Déclaration de Mme Ketty Schwartz au nom de M. Roger-Gérard Schwartzenberg, ministre de la recherche, sur l'effort de la recherche en faveur de la robotique, au Sénat le 27 juin 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Ketty Schwartz au nom de M. Roger-Gérard Schwartzenberg, ministre de la recherche, sur l'effort de la recherche en faveur de la robotique, au Sénat le 27 juin 2001.

Personnalité, fonction : SCHWARTZENBERG Roger-gerard.

FRANCE. Ministre de la recherche

Circonstances : Rencontres internationales de prospective du Sénat sur le thème "Le robot, avenir de l'homme ou homme de l'avenir ?", au Sénat le 27 juin 2001

ti : Monsieur le Président du Sénat,
Monsieur le Président du Groupe de prospective du Sénat,
Mesdames et Messieurs.

C'est avec beaucoup de plaisir que j'interviens ici aujourd'hui, dans le cadre de vos rencontres internationales de prospective, au nom du Ministre de la recherche, Roger-Gérard Schwartzenberg, qu'un contretemps empêche d'être parmi nous aujourd'hui.

Le thème que vous avez choisi pour cette rencontre recouvre plusieurs niveaux d'enjeux et de préoccupations : des enjeux sociétaux, des enjeux industriels et économiques et des enjeux pour la recherche

Introduit en 1924 dans l'ouvrage "Les robots universels de Rossum" de l'écrivain tchèque Karel Capek, le mot "Robot" provient d'une combinaison de deux mots tchèques "Robota" voulant dire travail et "Rabota", qui est aussi un mot russe, dont le premier sens, il faut le souligner, est esclavage. Robot désigne tout d'abord un androïde artificiel capable d'accomplir des travaux exécutés par l'homme. Ce terme est repris dans les années 40 pour désigner un appareil capable d'exécuter une tâche automatiquement, puis un appareil ménager au début des années 60.

Le tournant qu'a marqué l'intelligence artificielle, combinant logique, mathématique et informatique, fait que, depuis, les problèmes ne se posent plus de la même façon. La robotique se définit désormais au travers du triptyque : perception, raisonnement et action. La neurobiologie et l'informatique laissent penser qu'un cerveau électronique peut être réalisé et associé à un robot. L'association de ces deux disciplines, et l'anthropomorphisme dans la robotique renvoient au titre interrogatif du colloque : "le robot : avenir de l'homme ou homme de l'avenir ?"

Partis d'une association entre mécanique et automatique, les robots sont désormais des entités physiques capables de percevoir, raisonner et agir. Ils ont aussi leurs pendants virtuels qui vont prendre leur place dans les jeux vidéo, être des acteurs de communautés virtuelles distribuées sur le réseau, et cela ne va pas sans poser des questions importantes sur la place, le rôle que prendront ces activités dans l'éducation et plus généralement la société de demain, questions sur lesquelles il faudra travailler.

Une rencontre qui recouvre plusieurs niveaux d'enjeux et de préoccupations

Tout d'abord des enjeux sociétaux. En effet, depuis les années 60, les robots ont progressivement pris une place de plus en plus importante dans notre société. Au-delà de l'image, aujourd'hui un peu simpliste, de l'aide à la ménagère à cette époque, la domotique au sens large s'est approprié l'emploi de robots dans notre vie courante. Ainsi les appareils ménagers de demain seront capables de gérer le fonctionnement de la cellule familiale, par exemple en assurant le réapprovisionnement d'un frigidaire via Internet, ou en veillant à la maintenance et au confort d'un lieu d'habitation.

Les robots sont aussi des éléments d'assistance aux personnes âgées ou déficientes. Le robot deviendra un être familier accompagnant la vie quotidienne des hommes tout en veillant à leur sécurité et à leur santé. Le robot est alors un outil convivial et un outil de communication.

Dans le domaine de la santé, le robot est devenu un assistant au diagnostic et au geste opératoire. Il a ouvert le champ d'une chirurgie -et d'une microchirurgie- moins traumatisante pour l'individu, car moins invasive.

Des enjeux industriels et économiques, ensuite. En se substituant aux activités de l'homme, les robots ont permis une amélioration de la productivité des entreprises et accroissent aujourd'hui leur capacité à s'adapter à une meilleure flexibilité de l'organisation du travail.

Cependant, il est un domaine où les robots deviennent irremplaçables, celui du travail en environnement hostile. Que ce soit en matière de prospection spatiale ou sous-marine, le robot est en passe d'acquérir une célébrité qui n'est pas sans rappeler celle de certains héros modernes. Citons par exemple "Mars 3" - qui, le premier, a mis les "pieds" (les roues) sur la planète Mars pour ramener des images qui ont fait le tour du monde. Dans l'industrie nucléaire, les robots sont employés pour accéder à des zones dangereuses pour l'homme et assurer l'inspection et la maintenance des installations.

Et, enfin, des enjeux pour la recherche. Associant l'intelligence de l'homme et la machine, la recherche en robotique est par essence pluridisciplinaire. Un robot, aujourd'hui, est une machine matérielle ou virtuelle qui acquiert de l'information par ses propres capteurs, en effectue des traitements de complexité variable, pour aboutir à des représentations numériques ou symboliques lui permettant de prendre des décisions et de mener des actions dans un environnement non maîtrisé. Un robot est donc un paradigme d'une machine complète de traitement de l'information et de communication soit avec un utilisateur humain soit avec d'autres machines réelles ou virtuelles. L'étude de l'intelligence des machines poursuit l'ambition de cerner la notion de comportement rationnel pour une machine physique - intégrant des capacités de perception, de raisonnement et d'action - exprimé à travers ses performances et sa robustesse relativement à la diversité des tâches et à la variabilité de l'environnement.

- Capables de percevoir, les robots qui reproduisent les fonctions d'une main humaine utilisée dans la manipulation d'objets, par exemple en chirurgie ou en milieu hostile, voient leur complexité encore accrue par la nécessité d'analyser et de transmettre des perceptions sensorielles.

Autres exemples encore : on sait copier le fonctionnement de l'¿il de la fourmi du désert et fabriquer des détecteurs de mouvement inspirés de ceux des araignées. L'observation de la nature devient une source d'inspiration pour des robots plus performants. La réalisation de machines inspirées du fonctionnement d'organes naturels a donné naissance à la bio mimétique. Ainsi des progrès considérables ont-ils été accomplis dans le domaine des capteurs sensoriels et des actionneurs, muscles artificiels pour créer des systèmes plus miniaturisés et plus performants. La quête d'une réplique biologique va même jusqu'à donner aux robots du futur un système digestif rudimentaire pour assurer à la machine une certaine autonomie en production d'énergie !

- Ces réalisations de plus en plus complexes sont le symbole d'une évolution de la robotique vers le modèle anthropomorphique. Les réseaux neuronaux artificiels en sont un exemple marquant.
Ceux-ci, dotés de la capacité de raisonner, tentent de représenter le fonctionnement interactif des processus de codage de l'information et de prise de décision face à un environnement particulier. Reproduire les étapes d'éducation et d'adaptation est l'enjeu de la robotique évolutionniste.

Le robot du futur aura la capacité d'évoluer et subira, comme tous les organismes naturels, une évolution génétique au contact de son environnement lui permettant de s'y adapter par rapport à sa fonction. De nombreuses expériences de robotique évolutionniste existent de par le monde. Certaines ont été couronnées de succès, par exemple un robot chien développé au Japon et qui a appris à marcher au fil des générations !

Ces mutations et recombinaisons demandent toujours plus de puissance informatique. Elles sont aussi la source d'innovations technologiques combinant les progrès de l'électronique et de la (bio) informatique.

- Dans le domaine des robots mobiles, le modèle humanoïde -c'est-à-dire le robot bipède- doté de capacités d'action, représente aujourd'hui un enjeu qui mobilise les meilleures équipes scientifiques et industrielles au plan international.
Dès lors que le lieu de travail est conçu pour l'homme, le robot bipède s'avère le mieux adapté pour des opérations de maintenance, d'exploration ou d'intervention sans adaptation de l'environnement de travail. À l'instar des humains, ces robots doivent maintenir en permanence leur équilibre et posséder une grande variété de mouvements. Leur mécanisme comporte un grand nombre d'articulations et leur contrôle reste d'une grande complexité. L'INRIA a lancé depuis plusieurs années des programmes de recherche dans le domaine des robots bipèdes, dont le premier prototype à fait ses premiers pas l'an dernier.

Pour conclure, et face à ces perspectives, touchant à tant de domaines, mobilisant tant de disciplines, je rappellerai que, sous l'impulsion de Roger-Gérard Schwartzenberg, Ministre de la Recherche, le ministère de la Recherche accomplit des efforts particuliers. En effet, la robotique est l'une des composantes des sciences et technologies de l'information et de la communication, et fait partie des deux premières priorités du ministère.

Comment ? Tout d'abord en donnant à la communauté scientifique les moyens de faire émerger ses projets de recherche dans des domaines choisis comme prioritaires, en lançant des Actions concertées incitatives, financées par le Fonds National de la Science. Je citerai, pour exemple, l'ACI "neurosciences intégratives et computationelle", ou encore "l'ACI Technologie pour la santé" et ses projets de simulateurs pour l'apprentissage de la célioscopie et de la chirurgie moins invasive. Quant au domaine de la santé, il est en pleine expansion, comme l'indiquent les projets de recherche de l'ACI "Jeunes chercheurs" dans le domaine en particulier de la robotique appliquée à la chirurgie du foie.

Ensuite, par une politique très volontariste de relance de l'emploi scientifique : création d'emplois dans les EPST qui ont permis en 2001 à l'INRIA de mettre au concours 40 postes de chargés de recherche et 15 postes de directeurs de recherche, et au CNRS, dans la section 07 Sciences et technologies de l'Information, 42 postes de chargés de recherche.

Cette attribution de moyens nouveaux se situe dans la politique de relations contractuelles entre le ministère et les établissements concernés : l'INRIA a signé avec ses tutelles un contrat quadriennal, en juillet 2000, qui assure une croissance de l'organisme de 50 % entre 2001 et 2003. Le ministère signera un contrat avec le CNRS d'ici à la fin de l'année. Nous ne doutons pas que les Sciences et technologies de l'information et de la communication tiendront dans ce contrat la place qu'elles méritent, maintenant qu'elles sont bien identifiées au sein de l'organisme par l'existence, depuis octobre dernier, d'un Département à part entière, le département STIC du CNRS, dirigé par Francis Jutand. Ce Département jouera un rôle majeur dans le nouveau Programme Interdisciplinaire de Recherche, Robotique et Entités Artificielles (Robea) que le CNRS vient de lancer et qui est tout à fait en phase avec vos travaux d'aujourd'hui.

Comme vous le savez, le ministère de la recherche soutient aussi de manière forte, le transfert et la valorisation des résultats de recherche, notamment au travers des Réseaux de recherche et d'innovation technologiques.
Même si la robotique ne figure pas explicitement comme l'un des thèmes mis en avant par l'un de ces réseaux, bien des domaines de recherche qui interviennent dans les travaux de robotique peuvent trouver un soutien que ce soit dans le cadre de projets soumis au Réseau National de Recherche en Télécommunications (RNRT), au Réseau National des Technologies Logicielles (RNTL), au Réseau National des Technologies pour la Santé (RNTS) ou encore au Réseau pour l'Innovation en Audiovisuel et Multimédia (RIAM).

Je vous remercie de votre attention.

(Source http://www.recherche.gouv.fr, le 29 juin 2001)

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