Déclaration de M. Daniel Vaillant, ministre de l'intérieur, sur les grandes lignes du plan de modernisation de la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris, Paris le 2 juillet 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de M. Daniel Vaillant, ministre de l'intérieur, sur les grandes lignes du plan de modernisation de la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris, Paris le 2 juillet 2001.

Personnalité, fonction : VAILLANT Daniel.

FRANCE. Ministre de l'intérieur

Circonstances : Visite de la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris, à Paris le 2 juillet 2001

ti : Monsieur le Préfet de Police,
Monsieur le Maire-adjoint,
Monsieur le Préfet, Directeur de la Défense et de la Sécurité Civiles,
Mon Général,
Mesdames et Messieurs les officiers, sous-officiers et militaires de rang,

C'est avec beaucoup de plaisir que je me trouve parmi vous aujourd'hui.


J'ai eu l'occasion de m'adresser à vous lors du nouvel an, et je crois qu'il s'agissait même d'une première. Pour autant, j'ai jugé nécessaire et utile d'aller à votre rencontre pour écouter et échanger sur un certain nombre de sujets. Voilà six ans que cette démarche n'avait pas été effectuée par un ministre de l'intérieur.

Mais permettez-moi d'abord de saluer le général de brigade Jacques DEBARNOT qui a pris le commandement de la Brigade, il y a 24 heures. Soyez assuré, mon Général, de mon entier soutien tout comme celui de M. le Préfet de Police, votre autorité d'emploi, dans votre mission qui revêt à mes yeux une importance toute particulière, que ce soit dans le domaine de l'organisation et de la distribution des secours à nos concitoyens ou dans la mission de modernisation que vous allez devoir, avec le Préfet de Police, mener à bien dans les années qui viennent, et cela dès 2002.

*

* *

Le ministre de l'intérieur ne peut qu'apprécier l'extraordinaire travail réalisé quotidiennement par l'ensemble des personnels de la brigade de sapeurs-pompiers de Paris quel que soit le grade ou la fonction des uns et des autres. Comme vous le savez, comme parisien mais aussi de par mes mandats d'élu de Paris depuis maintenant plus de 24 ans, j'ai pu apprécier votre magnifique dévouement, votre sens aigu du service public, en un mot votre professionnalisme mais aussi les difficultés auxquelles vous pouvez être confrontés.


A tous, j'adresse mes félicitations pour la manière dont vous exercez cette délicate mission d'assurer la protection et la sécurité, contre toutes les formes de sinistres, des habitants de la capitale et de la petite couronne. 6,2 millions d'habitants, soit 11 % de la population française, 26 millions de touristes apprécient à juste titre l'exceptionnel dévouement des 6 840 militaires de la brigade.


Si un sondage était réalisé auprès de la population que vous protégez, le taux de satisfaction avoisinerait très certainement des records de nature à faire naître quelques jalousies dans d'autres services publics.


Dès qu'un problème majeur apparaît, l'unité d'élite qu'est la brigade de sapeurs-pompiers de Paris est mobilisée, même au-delà de son ressort géographique. Il est en effet de tradition, en raison du professionnalisme des personnels de la BSPP, que les pouvoirs publics fassent appel à la Brigade lorsque les circonstances le justifient. Sans remonter aux dramatiques bombardements de Rouen en 1944, vous êtes appelés sur les opérations les plus délicates. Je pense notamment à l'intervention à Vimy au mois d'avril dernier où vous avez activement participé au dispositif de protection et d'intervention.


C'est également ce professionnalisme qui a conduit les pouvoirs publics à vous confier la protection de la base de lancement de Kourou en Guyane.


J'ajouterai, enfin, que votre renommée dépasse également le cadre national. On ne compte plus le nombre d'interventions à l'étranger où la Brigade est représentée par un détachement. De même, chaque année de nombreuses délégations étrangères viennent se former à la Brigade.


Ce courage et cette abnégation ont hélas un prix. C'est celui de vos disparus en opération. Je souhaite leur rendre, devant vous aujourd'hui, un hommage solennel notamment au dernier d'entre eux, le Caporal BAUDRY mort au feu voilà presque, un an jour pour jour, le 7 juillet 2000.

*

* *

La rencontre de ce jour a permis d'échanger sur votre travail et bien entendu sur les difficultés auxquelles vous êtes confrontés. Sachez qu'elles ne m'étaient pas inconnues. En tant qu'élu parisien, j'avais déjà eu l'occasion de me préoccuper de votre situation.


Dès ma nomination à la tête du ministère de l'intérieur, j'ai tenu à ce que la Brigade de Sapeurs-Pompiers de Paris puisse bénéficier d'un véritable plan de modernisation.


La modernisation de la Brigade figure parmi mes toutes premières priorités. Lors de mes entretiens avec ma collègue Secrétaire d'Etat au Budget, j'ai inscrit ce point à l'ordre du jour, compte tenu de l'importance qu'il revêt à mes yeux.


En outre, dans les semaines qui ont suivi ma nomination j'ai particulièrement veillé à ce que le décret relatif aux missions et à l'organisation de la brigade de Sapeurs-pompiers de Paris puisse enfin faire l'objet d'une publication, ce qui a été fait en novembre 2000, mettant ainsi fin à de nombreuses années d'incertitude juridique. D'autres dispositions de nature législative et visant à conforter la mission de la brigade à travers celles du Préfet de police sont en cours de préparation. Ces dispositions auront vocation à intégrer le projet de loi de modernisation de la sécurité civile que je déposerai à la fin de cette année.


J'ajouterai que le dossier de modernisation de la brigade figure explicitement parmi les cinq missions prioritaires que j'ai demandées le 9 avril 2001 à M. le Préfet de Police de mettre en ¿uvre lorsqu'il a été nommé. Tout comme moi, M. le Préfet de police apporte un intérêt permanent à la situation de la brigade.


Il est capital que la Brigade puisse conserver une capacité opérationnelle optimale. Or, je fais le même constat que vous : l'évolution de la charge de travail, c'est-à-dire le nombre d'interventions, augmente de façon préoccupante, alors que les moyens affectés, tant humains que matériels, stagnent quasiment. Il est en effet plus que surprenant de constater que les effectifs n'ont quasiment pas progressé depuis 1983, alors qu'avec près de 1200 interventions par jour, le nombre d'interventions a augmenté de 70 % en 15 ans.


Malgré les efforts de rationalisation déjà engagés, je considère que le rythme imposé aux personnels et aux matériels n'est pas satisfaisant, au risque de voir se dégrader les capacités opérationnelles. Je suis tout à fait conscient que les personnels et les matériels se trouvent dans bien des cas en limite de rupture.


Au-delà des aspects opérationnels, il faut dire les choses clairement. L'apparition d'un décalage dans vos conditions de travail et de vie avec celles des sapeurs-pompiers civils était source d'une préoccupation que les pouvoirs publics se devaient de prendre en compte.


*

* *


Dès ma prise de fonction, j'ai donc demandé au Préfet de police de préparer un document de synthèse récapitulant les difficultés que rencontre la brigade, les incidences sur le niveau de protection des populations et le recensement des besoins destinés à remédier à cette situation.


Après un travail réalisé en étroite collaboration avec l'état-major de la brigade et plusieurs réunions entre mon cabinet, les directions compétentes du ministère et le préfet de police, les propositions du préfet de police me sont parvenues au mois de mars 2001 aux fins d'être intégrées dans la discussion budgétaire du projet de loi de finances pour l'année 2002.


Ce document de grande qualité et exhaustif doit servir de base à la mise en ¿uvre d'un véritable plan de modernisation. Je rappellerai que la dernière augmentation significative des effectifs, à l'époque essentiellement des appelés, remonte à 1983. Depuis rien ou presque rien.


Pour la première fois de son histoire, les personnels de la BSPP vont bénéficier d'un véritable plan pluriannuel de modernisation sur six ans prenant en compte tous les types de besoins clairement identifiés. Je souhaite insister sur le caractère pluriannuel de ce plan. Dans le contexte que chacun connaît de maîtrise des dépenses publiques et notamment des emplois publics, il s'agit d'un engagement fort du Gouvernement pour assurer à la BSPP une garantie de financement sur plusieurs années.


Vous comprendrez aisément que je ne peux maintenant entrer dans le détail de ce plan. Il appartiendra au Gouvernement de prendre les décisions sur ce sujet dans les semaines qui viennent avant de les soumettre à la représentation nationale lors de l'examen du projet de budget 2002.


Toutefois, je souhaite vous présenter ses grandes lignes. Deux axes forts doivent être soulignés.


Il s'agit en premier lieu d'améliorer les capacités opérationnelles de la brigade, c'est-à-dire de rendre encore plus efficace le service public afin de répondre à l'accroissement du nombre des missions, et mieux couvrir certains risques notamment dans le domaine nucléaire, chimique ou bactériologique.


En second lieu, il convient d'améliorer sensiblement les conditions de travail et de vie des personnels, qui se sont progressivement dégradées depuis 10 ans avec l'augmentation du nombre des interventions.


Ces deux axes de modernisation conduiront à un engagement financier très significatif de l'Etat, et par effet de levier, des collectivités locales. Ce plan mobilisera plusieurs centaines de millions de francs en investissement et en fonctionnement. Il se traduira par un accroissement important des effectifs. Dans ce domaine, je pense qu'une augmentation supérieure à 10 % des effectifs des militaires assurant leur service à la brigade doit constituer un objectif à atteindre. Sans être devin, mais compte tenu des contraintes mentionnées précédemment, peu de services connaîtront une telle augmentation dans les années à venir.


J'ajoute que je suis particulièrement déterminé à faire aboutir ce dossier dans la mesure où il constitue une parfaite illustration de ce qu'est une véritable coproduction en matière de protection des populations. Le mode de financement de la BSPP associant l'Etat, la mairie de Paris et les collectivités locales de la petite couronne est l'exemple de ce que l'on peut faire ensemble en rassemblant les énergies et les moyens au nom de l'intérêt général pour améliorer la sécurité et la protection au quotidien de nos concitoyens.


Je sais que les élus et plus particulièrement le Maire de Paris sont très attachés à ce que ce plan de modernisation puisse être mis en ¿uvre dès 2002. Il a eu l'occasion de vous faire part de sa complète adhésion à ce plan lors de sa récente visite.


Dès que les discussions budgétaires pour 2002 seront achevées, je demanderai au préfet de police d'engager des négociations avec les collectivités locales concernées.


Des réunions d'arbitrage doivent se tenir dans les jours à venir pour fixer le niveau des engagements de l'Etat, mais je peux vous assurer que celui-ci ne manquera pas ce rendez-vous.


Compte tenu des règles de financement qui mettent à la charge de l'Etat 25 % des dépenses de fonctionnement et à la charge des collectivités locales
75 % du fonctionnement ainsi que les dépenses d'investissement afférents aux casernements, il paraît envisageable après négociation avec les collectivités locales d'élaborer un plan de modernisation dont le montant global toutes sources de financement confondues devrait pouvoir atteindre environ 500 MF.


La mise au point définitive de ce plan de modernisation, puis sa mise en ¿uvre imposent à l'évidence une meilleure association des différentes collectivités locales aux décisions de financement.


Je peux vous indiquer que, dans cet esprit, le projet de décret portant création d'une commission consultative de gestion de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris auprès du Préfet de police est en cours de concertation en vue d'entrer prochainement en vigueur. Cette commission aux compétences élargies par rapport à la précédente commission des programmes immobiliers permettra de mieux associer les élus aux décisions d'investissement et d'équipement de la brigade au moment où va se mettre en place le plan de modernisation.


L'accroissement des effectifs et du parc de matériels, l'amélioration des casernements, des conditions d'hébergement et de travail doivent bien entendu être accompagnés de la poursuite de l'effort de rationalisation lancé maintenant depuis plusieurs années et dont la recherche permanente de synergies avec les autres acteurs constitue un des éléments clé.


Les catastrophes récentes et l'évolution des risques ont démontré que la gestion de crise conduisait à mobiliser une multiplicité de compétences et d'acteurs, les sapeurs-pompiers constituant toujours la colonne vertébrale de l'organisation des secours et des dispositifs d'intervention. Le succès complet de grandes manifestations qu'ont connu Paris et l'Ile de France ces dernières années dont la gestion incombe au préfet de police, préfet de zone de défense, ont prouvé une fois encore la capacité d'adaptation et de réaction des militaires de la brigade.


Tirant les conclusions des différentes catastrophes qui ont affecté notre pays, le gouvernement a décidé de renforcer les compétences du préfet de zone de défense. Un décret sera publié dans ce sens dans les mois qui viennent. Je souhaite que, dans ce cadre, la brigade, aux côtés des autres acteurs, puisse pleinement prendre sa place dans l'organisation rénovée de la zone de défense.


En terminant, je tiens de nouveau à vous témoigner toute ma reconnaissance, et vous redire tout le plaisir que j'ai eu à être parmi vous aujourd'hui. C'est ensemble que nous réussirons la modernisation de la brigade de sapeurs-pompiers de Paris.


Vive la brigade des sapeurs-pompiers de Paris.

(Source http://www.interieur.gouv.fr, le 5 juillet 2001)

Rechercher