Déclaration de M. Roger-Gérard Schwartzenberg, ministre de la recherche, sur les apports de la recherche dans l'amélioration de la santé et des conditions de vie des personnes âgées, Paris le 25 juin 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Roger-Gérard Schwartzenberg, ministre de la recherche, sur les apports de la recherche dans l'amélioration de la santé et des conditions de vie des personnes âgées, Paris le 25 juin 2001.

Personnalité, fonction : SCHWARTZENBERG Roger-gerard.

FRANCE. Ministre de la recherche

Circonstances : Ouverture du colloque "Etat et perspectives de recherche sur le vieillissement en France", à Paris le 25 juin 2001

ti : C'est un grand plaisir pour moi de vous recevoir ici, au ministère de la recherche, pour cette rencontre "Etat et perspectives de la recherche sur le vieillissement".

J'ai souhaité ouvrir ces deux journées pour réaffirmer l'importance que j'accorde au sujet traité, et je suis heureux que le ministère de l'emploi et de la solidarité nous rejoigne sur ce terrain. Les résultats de votre réflexion contribueront à la mise en ¿uvre de projets qui me tiennent à c¿ur : l'apport de la recherche à l'amélioration de la santé et des conditions de vie des personnes âgées est un thème sur lequel je souhaite que nous progressions rapidement et ensemble.

Cette rencontre - que le professeur Léridon a prise en charge, et je l'en remercie - fait suite à l'Atelier du 7 mars qui s'est tenu au siège de l'INSERM sous l'autorité du professeur Etienne-Emile Baulieu. Celui-ci interviendra d'ailleurs cet après-midi pour exposer les objectifs scientifiques du projet d'un Institut de la longévité. Dès le 8 mars, j'ai présenté publiquement la démarche menant vers cet "Institut sans murs" qui prendrait la forme d'un Groupement d'Intérêt Scientifique (GIS) associant les divers partenaires concernés et mettant en ¿uvre un programme fédérateur coordonnant les recherches. J'ai confié au professeur Baulieu le soin de réunir un groupe de spécialistes issus de différents domaines de la biologie afin d'avancer des propositions concrètes et leurs modalités d'application. Vos travaux d'aujourd'hui complèteront son projet pour de nouvelles perspectives dans le champ des sciences humaines et sociales. Il s'agit maintenant, en effet, d'affiner nos choix, en tenant compte des réalisations en cours chez nos partenaires étrangers - dont je salue ici plusieurs représentants -, ainsi que des nombreuses coopérations possibles entre les équipes et les organismes et les entreprises concernés par le problème du vieillissement.

La recherche sur le vieillissement s'impose aujourd'hui comme une exigence sociale
Les progrès de la longévité ont été spectaculaires au XXème siècle. Le nombre de centenaires (une centaine en 1901, 200 en 1950, 6840 en 1998 et environ 9000 actuellement) s'est sensiblement accru en France. Surtout, l'espérance de vie à la naissance est parmi les plus élevées au monde : 75,2 ans pour les hommes et 82,7 ans pour les femmes. Si l'on extrapolait à partir de ces statistiques, on pourrait en conclure que la moitié des filles qui naissent aujourd'hui atteindront l'âge de 100 ans.

Au recensement de 1999, les personnes âgées de 60 à 75 ans étaient au nombre de 7 973 000 (soit 13,6% de la population), et celles âgées de 75 ans et plus étaient 4 505 000 (soit 7,7% de la population).

Par ailleurs, les personnes âgées de plus de 65 ans étaient 9 752 000 sur une population totale de 58,2 millions d'habitants.

Cette évolution démographique aura d'importantes conséquences sociales et de santé publique : le vieillissement d'une partie importante de la population, l'apparition de familles à quatre ou cinq générations, l'impact sur le système de Sécurité sociale et de retraites. Vivre plus vieux, ce doit être aussi mieux vieillir. Nous voulons favoriser le mieux-être des personnes du 3ème et du 4ème âge. Pour qu'elles puissent connaître plus nombreuses le grand âge, mais en conservant la santé. Bref, il importe de concilier durée de la vie et qualité de la vie. L'objectif, c'est à la fois vivre vieux et vivre mieux.

C'est donc notre conception même de la "vieillesse" qui est remise en question. Il s'agit non seulement aujourd'hui d'étudier davantage pour mieux les soigner, les affections dues à l'âge. Il s'agit aussi de comprendre les mécanismes physiologiques de la longévité, leurs causes, la complexité de leurs interactions, afin d'assurer à chacun la meilleure santé physique et mentale le plus longtemps possible.

Le nombre de personnes concernées par le vieillissement est donc à lui seul une raison suffisante pour faire de cette question un domaine de recherche prioritaire. Mais un autre argument vient renforcer notre détermination : toutes les études montrent que le niveau social reste, en France, l'un des déterminants majeurs de l'espérance de vie. Or l'égalité devant la maladie et devant la mort, comme le droit d'accès aux soins pour tous, doivent être des principes fondamentaux de notre démocratie. Je tiens particulièrement à ce que soient analysés les facteurs qui rendent les couches sociales défavorisées plus vulnérables au vieillissement, afin que les avancées scientifiques effectuées bénéficient à la société tout entière.

Notre responsabilité est donc grande. La communauté scientifique que vous représentez est au c¿ur du changement. C'est à partir des résultats fournis par les chercheurs que les évolutions indispensables à une gestion efficace et juste de cette nouvelle donne démographique pourront se produire.

Pour donner cette impulsion générale, nous disposons d'un large éventail de recherches. Il convient cependant de lui donner une visibilité plus forte et des perspectives à long terme
La voie dans laquelle nous nous engageons est déjà solidement balisée. Mais si les chercheurs en sciences de la vie bénéficient, dans leur secteur, de structures et d'orientations bien définies, le secteur des sciences humaines et sociales et humaines est encore en voie de structuration sur ces questions. La jonction entre les différents travaux reste limitée : c'est pourquoi nous devons trouver une dynamique qui permette la circulation et l'enrichissement mutuel des programmes de recherche.

Je ne préjuge pas de la forme future que prendra une recherche "intégrée" sur le vieillissement. J'ai examiné avec attention le répertoire que vous avez dressé des rubriques indispensables pour couvrir ce champ, et des actions déjà engagées. J'en soulignerai dès à présent certains points :

Nous disposons en France de nombreuses compétences en biologie moléculaire comme en épidémiologie. La génomique et la post-génomique devraient contribuer à renouveler la recherche sur le vieillissement. Comme l'écrit le professeur Baulieu, "le but essentiel est de repérer les produits des gènes dont il faudrait moduler l'activité pour influencer les processus en faveur d'une meilleure qualité de vie pour les personnes âgées. A plus long terme, il s'agit de poser les bases d'une prévention des inconvénients objectifs liés au vieillissement."

Il est donc très utile que des spécialistes éminents de la génomique, comme le Pr Daniel Cohen et Pierre Tambourin, qui dirige la génopole d'Evry, participent aux travaux de l'Atelier créé par le Pr Baulie.,

Par ailleurs, nous devons également mener des recherches biologiques, cliniques, pharmacologiques et thérapeutiques sur le vieillessement. Elles porteraient par exemple sur le vieillissement cellulaire : celui-ci est à l'origine de lourds handicaps sensoriels liés à l'âge. Surdité et dégénérescence rétinienne grèvent sévèrement la qualité de vie de milliers de Français. Des travaux sont également nécessaires sur les systèmes nerveux, neuro-endocrinien, ostéo-musculaire, cardio-vasculaire, immunitaire, sur la peau ou la nutrition.


Le secteur des "technologies de l'information" joue un rôle essentiel pour l'amélioration des conditions de vie physiques et psychologiques des personnes âgées. Il peut intervenir dans la perspective d'améliorer la surveillance et de lutter contre la dépendance. Des programmes ciblés sur les " appartements intelligents " (mobiliers sensibles, téléalarmes, télécapteurs¿) devront être développés au sein du Réseau national des technologies pour la santé (RNTS).


J'attache aussi une importance particulière à l'expérience de l'Etude des Trois Cités (3C) : une cohorte, recrutée dans la population de Bordeaux, Dijon et Montpellier, de 9692 personnes de plus de 65 ans sera régulièrement suivie, afin de constituer une source d'informations biologiques associées à des données cliniques et socioéconomiques. Cette base de données d'éléments cognitifs et vasculaires comportera des informations socio-démographiques, des indications sur les consommations de tabac, d'alcool ou de médicaments, et le suivi des maladies et des problèmes de santé. La recherche, ici, s'articule autour de l'analyse des liens entre risques vasculaires et risques neurodégénératifs.

La coexistence, au sein d'une même étude de cohorte, des trois points forts que sont le caractère prospectif de l'étude, la qualité et la richesse des variables enregistrées, l'accès à des données biologiques, constitue une expérience pionnière. Le suivi prolongé de la cohorte 3C permettra l'analyse transversale et longitudinale des relations entre maladies cardiovasculaires et démence et, au-delà, l'ouverture à de nouveaux programmes de recherche pour la compréhension des mécanismes de la longévité.
***

Les vertus interdisciplinaires de l'Etude des Trois Cités doivent être soulignées. Elles témoignent de la manière dont les sciences humaines et sociales peuvent permettre une meilleure compréhension - et donc une meilleure maîtrise - des enjeux sociaux, face aux questions importantes dans le domaine du vieillissement que sont la ville, les transports, l'exclusion.

Il s'agit de poser les prémisses d'une analyse de "la vie longue", ce tournant que le progrès scientifique nous a permis de prendre sans toujours en peser les conséquences. Nous sommes confrontés à ce nouveau paramètre d'une durée encore peu familière : la vie qui peut durer un siècle. Aux sciences humaines et sociales de nous aider à le penser.

Je sais qu'au sein de votre communauté, le souci est présent de mieux organiser la recherche dans ce domaine majeur. Je sais aussi qu'une dynamique visant à rapprocher sciences exactes et sciences humaines et sociales est à l'¿uvre. La longévité peut devenir un thème fédérateur de ces deux communautés scientifiques. C'est l'un des enjeux centraux de votre colloque, et je souhaite à vos débats le succès qu'il méritent.


(Source http://www.recherche.gouv.fr, le 27 juin 2001)

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