Déclaration de M. Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères, sur les manifestations violentes contre la mondialisation durant la tenue du Conseil européen de Göteborg, en réponse à une question à l'Assemblée nationale le 20 juin 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères, sur les manifestations violentes contre la mondialisation durant la tenue du Conseil européen de Göteborg, en réponse à une question à l'Assemblée nationale le 20 juin 2001.

Personnalité, fonction : , , VEDRINE Hubert.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères

ti : Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les députés,

Madame la député,

D'abord, je crois qu'il faut distinguer la question irlandaise du reste parce que ceux des électeurs irlandais qui sont allés voter l'on fait, semble-t-il, pour dire qu'ils trouvaient que le Traité de Nice allait trop loin. Ce n'est pas notre avis. Mais en tous les cas, ce n'est pas la même question que celle des manifestations qui se développent contre toutes les réunions.

A propos de ces manifestations, il faut à nouveau isoler le problème des casseurs. C'est quelque chose qui doit être traité par les ministres de l'Intérieur et les forces de police de façon démocratique, moderne, efficace, dissuasive. Il y a certainement des progrès à faire, mais en tous les cas, il ne faut pas que ces casseurs finissent par couvrir le message que les manifestants "normaux" voudraient envoyer. Et c'est à cela qu'il faut s'intéresser un instant parce que c'est de cela dont vous parlez, je crois.

Alors dans le cadre d'un dialogue politique normal, je crois qu'une partie de ces manifestants se trompent de cible. La liberté de manifestation existe, elle est tout à fait légitime, mais à Seattle (je la cite parce que c'était la première réunion où il y a eu ce type d'activité), les manifestants qui étaient théoriquement contre la mondialisation, ont contribué à empêcher d'aboutir une réunion qui avait pour objet de faire entrer dans les négociations de l'Organisation mondiale du commerce des critères sociaux et d'environnement - ce n'est pas uniquement à cause d'eux que la réunion n'a pas abouti -, mais ils ne devraient pas s'en vanter en réalité ; ils devraient le regretter. Il y a une sorte de contresens dans ces démarches.

Les manifestants, en Suède, à Göteborg, manifestaient contre la mondialisation au moment même où le Conseil européen a passé une après-midi entière sur le développement durable. Alors, je pense que les manifestants contre la mondialisation devraient affiner leur diagnostic, rechercher des lieux plus démonstratifs de leur démarche et ne pas manifester systématiquement là où l'on tente d'organiser, de réguler, de civiliser ou d'humaniser la mondialisation. Qu'ils aillent s'exprimer là où la mondialisation prend forme. Je sais que c'est impalpable et qu'il y a beaucoup de lieux. En tous les cas, ils feraient mieux de manifester pour dire "nous soutenons la France", quand, par exemple, dans les Conseils européens, nous nous battons pour les services publics ou pour la régulation. Est-ce qu'il y a un pays au monde, aujourd'hui, qui fasse plus de propositions que la France pour faire progresser la régulation. Si c'est leur politique, si c'est leur démarche, qu'ils nous soutiennent.


(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 22 juin 2001)

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