Point de presse de M. Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères, à Luxembourg, et interview à "Radio France", le 25 juin 2001, sur la Macédoine. | vie-publique.fr | Discours publics

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Point de presse de M. Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères, à Luxembourg, et interview à "Radio France", le 25 juin 2001, sur la Macédoine.

Personnalité, fonction : , , VEDRINE Hubert.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères

Circonstances : Réunion du Conseil Affaires Générales, à Luxembourg, le 25 juin 2001

ti : Point de presse de M. Hubert Védrine, à Luxembourg, le 25 juin 2001

Aujourd'hui, concernant la Macédoine, nous avons eu un certain nombre de discussions : nous avons recueilli l'accord de nos partenaires pour la mission confiée à François Léotard. Je rappelle qu'à l'origine, c'est Joschka Fischer et moi qui avions pensé qu'il fallait, soit que Javier Solana puisse rester sur place durant plusieurs semaines - il reconnaissait lui-même que c'était un travail décisif - ou bien, si ce n'était pas possible, trouver quelqu'un. Il y a la discussion à Göteborg que vous connaissez sur le profil : fallait-il un profil politique, diplomatique ou autre ? Discussion un peu théorique puisqu'il n'y avait qu'un candidat, celui présenté par la France, après un accord entre le président et le Premier ministre à Göteborg. Durant le dîner, le président m'avait demandé de présenter M. Léotard, mais cela ne pouvait pas se conclure sur place car il restait beaucoup d'interrogations sur le profil ou l'adéquation.

Entre-temps, les uns et les autres ont réfléchi, ils ont donné leur accord car j'ai rappelé, au nom des autorités françaises au début, comme je l'avais d'ailleurs fait à Göteborg, mais il fallait le redire, que pour nous les choses étaient très claires. C'est une mission de courte durée, c'est une mission placée sous l'autorité du Haut représentant. Il ne doit donc pas y avoir d'ambiguïté. Etant donné ce qui a été dit, ils ont accepté.

Nous avons dit un mot sur ce qui a été demandé à Robert Badinter mais c'est différent, ce n'est pas du tout quelque chose qui a été discuté entre les gouvernements. C'est une demande directe du président de Macédoine à Robert Badinter pour les aider à concevoir une Constitution qui pourrait, espérons-le, répondre aux attentes de ce que l'on appelle maintenant les Slavo-Macédoniens et les Albanais de Macédoine.

Les discussions sur le fonctionnement matériel exact, la prise en charge de la question a été renvoyée au Coreper concernant M. Léotard.

Q - Quel est le titre officiel de M. Léotard ?

R - Le titre est "représentant de l'Union européenne", il est donc sous l'autorité du Haut représentant et pour une mission de courte durée.

Q - Cela veut dire quoi, "courte durée" ?

R - Cette question nous renvoie à l'analyse de Javier Solana qu'il nous a livrée pendant le déjeuner, c'est semble-t-il une affaire de quelques semaines, 3 ou 4 mois. Ce n'est pas lié à M. Léotard, c'est lié au terrain. Soit on réussit à stopper les escarmouches, cette escalade et la négociation politique reprend, on voit le compromis, le travail politique peut déboucher. Ou bien, cela ne va pas du tout et nous ne sommes plus dans la même politique. Au bout d'un moment, il ne sert à rien de passer son temps à tenter de relancer un dialogue qui ne marche pas.

Q - Quand partirait-il à Skopje ?

R - Dès que possible. Je vais l'appeler et lui dire de joindre M. Solana avec qui il a déjà eu un contact.

Q - Sera-t-il un parlementaire en mission ?

R - Oui, c'est la solution que nous envisageons, elle nous paraît adaptée à tout point de vue.

Sur le fond, cela fait apparaître la gravité de la situation, mais vous la connaissez. Cela nous amène à nous engager un peu plus, en tout cas à persévérer. C'est tout le sens de la nomination d'un représentant en mission. M. Solana ne s'en désintéresse pas, mais il doit s'occuper de quatre ou cinq choses urgentes simultanément. Et il n'y a pas d'autres solutions que ce que nous disons depuis des semaines : les Albanais de Macédoine doivent renoncer à la violence pour faire prévaloir ce qu'il peut y avoir de juste dans leurs revendications, les autres doivent accepter un vrai dialogue, débouchant sur de vraies réformes pour lesquelles ils peuvent recevoir des conseils. Mais il faut qu'il y ait un esprit de vraie réforme. Vous savez qu'il y a des dissensions au sein du pouvoir en Macédoine et au sein du gouvernement par rapport à cela parce que l'affaire est difficile pour eux. Nous allons donc renforcer cet engagement et renforcer cette double pression.

Q - Avez-vous l'impression que votre homologue de Macédoine se trouve dans le même état d'esprit de négociation ?

R - Ils ne sont pas assez dans un esprit de négociation, sinon nous aurions avancé plus ; ils sont divisés, certains le sont, d'autres pas. Le résultat est insuffisant, c'est clair.

Quant aux autres, c'est la même chose, il y a trop d'Albanais de Macédoine ou d'Albanais d'ailleurs qui veulent jouer le rapport de force, le grignotage et la dissémination et pas assez qui veulent négocier. On le sait et lorsque je dis que la situation est grave, cela fait partie de l'analyse.

Q - Ont-ils fait état de leur déception auprès de vous devant l'absence de progrès ?

R - On peut appeler cela déception car on parle du dialogue politique depuis des semaines et si nous en sommes encore à dire cela aujourd'hui, c'est qu'il ne s'est pas noué comme on le voulait.

Q - On leur donne un délai ?

R - Non, ce n'est pas un délai, ce n'est pas une démarche autoritaire, c'est un raisonnement de bon sens. Si on parle de dialogue politique tout le temps et qu'il ne se passe jamais rien, nous serons obligés de constater qu'il faut faire autre chose.

Q - A l'inverse, s'il y a un accord, la mission de M. Léotard se termine ?

R - Nous n'avons pas lié les deux, ne mettez pas cela au centre de vos analyses, ce n'est pas le sujet. Nous verrons, nous avons réglé les problèmes qui se posaient aujourd'hui. L'essentiel c'est, face à la gravité de la situation en Macédoine, de montrer que nous persévérons. Notre analyse est la même, nous la renforçons et nous n'allons pas nous désintéresser de cette situation et nous continuons à penser qu'il faut trouver une solution politique.

Q - Quelle est la nature de la relation entre M. Léotard et M. Solana ?

R - C'est une relation hiérarchique. Il est sous l'autorité de M. Solana, nous l'avions dit dès Göteborg.

Q - Combien de temps l'intervention ?

R - Nous n'avons rien dit de plus. Cela suppose un accord, une coopération, une bonne volonté, nous ne sommes pas revenus là-dessus.

Q - Avez-vous un commentaire sur le décret pris par la RFY sur les relations avec le TPIY ?

R - Naturellement, tout le monde s'est réjoui de la décision des autorités de la Serbie d'adopter des dispositions qui permettent l'extradition de personnes inculpées par le TPI. Notre analyse, c'est que trois choses ont contribué à cette décision : d'une part, un travail de persuasion politique et démocratique que nous avons privilégié en tant que Français car nous pensons que c'est la meilleure façon de faire évoluer en profondeur l'opinion publique serbe et de façon durable et nous l'avons fait de façon continue depuis nos premiers contacts avec M. Kostunica lorsqu'il est arrivé au pouvoir et d'une façon plus technique à certains moments, lorsqu'ils travaillaient sur le projet de loi qui n'a pas pu aboutir en raison de l'obstruction des Monténégrins restés fidèles à Milosevic.

Nous pensons que le fait que l'on découvre les camions avec les charniers a ouvert les yeux d'une partie de l'opinion serbe. Il y a également la contrainte utilisée plutôt par les Américains que par les Européens. Les Américains cherchent plutôt des résultats immédiats quand l'Europe cherche un résultat profond et durable, un changement d'état d'esprit. Tout cela additionné, combiné, et les autorité yougoslaves ont fait preuve d'un certain courage en décidant de traiter cela par un décret lorsqu'ils ont vu qu'ils étaient dans l'impasse avec l'affaire de la loi. Tout le monde en a parlé, il y a d'ailleurs une déclaration là-dessus.

Permettez-moi de poursuivre sur nos travaux de ce jour à Luxembourg. Les suites de Göteborg ont porté sur l'affaire des manifestations, ce ne sont pas les suites du contenu du Conseil, et avec plusieurs aspects, la confirmation par la présidence d'un Conseil JAI spécial le 13 juillet, une idée des ministres de l'Intérieur français et allemand.

Me concernant, j'ai insisté sur le fait que les ministres des Affaires étrangères devaient animer le dialogue politique sur le fond, avec des gens qui posent les questions de la mondialisation. Il faut le faire à différentes occasions, pas forcément à l'occasion de ces rencontres d'ailleurs. Cela doit être l'une de nos responsabilités.

Enfin, il y a peut-être une réflexion à mener par les ministres des Affaires étrangères mais aussi par d'autres sur l'organisation et la taille des Conseils. Il faut donc bien distinguer les aspects.

Q - Taille ?

R - Oui, l'ampleur des délégations.

Q - (Sur les manifestations anti-mondialisation)

R - C'est la question, ce n'est pas une bonne chose que nous soyons condamnés à une inflation géante qui rend les réunions de plus en plus difficiles à gérer. Pour bien distinguer, il y a une dimension du maintien de l'ordre, c'est ce qui relève du ministère de l'Intérieur et des chefs de la police, par rapport aux manifestants, aux casseurs, mais en même temps, il faut permettre aux manifestants normaux de manifester dans des conditions correctes pour tout le monde. Et puis, il y a la question politique de fond des combats ou des mouvements contre la mondialisation. J'ai rappelé une remarque que je fais souvent, il y a un paradoxe dans ces manifestations, souvent ils manifestent contre les réunions où nous tentons d'organiser la mondialisation. Ils ne manifestent pas contre la mondialisation, là où elle prend sa source. Ils manifestent contre les régulateurs, et c'est un paradoxe qui fait partie du débat politique.

Nous devions entendre ensuite Mme Robinson nous faire le point de la préparation de la conférence de Durban sur le racisme.

M. Solana devait nous faire un point de quelques minutes sur le Proche-Orient, mais l'élément principal est le voyage de Colin Powell cette semaine qui va essayer de consolider l'application des arrangements Tenet et de se rapprocher du début de la mise en oeuvre des conclusions Mitchell, c'est le point important. Il part mardi. Colin Powell m'a appelé sur ce sujet assez longtemps ce week-end sur le Proche-Orient et sur l'Iraq. Nous avons d'autre part la signature de l'accord d'association avec l'Egypte qui est évidemment important pour l'avancée du processus de Barcelone.

J'ai dit un mot sur la Yougoslavie à propos du décret de coopération avec le TPI mais je tiens à ajouter que les Européens sont tous pour que la conférence des donateurs se tienne naturellement.

Q - Et les Américains ?

R - Il demeure un doute qui n'est pas compréhensible et qui n'est pas constructif.

Q - (Inaudible)

R - Vu la façon dont l'Union européenne fonctionne aujourd'hui, ces questions de leadership ne se posent plus. Lorsque l'on voit le travail de Javier Solana, vous ne pensez pas que c'est l'Espagne qui joue un rôle clef. Toute personne qui accepte une mission européenne se trouve dans cette situation. Pendant la durée et cette mission et dans le cadre de celle-ci, M. Léotard représente l'Europe mais pas la France. C'est vrai pour toutes les missions européennes et ce sont des questions qui n'ont plus lieu d'être. D'autant qu'il y a harmonie de pensées au sein des Quinze. Quant à une différence d'approche entre l'Europe et les Etats-Unis, je ne la vois pas. On sait que nous sommes dans une période où l'administration américaine actuelle ne souhaite pas s'engager. Elle souhaitait plutôt se dégager à certains endroits, elle ne l'a pas fait mais elle ne souhaite pas s'engager plus. Cela ne traduit pas une divergence d'analyses. Nous pouvons dire que sur la façon de gérer l'affaire macédonienne, dans cette crise, il y a convergences de vues même si les rôles ne sont pas exactement les mêmes mais les analyses sont les mêmes. Comme sur le Proche-Orient, il y a convergence sur l'intérêt de travailler sur la base du rapport Mitchell.

Q - (Inaudible)

R - Non, ce n'est pas à titre privé à partir du moment où une mission vous est confiée par les autorités d'un pays, mais c'est une initiative macédonienne, c'est différent, ce n'est pas une initiative de l'Union européenne, ni française, nous l'avons appris après. Robert Badinter a prévenu mon cabinet après qu'il ait été saisi par le président macédonien. Ce n'est pas quelque chose que nous avons organisé. C'est lui, mais il pourrait être de n'importe quelle autre nationalité. C'est un grand expert français de droit constitutionnel réputé pour cela.

Q - Mais il n'est pas mandaté ?

R - Non, c'est comme un consultant.

Q - Le gouvernement macédonien aimerait qu'il soit en dehors de la négociation et disponible pour intervenir, c'est ça ?

R - Si la présence de Robert Badinter peut rendre service en plus du travail qui sera fait par M. Léotard sous l'autorité de Solana, tant mieux. On sait que c'est difficile car il y a des semaines que l'on parle de dialogue politique, et en réalité, ce dialogue ne démarre pas. Il y a, on le sait bien, des différences d'approches fondamentales.

Q - Quelles sont les décisions qui pourraient être annoncées pour le 15 juillet ?

R - Je ne sais pas s'il faut parler en terme de décision. C'est pour montrer que les ministre de l'Intérieur et de la Justice prennent la question au sérieux et qu'ils n'ont pas l'intention de laisser une bande de casseurs rendre impossible, non pas les Conseils européens d'ailleurs, mais les manifestations normales. C'est cela le paradoxe. Les casseurs n'empêchent pas les réunions, ils empêchent la vie normale des gens normaux et ils empêchent les manifestations normales. Il s'agit de montrer que c'est une préoccupation politique sérieuse, et que la concertation n'a pas lieu qu'au niveau des directeurs de la police mais aussi au niveau des ministres concernés.

Q - L'attitude de la police suédoise était un peu étonnante disons-le.

R - Cela rappelle à tout le monde que le maintien de l'ordre, c'est très compliqué. Maintenir l'ordre de façon à ce que les manifestations publiques autorisées puissent se dérouler correctement, que les provocations soient contenues, que les groupes de casseurs qui se servent de ces manifestations pour les faire déborder soient empêchés de nuire et le faire sans excès de violence, c'est très compliqué. Il y a très peu de polices dans le monde qui savent faire cela. Cela montre que, même en Europe, on peut faire des progrès sur ce plan. C'est pour cela que les pays qui ont des réunions à organiser dans les années qui viennent ont intérêt à étudier de près le travail des polices qui s'en sortent le mieux ou qui ont plus d'expérience. Il y a des pays où il y a très peu de manifestations. Et il y a des pays où, heureusement pour eux, il y a très peu de casseurs d'habitude, ils ne connaissent pas ce sujet. C'est une occasion de mettre au niveau de savoir faire et de technicité toutes les polices d'Europe.

Q - Peut-on interdire les casseurs de ce genre de manifestations, aussi facilement que l'on fait avec la Coupe du monde de football ?

R - Je pense qu'il y a une partie commune. Il y a une partie différente, il y a des manifestants anti-mondialisation dont certains peuvent être assez provoquants, provocateurs, et puis, il y a des manifestants plus classiques par rapport à cela. Il y a des groupes distincts qui sont des casseurs, qui se grefferaient sur n'importe quelle manifestation. Je crois là que cela rejoint le problème des grandes manifestations sportives mais je ne suis pas un expert du maintien de l'ordre.

Q - M. Léotard comme représentant de l'Union, a-t-on demandé leur avis aux Macédoniens ?

R - M. Solana a expliqué dans ses contacts que l'Union européenne voulait renforcer sa présence et avoir une présence continue.


(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 27 juin 2001)


Entretien de M. Hubert Védrine avec "Radio France", le 25 juin 2001


Q - En quoi consiste la mission que le Conseil vient de confier à M. Léotard ?

R - La situation en Macédoine est grave et tendue. Il y a plusieurs semaines que l'Union européenne fait pression sur les autorités de Skopje et sur les Albanais de Macédoine pour qu'ils parviennent à trouver un accord politique car ce n'est pas seulement militairement que l'on traitera cela. Javier Solana, en notre nom y fait des aller-retours sans arrêt. Il n'y avait donc que deux solutions en pratique pour que l'Union européenne puisse être complètement efficace dans cette action. Soit que M. Solana ne fasse que cela, et nous avons besoin de lui pour le Proche-Orient et pour beaucoup d'autres choses ; soit que l'on trouve un représentant de l'Union européenne relayant et complétant les efforts de M. Solana sous son autorité. C'est une idée que nous avions eue Joschka Fischer et moi à la suite de quoi, la France avait pris l'initiative à Göteborg d'avancer un nom.

Après un accord entre le président de la République et le Premier ministre, cela avait été celui de François Léotard ; la discussion de ces derniers jours portait sur ce point.

Q - Pourquoi lui ? Parce qu'il était ancien ministre de la Défense ?

R - Parce qu'il faut, par rapport à une situation aussi complexe, un homme politique qui a l'expérience de la complexité précisément. Et le fait d'avoir été ministre de la Défense, à une époque où déjà la question des Balkans au sens large du terme était très présente, a familiarisé François Léotard avec la connaissance de ces questions. Ensuite, il fallait un bon accord entre les Quinze sur la nature de la mission et cet accord a pu être concrétisé aujourd'hui, après une longue discussion entre les ministres des Affaires étrangères qui tenaient tous à un certain nombre de principes que nous avions nous-mêmes rappelés et acceptés dès le début. Il n'y a pas de contradiction entre eux et nous. Ils voulaient que ce soit clair.

C'est une mission de courte durée, liée à cette période pendant laquelle nous cherchons à obtenir cet accord politique. C'est une mission qui doit s'exercer sur place, et c'est sous l'autorité de Javier Solana qui est Haut représentant pour la Politique étrangère et de sécurité commune et dont la compétence demeure globale et entière. Les deux hommes se connaissent, ils ont déjà pris contact dans l'hypothèse où les ministres donnaient leur accord aujourd'hui. Je crois que les choses vont pouvoir démarrer vite et bien.

Q - Le décret yougoslave change-t-il considérablement la donne ou est-ce dans la perspective de la conférence des donateurs ?

R - Notre analyse n'est pas uniquement le fait des pressions américaines exercées avant la conférence des donateurs. C'est le résultat d'une évolution qui a eu cours à Belgrade et qui s'est développée ces derniers mois, notamment du fait d'une action de persuasion pour laquelle la France a été très active et consistant à convaincre les autorités de Belgrade qu'elles devraient, étape après étape, et le plus tôt serait le mieux, se mettre en état juridique de remplir leurs obligations par rapport à la communauté internationale et notamment l'égard du TPI.

Ils discutent intensément depuis des mois. Ils se sont convaincus petit à petit qu'il fallait le faire, en passer par-là, cela dépend des secteurs d'opinion. Ce travail intellectuel de persuasion pour les dirigeants actuels qui veulent vraiment faire de la Yougoslavie et de la Serbie un grand pays moderne démocratique d'Europe commence, je crois, à porter ses fruits. La preuve en est qu'ils ont essayé depuis des semaines de faire passer une loi au Parlement pour permettre cette collaboration, mais cette loi a été bloquée par certains partis monténégrins restés fidèle à M. Milosevic. C'est parce qu'ils ne parvenaient pas à faire passer cette loi qu'ils ont finalement organisé cette coopération avec le tribunal par un décret. Cela montre un courage et une volonté, une persévérance de la part des autorités de Belgrade. La persuasion a joué ; les pressions américaines ont certainement joué mais nous sommes encore plus attachés à ce que les Serbes et les Yougoslaves évoluent dans leurs mentalités profondes et qu'ils soient convaincus du bien-fondé de ces progrès en matière de justice. Et l'opinion serbe a été très choquée ces derniers jours lorsque l'on a découvert, dans des camions frigorifiques jetés dans le fleuve, des corps d'Albanais dissimulés pour ne pas être comptabilisés sur les champs de bataille du Kosovo. C'est une opinion qui bouge en profondeur et je crois que c'est une étape importante.

Les quinze ministres ont été d'accord pour le saluer comme un pas très positif dans la perspective de cette pleine coopération avec le Tribunal.

Q - Milosevic à La Haye dans les trois semaines ?

R - Je ne sais pas. Personne ne connaît le calendrier qui n'est d'ailleurs pas fixé à l'avance. Ce qui et important aujourd'hui c'est que, politiquement, diplomatiquement et juridiquement, les Serbes se soient donné les moyens d'une vraie coopération avec le tribunal. Ensuite, cela concerne Milosevic mais un certain nombre d'inculpés également.


(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 27 juin 2001)

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