Interview de M. Ernest-Antoine Seillière, président du MEDEF, à France inter le 20 juin 2001, sur la décision du MEDEF de quitter les instances de gestion de la sécurité sociale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Ernest-Antoine Seillière, président du MEDEF, à France inter le 20 juin 2001, sur la décision du MEDEF de quitter les instances de gestion de la sécurité sociale.

Personnalité, fonction : SEILLIERE Ernest-antoine, PAOLI Stéphane.

FRANCE. MEDEF, président

ti : S. Paoli - La décision du Medef de quitter les instances de gestion de la Sécurité sociale, fait sans précédent depuis la création de la Caisse d'assurance maladie, est-elle sans appel ou n'est-elle pas plutôt un appel, sinon un ultimatum au Premier ministre, pour refonder les relations du politique et des partenaires sociaux ? N. Notat, secrétaire générale de la CFDT, ici même, hier matin, estimait qu'une solution pouvait être trouvée. Elle avait auparavant plaidé auprès du Premier ministre la nécessité d'ouvrir le chantier de l'avenir de la protection sociale. L. Jospin le souhaite-t-il ? En réalité, personne n'a intérêt à ce que le système explose, ni vous ni les syndicats ni L. Jospin ?

- "Il ne s'agit pas de "faire exploser le système" : la décision que nous avons prise de ne pas renouveler nos administrateurs en juillet est une décision qui est sans effet sur les prestations de Sécurité sociale. Je dis cela de façon à ce que les Françaises et les Français ne s'inquiètent pas de cette décision. Il s'agit vraiment de méthode de gestion. Nous avons tout à fait clairement dit au Premier ministre : "Si vous prenez dans la caisse, pour financer les 35 heures, l'argent des malades, l'argent des retraités, l'argent des familles, nous ne serons plus d'accord pour participer à l'administration, à la gestion de la Sécurité sociale." Nous avons pris cette décision, nous le lui avons dit hier. En même temps, je crois que c'est tout à fait normal, nous lui avons dit : "Si vous êtes d'accord pour modifier les règles de fonctionnement de la Sécurité sociale, en profondeur - et nous avons en effet recommandé dix manières d'y conduire - alors, bien entendu, c'est normal que nous puissions rejouer un rôle, dans une Sécurité sociale, en quelque sorte, nouvelle.""

Sans préjuger évidemment de la décision du Premier ministre, que percevez-vous ? Avez-vous le sentiment que L. Jospin est ouvert à la discussion ? D'un côté, il y a ce projet de refondation sociale que vous poussez en avant depuis de longs mois, de l'autre côté, il y a maintenant un projet, défendu par L. Jospin, de démocratie sociale. Apparemment, quelque chose est possible ?

- "Nous avons le sentiment que la démarche de refondation sociale que nous avons lancée, et Dieu sait qu'elle a été critiquée et combattue !, est en train, actuellement, de déboucher sur quelque chose de positif. Le Premier ministre et le Gouvernement, se rendent compte que c'est la seule méthode. Nous n'en avons pas, bien entendu, l'exclusivité ; c'est une approche qui appartient aux syndicats."

Aux partenaires sociaux.

- "Nous l'avons lancée ensemble. Le Gouvernement a reconnu hier, le Premier ministre l'a dit, que nous avons passé trois années très difficiles ; on a eu une tension anormale. Et je crois qu'aujourd'hui, il souhaiterait recréer, comme cela existe dans l'Europe entière, une sorte de consensus national sur la manière de traiter les problèmes sociaux. Nous ne demandons que cela. Donc, nous le proposons, et nous souhaitons beaucoup qu'il y donne suite. Et nous avons en effet proposé qu'il ouvre une discussion tripartite - syndicats, patronat et Gouvernement - sur la manière dont on pourrait faire fonctionner mieux la Sécurité sociale, à l'avantage de tous, avant tout, à l'avantage des Françaises, des Français et des salariés. Donc, je pense que notre démarche est actuellement en train de déboucher politiquement. On a tout de même donné priorité aux forces politiques ; on l'a dit ce matin dans la presse : "Jospin a entendu beaucoup plus Hue qu'il n'a entendu Notat !" Je crois que ce n'est pas comme cela qu'il faut agir. Il faut mélanger, si j'ose dire, les deux, entendre les deux. Nous sommes, je crois, en train d'entrer actuellement dans cette période et nous nous en félicitons."

Vous êtes en train de nous dire ce matin que la porte est ouverte et que vous allez parler ?

- "Nous ne demandons que cela !"

Apparemment, L. Jospin ne vous a pas dit "non" et n'a pas fermé les portes....

- "Il a dit qu'il réfléchissait. Le Premier ministre est prudent, c'est normal. Nous pensons en effet qu'il aurait grand tort d'étatiser purement et simplement le système de Sécurité sociale parce que l'Etat gère mal, c'est bien connu. D'ailleurs, c'est la confusion des rôles entre l'Etat et les partenaires sociaux qui, actuellement, crée problème, notamment quand on crée une nouvelle prestation. Par exemple, le congé paternité est sorti d'un chapeau pour des raisons purement politiques ! Est-ce que les partenaires sociaux ont été consultés ? Nullement ! Est-ce que la Sécurité sociale, qui va la payer, a été informée ? Nullement ! C'est un système qui ne peut pas fonctionner ainsi, c'est du bon sens. Le Premier ministre semble actuellement y réfléchir. Nous voulons l'encourageons. Encore une fois, c'est le sens entier de notre démarche: dialogue social pour la modernisation sociale."

Vous prononcez souvent le mot "politique" alors qu'on a même reproché au Medef d'être le premier parti d'opposition ! Là, on n'est pas dans un débat politique, on est dans un enjeu social quand même !

- "Vous permettez un mot qui n'est peut-être pas très usuel à la radio : le Medef en politique ? "foutaise !" Nous sommes les apôtres du dialogue social, de la refondation sociale. Cette démarche gênait beaucoup de monde jusqu'à récemment parce que, justement, les politiques ne s'engageaient pas dans le domaine social, essayent toujours de nous attribuer ce rôle. Ceci est ridicule. Nous sommes les porteurs, en France, de la réalité sociale. : c'est notre rôle, c'est notre mission, c'est notre volonté. Je pense que nous nous y engageons, c'est à l'avantage de tous, et notamment d'une France qui, prise entre l'euro et l'Internet dans la compétition européenne et mondiale, ne peut pas se permettre de réussir économiquement, ne le peut pas, s'il n'y a pas un consensus social qui se met en place. Nous y travaillons très fort."

Vos relations avec les partenaires sociaux... Vous avez vu, quand même, que les réactions sont bizarres ce matin, tant du côté de FO que de la CGT qui râle carrément. N. Notat parle de "petite tactique du Medef." Quelle est la réalité de vos rapports aujourd'hui dans ce débat ?

- "Nous avons des discussions tout à fait approfondies sur tous ces sujets avec le syndicalisme réformateur. Nous ne pouvons pas nous avancer sur tout cela sans avoir la garantie qu'une partie du syndicalisme appuie cette démarche. Encore une fois, nous la partageons, elle ne nous appartient pas. Quant aux autres... Vous savez, tout est dans les attitudes, dans les propos, dans les petites phrases. Tout ceci n'est pas très sérieux. Le syndicalisme n'est demandeur que d'une chose : renforcer si possible le dialogue social."

Chacun est dans sa posture, y compris vous d'ailleurs lorsque vous dites "attention, on va partir !."

- " Nous sommes partis. Attention, ce n'est ni un ultimatum ni une menace, c'est une simple décision. Nous avons pris la décision, nous sommes partis. Nous pouvons reprendre une place dans une Sécurité sociale rénovée, bien entendu, si elle se rénove selon l'essentiel de nos recommandations, de bon sens et de bonne gestion, je pense que tout le monde l'a compris."

La cohérence : vous réclamez plus de transparence, d'explications dans les rapports entre le politique et le social. L'affaire AOM-Air Liberté est en sursis. Quel type de rapports ont eu les actionnaires entre eux ? Chacun se renvoie la balle, on n'arrive pas à savoir qui fait quoi !

- "C'est très simple : nous avons cru bien faire, nous avons mis de l'argent dans un projet pour faire une grande compagnie française aéronautique, avec le meilleur spécialiste mondial. Il a pris les chose en main, il a complètement échoué. Il a mal géré, il a conduit cette affaire au désastre et ensuite, il a dit qu'il ne voulait pas mettre l'argent nécessaire pour permettre une solution. C'est aujourd'hui devant le tribunal de commerce, où nous avons, bien entendu, l'espoir que l'on trouvera une solution. Nous avons, nous, beaucoup travaillé à ce projet mais l'échéance est là. Je voudrais ajouter que l'exploitation politique de cette affaire a été désastreuse."

Encore la politique ...

- "Il y a toujours de la politique, qui est soit bien intentionnée soit mal intentionnée. Le ministre des Transports a joué la politique : "Haro sur le baron !" ; a encouragé les Suisses à prendre leurs distances, ce qui à conduit au désastre. Nous avons, dans cette affaire, beaucoup à reprocher, à la fois à SwissAir et au ministre des Transports."

Comment expliquez-vous le fait que celui qui a mis le plus d'argent, en l'occurrence SwissAir, est l'actionnaire minoritaire ? On a un peu de mal à suivre.

- "C'est ce qu'on appelle "l'ingénierie financière." Je crois que vous n'êtes pas un expert de ces questions ? C'est parfaitement honorable, il ne faut pas en rire. C'est comme cela que les affaires fonctionnent : les Suisses ont mis 6 milliards de francs dans cette affaire pour essayer de la faire réussir, cela les a presque conduits au désastre. Les exigences administratives, voire diplomatiques, nécessitaient que l'on ait une construction juridique qui nous donne une majorité de façade."

Vous comprenez que certains se soient posés la question de savoir, si, au fond, vous n'étiez pas une sorte de Troie pour SwissAir, afin de contourner les réglementations européennes ?

- "Non, je pense que la question a été posée à mauvais escient, notamment par le ministre des Transports qui a dit : "Je vais intervenir à Bruxelles etc.." On n'a rien vu du tout, car quand nous faisons des affaires, elles sont impeccables !"

Trois mois de sursis, la reprise d'AOM va-t-elle marcher ? Avez-vous une idée de la façon dont les choses peuvent évoluer ?

- "J'ai le sentiment qu'il y a des possibilités. Nous avons, bien entendu, connu avant le dépôt de bilan ; les repreneurs sont là, probablement avec des intentions un peu différentes. Nous allons regarder les événements avec une attention soutenue. Vous savez, nous sommes conscients du désastre ; nous regardons cela avec tristesse, avec amertume, et avec colère ! Tout ceci est un échec. Nous avons le sentiment que l'espoir existe, et bien entendu, nous donnons au tribunal de commerce tous les encouragements pour trouver des solutions."


(source http://www.medef.fr, le 14 janvier 2003)

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