Interview de M. Roger-Gérard Schwartzenberg, ministre de la recherche, dans "Libération" du 19 juin 2001, sur les moyens consacrés à la recherche sur l'environnement et sur la coopération internationale dans la lutte contre l'effet de serre. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Roger-Gérard Schwartzenberg, ministre de la recherche, dans "Libération" du 19 juin 2001, sur les moyens consacrés à la recherche sur l'environnement et sur la coopération internationale dans la lutte contre l'effet de serre.

Personnalité, fonction : SCHWARTZENBERG Roger-gerard.

FRANCE. Ministre de la recherche

ti : Q - La science du climat est devenue un outil d'expertise dans les négociations internationales. Les laboratoires français sont-ils assez soutenus ?

R - Le budget 2001 consacre 4 milliards de francs (610 millions d'euros) aux recherches sur l'environnement. Les moyens sont là, ainsi que les équipes scientifiques, dont la qualité est reconnue au niveau mondial, comme le montre leur forte participation au Giec (Groupe intergouvernemental sur l'évolution du climat, mis en place par l'ONU). I1 faut toutefois renforcer les recherches sur le cycle du carbone et améliorer la coordination entre les différentes disciplines - en particulier l'intervention des sciences sociales.

Q - Comment répondre à la demande d'observation permanente du climat ?

R- Les satellites sont un instrument privilégié. J'ai ainsi soutenu l'initiative GMES (Global Monitoring for Environment and Security) et la Commission européenne s'engage dans ce projet qui pourrait déboucher sur un leadership européen pour la surveillance de l'environnement depuis l'espace. Mais les satellites ne peuvent répondre à eux seuls à toutes les questions. Nous devons fusionner leurs données avec les mesures au sol et dans les océans, qui doivent bénéficier de structures et de financement pérennes. Pour le garantir, je vais mettre en place des observatoires de la recherche sur l'environnement.

Q - Pour réduire ses émissions, la France devra utiliser des technologies économes en énergie fossile. Dans quelles directions faut-il pousser les recherches à cet égard ?

R - Nous devons mettre en ¿uvre un programme d'économies en retrouvant le réflexe save energy des années 70 améliorer les technologies classiques, par exemple les véhicules, et aller vers des énergies diversifiées. Nous travaillons donc sur le photovoltaïque, la biomasse et la géothermie profonde, le solaire, et l'éolien, qui se développe à grande vitesse. Le contrat quadriannuel conclu en janvier avec le CEA inscrit parmi ses priorités le développement des énergies renouvelables. D'ici à 2004, ses programmes de recherche sur les énergies nouvelles mobiliseront 300 personnes (contre 100 en 2000) et 272 millions de francs (41,47 millions d'euros). La filière hydrogène apparaît prometteuse ainsi que la pile à combustible, dont le marché devrait devenir rentable à partir de 2010 pour les transports.

Q - Le nucléaire est présenté comme l'une de ces solutions, mais son acceptation pose problème. La recherche peut-elle résoudre ce dilemme ?

R - L'énergie nucléaire assure 80 % de la production électrique française et n'émet pas de gaz à effet de serre, ce qui est un réel avantage. Reste à poursuivre les recherches sur la sûreté des installations et sur la gestion des déchets nucléaires, prévues par la loi Bataille de 1991. Des progrès majeurs ont été accomplis sur la séparation et l'extraction des différents types de déchets et sur les méthodes de conditionnement à long terme. Ces travaux sont conduits en collaboration étroite avec la Suède, la Suisse et le Canada. Contrairement à ce qui est parfois dit, le bilan des recherches, qui sera présenté en 2006, lors du rendez-vous prévu par la loi Bataille, sera très complet. Le Parlement pourra alors utilement débattre du choix des modes de gestion des déchets nucléaires.

Q - Après Göteborg, où en sommes-nous pour la coopération internationale contre l'effet de serre ?

R - Messieurs Bush et Berlusconi, les deux adversaires les plus résolus du Protocole de Kyoto, sont aussi les dévots les plus zélés de l'hyperlibéralisme, qui considère les dégâts environnementaux comme de simples dommages collatéraux de la croissance. En revanche, les gouvernements de gauche sont maintenant pour un développement soutenable, conciliant croissance économique et respect de l'environnement. On ne peut raisonnablement compter sur la droite pour défendre l'environnement, malgré les discours emphatiques de certains. L'attitude de M. Bush est gravement préoccupante. Les Etats-Unis sont le premier émetteur de gaz à effet de serre. Ils ne peuvent donc s'exonérer des engagements multilatéraux qu'ils ont souscrits sous Clinton pour se crisper sur une attitude unilatéraliste, voire isolationniste. L'Amérique n'est pas seule au monde. Elle doit, comme les autres pays, accepter un minimum de règles qui assurent le devenir de la communauté internationale. Le monde est devenu le village planétaire de McLuhan. Une world society se forme, consciente que l'humanité est une, par-delà, les frontières. Ce qui est en jeu, c'est notre destin commun dans les prochaines décennies et au-delà, le sort des générations futures, que nous ne pouvons hypothéquer par nos actes et nos abstentions d'aujourd'hui. Le laisser-faire ou l'inertie seraient une faute grave pour les décideurs politiques. Gouverner, c'est préparer l'avenir, ce n'est pas gérer au jour le jour. Il est urgent d'agir. Et d'agir ensemble./.


(Source http://www.doc.diplomatie.gouv.fr, le 20 juin 2001)

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