Interview de M. Denis Kessler, vice-président délégué du MEDEF, à La Chaîne info le 27 juin 2001, sur le ralentissement de l'économie, les relations économiques internationales, les restructurations d'entreprises, le financement des 35 heures, le souhait du MEDEF de réformer la sécurité sociale, le paritarisme et la Refondation sociale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Denis Kessler, vice-président délégué du MEDEF, à La Chaîne info le 27 juin 2001, sur le ralentissement de l'économie, les relations économiques internationales, les restructurations d'entreprises, le financement des 35 heures, le souhait du MEDEF de réformer la sécurité sociale, le paritarisme et la Refondation sociale.

Personnalité, fonction : KESSLER Denis, SEGUILLON PIERRE Luc.

FRANCE. MEDEF, vice président délégué

ti : PIERRE-LUC SEGUILLON : Bonjour Denis Kessler. Vous êtes vice-président du MEDEF. On va parler des comptes de la Sécurité sociale, du paritarisme, de la Refondation sociale, mais je n'oublie pas que vous êtes aussi économiste. Alors, économiste, quel jugement, quel diagnostic est-ce que vous formulez aujourd'hui sur la conjoncture. Est-ce que vous dites qu'il y a fléchissement, qu'il y a retournement, qu'il y a dégradation ?

DENIS KESSLER : Dans le terme qui convient, c'est un ralentissement marqué de l'économie française dans une économie européenne qui elle-même connaît un ralentissement marqué, dans une économie mondiale qui elle-même connaît un ralentissement marqué. Et donc nous avons véritablement à l'heure actuelle des préoccupations. On considère qu'au cours des deux trimestres qui viennent, donc d'ici la fin de l'année, le rythme annualisé de la croissance française serait de l'ordre de 1,5 % à 2 % et ceci apparaît même à certains optimiste compte tenu notamment du ralentissement spectaculaire en Allemagne. Donc c'est un véritable ralentissement avec son cortège de mauvaises nouvelles que l'on voit à l'heure actuelle apparaître en terme d'inflation, en terme de diminution de la croissance des emplois ou en terme de baisse des investissements, ou en terme, par exemple, d'activité ou de consommation.

PIERRE-LUC SEGUILLON : On se souvient que les perspectives en matière budgétaire étaient de 3,3 %. Laurent Fabius, dans un premier temps avait dit, on se rappelle peut-être, plus exactement on a dit qu'on était autour de 2,9 %. Puis Laurent Fabius a annoncé moins de 2,7 %. Aujourd'hui il dit, peut-être on sera en dessous de 2,7 %, peut-être en dessous de 2,5 %. Vous, vous attendez qu'on soit à 2,4 %, 2,3 % ? Je crois que l'Insee doit publier ses chiffres vendredi.

DENIS KESSLER : Alors écoutez, ce qu'ont doit publier c'est le taux de croissance annuel. Personne ne tient compte des rythmes au cours de l'année. Mais pour le c'est d'avoir en tête cette espèce de pente de ralentissement de l'économie française et des taux extrêmement bas qu'on n'avait pas connu au cours des années passées. Alors il est vrai que le budget, contrairement à ce que nous souhaitions, a été calé, comme on dit, sur un taux de croissance qui était bien trop optimiste, nous l'avions déjà dit à l'époque. Ce qui fait que nous n'avons aucune réserve budgétaire, mieux, nous avons à l'heure actuelle une baisse des recettes budgétaires. Il faut savoir que depuis le début de l'année, simplement au cours d'un trimestre le déficit a augmenté de 30 milliards de francs et que n'avons aucune possibilité à l'heure actuelle réelle, j'allais dire, en matière budgétaire. D'ailleurs, la Commission européenne, aujourd'hui, a envoyé à l'ensemble des pays, en disant attention l'économie ralentie. Mais il a dit attention à certains pays qui n'ont pas de marge de man¿uvre budgétaire et a cité nommément la France, l'Allemagne, l'Italie et la Grèce alors que dans d'autres pays, vous le savez, ils sont dans une situation budgétaire beaucoup plus facile que la nôtre.

PIERRE-LUC SEGUILLON : C'est-à-dire que Bercy, Laurent Fabius, le ministère de l'Economie a eu tort de baisser les impôts ?

DENIS KESSLER : Ecoutez, non pas de baisser les impôts, on aurait dû le faire. Pour le moment c'est toujours un projet. Je vous rappelle que la baisse des impôts elle est toujours dans le temps en France, elle est à venir. D'ailleurs, elle n'est pas vraiment entrée, comme vous le savez, dans notre pays. Non, ce qu'il fallait c'était d'agir sur la dépense publique bien entendu, et nous sommes l'un des pays qui ne l'a pas fait. Ce qui fait que les années de croissance où nous aurions dû mettre de l'ordre, où nous aurions dû faire des réserves, où on aurait dû réellement mener ce que l'on appelle des réformes structurelles. Ces années de croissance ont été pour nous absolument gâchées, rien n'a été fait et nous rentrons de nouveau dans une phase de ralentissement que l'on dit toujours peu propice aux réformes structurelles. Donc, nous avons perdu du temps, nous rentrons, j'allais dire, sans doute dans une période difficile et je le redoute.

PIERRE-LUC SEGUILLON : Est-ce que les analystes, les économistes n'ont pas commis une erreur en estimant que l'euro allait jouer un rôle de bouclier et qu'au fond l'euro allait jouer une sorte de matelas évitant que la dépression américaine ne nous touche si rapidement.

DENIS KESSLER : Attendez, l'euro a joué un rôle extraordinaire de soutien de la croissance européenne. Quand vous regardez l'euro au moment de son introduction et la valeur de l'euro aujourd'hui, regardez par rapport au dollar, l'euro a soutenu la croissance parce que nous avons une baisse de la valeur de l'euro ce qui fait que ça a amélioré la compétitivité de l'économie européenne. S'il n'y avait pas eu d'ailleurs cette baisse de l'euro, nous aurions un taux de croissance bien plus faible. Mais là pour le moment l'euro ne nous protège en rien contre le ralentissement de l'économie mondiale. Il faut savoir qu'à l'heure actuelle un seul chiffre : à peu près la moitié du PIB mondial est en récession actuellement. Vous voyez qu'il y a véritablement une inflexion importante de croissance. Nous ne pouvons pas être à l'abri de ces influences contraires, négatives qui viennent d'Outre-Atlantique ou qui viennent par exemple d'Asie. Quand vous regardez la situation du Japon, je suis extrêmement inquiet

PIERRE-LUC SEGUILLON : Quand vous regardez la multiplication des plans de licenciement, de restructuration auxquels on assiste après ceux qui ont fait beaucoup de bruit, Danone, Marks et Spencer mais depuis c'est un véritable chapelet de mauvaises nouvelles qui arrivent chaque jour, soit de groupes internationaux, soit de groupes français, soit de groupes internationaux ayant des répercussions sur la France. C'est selon vous la stricte traduction de cette situation économique ou est-ce que vous avez le sentiment aussi que dans notre pays, entre deux échéances électorales on dégraisse rapidement ?

DENIS KESSLER : Non, pas du tout. C'est dans l'ensemble des pays qu'à l'heure actuelle se passent des restructurations et véritablement des décisions stratégiques de la part des entreprises. D'ailleurs dans le cas des sociétés que vous venez de citer ce sont des entreprises déjà mondiales, c'est-à-dire qui opèrent dans un grand nombre de pays, dont le marché de référence, comme on dit, est un marché mondial. Et donc il faut bien entendu savoir que tout au long des mois qui viennent, et des années qui viennent il y aura des restructurations massives de l'ensemble des entreprises qui sont exposées à une concurrence absolument incroyable. Dans les deux cas que vous citez, quand vous regardez effectivement ce qui se passe, vous voyez ces entreprises qui véritablement à l'heure actuelle cèdent leurs activités industrielles à des entreprises venant de pays comme la Chine ou à des pays émergents. La mondialisation est en marche, ceci se traduira par des relocalisations d'activité, par des restructurations absolument massives, par des délocalisations d'activité et ceci justifie justement ce que nous disons au MEDEF en permanence : faisons attention de garder la compétitivité de notre site de production parce qu'autrement mauvaise nouvelles après mauvaise nouvelle, progressivement l'activité va quitter notre pays. Et c'est déjà fait. En l'an 2000, ce que l'on a oublié de dire, ce qui n'a pas été dit, il faut savoir qu'il y a environ 900 milliards d'investissements directs qui sont partis de la France vers l'étranger. Vous vous rendez compte ? Ca représente quasiment 10 % du PIB. Il y a à l'heure actuelle une fuite des capitaux productifs vers d'autres pays que le nôtre et ceci est extrêmement préoccupant. C'est la raison pour laquelle on n'a pas de marge de man¿uvre budgétaire, on n'a pas de marge de man¿uvre sociale et ceci justifie à chaque fois que nous montons au créneau pour dire : attendez , ce projet de loi de modernisation sociale n'est absolument pas adapté à notre temps, nous montons au créneau en disant : faites attention aux coût du travail non qualifié ¿

PIERRE-LUC SEGUILLON : Vous parlez de ce projet de loi de modernisation sociale, mais est-ce que ce n'est pas un peu de la gesticulation politique pour des raisons que l'on a dites assez souvent. Finalement, ce projet de loi de modernisation sociale, vous savez qu'il ne viendra, si jamais il vient à être mis en ¿uvre, qu'après les élections présidentielles. Puisqu'on ne voit pas quand est-ce qu'il va venir vraiment à, les décrets en tous cas, s'il est reporté à l'automne, quand est-ce que les décrets seront publiés !

DENIS KESSLER : Monsieur Séguillon, l'économie moderne c'est fait de signaux. Vous avez beaucoup d'investisseurs, beaucoup de décideurs dans le monde. Ils regardent les signaux, les signaux qui arrivent de la France. Quand vous dites les décrets d'application vont sortir à telle date exacte, vu de Chicago, du Japon, qu'est-ce que l'on a comme signal ? On a un signal selon lequel en France il est extrêmement difficile de gérer une entreprise sans avoir l'intervention de l'inspecteur du travail, du juge, du médiateur, des syndicats, de la puissance publique, etc. Voilà le signal que nous venons d'envoyer, ce qui explique pourquoi les capitaux quittent la France et malheureusement très peu de capitaux productifs rentrent en France. Un chiffre : à chaque fois qu'on exporte grosso modo 3, 5 euros à l'étranger sous la forme d'investissements directs pour produire ailleurs, nos n'importons qu'un euro d'investissement en France. Nous sommes en train de perdre de la substance.

PIERRE-LUC SEGUILLON : Mais d'une certaine manière vous donnez raison à ma précédente question. C'est-à-dire qu'en fonction de ce signal vous pensez qu'un certain nombre d'entreprises se pressent, en tous cas pour ce qui est de leur implantation en France, de faire ces plans de restructuration pour éviter les difficultés administratives que causerait éventuellement cette loi quand elle sera mise en ¿uvre

DENIS KESSLER : Il y a cette loi bien entendu qui se rajoute à la loi des 35 heures qui est absolument incompréhensible pour tous les producteurs au monde, qui se rajoute bien entendu à la situation fiscale des entreprises françaises alors que beaucoup de pays ont allégé les impôts, quasiment partout dans le monde, sauf en France. Et donc quand vous rajoutez ces dispositions, cette espèce de défiance vis-à-vis du monde l'entreprise qui est exprimée par les pouvoirs publics français, si vous voulez, c'est perçu malheureusement, et je le regrette, je suis malheureux de voir ça, notre pays est perçu comme dans un lieu dans lequel grosso modo lorsqu'on est entrepreneur, lorsque l'on veut développer des affaires, lorsqu'on veut mettre des capitaux, lorsqu'on veut investir, lorsqu'on veut chercher, lorsqu'on veut innover, c'est un lieu dans lequel, que voulez-vous, tout ceci est ¿ C'est ça ! Alors il faut maintenant absolument faire comprendre à notre pays, à l'ensemble des citoyens, nous sommes à la veille d'une élection importante, de dire faites attention, nous ne pouvons pas nous soustraire à la discipline parce que nous sommes insérés dans l'Europe et l'Europe est inséré dans le monde. Si nous ne le disons pas et si on fait rêver les Français à des possibilités de s'abstraire de tout ceci, ce qui n'est pas possible bien entendu, on n'aura pas fait, je crois, ce que nous devons faire pour rentrer et bénéficier de cette mondialisation.

PIERRE-LUC SEGUILLON : Très rapidement, à la lumière de ce que vous venez de dire, comment est-ce que vous interprétez les décisions annoncées par Serge Tchuruk pour Alcatel, c'est-à-dire la désindustrialisation. Alcatel qui se débarrasserait d'un certain nombre d'activités industrielles pour se recentrer sur certaines activités plus rentables.

DENIS KESSLER : Oui, c'est ce que l'on appelle un des " business model ", c'est-à-dire l'entreprise Alcatel garde la recherche, le développement, la maîtrise d'ouvrage, la conception, le réseau, j'allais dire la véritable valeur ajoutée. La production matérielle des différents composants, des équipements pour produire ses services est donnée à des entreprises qui travaillent dans des environnements qui sont infiniment plus compétitifs que d'autres. Donc il y a dissociation de l'activité de production de l'activité de conception. Vous voyez bien que si l'on applique ça à notre pays, bien entendu il restera toujours des centres de recherche, des ingénieurs, des gens mais nous défendons également que notre pays soit un site de production dans lequel il y ait toute la gamme des productions possibles et imaginables.

PIERRE-LUC SEGUILLON : Ce business model ça signifie l'annonce probablement là aussi de licenciements ¿

DENIS KESSLER : Ca se traduira sans doute par des délocalisations d'activités.

PIERRE-LUC SEGUILLON : On ne pas raconter d'histoires, c'est ce qui est visé comme résultat.

DENIS KESSLER : Ca veut dire bien entendu que ces activités sont cédées à d'autres entreprises, qu'inversement il y aura des délocalisations vers des pays dans lesquels très honnêtement l'environnement productif est plus favorable, plus porteur que l'environnement productif français.

PIERRE-LUC SEGUILLON : En fonction de tout ce que vous dites, on peut s'attendre que la courbe du chômage, qui n'a cessé de baisser depuis plus d'un an, remonte ?

DENIS KESSLER : Il faut tout de même rappeler que nous avons créé quasiment 1,5 million d'emplois et donc il ne faut pas que les mauvaises nouvelles viennent chasser les bonnes nouvelles.

PIERRE-LUC SEGUILLON : Il y en a beaucoup des mauvaises ¿

DENIS KESSLER : ¿ Nous avons créé énormément d'emplois. Ce sont les entreprises françaises qui l'on fait au cours de ces trois dernières années et je crois qu'il faut s'en réjouir. Mais il est vrai que quand vous regardez la courbe grosso modo des créations d'emplois, au mois le mois, au trimestre le trimestre, vous constatez un ralentissement de la création d'emplois. Et je dois vous faire part de mon inquiétude, parce que je n'ai jamais fait en ce qui me concerne de langue de bois, et je suis relativement inquiet sur la fin de cette année. Et nous n'excluons pas à ce jour une possibilité de remontée du chômage qui serait évidemment pour notre pays une très, très, mauvaise nouvelle, une nouvelle que tout le monde doit redouter, dont les effets d'ailleurs économiques et politiques, comme vous le savez, seront absolument majeurs. Donc nous n'excluons pas cette possibilité d'un retour du chômage, ce qui est pour nous, bien évidemment, très honnêtement, une perspective absolument désastreuse.

PIERRE-LUC SEGUILLON : Alors de votre point de vue, est-ce que vous attribuez au moins un bon point au gouvernement dans la revalorisation très minime qu'il a fait du Smic, un coup de pouce très petit par rapport à l'augmentation automatique.

DENIS KESSLER : Mais non, mais non. Mais enfin, écoutez, 4 % à l'heure actuelle, 4,05 % pour être précis ¿

PIERRE-LUC SEGUILLON :On va être clair. 3,76 %, c'était l'augmentation automatique. Vous ne la contestez pas, celle-là ?

DENIS KESSLER : Mais si évidemment ! Je conteste non seulement l'augmentation automatique mais même le coup de pouce. Pourquoi ? Nous appliquons une loi. Cette loi a été passée, a été votée dans une conjoncture qui ne correspond plus à la conjoncture actuelle. Il faudrait que le Smic évolue en fonction de la productivité du travail non qualifiée et non pas en fonction d'une règle qui a été fixée il y a plus de 20 ans, qui veut que l'on prenne le taux de salaire horaire qui vient d'être modifié par les 35 heures + une partie de l'inflation et qu'après le gouvernement rajoute un coup de pouce. Mais 4 %, 4,05 % ne correspond pas à l'augmentation de la productivité du travail non qualifié. Quand nous disons cela, nous demandons une réforme de la fixation du Smic, je crois qu'il faut qu'une commission ¿

PIERRE-LUC SEGUILLON : Il faut changer les règles ¿

DENIS KESSLER : Mais évidemment qu'il faut réformer le Smic ! La règle qui est émise ne correspond plus à la réalité. Il faut bien entendu tenir compte, comme par hasard, du Smic dans les autres pays européens, nous avons la même monnaie. Est-ce que vous avez vu ce débat ? Moi je suis toujours frappé de voir, frappé de voir qu'au moment où on fait l'euro, on passe à la monnaie unique, on fixe le coût du travail. C'est un prix, le coût le travail, le salaire du Smic c'est un prix ! On le fixe indépendamment de tout ce qui se passe en Europe. Et quand vous regardez les comparaisons internationales, nous avons un des Smic plus élevés pour le travail peu qualifié. Alors, quand nous disons cela, moi je suis celui qui défend l'emploi peu qualifié, je suis celui qui fait en sorte que l'emploi des jeunes soit préservé dans notre pays, je suis celui qui essaye de localiser les industries de main d'¿uvre dans notre pays et lorsque pour des raisons politiques on donne un coup de pouce à quelque chose qui déjà ne correspond pas à la productivité du travail, je suis inquiet, en tant qu'économiste, de voir que nous allons détruire de l'emploi.

PIERRE-LUC SEGUILLON : Alors venons à, je vais parler tout de suite de la Refondation sociale, la démocratie sociale puisque c'est le terme qu'a utilisé le Premier ministre pour parler de la fameuse Sécurité sociale. Vous êtes invités à un " Grenelle de la santé " le 12 juillet par Elisabeth Guigou, les partenaires sociaux, syndicalistes, le gouvernement, le MEDEF et les représentants du patronat. Est-ce que ce " Grenelle de la santé " vous le considérez comme un premier élément de réponse à votre demande formulée l'autre jour d'un dialogue triparti pour refonder ou réformer la Sécurité sociale ?

DENIS KESSLER : Partons de l'objectif. Ce que nous voulons, nous, c'est une réforme de la Sécurité sociale. Nous le souhaitons tout simplement parce ce qui se passe à l'heure actuelle n'est pas acceptable. Prendre de l'argent dans la Sécurité sociale pour aller financer les 35 heures, c'est gribouille ! L'intervention omniprésente, incessante de l'Etat dans toutes les décisions, plus personne ne sait qui est responsable de quoi, qui finance quoi et qui a la responsabilité de quoi. Nous souhaitons ¿

PIERRE-LUC SEGUILLON : ¿Vous avez demandé une clarification, clarification des fonctionnements, des responsabilités, des financements¿

DENIS KESSLER : Exactement ! Nous sommes allés voir ça et nous le faisons au nom de quoi ? De la collectivité parce que je crois qu'il est important d'avoir une Sécurité sociale qui fonctionne. D'ailleurs lorsque nous avons dit au Premier ministre écoutez, ça ne marche pas, ça ne marche pas et le dernier accroc au contrat qu'est ce siphonnage, ce détournement des fonds de la Sécurité sociale n'est pas acceptable par nous, je n'ai pas eu de contestation d'ailleurs des analyses et notamment des recommandations que nous avons faits. Je crois comprendre que le Premier ministre souhaite maintenant ouvrir le débat. Nous nous en réjouissons, nous souhaitions que ce débat ait lieu, nous souhaitons surtout qu'il soit utile, fécond, qu'il débouche sur une véritable réforme. Alors vous parliez du " Grenelle de la santé ". C'est vrai qu'il y a des petits changements. Il y a trois mois, on a déjà fait un Grenelle de la santé, on n'a pas invité les partenaires sociaux ! On n'avait pas besoin d'eux à l'époque ! Et puis maintenant c'est bizarre, c'est le même Grenelle de la santé, nous sommes invités. Nous irons. Nous participerons bien entendu au débat. Nous avons appelé de nos v¿ux une réunion tripartite pour penser à l'avenir de la Sécurité sociale et à sa réforme. Mais je vous dis très honnêtement, ça ne suffira pas ! Pour nos faire revenir, non ! Il faudrait, ce n'est pas l'ouverture d'un chantier qui fait que nous allons revenir et nommer des administrateurs d'ici le 31 juillet prochain !

PIERRE-LUC SEGUILLON : Mais si la réunion du 12 juillet vous semble positive, si la réunion du 12 juillet est suivie, peut-être même d'un travail pendant le mois de juillet et que le gouvernement avec les autres syndicats vous dise : mettons-nous autour de la table et puis réformons la Sécurité sociale, est-ce que vous pouvez revoir votre position d'ici au 30 juillet pour nommer les fameux administrateurs qui pourraient rentrer en fonction à la Sécurité sociale en octobre.

DENIS KESSLER : On jugera sur les actes. C'est très important ce que je dis. Nous avons pris une décision très lourde, nous ne voulons absolument pas déstabiliser la Sécurité sociale ! Nous disons ça continuera sans nous parce que ça fonctionne selon des principes qui ne sont pas les nôtres ! Maintenant, nous ne renommons pas d'administrateurs, nous ne renommerons éventuellement des administrateurs que lorsque le chantier aura abouti, abouti et que le Premier ministre¿

PIERRE-LUC SEGUILLON : C'est une parenthèse ?

DENIS KESSLER : Ah pas du tout, pas du tout ! Il faut réformer la Sécurité sociale, définir des nouvelles règles du jeu et lorsque ces nouvelles règles du jeu seront définies, nous accepterons dans ce cas-là de renouveler, le cas échéant, des administrateurs dans un nouveau système. Mais dans le système actuel ? Ecoutez, non, ce n'est pas sérieux ! Ce ne sont pas des administrateurs ! Ils sont là, ils n'ont aucun contrôle des recettes, aucun contrôle des dépenses, aucun contrôle du personnel et l'Etat vient, avec sa grande main velue, prendre l'argent des retraités, vient prendre l'argent des malades ¿ Il vient siphonner, tout ça pour aller financer quoi ? Les 35 heures !

PIERRE-LUC SEGUILLON : Vous parlez de ponction, de siphonnage etc. Si le gouvernement vous dit : on a besoin de cet argent aujourd'hui, d'autant plus que la conjoncture est ce que vous avez décrit au début de notre émission, mais c'est une ponction qui est exceptionnelle, qui ne se reproduira pas, qui ne sera pas institutionnalisée. Vous n'y croyez pas ?

DENIS KESSLER : Je vais vous dire : le crédit de l'Etat est quand même relativement faible à l'heure actuelle. Le crédit de l'Etat est un peu faible.

PIERRE-LUC SEGUILLON : Donc vous n'y croyez pas ?

DENIS KESSLER : Mais attendez, là on ne va pas se satisfaire de quelques promesses, de quelques engagements ! Non, non. Nous avons dit il y a trois ans il est inacceptable que la Sécurité sociale finance les 35 heures. Nous avons dit que le projet n'était pas autofinancé contrairement à ce que Martine Aubry nous affirmait de manière très arrogante. C'est le cas ! 105 milliards, la conjoncture se ralentit et tenez-vous bien, soi-disant les 35 heures, qui auraient créé 250 000, rapport officiel et je lis page 65 : " à la fin 2000, l'ensemble des accords sollicitant l'aide de l'Etat prévoit de créer ou de préserver 150 000 emplois " Ah bon ? Ce n'est pas le chiffre qu'on nous a donné. Ca, c'est le rapport officiel, il vient de sortir ! 150 000 emplois ! Et puis quand vous continuez la lecture, que je recommande, on dit en plus que ceci est sans doute surestimé compte tenu que beaucoup d'emplois sauvegardés ou à créer ne seront pas tenus. Vous vous rendez compte ? Donc on a passé une loi soi-disant pour créer des centaines de milliers d'emplois, ce n'est pas le cas, qui coûtent horriblement cher et on vient déstabiliser les partenaires sociaux à la Sécurité sociale. Quel bilan, quel bilan !

PIERRE-LUC SEGUILLON : En toute hypothèse, premièrement si je résume, vous y allez à ce Grenelle de la santé, vous prenez part à cette discussion, deuxièmement il n'est pas question que vous nommiez, que vous désigniez des administrateurs d'ici la fin juillet, ça, c'est irrémédiable ?

DENIS KESSLER : Oui.

PIERRE-LUC SEGUILLON : Mais ça peut être une parenthèse et si les choses s'améliorent¿

DENIS KESSLER : Mais non, je vous explique¿

PIERRE-LUC SEGUILLON : Non, mais attendez, si ces discussions aboutissent¿

DENIS KESSLER : Attendez, je forme le v¿u qu'elles aboutissent encore une fois.

PIERRE-LUC SEGUILLON : Vous êtes en train de me dire que d'ici à la présidentielle vous ne croyez pas que l'année puisse accoucher d'une réforme de la Sécurité sociale.

DENIS KESSLER : Il y a des présidentielles ? Oh, je n'ai pas noté ça. C'est pas une question de présidentielle, pas de présidentielle, de législatives, pas du tout ! Lorsque nous aurons des principes de fonctionnement de la Sécurité sociale qui auront été actés, des nouveaux principes, des nouvelles règles, on en a donné la trace et l'idée au Premier ministre. Je vous promets que nous regarderons ce nouveau contrat, ces nouvelles règles, ces nouveaux principes et que nous reviendrons. Parce qu'en ce qui nous concerne, nous n'avons aucune raison, si ces principes sont respectés, de ne pas y être. Mais nos attendons qu'ils soient actés.

PIERRE-LUC SEGUILLON : Autrement dit, ce n'est pas demain la veille, si je comprends bien.

DENIS KESSLER : La balle est dans le camp du gouvernement. Et le gouvernement, vous savez, il légifère tellement vite en France, nous sommes une démocratie dans laquelle on légifère en quelques semaines etc¿ Très honnêtement, s'il y a la volonté politique, disons les choses comme elles sont, s'il y a une vraie volonté politique, si le Premier ministre dit ok, la situation est quand même désastreuse, pendant trois ans on n'a pas vu le Premier ministre, il veut recoller les morceaux avec les partenaires sociaux, tant mieux ! Mais s'il a la volonté politique, rien n'empêche qu'à l'automne il ait pu arrêter des dispositions. Arrêter des dispositions ! Je n'ai pas dit ouvrir un chantier et indiquer des solutions ! Non, j'ai dit arrêter des dispositions ! Nous regarderons les dispositions qui ont été arrêtées et nous déciderons à ce moment-là de dire : nous adhérons à ce nouveau système ou nous n'y adhérons pas. Mais il ne s'agit pas d'une parenthèse, il ne s'agit pas d'une chaise vide, nous ne nommerons pas d'administrateurs dans le système de Sécurité sociale existant. Point barre.

PIERRE-LUC SEGUILLON : Dernière chose, la Refondation sociale, finalement c'est un échec. L'Unedic ? Vous avez accouché du Pare. Ce n'est pas tout à fait le pare que vous souhaitiez, il est facultatif. Les retraites complémentaires, ça été remis à plus tard. La formation professionnelle dont vous discutez actuellement c'est bloqué, la Sécurité sociale vous n'y êtes plus.

DENIS KESSLER : Au contraire, la Refondation sociale est un superbe succès, un formidable succès ! Ce que nous souhaitions , nous, c'est que les réformes ne soient pas une nouvelle fois différées, renvoyées, mises de côté.

PIERRE-LUC SEGUILLON : Le succès c'est d'avoir provoqué, d'avoir obligé le gouvernement à sortir¿

DENIS KESSLER : Mais nous avons une réforme de l'assurance-chômage, elle rentre en ¿uvre le 1er juillet ! C'est formidable, nous avons réformé l'assurance-chômage ! Et si le MEDEF et puis les syndicats réformateurs n'avaient pas été là, nous n'aurions pas de réforme de l'assurance-chômage pour le bénéfice de tous les demandeurs d'emploi et du marché du travail. Nous avons réformé la santé au travail, nous avons indiqué les pistes d'une réforme de l'assurance vieillesse, la balle est dans le camp du gouvernement, nous avons à l'heure actuelle en vue un accord sur la formation professionnelle, fondamental pour les 15 millions de salariés du secteur privé, nous avons en vue sur les voies et moyens du dialogue dans le secteur concurrentiel et tenez-vous bien, je ne désespère pas, parce que je ne désespère jamais, que le Premier ministre va enfin s'occuper de la Sécurité sociale et proposer des règles d'organisation et de fonctionnement et de structures nouvelles. Je serais ravi, formidable ! Ecoutez, c'est comme au Loto ! J'ai quasiment tous les bons chiffres !

PIERRE-LUC SEGUILLON : Dernière question, Ernest-Antoine Seillière, le président du MEDEF, est-ce qu'il n'est pas fragilisé par les difficultés qu'il connaît sur AOM, autrement dit est-ce qu'il n'est pas un peu en situation de juge et parti, est-ce qu'il ne vous handicape pas dans votre ¿uvre de Refondation sociale ?

DENIS KESSLER : Certainement pas, certainement pas ! Il est absolument, j'allais dire, soutenu par l'ensemble des MEDEF, par les fédérations, par le Conseil exécutif, et très honnêtement, j'allais dire, il faut faire la part des choses, il conduit le MEDEF et vraiment il est totalement impliqué dans cette espèce d'extraordinaire¿ C'est formidable, ces chantiers ! Nous sommes d'ailleurs les seuls à réformer à l'heure actuelle très honnêtement. Je trouve ça formidable et on verra très honnêtement la contribution que nous aurons apportée à la façon dont ce pays doit s adapter, se réformer, se restructurer pour faire face à toutes les grandes échéances qui sont en train de pointer.


(source http://www.medef.fr, le 2 juillet 2001)

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