Interview de M. Christian Poncelet, président du Sénat, dans "Courrier Cadres" du 5 juillet 2001, sur les initiatives du Sénat pour rapprocher le monde politique de l'entreprise. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Christian Poncelet, président du Sénat, dans "Courrier Cadres" du 5 juillet 2001, sur les initiatives du Sénat pour rapprocher le monde politique de l'entreprise.

Personnalité, fonction : PONCELET Christian, DELWASSE Liliane.

FRANCE. Sénat, président;FRANCE. RPR

ti : 1/. Depuis votre élection à la Présidence du Sénat, vous avez multiplié les initiatives pour rapprocher le monde politique de celui de l'entreprise. Qu'est-ce qui a motivé votre démarche ?

Le fossé entre le monde politique et celui des entreprises est hélas de plus en plus grand.

Depuis des années, le législateur discute et vote des lois qui ne prennent pas suffisamment en compte les préoccupations des entrepreneurs.

Il est donc urgent de rapprocher le monde politique des entreprises, ne serait-ce que parce que les problèmes de l'emploi seraient bien mieux réglés si les valeurs entrepreneuriales étaient mieux soutenues.

L'entreprise et les entrepreneurs sont, en effet, la plus solide source de création de vrais emplois et de richesse. C'est une condition sine qua non pour soutenir le progrès social audacieux, on l'oublie trop souvent. Or, l'entreprise et les entrepreneurs n'occupent pas une place suffisamment élevée dans la hiérarchie de nos valeurs. Preuve en est la diminution, année après année, du nombre des créations d'entreprises. J'estime que cette situation est due pour une part très large au déficit de culture entrepreneuriale dans notre pays.

En France, on oriente, en effet, plus facilement les jeunes talents vers les grands corps de l'Etat que vers l'entreprise.


2/. Concrètement, quelles sont les initiatives que vous avez prises en direction du monde économique ?

Elles sont nombreuses, aussi je ne vous parlerai que des plus emblématiques.

Depuis deux ans, les sénateurs effectuent des stages d'immersion en entreprise afin de favoriser la compréhension mutuelle entre parlementaires et entrepreneurs. Loin des confrontations idéologiques, cette initiative se veut à la fois pragmatique, concrète et respectueuse des opinions de chacun.

En 2000, 41 sénateurs de toutes tendances politiques ont effectué un stage d'immersion de un à trois jours dans une entreprise. En échange, les entrepreneurs qui le souhaitent sont accueillis au Sénat ou en collectivité locale afin de mieux appréhender de leur côté la réalité et les contraintes des missions qui incombent aux élus. A l'issue de ces stages, nous organisons les Rencontres Sénatoriales de l'Entreprise qui permettent de tirer les enseignements de ces stages et de recevoir éventuellement des applications législatives sur des sujets tels que le financement ou l'insertion des jeunes dans l'économie, pour ne prendre que ces quelques exemples.

Autre temps fort, nous avons également lancé la Journée du Livre d'Economie. Cette initiative originale ambitionne de rendre l'économie au citoyen qui peuvent rencontrer ce jour-là les plus éminents auteurs de livres d'économie et faire le point avec des personnalités du monde politique, économique, social et culturel sur un thème de société.

Nous organisons, par ailleurs des petits-déjeuners de l'entreprise tous les 15 jours pour permettre à une vingtaine de sénateurs, de toutes tendances politiques confondues et qui changent à chaque fois, de rencontrer des grands acteurs de l'entreprise et de faire le point sur les grands thèmes de l'actualité économique.

Autre temps fort, Tremplin Entreprises, co-organisé avec l'ESSEC, qui est devenu en l'espace de trois ans le premier événement de capital-risque en France.


3/. Est-ce vraiment le rôle d'une institution parlementaire que d'organiser un événement de capital-risque ?

Oui, tout-à-fait ! Nos concitoyens en ont assez des rapports qui s'empilent : ils veulent que les politiques passent à l'action.

Concrètement, cela signifie que j'ai souhaité, avec mes collègues sénateurs, que le Sénat mette la richesse et la diversité de son réseau relationnel au service des créateurs d'entreprise.

Ces derniers désespèrent, comme vous le savez, de constater que dans ce pays il est plus facile d'obtenir un crédit à la consommation que de convaincre son banquier de vous suivre dans un projet entrepreneurial.

Cette année, 40 porteurs de projets innovants seront sélectionnés par un jury d'experts pour rencontrer pendant deux jours des investisseurs et des capital-risqueurs susceptibles de les accompagner financièrement dans leur démarrage et leur développement.

305 dossiers nous sont parvenus : cela signifie qu'en trois ans à peine, Tremplin Entreprises est devenu le premier événement de capital-risque en France, pour ce qui concerne sa capacité à faire remonter des dossiers venant de tout le pays.

Les 40 lauréats seront présents au Sénat les 11 et 12 juin prochains, et pour rester concret et utile jusqu'au bout, vos lecteurs seront probablement intéressés de savoir que les investisseurs peuvent d'ores et déjà retirer un dossier pour participer à l'événement, en se connectant sur l'adresse internet www.tremplin-entreprises.senat.fr.

Dois-je ajouter que cette initiative, qui a permis de lever 107 millions de francs en 2000, ne coûte de surcroît pas un centime au contribuable puisque l'opération est autofinancée.

Mais, bien évidemment, au-delà de toutes ces actions, dont la liste n'est pas exhaustive, les sénateurs sont particulièrement attentifs aux problèmes de l'entreprise et du monde économique.


4/. Vous avez également lancé un Club de la nouvelle économie. Est-ce que ce n'est pas une démarche paradoxale pour une Assemblée à un moment où vous souhaitez ouvrir encore davantage le Sénat sur l'extérieur ?

Je ne crois pas. Le Club est une initiative qui s'inscrit dans le cadre d'un programme d'action beaucoup plus large en direction du monde économique. Je crois qu'il manquait en France un lieu où les acteurs du monde économique, les penseurs, les parlementaires et les représentants des autorités de régulation puissent régulièrement se rencontrer.

Ici, un jeune, voire de très jeunes talents, peuvent discuter d'égal à égal avec des figures emblématiques de la vie économique française. C'est d'ailleurs un jeune entreprenaute, Xavier Schallebaum, qui assure la vice-présidence déléguée de ce Club.

C'est toujours le même souci qui nous anime au Sénat.

En suivant au plus près les tendances d'aujourd'hui et, si possible, en anticipant les évolutions de demain, nous sommes ainsi mieux à même d'en tirer toutes les conséquences législatives.


(source http://www.senat.fr, le 9 juillet 2001)

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