Interview de M. Claude Goasguen, porte-parole de Démocratie libérale, à RMC le 9 juillet 2001, sur le décès d'un jeune au cours d'une rave partie et l'absence de législation sur ces manifestations, sur le statut pénal du Président de la République et sur les dissensions entre le PS et les Verts à la mairie de Paris. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Claude Goasguen, porte-parole de Démocratie libérale, à RMC le 9 juillet 2001, sur le décès d'un jeune au cours d'une rave partie et l'absence de législation sur ces manifestations, sur le statut pénal du Président de la République et sur les dissensions entre le PS et les Verts à la mairie de Paris.

Personnalité, fonction : GOASGUEN Claude, LAPOUSTERLE Philippe.

FRANCE. Démocratie libérale, vice président;FRANCE. Démocratie libérale, porte parole

ti : P. Lapousterle - Un mot sur les rave parties, avec ce week-end tragique : 1 mort à Rouen et des arrestations pour trafic de drogue dans une rave partie près de Belfort. En quoi - puisque vous avez, à l'Assemblée nationale, beaucoup milité pour qu'il y ait une nouvelle loi - une nouvelle loi aurait-elle changé les choses ?

- "D'abord la tristesse, vous savez, c'est comme quand on dit : ça devait se produire comme ça... J'en avais eu presque le pressentiment dans mon discours à l'Assemblée nationale. Je ne pensais pas que cela se réaliserait si tôt. Le Gouvernement a fait preuve d'une grande irresponsabilité."

"Le Gouvernement", il ne faut pas oublier que le ministre de l'Intérieur...

- "...Oui. Disons que la majorité de gauche a fait preuve d'une grande irresponsabilité. Car, vous ne pouvez pas impunément laisser des regroupements où, de toute évidence, la sécurité n'est pas assurée ; où, de toute évidence, il y a du trafic de drogue. Parce que vous savez, on fait beaucoup parler les mécènes, mais ces rave parties ne se passent pas à coup de pipeau, à coup de banjo. Le matériel mis en place nécessite des investissements lourds. Qui sont les investisseurs ? Dans tout cela, il y avait des doutes, même des certitudes. J'ai vu des rave parties dans ma circonscription et je sais très bien ce que le lendemain matin on retrouve un peu partout. On savait très bien que ça allait se passer ainsi. Je trouve que la majorité de gauche a pris une responsabilité très grave. Et tout ce que je souhaite, c'est qu'on en finisse avec cette espèce de "jeunisme" à la veille des élections, cette espèce de jeunisme récurrent qui, finalement, dessert la jeunesse."

Vous pensez que le PS a pris une position électoraliste dans cette affaire ?

- "Complètement "électoraliste." Chevènement a employé le mot qu'il fallait : "Le jeunisme récurrent", à la veille des élections. Quelques éléments de droite ont aussi joué ce rôle plutôt triste. Je dis que ce n'est pas possible !"

Que demandez-vous aujourd'hui ?

- "Je demande l'application du minimum de sécurité. Je ne suis pas sûr qu'il n'y aura pas de poursuites contre les autorités. Car si une partie civile se déclenche dans cette affaire, je crois que l'Etat aura à rendre des comptes."

L'Etat ?

- "Les représentants de l'Etat qui n'ont pas assuré l'ordre public."

Le préfet ?

- "Le préfet, le sous-préfet. Il n'y a peut-être pas de responsabilité individuelle mais il va falloir qu'ils s'expliquent. D'ailleurs, il y en a un qui doit s'expliquer, ce soir, c'est le Premier ministre. Car je ne crois pas qu'on puisse faire une communication, sur un sujet d'actualité qui vient de tourner à la tragédie, sans que le Premier ministre ne s'explique, ne serait-ce que pour couvrir la hiérarchie administrative en place..."

Est-ce que les lois existantes ne permettent pas de contrôler les rave parties puisque la gendarmerie et la police sont intervenues...

- "Elle ne permet que de réprimer. Tous ceux qui ne voulaient pas de loi, et en particulier la gauche, étaient en contre-emploi. Car il y avait la solution suivante : ou bien on ne fait pas d'autorisation préalable, ou bien on ne fait pas de déclaration, mais il faut appliquer la loi. Si on applique la loi, il faut disperser car il y a atteinte à l'ordre public, occupation du domaine public. J'ai répertorié 35 délits possibles sur les rave parties. Donc, ou bien on appliquait loi, mais il fallait, à ce moment-là, intervenir. Ou bien on mettait une autorisation préalable en place et c'était la solution de la sagesse. Dans ces conditions, il fallait s'assumer en face de la potentialité, d'expliquer à la jeunesse qu'elle était en train de faire une erreur qui allait se retourner contre elle. Je vous rappelle qu'en Angleterre, T. Blair, qui n'est pourtant pas un répressif, applique des sanctions qui sont - je dis de mémoire - : six mois fermes et 20 000 livres d'amende. On est loin de l'application anglaise de la loi travailliste !"

Sur l'affaire du Président de la République, qui doit s'exprimer, comme à l'habitude, le 14 Juillet, à la garden party, qu'attendez-vous qu'il dise aux Français ? Car ce rendez-vous va être important.

- "Je crois que le Président de la République doit brosser le tableau de la France dans le monde, comme c'est son rôle, comme c'est son devoir. Evidemment, je sens bien que la question que vous avez en tête, c'est : "Doit-il en parler ?"

C'est la question que les Français ont en tête !

- "Vous voyez, je ne l'ai même pas nommée ! Cela va de soi, c'est implicite ! ..."

Mais cette affaire de billets, il va bien falloir qu'il s'explique !

- "Oui, je crois. Ce n'est pas l'affaire des billets, je crois que, désormais, il faut - et je crois que le Président le fera, je le souhaite d'ailleurs -, que le Président explique quel doit être le statut de l'exécutif du Président de la République, comme d'ailleurs des membres de l'exécutif, par rapport aux médias, par rapport aux juges. Il y a, sans doute, des réformes constitutionnelles à mener, d'une manière consensuelle. Cela étant, sur le problème des billets et des fonds secrets, je trouve que le Premier ministre a quand même joué d'une hypocrisie rare inventant un rapport de la Cour des comptes tout en maintenant les fonds secrets. Dans cette affaire, je trouve que la gauche est en train de perdre beaucoup de crédit. Son bilan est mauvais, de toute évidence, elle le sait. Et donc il ne lui reste qu'une chance, c'est d'abattre le Président de la République."

Vous avez dit que vous espérez que le Président de la République fera l'état des lieux des rapports entre la justice et l'exécutif. Pensez-vous que, dans ce cadre, le Président ne devrait pas répondre à une éventuelle convocation du juge comme témoin assisté ?

- "Je ne le crois pas, je l'ai toujours pensé. Non, absolument pas. "témoin assisté", de plus, je vous signale que c'est une introduction dans la procédure pénale, c'est beaucoup plus lourd que témoin."

Vous êtes conseiller de Paris, que se passe-t-il dans la majorité entre les Verts et le PS ? C'est une crise politique ?

- "C'est une crise politique et même une déchirure dans la majorité municipale, qui nous surprend par sa brutalité. Dans le 19ème arrondissement, le conseil d'arrondissement s'est interrompu brutalement par le départ des Verts. Ce qui me surprend encore plus - encore que la droite soit mal placée pour donner des jugements de valeur dans ce domaine ; je n'ai pas le défaut de monsieur Jospin, d'être tartufe -, c'est la brutalité et le caractère extrêmement cynique des rapports entre les Verts et les socialistes. En réalité, on ne sait pas pourquoi ils sont en train de se disputer, il n'y a pas de problèmes politiques majeurs, mais il y a des problèmes de moyens. En réalité, les Verts demandent des circonscriptions aux socialistes qui ne leur donnent pas et les Parisiens sont en train de faire les enjeux d'une campagne préélectorale difficile au sein de la majorité municipale."

Mais est-ce que c'est une atmosphère de crise politique au Conseil de Paris ?

- "C'est une atmosphère de tension politique. Je ne fais pas d'ironie, je me rappelle des mots de monsieur Delanoë quand il y avait des divisions à droite. Je pourrais les lui resservir. Peut-être tout à l'heure s'il insiste. Mais je n'ai pas envie de semer la zizanie à la veille des vacances."

(source http://sig.premier-ministre.gouv.fr, le 9 juillet 2001)

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