Déclaration de M. Ernest-Antoine Seillière, président du MEDEF, sur le rôle des entrepreneurs pour préparer l'avenir, les valeurs du MEDEF et sa volonté de développer l'économie et de faire les adaptations indispensables à la réussite des entreprises, des salariés et du pays, Paris le 16 janvier 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Ernest-Antoine Seillière, président du MEDEF, sur le rôle des entrepreneurs pour préparer l'avenir, les valeurs du MEDEF et sa volonté de développer l'économie et de faire les adaptations indispensables à la réussite des entreprises, des salariés et du pays, Paris le 16 janvier 2001.

Personnalité, fonction : SEILLIERE Ernest-antoine.

FRANCE. MEDEF, président

Circonstances : Assemblée générale du MEDEF à Paris de 16 janvier 2001

ti : Mes chers collègues, mes chers amis,

Qu'est ce qu'un entrepreneur ? C'est une femme ou un homme, je le dis souvent, qui se met à risques pour créer les biens et les services dans notre pays, qui anticipe, qui projette, qui avance, qui ose, qui innove, qui embauche, qui investit, qui forme, qui décide, qui mène les hommes, qui dialogue, qui prend des responsabilités, envers ses clients, ses salariés, ses actionnaires, qui les assume toujours. Il accepte les lois du marché, il respecte les lois de la République, il domine la concurrence, il recherche la compétition. Il est loyal, il cherche le succès, il aime la réussite, il rend des comptes, il accepte l'échec, il recommence. L'entrepreneur a le moral et la pêche ! Il a un beau métier. Il en est fier !

Ce sont ces entrepreneurs que le MEDEF rassemble, mobilise et représente !
Ce sont ces entrepreneurs qu'il faut que les pouvoirs publics écoutent avant de légiférer, avant de réglementer, avant de taxer, avant d'imposer, avant de contraindre !

Ce sont les entrepreneurs qui animent l'économie productive sans laquelle on ne disposerait pas des richesses dont bénéficie la Nation toute entière, actifs et inactifs, cotisants et retraités, société civile et société administrative.
Ce sont les entrepreneurs qui, au premier rang de la compétition européenne et mondiale, doivent relever les formidables défis de la mondialisation et de la globalisation !

Ce sont les entrepreneurs qui sont au front et qui préparent l'avenir !

Notre mouvement - lancé il y a tout juste deux ans à Strasbourg - doit agir avec les mêmes vertus que celles des entrepreneurs qu'il rassemble. Pour réussir à peser sur le destin économique et social de notre pays, pour que nos propositions soient pleinement prises en compte, pour que nos objections ne puissent être écartées d'un simple revers de main bureaucratique ou politicien, nous devons avoir, et nous avons, une vision, nous avons des valeurs, nous avons une volonté.

NOTRE VISION

Aujourd'hui, nous changeons de siècle, et de millénaire. Nous entrons en même temps dans une ère nouvelle, qui n'a pas de précédent dans notre histoire économique et sociale : de lourdes mutations affectent nos entreprises, et l'environnement dans lequel elles évoluent. Les plus déterminantes, pleinement prises en compte par notre mouvement, sont au c¿ur de notre vision. Je les évoque rapidement.

1. Prévenir à temps les graves conséquences du vieillissement de notre population

La France va subir un hiver démographique sans précédent dans les années qui viennent. Après des années d'expansion de sa population, due principalement à la très forte natalité de l'après-guerre, et à des flux d'immigration importants, nous allons connaître un vieillissement exceptionnel au fur et à mesure que les générations du baby boom atteindront l'âge de la retraite, remplacées par les générations creuses nées au cours des vingt dernières années. Oui, cette contraction du nombre potentiel d'actifs et cette dilatation du nombre de retraités est gravement préoccupante, particulièrement si l'on considère que de nombreux pays au monde connaissent une expansion démographique. Moins de producteurs sur notre " site de production ", moins de consommateurs sur notre " site de consommation ", il faut agir en dépit de ce renversement démographique. C'est le sens des très nombreuses propositions et négociations menées par le MEDEF en l'an 2000 et qui se poursuivront en 2001.

Oui , il fallait réformer le régime d'assurance-chômage qui était trop peu incitatif à la reprise d'emploi, pour accompagner chaque demandeur d'emploi dans sa recherche et réduire la durée du chômage et son taux. Le retour au plein emploi passe notamment par cette voie. Nous nous honorons d'être parvenus à réformer l'UNEDIC, contre vents et marées. Cette réforme fondamentale se traduit d'ores et déjà par une baisse substantielle des cotisations. Chacun, dans notre pays a intérêt à ce qu'elle devienne au plus vite opérationnelle.

Oui, il faut réformer les régimes de retraite, tous les régimes de retraite, y compris, bien entendu, les régimes de retraite de la fonction publique et les régimes spéciaux. Nous avons, dans notre sphère de responsabilité des régimes complémentaires, proposé aux organisations syndicales un programme réaliste et progressif sur plus de vingt ans pour faire en sorte qu'en redressant les taux de participation à l'activité productive à âge plus élevé, l'on évite la hausse des cotisations qui diminuerait le pouvoir d'achat des jeunes générations et dégraderait encore la compétitivité des entreprises françaises, et qui garantirait une retraite digne à tous ceux qui quittent nos entreprises. Nous attendons des syndicats qu'ils comprennent nos propositions. Elles correspondent à l'intérêt des actifs, des retraités et des entreprises, à l'intérêt général de notre pays.

Oui, il faut réformer notre système de formation professionnelle. Il convient de faire en sorte que chaque actif ait la possibilité de se former tout au long de sa vie, d'acquérir des compétences nouvelles, d'accroître ses performances, d'entretenir ses connaissances dans un monde où tout s'accélère, où la croissance augmente les risques d'obsolescence. Tous les actifs, demain moins nombreux, devront se former davantage pour accroître leur niveau de vie. Nous avons en ce domaine de la formation, des projets ambitieux : il en va !du destin de notre pays.

2. Relever hardiment les défis de l'insertion de la France dans l'économie mondiale

La construction européenne va connaître de nouveaux développements, avec la mise en place de l'euro, son élargissement et son approfondissement.

Oui, il faut réussir la mise en place de l'euro. Le passage à l'euro a été une réussite , encore faut-il aujourd'hui réussir sa mise en place concrète. Les entreprises sont en première ligne, notamment les banques et toutes les entreprises industrielles et commerciales. C'est l'un des grands chantiers de 2001. Le MEDEF appelle toutes les entreprises de France à se préparer et à préparer leurs salariés à ce changement historique. C'est avec sans doute difficultés et nostalgie que tous devront sous peu s'initier à la monnaie de l'avenir. Nous devons les y aider.

Oui, il faut réussir l'élargissement de l'Union européenne, notamment aux pays candidats d'Europe de l'Est, ce qui signifie l'apparition de nouvelles concurrences, une intensification de la compétition, mais aussi de nouveaux débouchés et beaucoup d'opportunités pour tous ceux qui voudront les saisir.

Oui, il faut réussir l'approfondissement de l'Union européenne, car, si nous acceptons sans réserve la concurrence, nous avons besoin d'aller vers le rapprochement des fiscalités, des réglementations et des systèmes sociaux. A ces conditions, la concurrence intra-européenne sera loyale et féconde, au bénéfice de tous les consommateurs européens. Il faut également que l'approfondissement de l'Europe encourage la France à poursuivre la déréglementation des activités et la privatisation des entreprises qui continuent à vivre à l'abri de leurs statut public et monopoliste.

3. Relever les défis de l'accélération technologique

La France a tout au long de son histoire joué un rôle de premier plan dans le progrès des sciences et techniques. Il faut aujourd'hui redoubler d'effort pour rester dans le rythme de la phase d'accélération tout à fait remarquable que nous vivons. Il n'est pas normal que l'on dépose aujourd'hui moins de brevets qu'il y a trente ans, il n'est pas normal que voir les grands laboratoires de recherche publics français insuffisamment articulés avec les entreprises. Il est totalement anormal que l'on assiste à une fuite des cerveaux , qui rejoignent des laboratoires étrangers, ce qui prive notre pays de talents indispensables.

Oui, il faut intensifier les efforts de recherche et de développement. Vous connaissez les combats qu'il a fallu mener pour maintenir le système de crédit d'impôt-recherche, vous savez les efforts que nous avons déployé pour obtenir la simplification du dépôt de brevets, notamment au niveau européen. Il reste à obtenir l'accrochage des laboratoires publics, notamment le CNRS, au monde des entreprises.

Oui, il faut davantage défendre l'innovation française. Dans un monde sans cesse plus ouvert, la protection de la propriété industrielle est fondamentale. Les pouvoirs publics ont en ce domaine une responsabilité internationale à assumer. Si nos idées, nos process, nos machines, nos produits, nos modèles sont ou peuvent être à tout moment systématiquement copiés dans le monde, par ceux qui appartiennent à des pays à faibles coûts de production, beaucoup de nos entreprises n'y résisteront pas.

NOS VALEURS

Dans l'exercice de leurs missions, les entrepreneurs doivent respecter des valeurs fondamentales : esprit de responsabilité, respect de tous les partenaires de l'entreprise, ouverture d'esprit, éthique, sens de l'équité.

1. Les entrepreneurs croient fermement dans le dialogue avec les salariés, les pouvoirs publics et les consommateurs

Le dialogue est la voie choisie par le monde de l'entreprise. L'affrontement, le conflit, les oppositions irréductibles, les anathèmes perturbent gravement la vie économique et sociale. La plupart de nos partenaires étrangers sont parvenus à une meilleure cohésion sociale qui est un atout dans la compétition mondiale. Le MEDEF est fermement engagé dans cette recherche d'un meilleur dialogue en France.

Oui, il faut intensifier le dialogue social dans notre pays. Et ceci, d'abord et avant tout dans les entreprises, au plus près du terrain, mais aussi dans les branches et au niveau interprofessionnel. Encore faut-il que les conditions soient réunies pour que ce dialogue s'établisse et soit fructueux. C'est précisément le sens du chantier consacré aux voies et moyens d'approfondissement du dialogue social ouvert dans le cadre de la refondation sociale. Et ne nous leurrons pas, ce dialogue pour produire ses pleins effets réclame des interlocuteurs représentatifs, légitimes, crédibles et constructifs. Et ce dialogue, pour être véritablement fécond, doit être respecté sans interventions incessantes des Pouvoirs publics, qu'il s'agisse du gouvernement ou du législateur. Doit-on se féliciter que le nombre des conflits du travail ait augmenté de 60 % en un an à l'occasion de la mise en place des 35 heures ? L'Etat, qui croit pouvoir nous donner des leçons, connaît trois fois plus de conflits dans le secteur public, secteur qui ne rassemble pourtant qu'un quart de la population active, et qui s'est dispensé jusqu'à présent des 35 heures !

Oui, pour éviter les incidents de frontière permanents, il convient de définir ce qui relève des pouvoirs publics et ce qui relève des partenaires sociaux, préciser les conditions de validité des accords sociaux, ainsi que celle de validation par les Pouvoirs publics de ces mêmes accords, et éviter une judiciarisation des relations sociales. Le MEDEF travaillera sans relâche pour que s'instaure entre le monde des décideurs publics et le monde de l'entreprise des relations basées sur la confiance et le respect réciproque. C'est déjà souvent le cas sur le terrain. Alors pourquoi pas au niveau national ?

Oui, il convient d'intensifier le dialogue avec les consommateurs. Ceux-ci ont de nouvelles attentes, et de nouvelles exigences. Il faut non pas redouter cette évolution de fond qui caractérise toutes les sociétés développées, mais s'en réjouir. Et tout mettre en ¿uvre pour y répondre. Les consommateurs ont des exigences de sécurité de plus en plus aiguës. Ils souhaitent être informés en temps et en heure des éventuels risques qu'ils peuvent être appelés à affronter, il demandent que les mesures appropriées pour conjurer les éventuels dangers soient mises en ¿uvre aussitôt. Les entrepreneurs de France sont ainsi appelés à intensifier le dialogue avec les consommateurs. La recherche de la qualité maximale, le développement de la certification, le renforcement des contrôles contribueront à cette meilleure satisfaction de la demande tant nationale qu'internationale par des producteurs français.

2. Les entrepreneurs croient fermement dans le respect de l'éthique

Les entrepreneurs croient dans l'approche par la déontologie, par les codes de bonne conduite, qui reflètent un véritable engagement de leur part, plus qu'à la multiplication des réglementations. Qu'il me soit permis d'insister aujourd'hui sur quelques orientations fondamentales.

Oui, il faut généraliser les principes de gouvernement d'entreprise. Le MEDEF a pris l'initiative dès 1995 puis à nouveau en 1999, avec l'Afep, de faire des recommandations pour la mise en ¿uvre de principes renforcés destinés à améliorer les relations entre les actionnaires et le management. Le MEDEF est favorable à davantage de transparence et à davantage d'informations, susceptibles de renforcer la confiance entre l'entreprise et ses actionnaires. Mais il souhaite que cela relève de la décision de chacun, des engagements pris par ceux qui les mettent en ¿uvre. Il déplore que le gouvernement ait décidé une nouvelle fois de légiférer dans ce domaine dans le cadre du projet fumeux sur les nouvelles régulations économiques.

Oui, il faut fermement lutter contre la corruption. La loyauté dans l'exercice des responsabilités de l'entrepreneur est fondamentale. Ne parle t-on pas en permanence de concurrence " loyale " ? La concurrence est gravement pervertie, biaisée, faussée, lorsque les contrats sont obtenus autrement que par le jeu normal des marchés. C'est la raison pour laquelle le MEDEF se déclare résolument opposé à toute corruption et entend tout mettre en ¿uvre pour lutter contre ce fléau. Il faut l'éradiquer sans chercher à savoir si la responsabilité est plus grande du côté du corrupteur ou du corrompu. Vous ne l'entendez pas souvent dire, mais vous devez être prêts dans ce domaine à envisager un renforcement des sanctions publiques.

Oui, le principe d 'équité doit être au c¿ur de la vie de l'entreprise. Les entreprises doivent offrir les mêmes opportunités à toutes celles et à tous ceux qui s'y portent candidat et qui y travaillent. Qu'il s'agisse d'embauches, de salaires ou de carrières, aucune discrimination, selon le sexe, la race ou la nationalité ne doit être tolérée dans notre pays. Le MEDEF attend beaucoup du chantier prévu dans le cadre de la refondation sociale pour travailler aux orientations et aux mesures concrètes à envisager pour respecter partout ce principe d'équité et de parité. Cette voie, qui passe par le dialogue et la mobilisation est évidemment infiniment plus féconde pour les entrepreneurs que l'intervention réglementaire: jamais un texte ne remplacera la conviction et la détermination des acteurs concernés.

Oui, le respect de l'environnement est une priorité des entreprises. Les entrepreneurs ont pleinement conscience de la forte sensibilité de la collectivité nationale aux questions d'environnement. Ils sont appelés à la prendre sans cesse davantage en compte dans tous leurs choix de production. Des efforts très importants ont d'ores et déjà été réalisés. Le MEDEF appelle toutes les entreprises de France à les poursuivre et à les intensifier. Le recours bureaucratique à la taxation des activités polluantes, comme si cela reflétait le choix des entreprises, obligées de transformer la matière, est une aberration : il faut laisser évidemment toutes ces ressources à la disposition des entreprises pour qu'elles les consacrent aux investissements et aux équipements qui réduisent les nuisances.

NOTRE VOLONTE

Mes chers amis, nous avons une vision claire de l'avenir, nous portons des valeurs fondamentales. Mais cela ne suffit pas :

Il faut la volonté de maîtriser le destin économique de notre pays ;
Il faut la détermination de poursuivre des réformes difficiles ;
Il faut le courage de procéder aux adaptations indispensables ;
Il faut de la pugnacité pour lever les freins et les obstacles nombreux qui entravent la croissance et le progrès ;

Il faut la conviction que tout doit être mis en ¿uvre pour assurer la réussite de nos entreprises, de nos salariés, de notre pays,

Et il nous faut sans cesse, partout nous faire entendre, communiquer, nous engager dans la cité.

Nous arriverons à assurer le succès de nos entreprises si chaque jour dans l'exercice de nos responsabilités nous faisons partager notre vision, mettons en pratique nos valeurs et affichons notre volonté. Rassemblés dans le MEDEF, unis dans notre mouvement porteur d'espoir, engagés pour la réussite de tous, ensemble nous agirons pour le succès de toutes les entreprises françaises !

En avant les entreprises !

(Source http://www.medef.fr, le 07 mars 2001).

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