguer avec les organisateurs, de façon à ce qu'ils informent, de façon à ce que l'on sache être à leurs côtés s'il y a des problèmes de santé. Et puis nous verrons s'il faut trouver ou non une disposition législative. Sinon c'est le Parlement qui en décidera. Enfin, puisqu'il s'agit de raves, rêvons de musique avec Didier LOCKWOOD.

Patrick POIVRE d'ARVOR - D'accord. Mais est-ce que vous pouvez vous mettre un instant à la place des habitants de ces villages, à qui on ne demande pas d'autorisation, qui se retrouvent quand même devant le fait accompli, avec tous les inconvénients à gérer.

Lionel JOSPIN - Quand on pense aux habitants des villages, on pense sécurité, on pense à leurs terrains et quand on pense aux jeunes, on pense à la liberté. Donc il faut toujours concilier ces données fondamentales. C'est comme ça qu'on arrive à vivre en société dans l'harmonie, en respectant la liberté, le plaisir, le goût de la musique des uns et en veillant à l'intérêt des autres. C'est ça, vivre en société !

Patrick POIVRE d'ARVOR - Et quand on pense à l'élection présidentielle, on pense plutôt aux jeunes ou plutôt à la sécurité ?

Lionel JOSPIN - D'abord, on ne pense pas présidentielle, on pense musique !

Patrick POIVRE d'ARVOR - Voilà. Eh bien faisons la fête. Vous, vous êtes prêt puisque je vois que vous avez à côté de vous Didier LOCKWOOD. On va continuer ce journal avec Jack LANG qui a créé ce mouvement il y a tout juste vingt ans.



(source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 22 juin 2001)

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