Déclaration de M. Jean-Luc Mélenchon, ministre délégué à l'enseignement professionnel, sur le rôle du CERPET (Centre d'études pour la rénovation pédagogique de l'enseignement technique), instrument de la coopération avec les entreprises au service de la formation continue des enseignants, Paris le 30 mars 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de M. Jean-Luc Mélenchon, ministre délégué à l'enseignement professionnel, sur le rôle du CERPET (Centre d'études pour la rénovation pédagogique de l'enseignement technique), instrument de la coopération avec les entreprises au service de la formation continue des enseignants, Paris le 30 mars 2001.

Personnalité, fonction : MELENCHON Jean-Luc.

FRANCE. Ministre délégué à l'enseignement professionnel

Circonstances : Présentation de l'offre de formation du Centre d'Études pour la Rénovation Pédagogique de l'Enseignement Technique (CERPET) à Paris le 30 mars 2001

ti : Madame la doyenne,
Messieurs les directeurs généraux,
Mesdames, Messieurs,


Croyez que j'apprécie tout particulièrement cette opportunité de nous retrouver qu'offre la publication du catalogue du CERPET. Elle me permet de mettre en valeur les différentes dimensions de l'action du CERPET. Je dois à la vigilance de mes conseillers et tout particulièrement du directeur de mon cabinet, Monsieur Michel VALADAS, d'avoir à temps compris que l'action du CERPET, en dépit de ses états de service si brillants - les exposés préliminaires viennent d'en rendre compte - risquait de se trouver réduite à néant. C'est là, encore une fois, la marque d'une certaine désinvolture administrative qui s'applique si souvent à tout ce qui touche l'enseignement professionnel, la marque d'un certain état d'esprit, finalement assez courant dans ce pays, qui consiste à regarder de haut ce qui se fait dans ces domaines, alors même que la richesse de la patrie en dépend et l'occupation de plus de 80 % de la population active y est entièrement vouée.

Nous avons pris les mesures qui s'imposaient pour réinstaller le CERPET à la place qu'il n'aurait jamais dû quitter et pour éviter le gâchis. Je vous l'annonce dès maintenant : ce ne sont pas les dernières.


Le CERPET au service de l'exigence d'un haut niveau de qualification.

Nous devons à l'Inspection Générale, à qui je veux dire ma reconnaissance, le fait que cet outil ait été préservé de l'" instabilité " - comme vous l'avez dit -avec prudence - Madame la doyenne, avec des mots de prudence. Le CERPET, à bien des égards, est une illustration des valeurs auxquelles je suis le plus attaché concernant l'enseignement professionnel. Bon nombre d'entre vous m'ont déjà entendu expliquer, parfois avec un luxe de détails, compte tenu de la longueur de mes interventions, combien je considère que les métiers de notre époque sont, ainsi que nous en avons eu un nouveau témoignage, des " sciences pratiques " requérant un haut niveau de qualification dans les savoirs fondamentaux, et un haut niveau de qualification dans les savoirs techniques. D'ailleurs si l'on veut être vraiment en phase avec notre époque, il faut reconnaître que les savoir-faire techniques requis aujourd'hui par la production moderne, ne sont plus de " simples " savoir-faire mais intègrent un haut niveau de savoirs fondamentaux. Aussi est-ce par un confort de langage et pour se rendre compréhensible de ceux qui méconnaissent le sujet dont on peut se demander, d'ailleurs, s'il les intéresse, qu'on opère cette distinction a haute valeur pédagogique.

En effet, si les choses sont bien telles que je les décris, on voit que non seulement notre ordre d'enseignement doit sans cesse perfectionner ses outils (et il le fait), mais également s'intéresser de très près à la formation de ses formateurs et leur procurer les opportunités d'accompagner le mouvement de mutation des techniques et des sciences incorporées à la production moderne. Les enseignants le font d'autant plus facilement qu'étant les maîtres, ils sont en première ligne de la réalité du modèle français de la " professionnalisation durable ". Loin de s'enfermer dans des spécialisations sur le modèle des certificats de compétence qui sont le désastre que vous savez dans les pays anglo-saxons, ils ont au contraire une base de formation qui leur permet d'accompagner les évolutions techniques.

Relations écoles/entreprises : chacun à sa place.

Cela ne saurait être possible sans de bonnes relations avec les entreprises. Qu'en est-il ? Je vais en dire quelques mots.

C'est un sujet qui soulève souvent des passions. On le comprend. Peut-être du fait de malentendus et de confusion des rôles. Il est clair que lorsque les organisations patronales se mêlent de vouloir intervenir dans la conception et l'organisation de l'éducation, elles ne créent pas les conditions qui permettent des dialogues apaisés. Nous ne nous mêlons pas, nous, de vous dire, Messieurs les directeurs généraux, comment vous devez organiser vos entreprises, ni même si c'est réellement une bonne idée de suggérer à vos employés de se former pendant leurs congés.

Mais ce n'est certainement pas à vous, qui nous faites l'amitié d'être ici aujourd'hui et croyez que nous y sommes extrêmement sensibles, que s'adresse mon apostrophe ? Vous comprenez aisément, qu'en professionnels de la transmission du savoir, nous pensons que notre expérience accumulée légitime nos certitudes dans ce domaine.

Vous nous avez fait chaud au c¿ur, Monsieur Buret, en nous disant sans ambages que votre première surprise a été de trouver des enseignants motivés. Je vous comprends. Si on s'en tient à la rumeur et aux modes intellectuelles, vous deviez vous attendre à rencontrer de pauvres diables perclus d'arthroses corporatives, incapables de se mettre en cause. On a même vu un ministre dire qu'ils buvaient ! Dès lors tout était possible ! Et vous avez vu, comme moi-même qui l'avais oublié jusqu'à cette dernière année, des hommes et des femmes extraordinairement motivés, amoureux de leur métier, avec un immense sentiment de responsabilité personnelle, vis-à-vis des jeunes gens qu'il s'agit d'éduquer, d'émanciper socialement et culturellement, et pour finir d'émanciper existentiellement. Nous disposons donc de la ressource humaine correspondant à la haute ambition de progrès qui est la nôtre.

J'ai dit que je voulais éclairer brièvement d'un mot ou deux les relations entre l'école et l'entreprise. Il importe, de ne pas nous installer sur ce point dans un débat idéologique que nous ne pouvons et ne devons pas mener : le débat sur l'école appartient à la nation tout entière.

C'est d'ailleurs la raison pour laquelle nous pouvons dire que l'Éducation nationale ne s'appartient pas. Elle appartient au pays. C'est le vote des citoyens qui fixe ses exigences et les missions à accomplir. Il ne peut donc pas y avoir de dialogue sur les finalités de l'enseignement directement ou uniquement avec les organisations patronales. Si on met de côté cet aspect purement idéologique, pour le reste, il n'y a aucune espèce de frontière qui nous tiendrait séparés les uns des autres. Ou, s'il y en a, elles sont purement artificielles et je m'attache à les effacer, en tous cas dans l'enseignement professionnel.


Un intérêt commun : assurer le plus haut niveau de qualification à nos jeunes.

De fait, nous avons une pratique qui est exactement le contraire de cet enfermement. Les diplômes professionnels et toute la pédagogie inductive - qui est un fleuron de l'enseignement professionnel - exigent des enseignements de haut niveau tant dans les matières fondamentales que dans le domaine technique en vue d'acquérir des savoir-faire opérationnels.

Nous sommes un ordre d'enseignement qui ne ment pas. On sait faire ou on ne sait pas faire. Et si on ne sait pas faire, la valeur d'usage de la marchandise travail que l'on incarne soi-même est égale à zéro. Par conséquent sa valeur d'échange suit le même chemin. Et c'est légitime. Nous ne pouvons pas mentir. Nous ne pouvons pas tricher dans l'attribution d'une qualification.

D'ailleurs nous ne le voulons pas. Dès lors que nous sommes dans cet état d'esprit, il va de soi que le contenu des diplômes professionnels doit toujours correspondre au plus haut niveau de développement des techniques de notre époque. Où peut-on en vérifier l'actualité ailleurs que dans la production elle-même ? Où, sinon dans les anticipations que les équipes de recherche et développement des grandes entreprises conçoivent ? Oui, c'est un devoir, un impératif. Nous devons travailler sous cet angle avec l'entreprise parce qu'il est de l'intérêt de tous, de l'intérêt du pays, de donner à nos jeunes le meilleur niveau de formation dans la technique la plus avancée de leur époque, et même, dans la mesure du possible, de prendre de l'avance.


Des relations écoles-entreprises riches et multiformes.

L'école, centre de ressources pour les entreprises.

Vous savez que dans la plupart des établissements du supérieur, mais également du secondaire, l'enseignement professionnel a une main d'avance, tout simplement parce que les chefs d'entreprise, en tout cas un nombre significatif, sont conscients que l'Éducation nationale est au service de tout le pays. Il n'y a donc à leurs yeux aucune illégitimité à travailler ouvertement, tranquillement, avec l'enseignement professionnel. Vous savez que dans nombre de nos établissements, les parcs en machines ou les laboratoires comportent des équipements prototypes.


Dans un certain nombre de branches professionnelles, des équipements sont utilisés dans les établissements d'enseignement professionnel avant même d'être commercialisés, tout simplement parce que leur mise sur le marché sans préparation de la phase de mise en route, des opérations d'entretien et de maintenance serait une catastrophe pour leur producteur.

Ainsi, l'Éducation nationale, l'enseignement professionnel, en formation initiale, comme en formation continue, sert d'interface entre la production d'hier et celle d'aujourd'hui. Cette fonction essentielle, aucun autre rouage de la société n'est capable de l'assumer. Vous savez combien la gestion de ces questions de temps, de synchronie ou d'asynchronie entre les divers compartiments des activités humaines, deviennent des questions contemporaines. Pour l'anecdote, j'ai vu que dans certaines municipalités, on crée maintenant des postes de " garde-temps ", ou de " synchronisateurs des temps ". Nous sommes dans une fonction de synchronisation des temps de la production au niveau évidemment le plus élevé des techniques. Voilà l'état d'esprit et la philosophie qui animent le ministre et son équipe.


Une démarche conjointe dans l'élaboration des diplômes professionnels.

Cette petite symbiose avec le monde professionnel s'opère dans les CPC (les commissions professionnelles consultatives) chargées des référentiels des diplômes.

Je me réjouis de pouvoir dire qu'il n'y a pas un diplôme professionnel dont le référentiel n'ait subi une révision au cours des cinq dernières années. Autrement dit, il n'y a pas un diplôme qui ait plus de cinq ans d'âge. En réalité, il y en a un ou deux. Mais c'est parce que la technique elle-même n'a pas évolué. Il en est même un qui a 28 ans mais parce que rien n'a bougé depuis 28 ans ! Je pense qu'il faut qu'on le signale aux entreprises du secteur parce qu'elles doivent pouvoir trouver le moyen d'inventer de nouveaux brevets et de faire avancer la technique dans ce compartiment ¿ Il arrive que ces référentiels soient légèrement décalés, mais, permettez-moi de le dire, c'est au monde patronal de prendre ses dispositions pour faire en sorte que ceux qui les représentent dans les CPC soient eux-mêmes assez en phase avec l'état actuel de la production pour être capables de le repérer et de le signaler à temps. Je le dis sans aucune agressivité pour nos partenaires qui sont d'excellents compagnons de travail dans ces CPC, mais je suis aussi obligé de le pointer puisque, souvent, on prétend épingler la difficulté de l'Éducation nationale à évoluer et les lenteurs de ses personnels ou de ses représentants. Quoi qu'il en soit, ce travail se fait et se fait bien. C'est là le premier et le grand point de contact entre les évolutions techniques de la production et l'Éducation nationale.


Une ambition commune : l'exportation de notre modèle éducatif républicain.

Il doit y avoir désormais une nouvelle ligne stratégique pour l'Éducation nationale : là où les multinationales françaises passent, l'Éducation nationale doit être dans leurs bagages. Il s'agit bien de contribuer ensemble au développement des lumières. Et je ne doute pas que ce soit possible. Les méthodes françaises de formation et d'éducation sont les meilleures du monde, nonobstant les imperfections de tout système. En matière d'enseignement professionnel, c'est un fait reconnu et avéré. En effet, c'est vers nous qu'on se tourne pour redéployer les systèmes d'enseignement professionnel dans nombre de pays, y compris des pays avancés ou, pour le moins, émergents. Et lorsque les industries de nos multinationales s'installent, c'est bien parce qu'elles-mêmes sont meilleures dans leur branche. Et cela, il y a de fortes raisons de penser que c'est parce qu'elles utilisent les meilleurs techniciens et donc les meilleures techniques. Ce sont ces techniques-là dont nous voulons dans l'Éducation nationale. C'est pourquoi, là aussi, nous devons avancer ensemble. Nous travaillons tous pour la grandeur de notre pays, chacun à notre manière. Voilà qui suffit à nous fournir des motifs de nous retrouver si nous n'en avions pas d'autres. En attendant, je répète que c'est vers nous qu'on se tourne.

C'est bien nous, vous le savez, qui avons emporté la compétition en Chine pour les formations aux métiers de l'environnement, de la mécanique automobile et de l'hôtellerie. Et je pourrais vous citer d'autres exemples.

Nous gagnons ces compétitions, sans doute aussi parce que l'ouvrier ainsi formé est à son tour un prescripteur. Eh oui ! Et nous y trouvons tous notre compte ! Cela dit, c'est bien d'abord parce que la formation que donnent les Français est la meilleure.

Qui avale le mot avale avec la grammaire ¿ Lorsque l'on fait des référentiels d'activités, nous, les Français, nous n'y mettons pas que des compétences. Nous y mettons des savoir-faire, et, ce faisant, des savoirs. (Je ne vous refais pas la démonstration). Donc lorsque nous formons, nous contribuons à l'élévation vers les lumières de tous ceux à qui ces enseignements sont donnés. La cause centrale de la propagation de l'universalisme français, c'est d'abord celle-là. Nous ne proposons pas qu'une technique, nous ne proposons pas qu'un savoir, ou des savoir-faire. Nous proposons un modèle de civilisation, que nous appelons le modèle républicain. Et ce modèle, nous le portons avec nos diplômes, nos manières d'être et nos manières de nous organiser. Tout ceci concourt à la grandeur de notre pays.


Deux exemples de réalisation commune.

Les périodes de formation en entreprises : un moment pédagogique fort du cursus scolaire.

Je dois évoquer encore un autre aspect de l'articulation entre l'école et l'entreprise : il s'agit évidemment des périodes de formation en entreprise (PFE) qui, pour nous, sont un temps à part entière du parcours pédagogique. Je le répète pour ceux qui, dans cette salle, en douteraient.

Ces PFE ne sont en aucun cas le moment du miracle de la grâce industrielle touchant l'esprit du jeune. Dans l'entreprise, il y a des murs, des machines et des hommes. S'il n'y a pas de pédagogie, on n'y apprend rien. Et je dis tout cela pour tempérer les ardeurs de ceux qui, se croyant bien inspirés, pensent qu'il suffit d'amener les jeunes dans une entreprise pour que, touchés par la grâce, les savoirs inclus dans les machines pénètrent leurs cervelles épaisses d'élèves rétifs à l'apprentissage en salle de classe. Non.

Ces périodes de formation en entreprise sont de nouveau un temps fort d'apprentissage. Bien plus, je forme le v¿u que les discussions que j'ai ouvertes avec 130 branches patronales et grandes entreprises pour l'organisation de ces périodes de formation en entreprise nous permettent d'aller vers un véritable protocole, à valeur réglementaire, sur leur déroulement. C'est évidemment vers les grandes entreprises que je me tourne d'abord. Compte tenu de leurs moyens, de leur surface, elles peuvent avoir une vue d'ensemble, à plus long terme que celles qui ont à lutter pour leur survie à chaque instant et qui ont, de fait, moins d'énergie, moins de temps à dépenser sur les visions d'avenir.

Ces grandes entreprises installées dans la durée comprennent l'intérêt qu'il y a à assurer dans de bonnes conditions ces périodes de formation qui préparent l'avenir. Contrairement à certaines affirmations elles ne sont pas les seules.

Je forme le souhait que, dans le même état d'esprit éclairé et renouant la vieille convergence initiale des Républicains, du syndicalisme avancé et des patrons de la grande industrie développée, nous puissions nous accorder sur des mesures de progrès qui permettraient, en particulier, d'apporter quelques solutions à la situation sociale des jeunes que nous avons en formation. En particulier, ces discussions devraient permettre d'avancer sur la question de la rétribution des périodes de formation en entreprise.


L'école : une plate-forme technologique pour le tissu économique local.

Le dernier point de contact sur lequel je porte mon attention concerne les centres de ressource et les plates-formes technologiques. Je ne vais pas trop m'avancer sur ce sujet. Cela dit, je m'amuse des procès contradictoires qui me sont faits à ce sujet. Qu'on se le dise : oui, je suis partisan du développement des centres de ressources, des réseaux d'établissements mutualisés en centres de ressources technologiques autour d'une plate-forme technologique.

Les uns me font le procès en damnation éternelle de vendre l'école aux appétits insatiables, comme chacun le sait et c'est d'ailleurs parfois vrai, des entreprises !

Les autres me soupçonnent d'avoir inventé la version moderne du kolkhoze en rendant lesdites entreprises dépendantes des établissements de l'Éducation nationale qui, comme chacun sait aussi, sont une autre version de la maison du diable depuis fort longtemps !

Il est vrai que plus d'une fois (je vais dans leur sens) tout un tissu industriel de petites et moyennes entreprises ne peut vivre sans la présence des plates-formes technologiques proposées par l'Éducation nationale. Je pense au cas très précis de " la vallée de la mécanique ". A Rodez, le lycée professionnel sert de base arrière pour tous les prototypes, toutes les études de cas que les petites entreprises (elles sont douze cents) ne sauraient conduire avec leurs propres ressources. Encore une fois, nous avons tout lieu de nous féliciter de cette osmose entre nos deux ordres d'activité. En l'occurrence, je n'ai pas un regret. Bien au contraire ! Si je devais en avoir un, ce serait que cela n'aille pas assez loin.

C'est pour nous l'occasion de pratiques pédagogiques extrêmement avancées. Le lycée de Rodez est un bon exemple de ce que l'on peut faire. Non seulement le travail sur ces prototypes permet à nos jeunes des classes supérieures de trouver à entraîner leur esprit et leur savoir-faire sur des objets concrets, mais également c'est l'occasion pour tous, par la modification des pratiques pédagogiques, de faire travailler sur de tels projets des élèves de plusieurs niveaux de formation.

Ainsi, dans une même équipe, nous allons trouver un jeune en formation de BTS, un jeune en formation de Bac pro, un jeune en formation de CAP autour de leurs enseignants. Ils sauront alors comment se mène un travail en équipe, tel qu'ils vont le retrouver ensuite, et ils auront acquis cette pointe de l'esprit philosophique qui consiste à savoir non seulement ce que l'on sait mais peut-être encore plus ce que l'on ne sait pas.

L'art de savoir ce que l'on ne sait pas est un enseignement difficile si on reste dans les abstractions. Dans le concret, on le voit tout de suite.

Vers la structuration en " lycées des métiers ".

Pour l'avenir, sur le modèle de ce qui se fait à Rodez, et ailleurs, c'est le lycée des métiers qui va nous permettre de faire de nouvelles avancées. La formation continue devra y jouer un rôle tout à fait important. Je pense que le lycée des métiers présentera un très grand intérêt pour les branches patronales. Je crois qu'elles y trouveront un nouveau point d'appui, notamment dans la promesse de formation avancée de leurs personnels. Je crois que, lorsque nous allons entreprendre cette mise en place, il sera utile que nous sachions de nouveau travailler sans arrière pensée les uns avec les autres. Nous avons nous, l'Éducation nationale, d'abord à bien penser notre affaire. L'Inspection Générale de l'Éducation nationale sera, une nouvelle fois, mise à contribution.

Pour la suite, j'aimerais reprendre une tournée de dialogue analogue à celle organisée pour la mise en place du protocole que les PFE, cette fois à l'occasion du lancement du maillage des lycées des métiers dans le pays, notamment pour partager des objectifs de formation continue.

Le lycée des métiers vous le savez, regroupera la voie technologique, la voie professionnelle, le centre de formation des apprentis public, le centre de validation des acquis de l'expérience, la formation continue des adultes et évidemment les classes post-bac.

C'est donc un ensemble dynamique, une synergie que nous essayons de mettre en place. L'expérimentation en a déjà été faite de façon partielle ou globale et nous savons que son bon fonctionnement est en grande partie le fruit d'une bonne relation avec les entreprises. Je pense qu'avec une telle ressource nous pouvons aller plus loin dans la relation avec les branches professionnelles, notamment en matière de formation continue. En effet, l'Éducation nationale est, par l'intermédiaire de son réseau de GRETA, le premier opérateur de formation continue de ce pays et pour le chiffre d'affaires le premier d'Europe. Il s'agit donc pour nous d'améliorer notre offre à l'égard des branches. Mais il faut également que les branches améliorent et élargissent leurs propositions pour aboutir à des formations continues du type de celles que nous menons dans le cadre du CERPET.


Le CERPET : un modèle de coopération avec les entreprises au service de la formation continue des enseignants.

C'est en prévision de ces évolutions que j'ai l'intention d'avoir une programmation du travail à mener avec l'Inspection Générale de l'Éducation nationale qui me permette d'entreprendre une réforme telle que le CERPET soit impliqué dans l'objectif du lycée des métiers. Ce devra être pour lui l'occasion d'un élargissement de ses missions et, certainement, d'une amplification des moyens qui seront requis pour lui permettre de bien fonctionner. Bien des idées dès lors pourront être mises en débat.

Parmi elles, merci de l'avoir rappelé Madame la doyenne, l'exercice d'auto-évaluation des efforts de l'Éducation nationale. Que valent nos injonctions multiples et diverses sur la formation de nos enseignants si l'instant d'après, nous ne reconnaissons aucune valeur à l'effort qui est entrepris par chacun d'eux ? Vous avez raison, dans l'évaluation des enseignants de la filière professionnelle, nous devons inclure ce que représente leur participation à cette formation continue sur la base du volontariat. C'est justice, et c'est une manière de stimuler tout le système. Vous voyez que si nous entrons sur ce terrain apparemment bien innocent, nous allons vers un nouveau positionnement du CERPET à l'intérieur de l'architecture de l'enseignement professionnel. J'y suis non seulement disposé, mais plus encore j'en suis un ardent partisan.

Bien sûr, il nous faudra nous attacher à la nature même du dispositif CERPET : comment vraiment la pérenniser ? Comment le structurer pour le mettre à l'abri des ressacs de l'histoire administrative ? Comment permettre une bonne administration, une bonne animation de ce CERPET ? Comment l'Inspection Générale peut-elle davantage qu'aujourd'hui y prendre toute sa place puisqu'elle a apporté la preuve qu'elle était capable de porter cet outil contre vents et marées et de lui donner l'épanouissement qui est de nouveau le sien ? Bref, vous le voyez, il y a de nombreux sujets à discuter mais le cap est bon et nous le tiendrons.


Pour finir, je veux vous dire à tous ma gratitude pour le travail que vous avez accompli. À vous Messieurs les directeurs généraux, je veux rappeler combien nous avons été sensibles à l'intérêt que vous avez porté à ce moment. Nous avons surtout voulu lui donner une charge symbolique qui annonce que la page de l'indifférence et d'une certaine désinvolture est tournée. Désormais le ministre, représentant le gouvernement, et par conséquent le pays lui-même, regarde avec intérêt ce qui se fait ici, et par un intérêt qui est à prendre dans le sens que lui donnait tout à l'heure Monsieur BURET lui-même. Ce n'est donc pas simplement une posture de l'esprit mais une demande, une exigence. Le CERPET, grâce à vous tous, partenaires économiques, Inspection Générale, acteurs d'aujourd'hui, mais m'a-t-on dit aussi ceux d'hier qui sont ici réunis avec nous, retrouve la place qui aurait toujours dû être la sienne.

Soyez-en tous gratifiés par l'idée que votre travail a été bien compris puisqu'il est question maintenant de le porter plus loin. À tous merci.

(source http://www.enseignement-professionnel.gouv.fr, le 2 juillet 2001)

Rechercher