Interview de M. Ernest-Antoine Seillière, président du MEDEF, à Radio Classique le 19 mai 2001, sur la refondation sociale, les relations entre le patronat, les syndicats et le gouvernement, l'"immobilisme social" du gouvernement, comparé aux décisions sociales prises en Allemagne et en Grande-Bretagne, et sur les difficultés financières d'AOM Air Liberté. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Ernest-Antoine Seillière, président du MEDEF, à Radio Classique le 19 mai 2001, sur la refondation sociale, les relations entre le patronat, les syndicats et le gouvernement, l'"immobilisme social" du gouvernement, comparé aux décisions sociales prises en Allemagne et en Grande-Bretagne, et sur les difficultés financières d'AOM Air Liberté.

Personnalité, fonction : SEILLIERE Ernest-antoine, BONNOS Gérard, BONOS Gérard.

FRANCE. MEDEF, président

ti : GERARD BONOS : Ernest-Antoine Seillière, bonjour.

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Bonjour.

GERARD BONOS : Si je ne craignais que le jeu de mots ne soit déplacé pour la circonstance, ce sont les termes de turbulences sociales et de trou d'air économique qui me viennent à l'esprit pour parler de ce tout début de siècle. L'année 2000, on le sait, fut un arbre magnifique, trop peut-être, qui a masqué une mondialisation de plus en plus prégnante et toujours sans états d'âme. Résultat ? L'incontournable réalité est venue se rappeler à notre bon souvenir, parfois brutalement, j'y reviens. Parlons d'abord des grands sujets qui fâchent, comme on dit. Refondation sociale, vous avez réaffirmé cette semaine qu'elle continuait. L'occasion de faire ici un premier bilan d'étape et dans ce contexte, nombre de dossiers sont malgré tout en suspend, qui sont autant de conflits potentiels. Citons, entre autres, l'assurance maladie et les retraites. Si je résume, tout le monde est conscient que l'on va dans le mur, mais c'est la plus complète cacophonie quant aux moyens et aux solutions pour l'éviter. Et au beau milieu, le citoyen lambda, bien perplexe, qui hésite entre des lendemains de cauchemar et le sentiment qu'on a un peu vite crié au loup pour rien. Au passage, vous nous direz comment vous réagissez aux propos de Nicole Notat. La secrétaire générale de la CFDT dénonce, dans L'EXPRESS cette semaine, le " réformisme honteux de Lionel Jospin ". Si ces sujets sont d'importance, ils ne sont malheureusement pas les seuls qui concernent vos membres. Il y a l'euro qui va bientôt déferler dans nos portefeuilles et pour lequel on dénonce l'impréparation des entreprises. Il y a la future loi, le 22 mai, sur les nouvelles régulations économiques qui va durcir encore un peu plus certains aspects sociaux et fiscaux. Il y a enfin votre prochain rendez-vous avec Elisabeth Guigou, le ministre du Travail, le 28 mai cette fois. Vous nous direz quel message vous désirez faire passer. Plus largement, nous parlerons de l'activité de la France qui ne semble pas au mieux de sa forme en ce moment. Si l'on en croit une récente enquête, les patrons des entreprises étrangères implantées chez nous parlent de plus en plus d'aller voir ailleurs, ce qui présage peut-être d'autres plans sociaux. Ce qui, par conséquent, nous promet un climat dégradé si l'on en juge par les dernières annonces et la forte émotion qu'elles ont suscitée. Transition, vous l'aurez compris, monsieur Seillière, pour m'adresser cette fois autant au président de la CGIP et de Marine Wendel, car votre groupe est partie prenante dans le maelström AOM-Air Liberté. Alors, passée la colère du personnel, vous nous donnerez votre point de vue et nous tenterons de comprendre ce qui s'est réellement passé, loin des polémiques et des anathèmes, c'est sur le fond que je vous propose d'en discuter. Un dossier qui va toutefois revenir à la une de l'actualité lundi prochain, date à laquelle les salariés de la compagnie vont être fixés sur leur sort. Et d'une participation l'autre, il y a aussi le dossier Valeo dont vous êtes actionnaire de référence. Là encore, le climat économique et social est lourd d'orages qui menacent. On n'a donc pas, monsieur Ernest-Antoine Seillière, trop d'une heure pour aborder ce programme chargé. Alors, présents dans ce studio pour vous interroger, Michèle Lécluse, LES ECHOS, Christian David, L'EXPANSION, Gilles Bridier, LA TRIBUNE, Valérie Lecasble et Pierre Zapalski pour RADIO-CLASSIQUE. Alors, on va d'abord s'adresser, si vous le voulez bien, au président du MEDEF. Je l'ai dit, la Refondation sociale, vous avez déclaré qu'elle continuait. Alors, est-ce qu'on peut faire déjà un premier bilan d'étape ?

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Très volontiers. La Refondation sociale est pour nous, au MEDEF, et je crois pour le syndicalisme réformateur, la seule voie d'avenir des relations sociales et de la réforme des institutions sociales dans notre pays. Nous en sommes de plus en plus convaincus et c'est probablement d'ailleurs parce que nous sommes à cet égard convaincu et dans le vrai que cela suscite tant d'attaques, tant de turbulences comme vous l'avez dit. En réalité, il s'est passé, il y a quelques jours à l'Assemblée nationale, quelque chose de fondamental et de majeur. A savoir que l'accord sur la réforme de l'assurance chômage, accord auquel nous avons travaillé avec la CFDT et avec la CFTC et auquel s'est ralliée la CGC, qui est un accord de réforme très important, parce que pour la première fois depuis des décennies, à l'initiative des partenaires sociaux, un grand système social s'est adapté aux circonstances nouvelles. Bien entendu, pas autant qu'on l'aurait souhaité, mais c'est tout de même une réforme majeure que celle qui, maintenant, fait que le demandeur d'emploi n'est pas simplement celui qui vient chercher un chèque d'indemnisation mais est pris en main et sera de plus en plus pris en main à titre individuel pour lui assurer un rapide retour à l'emploi. Or, cette disposition qui a tant été combattue et dans des conditions que nous avons jugées souvent totalement inadmissibles, et en termes d'expression et en termes de combat, vraiment un combat frontal comme si nous touchions au centre de la République en voulant améliorer les choses d'un point de vue social, eh bien cette mesure, elle a été votée par le Parti socialiste et par une partie de l'opposition. Et donc, nous avons vu les mouvements, les forces politiques divergentes se réconcilier sur l'initiative réformiste que nous avions prise avec la CFDT et d'autres et qui a conduit à ce résultat. Et donc, si vous voulez, nous avons été très vivement encouragés, après avoir vu le Premier ministre lui-même, je dirais, donner le libre cours à la Refondation sociale en ne bloquant pas - souvenez-vous de ce fameux coup de téléphone nocturne -, nous avons vu des forces de la République, si j'ose dire, se réconcilier sur cette initiative. Alors, on dira ce qu'on voudra, nous, nous sentons là qu'il y a une véritable date dans l'histoire sociale de notre pays.

PIERREE ZAPALSKI : : Je voudrais poursuivre sur le même plan et vous demander ce que vous inspirent ces idées qui voudraient que les salariés soient davantage associés à l'élaboration de la stratégie des entreprises, c'est-à-dire à travers tous ces plans sociaux qui ont éclaté ces derniers temps.

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Alors, c'est un domaine dans lequel nous pensons qu'il y aura des évolutions. Il ne faut pas les précipiter par des réactions émotionnelles et provoquer de l'évolution des législations, je dirais un peu vengeresses. Il faut y réfléchir et laisser les choses se mettre en place. Nous, notre conviction, c'est que le capitalisme évoluera de plus en plus vers une forme de réelle association entre les salariés, les actionnaires¿

PIERREE ZAPALSKI : :¿ Jusqu'à la cogestion ?

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE :¿ les managers et¿ Non, ne nous enfermons pas dans de la terminologie, mais si vous voulez, l'évolution, elle dans ce sens-là. Il y a en réalité, et nous en subissons actuellement les spasmes idéologiques, une réconciliation inévitable à faire entre les différentes parties prenantes de l'entreprise. Et nous y travaillerons. Le MEDEF saura certainement, dans le domaine, de meilleure manière de faire comprendre et d'associer les salariés aux entreprises et Dieu sait que nous sommes partisans de tout ce qui capitalisme des salariés, de tout ce qui est détention d'actionnariat de salariés, etc. Nous sommes partisans également d'une bien meilleure compréhension des stratégies par les salariés. Tout ceci est dans le sens évident d'une évolution du capitalisme vers des formes, je crois, meilleures de participation réciproque.

MICHELEE LECLUSE : Vous allez ouvrir encore quelques chantiers importants d'ici la fin de l'année. Mais au début de l'année prochaine, la Refondation sociale aura marqué une étape. Est-ce que vous pensez ouvrir une seconde étape au début 2002 pendant que se déroulera la campagne des présidentielles pour que le Refondation sociale soir vraiment ancrée dans le débat politique à ce moment-là ?

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Oui, alors, si vous voulez, nous avons eu une première phase de la Refondation sociale avec la tentative, réussie tout de même, de conclure un certain nombre d'accords dont le dernier sur l'assurance chômage que je viens de citer, et puis, nous avons actuellement des négociations en cours. L'une porte sur des sujets absolument fondamentaux majeurs qui sont les conditions de la négociation et de la relation sociale dans notre pays. Est-ce que les règles actuellement législatives, ou je dirais même les m¿urs, sont adaptées ou est-ce que l'on doit et on peut arriver à proposer ensemble, les partenaires sociaux, au législateur des évolutions positives ? Alors, ça, c'est en cours et c'est un dialogue qui est assez nourri. Il n'est pas très facile, mais il touche à l'essentiel et nous savons que les syndicats souhaitent continuer à y parler. Et puis nous avons la négociation en cours sur une évolution de la formation professionnelle qui touche, là aussi, à des sujets qui ne sont pas des sujets, je dirais, polémiques, entre nous. Et au contraire, on essaye de trouver les voies et moyens d'une adaptation meilleure du salarié à sa formation qui est l'aspect majeur de l'évolution du salariat dans les dix ans qui viennent certainement dans notre pays. Et puis nous avons l'assurance maladie sur laquelle nous avons retardé le chantier parce que c'est un chantier extrêmement complexe et où nous ne prétendons pas d'ailleurs conduire à un accord qui règlerait les choses avec les partenaires sociaux, mais contribuer, par la présentation des grandes architectures, de telle manière que l'on sache ce que les entrepreneurs proposent pour sortir des difficultés évidentes du régime de l'assurance maladie de notre pays. Alors, tout ceci, ce sont quand même beaucoup de sujets qui sont actuellement encore sur le feu avec des négociations, des contacts et nous pensons que la Refondation sociale de ce fait a encore, je dirais, beaucoup de vie sur le plan contractuel. Mais pour vous répondre, nous, nous pensons que la période très politique qui va s'ouvrir avec les législatives et les présidentielles nous impose de présenter aux forces politiques qui vont s'affronter pour essayer d'assurer ensuite l'exercice du pouvoir, de présenter donc la Refondation sociale en termes clairs en demandant aux uns et aux autres de s'y rallier. Or, je ne vous cache pas que nous sommes tout de même très frappés par le fait que nous avons proposé la Refondation sociale de façon non partisane à l'ensemble des forces politiques. Au gouvernement, aux forces de gauche comme à l'opposition. En leur disant : mesdames et messieurs, quoi que vous fassiez, vous ne pourrez pas sortir de cette voie-là, et mettez-vous en compétition pour celui qui cherche à la proposer et à la retenir. Et nous pensons que ceux qui voudront combattre la grande voie de la négociation et du dialogue social pour rénover les relations sociales et les institutions sociales de notre pays se trouveront en très grande difficulté pour faire ensuite une politique sociale. Quelle sera-t-elle ? Le tout règlement ? On sait très bien qu'on est arrivé tout-à-fait au bout des abus dans ce domaine-là ! Le tout-libéral ? Nous n'en sommes absolument pas les partisans. Nous voulons bien entendu qu'un dialogue social, dans le cadre d'un ordre public social, vienne imposer à l'ensemble des salariés et des entreprises dans notre pays le cadre dans lequel, bien entendu, on fait progresser la vie économique et sociale.

VALERIEE LECASBLE : Oui, alors, justement, dans la Refondation sociale, il y a le fond, je crois que sur le fond, à peu près tout le monde est d'accord sur les grands principes, et il y a aussi la forme. Alors, comme vous l'avez dit, le PARE a été voté facilement à l'Assemblée nationale, mais quand c'était le temps de la discorde, ça faisait la une des journaux. Est-ce que dans les derniers mois qui viennent, et pendant cette campagne présidentielle, vous pensez adapter votre forme, c'est-à-dire être peut-être un peu moins provocateur, un peu plus équilibré, une méthode plus douce peut-être ? Et on peut peut-être parler deux minutes de cette fameuse réunion des grands patrons le 7 février dernier où je crois que le thème de la discussion avait porté un petit peu autour de ça. C'est-à-dire : oui à la Refondation sociale, mais il ne faut peut-être pas tout chambouler et provoquer pour autant. Alors, est-ce que vous avez le sentiment que c'est vers ça qu'il faut aller ?

GERARD BONOS : Valérie Lecasble vous propose un discours de la méthode.

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Oui, alors, écoutez, nous, nous sommes, comment dirais-je, tout-à-fait à l'aise pour défendre le fond et nous admettons parfaitement que l'on puisse avoir des avis sur la forme et les moyens. Cela dit, avant d'accabler les négociateurs sous, je dirais, les reproches, prenez tout de même conscience de l'extraordinaire difficulté d'arriver à conduire une négociation sociale avec 5 syndicats dont vous savez, je crois qu'il ne faut pas le souligner, mais on peut tout de même quand même le rappeler, dont leur unité est tout de même très relative. Et donc c'est très difficile, si vous voulez, d'arriver à trouver et un langage et des mesures qui font que l'on a des interlocuteurs qui restent sur des positions et des accords. Il est très difficile, il faut le reconnaître également, quelquefois d'obtenir l'unité de vue dans les rangs de ce que l'on appelle le patronat, qui a quand même trois organisations : le MEDEF, dont je ne dirais pas qu'il ne joue pas là de rôle majeur, ça c'est évident, mais la CGPME et l'UPA dont nous respectons les points de vue. Et que donc c'est une négociation qui se déroule à huit et dans un contexte où chaque jour le gouvernement et l'administration font tout pour empêcher l'aboutissement des négociations. Parce que c'est la particularité et la spécificité française, qui, alors là est dramatique, c'est que nous n'avons pas de partenariat entre les partenaires sociaux et les pouvoirs publics et l'administration et donc en réalité nous sommes obligés de pousser ces conversations et d'essayer d'aboutir dans un contexte où tout le monde essaye de mettre des bâtons dans les roues. Et, on le sait, l'administration et le gouvernement ont à cet égard mille moyens puisque la plupart des accords auxquels nous parvenons doivent être agréés et que nous sommes en dialogue avec des parties de l'administration pour conduire des choses en commun, donc c'est un travail extrêmement difficile. Et nous avons choisi, c'est vrai, d'être assez clairs et nets sur les idées et d'être assez vifs sur la manière de conduire des négociations parce que nous savons que si on veut aboutir à quelque chose dans ce contexte-là, si on est prudent au point de ne même pas proposer ou de se donner le temps, alors ça s'enterre définitivement. Et donc, à certains moments, et vous avez fait allusion à une réunion que j'avais moi-même provoquée auprès de ce que l'on appelle l'establishment pour vérifier quel était son sentiment sur notre manière de conduire les négociations sur la retraite, ayant moi-même entendu d'ailleurs monter du terrain, qui nous importe avant tout, beaucoup plus que les grands patrons, il y a 1,2 million d'entreprises dans notre pays, il y a 700 000 entrepreneurs et entreprises qui sont membres de notre organisation, c'est eux qui comptent pour l'essentiel et nous avons sur cette affaire des retraites entendu monter de la base une certaine inquiétude ce que les entrepreneurs et des dirigeants d'entreprise disaient : attendez, pour nos salariés la retraite c'est fondamental, vous allez trop loin, ça va trop vite, et donc on nous avait appelés à la prudence. J'ai voulu d'ailleurs vérifier que c'était bien la même chose du côté de l'establishment, on a fait une réunion qui avait été parfaitement intelligente et positive, dont j'ai retenu le message, un message de prudence, que j'ai d'ailleurs mis en ¿uvre pour la suite de la négociation, puisque nous sommes parvenus à un accord et que nous n'avons pas interrompu les négociations dans ce domaine, je dirais dans la crise, et tout ceci était de bonne conduite pour moi et au contraire montrait que là, on nous reproche d'être quelquefois imprudents, nous avons été prudents et responsables. Alors que quelques mois après on ait jugé utile de ressortir des indiscrétions de cette réunion pour essayer de me gêner et de gêner le MEDEF, fait partie de ces m¿urs parisiennes et locales que je regrette mais que je constate.

GILLESE BRIDIER : Avec la Refondation sociale vous ouvrez beaucoup de dossiers mais surtout vous dialoguez avec les syndicats. Vous avez souvent critiqué l'archaïsme du dialogue social en France, malgré tout il y a cet accord sur l'assurance-chômage, il y a d'autres dossiers aussi qui peuvent avancer. Est-ce que vous avez l'impression, compte tenu peut-être de la position de l'appareil d'Etat qui est toujours présent dans ces négociations et qui gêne autant les syndicats que vous, d'ailleurs, est-ce que vous avez l'impression que ce dialogue évolue et n'est plus aussi archaïque qu'avant, finalement ? Est-ce que vous nouez de nouveaux types de relations avec les syndicats ?

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Ecoutez, je ne vous cacherai pas qu'à la faveur de cette initiative de Refondation sociale, qui a été, je vous le rappelle d'ailleurs, à son origine appuyée par l'ensemble des syndicats, qui ont été d'accord pour se lancer dans cette direction, au cours de toutes ces négociations nous avons vu assez clairement se dessiner une certaine frontière entre d'une part ce que j'appellerai le syndicalisme réformateur, qui partage avec nous des visions communes, qui ne sont pas des visions très originales puisque c'est pratiquement ce qu'en Europe, partout autour de nous, on a mis en ¿uvre, c'est-à-dire en fait la réflexion commune et réformiste avec d'ailleurs si possible l'appui des pouvoirs publics pour, à l'initiative de la société civile et des partenaires sociaux, conduire à des réformes qui adaptent la société aux puissantes transformations. Je les résume d'un mot : l'euro, qui intègre maintenant définitivement l'espace européen, l'Internet, qui révolutionne la manière de faire et de conduire les affaires et la gestion des entreprises etc, et la nouvelle donne démographique qui fait que nous avons en fait des équilibres de populations qui se mettent en place et qui sont évidemment très lourds à porter. Donc nous avons avec une partie du syndicalisme français, sur cette base-là, négocié, je dirais, mais comme il le faut. Et puis il y a une partie du syndicalisme français qui s'est mise à l'écart, pour des raisons variées, d'ailleurs et que je ne voudrais pas essayer de détailler, mais qui fait, et nous le regrettons très vivement, qu'il y a actuellement des acteurs et des partenaires sociaux qui se sont braqués concernant cette manière de faire et qui ne regardent pas ce qui se passe partout en Europe où on a défini la manière de conduire les relations sociales à peu près dans les termes où le syndicalisme réformateur et nous-mêmes l'avons défini.


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(Suite de l'interview sous la référence 0130001958-002)
(Début de l'interview sous la référence 013001958-001)

PIERREE ZAPALSKI : : Il y a quelques semaines il y avait à votre place Bernard Thibault, le secrétaire général de la CGT, et qui avait posé la question de la légitimité de la représentation des syndicats. Est-ce que quand vous parlez avec vos partenaires, est-ce que vous sentez cette absence de légitimité qui relève d'un simple décret en fin de compte ?

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE :Oui, enfin, le terme de légitimité est peut-être un peu fort et vu de notre côté, à partir du moment où nous avons des interlocuteurs qui sont reconnus comme devant être ceux qui portent le dialogue social, nous ne les contestons pas une seconde, bien au contraire. Ce sont nos interlocuteurs et nous apprécions de les rencontrer. En revanche, la question de l'adaptation de la représentation des salariés aux nouvelles donnes, tout ceci date d'il y a plus de 50 ans, le monde français a énormément changé, faut-il revoir la question : qui représente, comment et pourquoi ? Nous, nous pensons que c'est nécessaire, nous pensons qu'il ne faut pas rester sur des données dont on peut dire qu'elles ont énormément vieilli et qui sont d'ailleurs assez contestées par les syndicalismes nouveaux et qui veulent prendre la place, et donc il y a une question et je crois que dans le mouvement de réforme auquel nous aspirons, il faut certainement adresser cette question. C'est un peu gênant, si vous voulez, pour les représentants du syndicalisme des employeurs de donner dans ce domaine des avis ou des conseils, vous le comprendrez. Mais nous pensons que la question existe et qu'elle doit être traitée.

CHRISTIANE DAVID :Alors qu'il y a eu une forte réaction des salariés au moment de l'annonce de plans sociaux, que ce soit chez Danone ou chez Marks Spencer, il y a eu une relative discrétion dans l'expression du monde patronal, que ce soient les patrons eux-mêmes ou que ce soit le MEDEF. Pourquoi est-ce qu'il y a eu ce si fort silence ?

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : D'abord la discrétion du monde patronal, comme vous le dites, elle est de tradition, je dirais elle est presque de rigueur et vous savez combien nous la regrettons. Nous pensons que l'expression des entrepreneurs devrait être beaucoup plus importante dans la société française et que l'on ose parler, l'on ose s'engager, l'on ose commenter. O c'est plutôt la loi du silence, c'est vrai et, en tant que représentant des entrepreneurs, je le regrette. Alors dans le cas que vous dites, c'est extrêmement complexe pour le représentant des entrepreneurs ou ceux qui ont la tâche de s'exprimer en leur nom collectif, de commenter des situations individuelles, entreprise par entreprise. J'ai toujours dit ça. Ca n'est pas pour m'échapper à la nécessaire expression, mais c'est parce que franchement chaque entreprise est dans ce domaine-là responsable de ses initiatives et je ne peux pas ni les commenter, ni les ¿

CHRISTIANE DAVID :¿ On avait dit " maladroit " pour Danone et " brutal " pour Marks Spencer. Vous êtes d'accord avec ces termes ?

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Cela dit, je crois que nous avons dit qu'en ce qui concerne Danone, c'était une manière assez exemplaire de procéder et que les réactions très passionnelles de l'opinion, largement reprises pour des raisons d'ailleurs qui leur sont propres par les milieux politiques, nous a semblé très injustes. Et je l'ai dit plusieurs fois. J'ai dit : Franck Riboud a procédé, en ce qui concerne l'adaptation de son effectif de production, avec mesure, avec générosité parce que ça coûte très cher à l'entreprise. Mais de façon tout à fait justifiée nous n'avons absolument pas compris la manière dont l'opinion et l'exploitation politique se sont abattues sur le malheureux Frank Riboud qui, nous semble-t-il, a fait dans ce domaine exactement le devoir d'un entrepreneur qui a conscience que la réussite économique de son entreprise passe par sa réussite sociale.

VALERIE LESCABLE : Gérard Bonos nous l'a dit en introduction, vous rencontrez Elisabeth Guigou le 28 mai prochain. Alors autant vos relations avec Martine Aubry, on les connaissait, c'était un peu le combat permanent, autant avec Elisabeth Guigou vous êtes étrangement silencieux. Alors à un moment où le climat social dont on vient de parler est un petit peu tendu, presque explosif dans le pays, certains évoquent des mai 68, vous allez vous dire quoi tous les deux ?

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Ecoutez, nous, nous avons à lui dire comment nous concevons la relation sociale, d'ailleurs je dirais, nous l'avons suffisamment dit haut et fort pour que je pense qu'elle l'ai su ¿

GERARD BONOS : Ca ne va pas être une surprise pour elle !

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : ¿ Et nous lui disons Madame la Ministre, nous ne voyons et nous ne comprenons pas pourquoi notre démarche de Refondation sociale n'est pas reprise à son compte par le gouvernement. C'était vrai depuis des années, si j'ose dire, et ça devient maintenant de plus en plus vrai. Quelle méthode, quels objectifs oppose-t-on à la Refondation sociale telle qu'elle s'est maintenant parfaitement exposée et définie ? Et nous n'avons strictement aucune réticence dans notre démarche non-partisane à ce que cette manière de faire et les propositions que nous faisons soient encouragées par les pouvoirs publics, encouragées par le gouvernement et s'il doit y avoir de la compétition entre les uns et les autres, l'opposition et la majorité, sur ce tronc commun fondamental de la relation sociale qu'est notre approche, tant mieux ! Alors je crois que c'est un message que nous souhaiterions faire bien passer et que nous avons d'ailleurs déjà, d'une manière ou d'une autre, fait passer. Et il est important. Sur le reste, il y a énormément de choses qu'il faut faire et faire vite, et nous savons que le gouvernement essaye d'en faire le moins possible et de le faire lentement. Et donc nous allons être très demandeurs d'initiatives rapides sur la réforme de tous les grands systèmes sociaux, assurance maladie bien sûr, mais retraite, mise en ¿uvre de la réforme de l'assurance chômage qui est quelquefois très difficile du fait des réticences administratives ici ou là, de laisser la voie libre à cette nouvelle approche, etc. Plus, un tas de sujets extrêmement précis et complexes, la foison des Smic, puisque ce n'est plus le double Smic je crois que c'est le quintuple Smic, c'est-à-dire les retombées des complexités des 35 heures sur les gestion des salaires, qui est un problème considérable, et bien entendu le financement des 35 heures. Là aussi la ponction possible dans les caisses des cotisants de la Sécurité sociale ou d'autres pour essayer de combler les passifs majeurs, les déficits majeurs occasionnés par cette mesure dont vous savez qu'au MEDEF nous la jugeons toujours infiniment regrettable.

MICHELEE LECLUSE : Vos interrogations sur l'attitude du gouvernement à l'égard de la Refondation sociale rejoignent celles de Nicole Notat qui, dans L'EXPRESS cette semaine, parle de " réformisme honteux de Lionel Jospin ". Est-ce que vous reprendriez à votre compte cette expression ?

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Eh bien, écoutez, je l'ai lue, bien entendu avec beaucoup d'intérêt, comme beaucoup, mais moi, je ne dirais pas du tout ça. Moi, je dirais qu'il s'agit d'un immobilisme honteux. Et donc, je n'aperçois pas dans l'attitude du gouvernement le réformisme dont parle madame Notat. Alors, peut-être qu'il s'agit des privatisations auxquelles le gouvernement bien entendu a donné bonne mesure, peut-être. Mais enfin, ce que nous constatons, ce que nous dénonçons et surtout lorsque nous voyons, bien entendu Tony Blair présenter ce fabuleux programme sur les 10 ans qui est un programme de relance et de réformes sociales considérables, avec une nouvelle vision des services publics¿.

MICHELEE LECLUSE : ¿Celui de Gerhard Schröder aussi¿

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : ¿ Celui de Gerhard Schröder qui a attaqué le domaine des retraites pour le traiter exactement comme nous le souhaitons, qui a, sur le plan de la réforme fiscale, favorisé, mais favorisé fortement la restructuration des entreprises dans son pays pour essayer de faire de son pays un pays attractif pour l'investissement étranger. Quand nous voyons même qu'il tient sur la réforme de l'assurance chômage, des choses que nous n'oserions pas dire comme de dire par exemple qu'il ne faut pas, bien entendu, laisser place à la paresse dans son pays, etc. Nous voyons un réalisme socialiste se mettre en place. Quand nous voyons Aznar qui a conduit tout de même en effet une réforme des relations sociales en Espagne dont on voit d'ailleurs les effets bénéfiques par une expansion très vive, quand on voit Berlusconi qui présente un programme de réformes considérable, nous sommes immobiles. Immobiles dans notre pays. Et c'est ça, bien entendu, que nous regrettons en tant qu'entrepreneurs dans notre domaine spécifique économique et social s'entend.

GILLESE BRIDIER : Alors, vous parlez d'immobilisme honteux, vous aviez déjà parlé auparavant d'îlot d'immobilisme pour la France, donc on retrouve la même image, et pourtant, pourtant, là on vient de parler de Gerhard Schröder et de l'Allemagne, on sait bien que les charges sociales sont plus élevées en Allemagne qu'en France. On a vu également hier que les investissements étrangers en France avaient largement augmenté sur le premier trimestre, donc les investisseurs étrangers sont peut-être moins critiques sur la France et les systèmes sociaux que vous ne l'êtes. Est-ce que en fait, lorsque vous demandez à ¿ Vous avez demandé à Elisabeth Guigou de reprendre à son compte la Refondation sociale et au gouvernement, est-ce que vous ne vous comportez pas en fait comme ce que l'on a déjà dit, le premier parti d'opposition en France et cela empêcherait des dossiers d'aboutir, surtout avant les élections présidentielles ?

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Il y a beaucoup choses dans votre intervention, monsieur¿

GERARD BONOS :¿ Vous vous présenterez dans quelle circonscription monsieur Seillière ?

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Alors, d'abord, sur l'Allemagne, l'Allemagne, elle a peut-être en effet ici ou là des situations qui ne sont pas favorables pour son attractivité, mais elle est en mouvement. C'est-à-dire qu'elle en a pris conscience et qu'elle s'est mis vigoureusement à adresser des sujets, à proposer à son opinion, à son Parlement des mesures et des mesures énergiques. Or, comme vous le savez, en France, tout est renvoyé à après 2002 ou fin 2002. Non pas pour dire ce que l'on fera mais pour dire que l'on commencera à y réfléchir. Et nous craignons, nous, si j'ose dire, une campagne électorale muette, dans laquelle personne n'ose même formuler la moindre proposition ou vision de peur de la réaction de l'opinion. C'est ça l'immobilisme honteux que nous dénonçons. Deuxièmement, sur les investissements étrangers, rassurons-nous. Avez-vous regardé les chiffres de 2000 ? Pour un euro qui a été investi en France, et je ne rentre pas dans le débat investissements directs, investissements indirects sur lequel j'accuse franchement les pouvoirs publics de maintenir volontairement une ambiguïté totale. La différence entre l'investissement direct qui crée de l'emploi et l'investissement indirect considéré comme un investissement en France et qui rachète une part de marché, une entreprise, etc. Ce n'est absolument pas la même chose et c'est bloqué dans un même chiffre. Donc, nous demandons que l'on sépare ces deux chiffres pour pouvoir juger de la réelle attractivité de l'entreprise France en ce qui concerne les investissements étrangers. Mais pour cet euro rentré en France au titre de l'investissement étranger, il y a eu l'an dernier 3 euros qui sont sortis. Et la somme des investissements français à l'étranger dépasse la somme des investissements à l'étranger des Etats-Unis en l'an 2000. C'est-à-dire que nous avons un début de décapitalisation française qui nous, entrepreneurs, nous terrifie. Et donc, le discours officiel qui rassure n'est absolument pas en conformité avec le mouvement de sortie très puissant actuel de capitaux français qui vont investir bien entendu parce qu'il y a des opportunités mais qui, également, se rendent bien compte que, aujourd'hui, l'espace économique français, et ceci a été révélé de façon particulièrement visible au cours du colloque mené par monsieur Fabius au ministère de l'Economie et des Finances ces derniers jours sur la base d'études, les investisseurs étrangers, et là vous comprenez, c'est vraiment de la blague de ne pas regarder cela en face, considèrent aujourd'hui que l'espace économique français est en train de dériver en termes d'attractivité. On est passé de la, je crois, 22ème place à la 25ème place dans le classement. Enfin, sur notre, comment dirais-je, notre rôle, nous avons un rôle de propositions au nom des entrepreneurs. Nous en usons. Peut-être nous en abusons. Ceci n'a rien à voir avec un positionnement politique. Et faut-il qu'on soit gêné pour nous répondre sur le terrain où nous venons nous mettre pour nous accuser d'entrer en politique parce que nous disons comment les entrepreneurs voient pour le long terme comme sur les mesures d'ailleurs de court terme, comment ils peuvent continuer à faire leur métier, c'est-à-dire assurer l'emploi et sa progression, comment ils peuvent faire la croissance dans des conditions, comme on dit, compétitives, c'est-à-dire comparables à leur environnement. Cette accusation, monsieur, nous la méprisons.


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VALERIEE LECASBLE : Oui, très rapidement, une question politique donc. Arlette Laguiller, Alain Krivine, et maintenant Jean-Pierre Chevènement, les oppositions de gauche montent dans le pays, ils critiquent la politique trop libérale de Lionel Jospin, or normalement c'est son électorat, c'est au moins 10 % de l'électorat de gauche, comment il s'en sort, lui ?

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Qui ça ? Lionel Jospin ?

VALERIEE LECASBLE : Lionel Jospin. Lionel Jospin qu'on attaque pour être trop libéral, contrairement à ce que vous pensez.

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Il faut lui demander. Ce n'est certainement pas une accusation que nous formulerions. Cela va de soi. Cela dit, un des problèmes du Premier ministre et je m'en veux de faire un commentaire politique, depuis le départ, c'est d'avoir une majorité plurielle. Cet adjectif, il est génial parce qu'il est positif. Pluriel, c'est plus. Mais cela dit, il est certain que ça lui pose beaucoup, beaucoup de problèmes et qu'à l'approche des échéances électorales, il a certainement des retombées de cette situation. Il a également beaucoup entendu la gauche de sa gauche en de nombreuses circonstances et présenté des initiatives législatives, souvent précipitées, que nous avons considérées comme des brimades, et qui sont directement, je dirais, inspirées par l'idée de satisfaire. Alors, aujourd'hui, cette partie de son opinion politique en demande plus. Il manque un peu d'arguments quelquefois pour s'y opposer, compte tenu de ce qu'il les a beaucoup écoutés.

CHRISTIANE DAVID :Après la conjoncture politique, la conjoncture économique. Il y a quand même quelques inquiétudes qui se manifestent non seulement sur la croissance et son ralentissement, mais aussi sur l'inflation qui, elle, donne des signes de redémarrage. Quelle est votre analyse sur ces deux points ?

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Sur la croissance elle-même, nous sommes très très consistants dans nos analyses depuis maintenant pratiquement 8 mois, c'est-à-dire avant les premiers chiffres budgétaires, sur lesquels on a fait les calages budgétaires, pour dire que nous ne croyons pas que l'on maintiendra les hypothèses autour de 3 % au plus et nous sommes, depuis des mois et des mois en train de dire : attention, 2,5 %, nous sommes à un horizon de croissance pour l'année 2001 qui est probablement le maximum et il implique beaucoup de corrections dans les équilibres budgétaires, les équilibres des régimes sociaux et même sur le plan de la croissance de l'emploi et de la diminution du chômage. Donc, nous ne sommes pas à l'aise aujourd'hui tout en constatant que la croissance existe encore et que, bien entendu, elle n'est pas négligeable, 2,5 %, c'est encore de la croissance avec laquelle on peu faire des choses, mais nous n'avons pas à être rêveurs dans ce domaine et donc, nous sommes tout de même très inquiets de ce qu'il y a une inflexion de croissance claire. Ca, c'est donc sur le plan de la croissance. Et votre deuxième question, c'était sur l'inflation. Alors, l'inflation en Europe est tout de même beaucoup plus forte que ce que l'on croit. Il y a des pays qui ont manifesté sur le premier trimestre des inflations autour de 4 %, notamment je crois en Espagne, en Hollande, en Irlande, et la Banque centrale européenne ne regarde pas la seule situation française. Elle regarde la situation des 11 pays dont elle a la charge monétaire et donc elle a certainement actuellement une préoccupation de manifestation inflationniste. C'est une des données qui probablement conduit à ne pas réduire les taux d'intérêt au rythme où beaucoup le souhaiteraient, dont évidemment les entrepreneurs français qui sont demandeurs d'une baisse des taux d'intérêt.

MICHELEE LECLUSE : Vous venez de parler du fragile équilibre des régimes sociaux, dû à la croissance, mais il est dû aussi au financement des 35 heures. Le gouvernement n'a pas renoncé apparemment à son idée de puiser dans les caisses de la Sécurité sociale pour financer les 35 heures. Est-ce que ce sera à nouveau un casus belli comme ça l'a été en 1999 de votre part et de la part des syndicats ?

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Alors, ce sera certainement un casus belli. Mais je ne sais pas comment se déclenchera la guerre ni comment elle se fera. Mais enfin, si vous voulez, l'idée que nous puissions, nous, accepter que cette mesure, que nous avons jugée défavorable à l'expansion française et à l'avenir de notre économie, et qui a beaucoup compliqué nos relations sociales puisse être, en plus de ça, financée sur les cotisations, est une idée qui pour nous est inacceptable. Alors, les trucs et les moyens à la disposition d'une administration budgétaire sur-habituée à tout masquer, il faudra peut-être que la présentation que l'on en fera fait que le débat s'instaurera, il sera d'ailleurs probablement d'une obscurité totale, pour savoir s'il s'agit réellement de prélèvements ou pas de prélèvements. Mais nous regarderons la chose à ce moment-là avec beaucoup de rigueur et nous en tirerons encore une fois des conséquences. Encore une fois, pour nous, rester passivement, man¿uvrés quotidiennement par des déclarations contradictoires et ambiguës dans des régimes sociaux dont on se refuse à assurer la modernisation est quelque chose qui est radicalement contraire à notre sentiment d'entrepreneur.

PIERREE ZAPALSKI : : Par trois fois depuis le début de notre conversation, vous avez dénoncé l'attitude de l'administration, ses réticences. Alors, elles s'illustrent par quoi ces réticences ? Concrètement ? Donnez-nous des cas.

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Attendez¿

GERARD BONOS : ¿ Un ou deux seulement peut-être¿Parce que sinon, est là demain.

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Attendez, là, je demande officiellement à tous les entrepreneurs, quelle que soit leur taille, qui nous écoutent, de bien vouloir envoyer à Pierre Zapalski, RADIO-CLASSIQUE, des exemples concrets des tracasseries administratives, fiscales, réglementaires, qui les empêchent de faire leur travail normalement. Et vous pouvez également lui faire payer les timbres !

GERARD BONOS : C'est notre postier qui va être content !

GILLESE BRIDIER : J'avais juste une petite question. Pour revenir sur l'inflation, selon vous, est-ce que le passage à l'euro peut être inflationniste ? Et alors, s'il y a des risques, que demandez-vous aux entrepreneurs que vous côtoyez tout le temps ?

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Alors, si vous voulez, l'inflation, moi, me préoccupe avant tout sur le plan de son différentiel français. C'est-à-dire s'il y a une dérive des prix sur notre espace économique qui nous met hors marché, or vous savez que le hors marché, il se constate maintenant sur écran la plupart du temps ou à une offre avec un chiffre et puis ensuite on voit un voyant dans lequel les chiffres des propositions des uns et des autres s'affichent et on se dit : est-ce que je peux encore baisser de 1 centime sur la proposition qui est faite, je ne peux pas, hop, je sors du marché. Et ce sera de plus en plus comme ça. Si vous vous voulez, on est dans une loi de l'offre et de la demande qui devient glaciale par la technique. Et donc, l'inflation française qu'on ne peut plus corriger par la dévaluation, elle est mortelle en termes d'activité. L'inflation européenne qui fait que l'euro perd de sa valeur par rapport aux Etats-Unis est quelque chose, bien entendu, est quelque chose bien entendu qui a un effet porté sur le développement européen, mais qui se noie un peu sur l'ensemble. Donc, moi je suis préoccupé par le développement de l'inflation française qui par bonheur, d'ailleurs n'est pas actuellement au rendez-vous et je crois qu'il faut vraiment souhaiter que la rigueur, et bien entendu tout ce qu'on imposera aux entreprises et qui peut se traduire par des coûts, je vois actuellement si vous voulez ce que l'on veut mettre comme coût supplémentaire sur les plans d'adaptation des entreprises, dits plans sociaux, eh bien, forcément, c'est quelque chose qui pèse sur les entreprises françaises et notamment sur les petites parce que ça va s'adapter bien entendu aux grandes comme aux petites. Donc, l'inflation française serait mortelle, l'inflation européenne déséquilibrerait encore plus le rythme de croissance européen par rapport à celui des Etats-Unis ou d'autres régions du monde, mais je dirais que c'est un problème plus général.

VALERIEE LECASBLE : Vous avez dit que vous ferez la guerre sur le financement des 35 heures, mais maintenant qu'on les a, il faut bien payer les entreprises quand même. Alors, comment on fait ?

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Pour financer les 35 heures ?

VALERIEE LECASBLE : Oui.

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Eh bien, écoutez, l'Etat a pris sa responsabilité, le législateur aussi, ça n'est pas à l'assuré social de payer. Ca, c'est tout-à-fait clair. Et prendre la cotisation du chômeur ou du malade pour venir compenser les trous budgétaires créés par les 35 heures¿ Vous savez, actuellement, quand on voit se plaindre du traitement des sages-femmes, de l'insuffisance de nombre de gens de police, et de moyens de police, et que je voit qu'il y a 100 milliards de francs qui viennent actuellement au titre des aides à l'entreprise pour compenser les 35 heures ou pour les mettre en place, je dis : on s'est complètement trompé. Enfin, 100 milliards pour financer le loisir, permettez-moi de vous dire, c'est beaucoup, beaucoup de choses qui marcheraient beaucoup mieux dans les services publics si on n'avait pu les affecter à autre chose ! Donc, à cet égard, vous me permettrez de dire que les partenaires sociaux seront sévères. Pause publicitaire.

(Suite de l'interview sous la référence 013001958-003)
(Début de l'interview sous les références 013001958-001 et 013001958-002)

GERARD BONOS : On va parler de votre groupe, monsieur Seillière. On va essayer d'aller un peu plus au fond.

CHRISTIANE DAVID :Monsieur Seillière, depuis le début de cette émission, vous affichez une certaine sérénité. Est-ce que vous êtes tout aussi serein comme patron de CGIP et de Marine Wendel puisque vous avez en ce moment nombre de dossiers chauds à régler, que ce soit AOM-Air Liberté avec les menaces de suppressions d'emplois qui peuvent se profiler, Valeo avec ce changement de patron et le retour de monsieur Goutard et puis également la fusion entre CGIP et Marine Wendel que vous préparez en ce moment ?

GERARD BONOS : Est-ce que vous pouvez laisser deux, trois questions aux autres confrères, mon cher Christian David¿

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Alors, si vous voulez, en tant que chef d'entreprise, entrepreneur, responsable d'un groupe, il est, je crois, tout-à-fait normal de faire face à des difficultés. Je glisse en passant que la manière dont on a cherché à faire l'amalgame entre les difficultés qu'un chef d'entreprise peut avoir et ma responsabilité en tant que président du MEDEF, cet amalgame, je crois qu'il faut le juger comme d'abord très inefficace et ensuite pas convenable. En tant que président de CGIP et de Marine Wendel, j'ai à régler différents problèmes, on en a toujours réglé. Leur intense médiatisation actuelle, qui est tout-à-fait déraisonnable, elle est tout de même liée en effet au fait que l'on cherche à faire l'amalgame. Cela dit, quelles sont les difficultés de notre groupe ? D'abord, je vous dit que Cap Gemini marche très bien, que Veritas marche très bien, qu'Orange Nassau marche très bien et que donc nous avons dans notre groupe un exercice 2000 qui a été très satisfaisant et un exercice 2001 qui s'annonce bien. Je dis cela pour le cas où il y aurait un certain nombre d'actionnaires de notre groupe qui m'entendraient, ils peuvent avoir confiance dans une progression de la quasi totalité du résultat de nos filiales en dehors de Valeo qui traverse en effet une difficulté, mais une difficulté que nous avons affronté, d'ailleurs avec le conseil, nous ne sommes pas les seuls dans Valeo bien sûr, et nous avons donc traité le problème, nous avons mis en place une équipe pour, je dirais, prendre des mesures de court terme qui s'imposaient. Alors, il y a AOM. N'est-ce-pas, AOM, c'est un sujet sur lequel je suis, comment dirais-je, placé sur la défensive. Parce que l'on m'attaque énormément sur ce sujet et je voudrais peut-être prendre les quelques minutes nécessaires pour bien poser les problèmes. Swissair est un groupe aéronautique qui a souhaité, dans le cadre du développement de stratégie, acquérir des sociétés aéronautiques françaises, AOM et Air Liberté, afin de les intégrer dans son groupe et de conduire, ce faisant, une politique européenne que les plus grands experts d'ailleurs, internationaux de l'aérien avaient jugée parfaitement bonne et valable et qu'ils ont mis en ¿uvre sur des années et des années. Nous avons été approchés par Swissair pour être le partenaire de cette opération et pour être un partenaire financier qui, en plus de cela, donnait juridiquement la possibilité d'agir puisque Swissair ne pouvait pas en tant que non-adhérent à l'Union européenne, être en position d'avoir la majorité. Et donc, nous avons tout-à-fait clairement pris une position de partenaire financier qui rendait l'opération possible. Tout ceci a été, je dirais, traité avec les services publics français, avec les services européens et jugé totalement et parfaitement normal. Et l'identification du fait que nous n'étions pas un groupe aérien et que nous n'aurions pas de responsabilité de gestion a été, je dirais, dès le départ clair. D'ailleurs, Marine Wendel, dans cette affaire, représente, je crois, 7 à 8 personnes. C'est une holding de notre groupe, tout-à-fait distincte de CGIP et qui fait des investissements de court terme et de nature financière. Nous avons d'ailleurs, pour faire tout cela, pris un partenaire que nous connaissons bien, avec lequel nous avons fait déjà des investissements dans Reynolds, dans Afflelou, que nous avons d'ailleurs revendus depuis, qui s'appelle le Groupe Alpha, qui est tout-à-fait distinct de nous mais qui est un allié avec lequel nous avons souvent investi. C'est un fonds tout-à-fait honorable et parfaitement efficace. Voilà la situation. Alors, cette situation a mené à un dérèglement complet des deux sociétés AOM et Air Liberté pour un ensemble de raisons. Vous savez, la hausse du prix du pétrole, la hausse du prix du dollar, des blocages sociaux, des maladresses de gestion ou des insuffisances de gestion manifestes, que je n'ai pas à juger parce que je ne connais pas cette manière de gérer les affaires et donc je n'ai pas de jugement à avoir, mais nous avons vu, en effet, une situation se détériorer complètement. Cette situation s'étant détériorée complètement, nous avons, évidemment vis-à-vis de Swissair, clarifié complètement notre position. C'est-à-dire qu'ils ont pris vis-à-vis de nous des engagements tout-à-fait clairs, c'est-à-dire que nous ne serions appelés, en aucune manière, à financer les difficultés de ces sociétés. Et donc, nous avons un cadre contractuel qui est parfaitement clair, parfaitement connu avec eux. Et donc, nous sommes dans cette affaire en position d'actionnaire majoritaire certes, mais non gestionnaire. Alors, que n'a-t-on pas entendu là-dessus ! Et il faut, si vous me le permettez, encore d'un mot, je m'excuse, clarifier ce qu'est un actionnaire. Quand on est actionnaire, prenez n'importe qui détient des actions de TF1, ou des actions de France Télécom ou d'Alcatel, personne au monde ne pense qu'il faut autre chose que d'investir l'argent qu'il a. Il le met à risque, mais si l'entreprise a des difficultés, personne ne va lui demander, à cet actionnaire, de venir rajouter de l'argent pour combler des pertes ou financer des développements. Il a une position d'actionnaire. L'actionnaire majoritaire peut-il être dans la même situation ? Eh bien oui ! Dans la même situation, c'est un actionnaire, ce n'est pas un gestionnaire, il a pris son risque, qu'il soit majoritaire ou non, dans le droit des affaires, c'est la même chose. Alors, nous sommes jugés, bien entendu, par des gens qui ont dans l'ensemble plutôt des réflexes de nature politique. Et ils disent, quand on est majoritaire, on est responsable. Permettez-moi de vous dire que les choses sont un peu plus compliquées que cela. Regardez par exemple en politique. Monsieur Chirac, il a bien été élu de façon majoritaire. Il a bien nommé monsieur Jospin Premier ministre. Monsieur Chirac est-il responsable de la politique de monsieur Jospin ? Non. Parce qu'il n'est pas le gestionnaire. Or, entre actionnaires, on établi sa propre constitution. Et nous avons, entre Swissair et nous, exactement les mêmes relations. Ils sont gestionnaires, nous ne sommes pas responsables de la gestion de cette affaire. Alors, bien entendu, je n'en dirais pas plus parce que nous sommes dans une procédure, dans des difficultés, etc, qui fait que, en dehors de cette position bien connue, je ne peux rentrer actuellement dans aucun détail. Et d'ailleurs, dernier propos, en matière de presse mesdames et messieurs, vous qui êtes experts, je pense que les rédactions se sentent en termes de responsabilités de ce qu'elles écrivent, totalement indépendantes de l'actionnaire de la revue ou du quotidien dans lequel elles se trouvent. Donc, vous devriez pouvoir comprendre cette différence entre l'actionnaire qui est celui qui a investi et rendu les choses possibles et puis ensuite, les gestionnaires, qui portent la responsabilité.

PIERREE ZAPALSKI : : Néanmoins, l'actionnaire peut donner son mot et dicter sa loi à travers les décisions qu'il prend à l'assemblée générale, quand même¿

VALERIEE LECASBLE : ¿ Et parfois, il peut virer le gestionnaire¿

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Excusez-moi, mais l'actionnaire majoritaire, qu'est-ce qu'il fait ? Il nomme un conseil en assemblée générale. Ca, c'est son pouvoir. Et ensuite, ce conseil, il nomme un président et ce président et l'équipe gèrent. Et donc, vous ne pouvez pas faire le lien que vous dites entre la majorité à l'assemblée générale et ensuite l'exercice de la gestion. Et d'ailleurs, tous les tribunaux de commerce en France savent très bien que quand il s'agit, si il y a un dépôt de bilan, de rechercher des responsabilités, on recherche des responsabilités de gestionnaire et non d'actionnaire.

CHRISTIANE DAVID :Absolument. Ernest-Antoine Seillière, néanmoins, lundi, lundi prochain, après-demain, les salariés d'AOM-Air Liberté vont être fixés sur leur sort. Qu'est-ce que vous avez envie de leur dire ou comment vous ressentez, au bout du compte, une fois passée l'émotion, justement ?

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Si vous voulez, nous, nous sommes, comment dirais-je¿ J'ai vécu personnellement, de façon très douloureuse, je le dis tout-à-fait franchement, la manière dont les politiques ont envoyé les syndicats d'AOM-Air Liberté manifester contre le MEDEF. Nous avons été obligés, je dirais, de mettre des services d'ordre au MEDEF. C'est une man¿uvre politique, je dirais franchement, de bas étage. Et que je trouve irresponsable et dramatique. Nous sommes devant une très très grande difficulté. Il faut, bien entendu, trouver la solution. Nous travaillons, nous, en tant qu'actionnaires à la recherche de repreneurs, de façon très active. Nous avons des contacts incessants avec l'ensemble de parties pour essayer d'y contribuer. Et donc cette affaire, je dirais, nous soucie au maximum. Ne croyez pas une seconde que nous puissions être indifférents à la situation de ces deux compagnies et de tous les salariés qui sont très inquiets et pour lesquels, en effet, il peut y avoir, à certains moments, des décisions qui peuvent être assez dramatiques. Mais de grâce, que l'on ne mette pas la charge de la responsabilité et l'accusation, parce qu'il est président du MEDEF, sur l'actionnaire qui, en son temps d'ailleurs a été salué pour avoir risqué de l'argent pour essayer de faire prospérer deux affaires françaises et qui, bien entendu, se trouve aujourd'hui dans une situation de très grave irritation devant le fait que pour des raisons, encore une fois politiques et de commodité et d'image, on vienne nous rechercher en responsabilité, alors que nous ne sommes pas dans cette affaire autre chose que celui qui, en son temps, a essayé de bien faire.

GILLESE BRIDIER : Les choses évoluent, et même, par exemple, sur les plans sociaux, l'Europe, la Commission comme le Parlement, s'est saisi de ce dossier. Le regard que porte l'Europe sur les plans sociaux n'est pas le même. Là, vous dites, actionnaire majoritaire mais non gestionnaire, on a l'impression parfois d'entendre le " responsable mais pas coupable ". Est-ce que vous ne pensez pas que les choses évoluent et qu'il faut changer de discours ? Vis-à-vis de l'opinion publique.

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Attendez, moi, je ne suis pas en train de faire un discours vis-à-vis de l'opinion publique, je suis en train de, au nom des actionnaires de mon propre groupe, de gérer des sociétés ou de ne pas les gérer, d'investir ou de ne pas investir, j'ai une responsabilité vis-à-vis d'eux et je ne suis pas, comment dirais-je, actuellement en train de me positionner vis-à-vis d'une opinion publique. Ca, c'est l à où on veut me mettre parce que je suis président du MEDEF. Mais j'ai une responsabilité vis-à-vis de mes actionnaires et c'est au nom de cette responsabilité que je prends les décisions et les attitudes. C'est ma seule, je dirais, c'est ma seule vraie responsabilité dans l'entreprise. Pour le reste, si vous voulez, je subis.

VALERIEE LECASBLE : On m'a rapporté que vous disiez assez fréquemment : c'est un peu cher pour avoir aidé un copain, concernant ce dossier. Alors, cher, pas financièrement, on a compris, mais symboliquement du moins puisqu'on vous fait porter la responsabilité. Juste une question : est-ce que vous vous présenterez pour un deuxième mandat à la tête du MEDEF ?

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : C'est assez symbolique d'ailleurs que vous puissiez relier un commentaire sur AOM et puis la question. Ca montre bien effet ce lien abusif ¿

VALERIEE LECASBLE : ¿ Oui, oui, absolument, je ne le nie pas.

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : ¿ et assez scandaleux¿

GERARD BONOS :¿ Oui, mais c'est l'alchimie qui est redoutable en fait. Votre légitimité est en même temps le point sur lequel on vous a attaqué.

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE :¿ Non, mais, attendez, qu'on m'attaque en tant que gestionnaire et qu'on ait des commentaires, j'ai beaucoup de choses à répondre et d'ailleurs je ne suis pas du tout complexé, mais qu'ensuite on veuille dire, parce que vous avez eu dans votre groupe une difficulté sur une entreprise, vous devez démissionner du MEDEF, ce que j'ai entendu dire, je crois, par Robert Hue et quelques autres élus politiques, non mais attendez, c'est absolument inacceptable ! Et alors, moi, mon réflexe, un peu parce que c'est ma nature, c'est que si ces politiques veulent me flanquer dehors, eh bien, on va me voir là longtemps !

VALERIEE LECASBLE : Donc, vous allez vous représenter ?

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Ecoutez, je n'en sais rien. Ce n'est pas la présidence de la République. Et ça n'intéresse personne.

MICHELEE LECLUSE : On peut imaginer que le président du MEDEF puisse changer quelques mois avant une élection politique capitale ? La question s'était posée en 1981¿

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Oh, ce serait alors un bouleversement de la vie politique française. Il va falloir que je mesure ça pendant tout le week-end. Mais non, mais ça n'a aucune espèce d'intérêt ! Aucune espèce d'importance ! Ce qui est important, ce sont les idées, ce ne sont pas les gens qui portent. Nos idées sont fortes et elles seront portées, le cas échéant plus tard par d'autres. Et le moment où je passe la main ou je ne passe pas la main, sur tout ceci, encore une fois, faudrait-il qu'il y ait peu de sujets politiques pour s'y intéresser.

CHRISTIANE DAVID :Il y a eu récemment une décision de justice assez nouvelle sur les fusions Legrand-Schneider et qui donnait en fait plutôt raison aux petits actionnaires par rapport aux grandes entreprises qui cherchaient à s'unir. Quelle est votre réaction sur cette décision ?

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Oh, ce sont des décisions du CMF, des décisions de justice dans lesquelles on apprécie en effet la manière dont les différentes catégories d'actionnaires sont traitées par des opérations de valorisation. Là, c'était très technique : est-ce que les ADP ont été payées ce qu'elles devraient être ? Très honnêtement, nous, nous fonctionnons dans une règle de droit et donc s'il y a à un certain moment des contestations, celles-ci sont arbitrées ensuite en justice et c'est comme cela que ça marche et c'est très bien.

GERARD BONOS : Monsieur Seillière, on arrive à la fin de cette émission. On l'a évoqué à plusieurs reprises pendant l'heure passée ensemble. Il va y avoir une très forte actualité politique. Traditionnellement, les entreprises n'aiment pas ces périodes d'incertitude, mais on a vu que parallèlement, aux Etats-Unis notamment, l'économie avait continué de tourner comme si de rien n'était, alors, est-ce qu'il y a une déconnexion aujourd'hui du politique et de l'économique ? Et est-ce possible à terme ?

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Dans notre pays, on a beaucoup de retard sur cette déconnexion. Et comme vous le savez, les sujets d'entreprise sont encore très au centre des débats idéologiques et des débats politiques et nous sommes à cet égard d'une très grande immaturité par rapport à l'ensemble des sociétés industrielles et de services qui nous entourent. Cela dit, moi je crois que la période d'incertitude que vous dites, d'abord ça vaut mieux que la période de certitude de ne pas être compris et puis, ensuite, c'est l'occasion de débats. Ce qui nous accablerait, c'est que cette période politique, par définition intense, cherche à escamoter et à ignorer l'ensemble des sujets que nous avons par exemple évoqué aujourd'hui et s'enferme dans une course d'immobilisme, de silence, de non-propositions, qui diffèrent la solution et qua chacun, je dirais, ait la langue bois, enfin qui devienne de la langue de planche, de la langue de tronc, tant personne n'ose rien dire de peur de vexer une opinion réputée ne pas pouvoir entendre. Et nous, nous sommes convaincus, en tant qu'entrepreneurs que ce que demande l'opinion aujourd'hui, c'est qu'on lui dise clairement les enjeux et les solutions. Et qu'elle choisisse sur les enjeux et les solutions tels qu'exprimés par des camps qui peuvent avoir en effet des visions différentes. Mais ça, c'est vraiment pour la démocratie française, politique et sociale, impératif.

GERARD BONOS : Merci Ernest-Antoine Seillière.

(source http://www.medef.fr, le 22 mai 2001)

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