Interview de M. Charles Pasqua, président du RPF, à La Chaîne info le 10 juillet 2001, sur les fonds spéciaux, la prestation télévisée de Lionel Jospin, la préparation de l'élection présidentielle et le débat sur le statut pénal du Président de la République. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Charles Pasqua, président du RPF, à La Chaîne info le 10 juillet 2001, sur les fonds spéciaux, la prestation télévisée de Lionel Jospin, la préparation de l'élection présidentielle et le débat sur le statut pénal du Président de la République.

Personnalité, fonction : PASQUA Charles.

FRANCE. RPF, président

ti : Bonjour Monsieur Pasqua

Bonjour

Vous êtes ancien ministre de l'Aménagement du territoire, alors vous avez regardé les décisions, les mesures qui ont été adoptées hier au Comité interministériel d'aménagement du territoire. Alors, mesures particulières pour les bassins en reconversion, le mobile accessible partout, " c'est le chemin de fer des temps modernes " a dit le Premier ministre, des crédits pour les régions touchées par les intempéries, c'est un bon Comité ?

Oh, je dirais qu'en fait les mesures qui ont été prises ne justifiaient pas la réunion de 29 ministres et un tel déplacement¿

Ca se fait toujours.

Oui, mais généralement lorsqu'on réunit un Comité interministériel pour l'aménagement du territoire, on prend un certain nombre de décisions, qui concernent l'ensemble du pays et sur le long terme. C'est normal que les décisions qui ont été annoncées aient été prises, notamment en ce qui concerne l'aide à apporter aux victimes des crues, etc.. ou les décisions concernant le mobile, mais tout ça aurait pu être fait aussi bien à Paris. Non, c'était un asiate politique, c'était davantage un prétexte qu'autre chose.

Alors, il y a eu la deuxième partie de cette journée, fin de journée, c'est-à-dire l'intervention de Lionel Jospin en directe de Limoges. Il dit non au gel des fonds secrets, il a raison ?

Oui, je crois qu'il a raison.

Oui, ça serait de l'irresponsabilité ?

Absolument. Je crois qu'il ne faut pas confondre les choses. Je pense que les fonds spéciaux, et non pas les fonds secrets, ils sont connus, leur utilisation, tous ceux qui ont été dans un gouvernement en connaissent au moins les grandes lignes, et je crois que ce serait irresponsable que de dire, on gèle tout de suite les fonds secrets, les fonds spéciaux. Alors ces fonds spéciaux, autrefois, lorsque les partis politiques n'avaient pas de financements publics, c'est vrai que ces fonds ont servi aussi à financer les partis politiques majoritaires. Mais tout ça est révolu, aujourd'hui on n'est plus dans ce cas de figure. Alors je ne veux pas pour autant donner ma caution à la façon dont Jospin gère les fonds spéciaux, ça je n'en sais rien du tout ce qu'il en fait¿

C'est incontrôlable !

Ah si, c'est contrôlable quand même, je crois que la plus grosse part des fonds on sait où ils vont, ils sont destinés à des opérations qui sont conduites dans le cadre de la défense des intérêts du pays, aussi bien à l'extérieur, et dans certaines conditions aussi éventuellement à l'intérieur, ça c'est la plus grosse partie, et il est normal qu'on ne donne pas le détail de l'utilisation de ces fonds. Le Premier ministre disait que le rapporteur général de la Commission des Finances peut les contrôler, c'est assez théorique.

Alors, je pense que vous avez regardé l'ensemble de la prestation¿

Oui

C'est la prestation d'un Premier ministre en campagne ? Il rejoint le club ?

Ca, ça paraît évident, il y a une certaine hypocrisie à dire, je ne suis pas candidat, je verrai le moment venu, etc¿ toutes les décisions qu'il prend et la façon dont il se comporte c'est le comportement d'un candidat en campagne, ça c'est clair.

Ca vous rappelle 93/95 si je peux dire ?

Oui, un petit peu. Mais je pense qu'il devrait se souvenir aussi de 93/95, je veux dire par là qu'il faudrait, il devrait dans son propre intérêt, je ne vais pas me charger de le conseiller, mais il devrait se souvenir qu'on n'est pas élu sur un bilan. On est élu sur le sentiment que les Français ont, c'est une curieuse alchimie les élections présidentielles, on est élu en réalité ni sur un bilan, ni sur un programme. On est élu sur le sentiment que les Français ont de la personnalité qui est la mieux à même de défendre les intérêts généraux du pays. Ce n'est pas en faisant des campagnes fractionnées ou parcellaires qu'on obtient ce résultat, et ce n'est pas non plus parce qu'on a un bon bilan, le bilan n'a jamais permis de faire élire qui que ce soit. Une personnalité de gauche disait " on n'est pas élu pour les services rendus, mais pour les services à rendre ".

Est-ce que cette alchimie dont vous parlez, Jacques Chirac l'incarne mieux ?

Je ne sais pas, nous verrons bien le moment venu. Jacques Chirac a des atouts, que tout le monde connaît, il se dégage de sa personnalité une certaine sympathie, ça c'est clair, mais ce n'est pas suffisant. D'autre part, Jacques Chirac a tourné le dos à la politique qu'il était censé incarner. Mais une nouvelle vois, je dis qu'on n'est pas élu en fonction du passé, on est élu en fonction de l'avenir et de ce qu'on est en mesure de proposer aux Français et le sentiment qu'ils auront de celui qui est le mieux placé pour l'incarner, pour défendre l'intérêt national. Pour le moment, je ne suis pas sûr que ces conditions soient réunies par aucun des deux grands candidats que l'on nous présente.

Mais par vous, oui, c'est ça ?

Ah bien ça, nous verrons bien le moment venu.

Toujours aussi déterminé ?

Ah oui absolument.

Alors je reviens à Jacques Chirac, puisqu'il y a une querelle actuellement autour de son statut pénal. Est-ce que ça le sert ou est-ce que ça le dessert finalement ?

Ca je pense que ça ne peut pas le servir, il ne faut pas exagérer non plus, n'est-ce pas ! Mais je pense que ce débat est très théorique, qu'en réalité ; il n'aurait pas dû avoir lieu, c'est la première fois qu'on voit un procureur de la République rendre publique l'analyse qu'il fait d'une situation sur laquelle il va devoir se prononcer. Ce qui entraîne du même coup la publicité par le procureur général de son analyse, et voilà que ces deux analyses se contredisent. Je crois que ce n'est pas très bon tout ça. Par contre, je pense aussi que le Conseil Constitutionnel a tranché sur cette affaire, et je pense que l'intérêt du pays, en dehors de toutes questions de personne, ce n'est pas d'essayer d'entraîner le président de la République devant les tribunaux, etc, je crois que tout ça c'est très mauvais, pour la France, pour son image à l'extérieur. Si le président de la République a commis des fautes, eh bien écoutez on verra bien une fois que les élections auront eu lieu, mais ce ne sont pas les juges qui doivent arbitrer et décider de qui doit être président de la République ou pas, c'est le peuple français.

Vous considérez toujours que les mises en examen dont vous faites l'objet sont injustifiées ?

Ecoutez, si les juges conduisent impartialement leurs enquêtes, je n'ai aucune inquiétude, voilà ! D'ailleurs, s'ils se comportent en fonction du droit, je n'ai pas de raison de penser que tel ne sera pas le cas, mais nous verrons bien.

Charles Pasqua, merci.

Merci.


(source http://www.rpfie.org, le 11 juillet 2001)

Rechercher