Interview de M. Ernest-Antoine Seillière, président du MEDEF, à La Chaîne info le 21 juin 2001, sur le dépôt de bilan d'AOM Air Liberté et sur la décision du MEDEF de ne pas renouveller d'administrateurs pour la Sécurité sociale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Ernest-Antoine Seillière, président du MEDEF, à La Chaîne info le 21 juin 2001, sur le dépôt de bilan d'AOM Air Liberté et sur la décision du MEDEF de ne pas renouveller d'administrateurs pour la Sécurité sociale.

Personnalité, fonction : SEILLIERE Ernest-antoine, BEYTOUT Nicolas.

FRANCE. MEDEF, président

ti : NICOLAS BEYTOUT : Il y a des semaines plus dures ou plus chargées que d'autres et celle que bous venez de connaître, Ernest-Antoine Seillière, restera je le suppose assez longtemps dans votre mémoire. D'abord parce que en tant que patron, entrepreneur et actionnaire une des entreprises que vous contrôlez, en fait majoritairement, voient de déposer son bilan. Je parle évidemment de la compagnie aérienne AOM Air Liberté. Il y a eu un dépôt de bilan. Ca veut dire quoi ? Que cette entreprise cherche un nouveau départ et que vous pouvez éventuellement à certaines conditions jouer dans ce nouveau départ ou est-ce que vous continuez à vouloir vous exclure complètement du jeu ?

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Non. C'est un formidable échec dû à notre partenaire suisse qui a complètement abandonné sa stratégie brutalement sans même nous en prévenir et qui n'a pas soutenu financièrement la filiale que nous avions en commun après cette décision. Donc c'est un échec, c'est un échec que nous ressentons nous-mêmes lourdement sur tous les plans et j'ai beaucoup d'amertume du fait que les Suisses n'aient pas soutenu la filiale comme ils avaient promis de le faire.

NICOLAS BEYTOUT : Vous êtes très critiques aujourd'hui sur les Suisses, les Suisses sont un petite peu critiques aussi sur votre attitude, est-ce que ça veut dire que tout cela va se régler devant les tribunaux éventuellement, que vous en êtes à vous battre y compris devant les juges ?

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : C'est devant les tribunaux et nous avons produit devant le tribunal de commerce les pièces qui établissent que les Suisses s'étaient engagés à faire seuls, et à ne rien nous demander, le financement de cette société AOM Air Liberté pour l'inclure dans leur stratégie. Ils ont renoncé à leur stratégie, ils ont renoncé à leur financement et donc conduit cette affaire à l'échec.

NICOLAS BEYTOUT : Et cet engagement qu'ils avaient vis-à-vis de vous tenait dans tous les cas de figure, y compris le pire, c'est-à-dire celui que vous connaissez actuellement, le dépôt de bilan ?

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Le dépôt de bilan est la résultante du fait qu'ils n'aient pas fait leur devoir. Et bien entendu ça n'était pas quelque chose qui était prévu, c'est la conséquence de leur manque.

NICOLAS BEYTOUT : Vous avez une garantie que vous avez évoquée à plusieurs reprises, garanti en fait votre investissement de départ, vous aviez suggéré au moment où tout le monde cherchait de l'argent que vous étiez prêt à abandonner cette garantie. C'est toujours le cas ?

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Ecoutez, nous avons obtenu de nos partenaires une garantie quand ceux-ci ont accentué leur stratégie, en août 2000, avec l'intégration d'Air Liberté en plus d'AOM. Nous avons dit à ce moment-là les raisons que nous avions d'être vos partenaires en vue d'une introduction en bourse d'AOM ne sont plus là et donc vous nous garantissez notre investissement initial. Ils l'ont signé. Quand ensuite après des difficultés ils ont été d'accord pour financer une période de transition, ils ont mis 500 millions de francs et nous avons dit : écoutez, nous sommes prêts, nous, à abandonner une partie de notre garantie mais si vous financez, bien entendu, AOM Air Liberté jusqu'au bout. Ils ne l'ont pas fait et donc maintenant, je dirais, nos avocats regardent tout ça.

NICOLAS BEYTOUT : Donc ce n'est pas encore certain. Deuxième partie de la semaine un peu chargée pour vous, semaine chargée en tant que patron du MEDEF, vous avez rencontré le premier ministre mardi, vous avez développé la position du MEDEf et là je dois dire que j'ai un peu de mal à vous suivre, ça fait plusieurs fois que le MEDEF menace les organismes sociaux et cette fois il a dit c'est un fait accompli, nous quittons l'assurance maladie sauf si¿ Alors est-ce que c'est un fait accompli ou est-ce que vous restez ?

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Non, c'est une décision, c'est un fait accompli, notre Conseil exécutif a décidé de ne pas renouveler les administrateurs que nous avons dans les différentes caisses pour la raison simple d'ailleurs que le gouvernement, et il en était largement prévenu, a prélevé dans l'argent des assurés sociaux, des retraités, des malades, pour pouvoir financer les 35 heures. Nous n'acceptons pas cette ponction et donc nous avons dit si vous le faîtes, nous partirons.

NICOLAS BEYTOUT : Mais vous mettez une clause de retour tout de même ?

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Nous disons, si vous voulez reconstruire un mode de gestion de Sécurité sociale qui donne à des partenaires sociaux associés à la gestion de vrais pouvoirs, une vraie responsabilité, alors nous sommes prêts à regarder. Et donc nous avons dit au Premier ministre pourquoi ne prenez-vous pas l'initiative d'une réunion tripartite entre les syndicats, nous-mêmes et le gouvernement, parce que matière de Sécurité sociale pour l'instant la quasi totalité des pouvoirs sont passés dans les mains de l'Etat, eh bien mettons-nous ensemble de façon à pouvoir regarder s'il est possible de prendre de vraies responsabilités et de les tenir.

NICOLAS BEYTOUT : Si les pouvoirs sont aujourd'hui dans les mains de l'Etat, quel intérêt y a-t-il pour vous et comme d'ailleurs pour les syndicats à rester dans ce paritarisme que vous déclarez être au fond de fiction ?

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Il y a, je dirais, deux thèses en ce domaine. Une grande partie de nos troupes disent partez, vous n'avez rien à faire dans le système de santé français, vous n'y comprenez rien et vous n'y jouez pas de rôle ¿

NICOLAS BEYTOUT : ¿ Vous n'avez pas de pouvoir ¿

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Pas de pouvoir donc il ne faut pas rester là-dedans, c'est une situation fausse et nous ne les aimons pas. Et puis il y en a d'autres qui disent à la vérité c'est l'argent des salariés, c'est l'argent des entreprises et bien entendu il serait normal que vous soyez largement associés à la manière dont on s'en sert. Regardez par exemple ce fameux congé paternité qui va coûter 7 à 800 millions par an, il a été décidé par l'Etat, pour des raisons politiques, qui l'a sorti d'un chapeau un jour, personne n'en a entendu parler et c'est une charge pour la Sécurité sociale. C'est donc quelque chose qui va utiliser l'argent qui est collecté par les salariés et par les entreprises. Donc, si ça se passe comme ça nous partons ! Si on nous avait dit considérez-vous que c'est une bonne idée, on aurait tout de suite dit imputez le sur les 35 heures, bien entendu.

NICOLAS BEYTOUT : Et quelles sont les chances que Lionel Jospin accepte les conditions que vous avez mises pour rester dans le système ?

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Ecoutez, pour lui c'est une analyse qui est la sienne et jusqu'à présent il a donné une priorité éminente, je dirais, aux exigences politiques, aux forces politiques, c'est bien entendu son métier de Premier ministre. Je lui ai fait remarquer au cours de cet entretien qu'il avait systématiquement ignoré, ou fait ignorer par ses ministres, les forces sociales, les relations sociales qui font tomber un état de déliquescence ¿

NICOLAS BEYTOUT : Il est en train d'essayer de renouer tout de même ¿ C'est perdu d'avance ?

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : C'est son choix s'il veut repartir avec des partenaires sociaux sur des bases, et nous avons bien entendu nos propositions dans ce domaine, bien entendu je crois que nous en sommes. Mais s'il veut continuer à donner priorité aux exigences politiques, à faire des lois sans nous consulter, à prendre à l'emporte-pièce des décisions contre les entreprises, eh bien qu'il continue à le faire ! A ce moment-là bien entendu nous y serons de moins en moins, et dans la Sécurité sociale nous n'y serons plus.

NICOLAS BEYTOUT : Cette réunion tripartite que vous avez appelée de vos v¿ux, elle doit se tenir avant quand pour que vous preniez votre décision et restez éventuellement ?

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Ecoutez, nous, en principe, la loi veut que ce soit d'ici le 31 juillet que nous ayons désigné nos représentants. Si rien ne s'est passé, bien entendu nous ne les désignerons pas et l'affaire sera jouée. Si donc le gouvernement souhaite faire quelque chose, il faut qu'il agisse vite.

NICOLAS BEYTOUT : Les syndicats ont réagi de façon assez différente mais majoritairement hostiles à votre décision, est-ce que vous avez le sentiment que ça peut gêner la refondation sociale ou le reste de ce qui vous restait à faire ?

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Ecoutez, moi je ne suis pas d'accord, les syndicats ont tous dit qu'ils étaient tout à fait hostiles au prélèvement sur la Sécurité sociale pour les 35 heures et ¿

NICOLAS BEYTOUT : Mais le fait de partir du paritarisme, ils n'aiment pas vraiment ça ..

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : ¿ Et il y en a beaucoup qui ont commenté notre décision en la regrettant mais je ne dirais pas qu'ils aient marqué de l'hostilité. Nous avons beaucoup parlé avec un certain nombre de syndicats de tout ceci et ils savaient très bien que nous serions amenés ¿ ils considéraient d'ailleurs que ce n'était plus la peine pour nous de rester à partir du moment où le gouvernement nous négligeait totalement.

NICOLAS BEYTOUT : Vous n'avez pas le sentiment que ça le gêne, eux, et que ça gêne le reste de votre travail ?

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Non, je crois si vous voulez que nous pouvons continuer. Je dirais même que si le gouvernement prend l'initiative de réunir cette tripartite, c'est le triomphe de la Refondation sociale, ça veut dire que la démarche de négociation pour arriver à moderniser et améliorer le système social français a débordé sur le gouvernement qui le reprend à son compte.

NICOLAS BEYTOUT : Et aura réussi à impliquer le gouvernement.

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Absolument.

NICOLAS BEYTOUT : Ernest-Antoine Seillière, merci.

(source http://www.medef.fr, le 26 juin 2001)

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