Article de M. Charles Pasqua, président du RPF, dans "Le Figaro" du 2 juillet 2001, sur les aléas de la mise en place de l'euro et sur son souhait d'un référendum à ce sujet, intitulée "Euro : le fiasco". | vie-publique.fr | Discours publics

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Article de M. Charles Pasqua, président du RPF, dans "Le Figaro" du 2 juillet 2001, sur les aléas de la mise en place de l'euro et sur son souhait d'un référendum à ce sujet, intitulée "Euro : le fiasco".

Personnalité, fonction : PASQUA Charles.

FRANCE. RPF, président

ti : Nos gouvernants seraient fort avisés de regarder les choses en face avant qu'il ne soit trop tard : deux ans et demi après sa création, l'euro est un fiasco retentissant. Et la sourde hostilité du peuple français à son égard laisse augurer de graves problèmes l'an prochain si l'on s'entête à lui imposer cette monnaie qui ne le concerne pas.

L'euro devait être une monnaie de référence et une monnaie de réserve mondiale ? C'est raté, car il a perdu plus du quart de sa valeur par rapport au dollar, le tiers par rapport au yen, et 30% par rapport à un panel constitué des 36 principales monnaies mondiales.

L'euro devait nous affranchir des contraintes extérieures ? C'est raté, car l'effondrement de son cours a rendu plus chers les voyages en dehors de la zone euro et les produits importés, notamment énergétiques ou agroalimentaires. D'ailleurs, les Français le constatent de leurs propres yeux avec l'envolée du prix de l'essence.

L'euro devait nous protéger des aléas de la conjoncture américaine ? C'est raté, car le fort ralentissement outre-Atlantique produit ses premiers effets récessifs sur l'économie des pays de la zone euro. En France, le chômage a cessé de diminuer ; et il redémarre en Allemagne. Partout sont annoncés des plans de licenciement massifs. Mieux même : la croissance redémarre fortement en Grande Bretagne, où l'on a refusé l'euro.

L'euro devait être un facteur de stabilité mondiale ? C'est raté, car sa dégringolade déstabilise les économies des partenaires de la France situés en dehors de la zone euro. Je pense au Maroc qui a été contraint de dévaluer le dirham le 25 avril dernier afin de ne pas trop pénaliser ses exportations vers la France, et ce au risque de grever sa propre facture énergétique. Oui, le dirham marocain est devenue une monnaie trop forte par rapport à l'euro !

L'euro devait nous permettre de juguler l'inflation ? C'est raté, car désormais, les douze Etats de la zone euro ont tous dépassé le plafond de 2% de taux d'inflation fixé comme objectif absolument prioritaire de la Banque centrale européenne : le rythme d'inflation annuel de la zone atteint désormais 3,4%. Partout, l'inflation redémarre en même temps que l'économie ralentit.

L'euro devait conférer une crédibilité monétaire à l'Europe ? C'est raté, car chaque déclaration de M. Duisenberg, le célèbre Président de la Banque centrale européenne, est désormais devenue un motif d'hilarité planétaire. L'une des plus récentes bouffonneries de ce Gaston Lagaffe de la monnaie unique fut de baisser ses taux directeurs, le 10 mai dernier, parce qu'il estima soudain que l'inflation n'était plus une menace. Le lendemain même, on apprenait que l'inflation était repartie en flèche en Allemagne, en France et aux Pays-Bas. On en a pleuré de rire de New York à Tokyo, et de Londres à Singapour, pendant que les salles de marchés multipliaient les ordres de vente sur cette monnaie burlesque.

L'euro répondait à une nécessité vitale pour les entreprises ? C'est raté, car trente mois après sa création, moins de 5% des entreprises y ont recours. Quant aux millions de petites et moyennes entreprises, submergées par bien d'autres problèmes comme la mise en place des 35 heures, elles sont dans un état d'impréparation quasiment total.

L'euro devait susciter l'enthousiasme des peuples européens et les pousser à réclamer une Europe fédérale ? C'est raté, car l'écrasante majorité du peuple français, comme les autres peuples européens, se fiche comme d'une guigne de cette monnaie. Déjouant tous les pronostics des prétendus experts, nos compatriotes se refusent toujours à utiliser l'euro dans leurs paiements par chèques ou par cartes bancaires. Six mois avant son arrivée dans nos porte-monnaie, une majorité de Français se déclarent maintenant hostiles à l'euro. Ce n'est pas moi qui le dit mais les sondages officiels publiés sur le site Internet de Bercy !

Pour porter remède à cette confusion générale, M.Duisenberg, encore lui, se fait le porte-parole des marchés financiers et exhorte tous les gouvernements, notamment le gouvernement français, à des mesures drastiques. A l'entendre, il faudrait démanteler le droit du travail, diminuer la taxation des plus grosses fortunes, ne pas augmenter les bas salaires, développer toutes les formes d'emplois précaires, revoir à la baisse les retraites et les prestations sociales, etc., etc. Voilà sans aucun doute le programme politique le plus réactionnaire que l'on ait vu depuis longtemps !

Mais ces recommandations, confirmées par les autres banquiers centraux, me font venir à l'esprit une question bête : Pourquoi demande-t-on encore aux Français de voter ?

Si nos aïeux ont fait la révolution en 1789, c'était d'abord pour décider eux-mêmes des impôts qu'ils allaient payer. Si nos grands-parents et nos parents ont tant travaillé pendant le XXe siècle, c'était dans l'espoir que les salaires et la protection sociale ne pourraient aller qu'en s'améliorant et que la vie de leurs enfants et de leurs descendants serait meilleure que la leur.

Oui mais voilà ! Parce qu'ils sont happés par l'engrenage infernal dans lequel ils ont conjointement plongé le pays, MM. Chirac et Jospin sont obligés de courber la tête devant les injonctions de la Banque de Francfort et de se faire les chantres, en un duo pitoyable, de cette politique qui consiste à démanteler, un à un, les acquis sociaux des Français.

Evidemment, ça change du slogan à l'eau de rose adopté par le Ministère des finances : " l'euro fait la force ". Mais ce qui est le plus ahurissant, c'est que l'on ne demande pas aux Français ce qu'ils en pensent !

Eh bien moi, je dis qu'il faut consulter de nouveau les Français, par référendum, sur l'euro.

Certains affirment qu'ils ont déjà tranché, lors du référendum sur le Traité de Maastricht en 1992. Et que tout nouveau référendum serait en conséquence illégitime.

Mais ceux-là oublient que le principe même de la démocratie réside dans le fait que ce que le peuple a décidé, il peut aussi décider de le changer. Sinon, pourquoi les mandats électifs auraient-ils une durée limitée ? Puisque les Français ont "déjà voté" pour élire un président de la République en 1995 et des députés en 1997, est-il devenu inutile de les faire revoter ?

C'est pourquoi, formulée neuf ans après Maastricht, ma demande de référendum est évidemment légitime. Après tout, le peuple irlandais ayant rejeté dimanche 10 juin le Traité de Nice, les gouvernements européens ont eu l'audace de réclamer, dès le lundi 11, l'organisation d'un nouveau référendum en urgence pour le faire changer d'avis !

Une nouvelle consultation est indispensable parce que, lors du Traité de Maastricht, les Français ont été invités à s'exprimer non sur la monnaie unique en tant que telle mais sur des promesses et des peurs. On leur a prédit les pires calamités en cas de rejet du Traité et un futur mirifique en cas d'acceptation. On ne leur a jamais exposé les conséquences sociales réclamées aujourd'hui par M. Duisenberg et vécues par les salariés. On ne leur a jamais expliqué non plus que l'euro conduisait inéluctablement à une Europe fédérale, ce que les récents débats sur l'avenir institutionnel de l'Europe révèlent désormais au grand jour. Bref, on a extorqué l'assentiment des Français.

Il est donc urgent de réinterroger nos compatriotes, non sur la base de promesses ou d'injonctions mais sur celle des résultats obtenus et des faits avérés. Il faut demander aux Français s'ils souhaitent ou non conserver le franc comme monnaie d'échanges quotidienne. Il faut les faire choisir entre un euro ayant statut de " monnaie unique ", impliquant donc une Europe fédérale, et un euro ayant statut de " monnaie commune ", préservant les souverainetés et les monnaies nationales.

Cette consultation est une solution de bon sens à trois égards.

D'une part, elle obéit au principe de prudence : tant que l'euro n'est pas devenu une monnaie crédible et reconnue comme telle au niveau international, la France doit garder la possibilité pratique d'en sortir rapidement, ce qui implique que nous conservions les milliards de billets et de pièces exprimés en francs.

D'autre part, une telle décision demeure possible jusqu'au 1er janvier 2002. Elle n'est pas incompatible avec le maintien de la France dans la zone euro, si l'on veut bien faire de l'euro non plus une monnaie unique mais une monnaie commune, assimilable à un système de parités fixes et ajustables, comme nous en avons déjà connu dans le passé.

Enfin, le maintien du franc français dans tous les actes de la vie quotidienne évitera à nos concitoyens le traumatisme psychologique et les immenses difficultés pratiques qui se produiront à coup sûr si on les force à utiliser l'euro contre leur gré.

Si MM. Chirac et Jospin s'entêtent à vouloir substituer l'euro au franc au cours des six premières semaines de 2002, ils devront en rendre compte devant les Français lors de l'élection présidentielle.

Charles PASQUA

(source http://www.rpfie.org, le 3 juillet 2001)

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