Interview de Mme Marie-George Buffet, ministre de la jeunesse et des sports, à France-inter le 11 juin 2001, sur le dopage des sportifs et notamment des cyclistes, sur la prévention, la répression et les contrôles anti dopage dans le prochain Tour de France et sur la candidature de Paris pour les Jeux Olympiques de 2008. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Marie-George Buffet, ministre de la jeunesse et des sports, à France-inter le 11 juin 2001, sur le dopage des sportifs et notamment des cyclistes, sur la prévention, la répression et les contrôles anti dopage dans le prochain Tour de France et sur la candidature de Paris pour les Jeux Olympiques de 2008.

Personnalité, fonction : BUFFET Marie-George, PAOLI Stéphane.

FRANCE. Ministre de la jeunesse et des sports

ti : S. Paoli - Alors que commence le Dauphiné libéré, dernière épreuve cycliste avant le Tour de France et que vient de se terminer le Giro, dont près de la moitié des coureurs sont soupçonnés de s'être dopés, faut-il se résoudre à ce que, une fois la peur du gendarme passée, les sportifs et - peut-être pas seulement les cyclistes - reprennent les anabolisants, corticoïdes et autre EPO ? Quel symbole : un sac rempli de seringues et de produits dopants, jeté par la fenêtre par un coureur du Giro, qui tombe sur la tête d'un carabinier !

- "C'est surtout triste parce que cela traduit une atteinte à la dignité humaine. Le sport, c'est l'épanouissement, c'est le respect de soi, des individus, et là, on parle seringues, produits dopants ... Cela me détermine encore plus à me battre contre ce fléau qu'est le dopage."

Quel travail parce que, tout de même, trois cent boites d'anabolisant trouvées sur le Giro !!!

- "Il faut être très lucide. La bataille que nous avons entamée en France il y 3 ans et qui, maintenant, est menée au niveau de l'Union européenne - avec cette nouvelle loi italienne d'ailleurs - va être très longue et très difficile parce qu'il faut s'attaquer au dopage lui-même mais aussi à ce qui motive des hommes et des femmes à utiliser des produits dopants dans le cyclisme et dans d'autres sports. Il faut donc parler calendrier, parler mise en situation d'indépendance des sportifs. Il faut s'attaquer à toute une série de choses. Nous avons encore quelques années de combat."

On va continuer, à chaque fois que l'on parle du dopage, à poser la question des enjeux financiers. Il faut qu'il y ait du spectacle et pour cela, il faut qu'ils se dopent !

- "Il y a aussi des sports où les sportifs dépendent uniquement du sponsor ou de l'encadrement. Ils n'ont pas toujours vraiment le choix de décider comment ils vont bâtir leur carrière sportive, le moment où ils veulent s'arrêter, le droit de se reposer, le droit à la mi-forme, à la blessure. Il faut traiter tout cela. Il est vrai que si l'on ajoute les compétitions aux compétitions, parce que cela va permettre de toucher encore plus de droits télé et d'avoir plus de sponsors, on n'y arrivera pas."

Vous savez qu'on a aussi retrouvé des mini-laboratoires pour analyses rapides. C'est comme le missile antimissile antimissile... C'est-à-dire que les grands groupes sportifs sont en train de mettre au point des techniques qui permettent de se doper sans que cela ne laisse de traces.

- "C'est pour cela qu'il faut, en face, plus de coopération entre les laboratoires, entre les scientifiques, entre les gouvernements. Une grande réunion va se tenir entre les ministres des sports de toute la planète au mois d'octobre, avec l'Unesco, à Paris. Je souhaite que cette question vienne. Il faut que nous arrivions à avoir une charte, un traité intergouvernemental pour appuyer l'action de l'Agence mondiale anti-dopage. C'est la proposition que j'ai faite lors de la dernière réunion des gouvernements sur cette question et j'espère que ça avancera en octobre."

Ce qui est terrible, c'est que le soupçon reste en permanence : voilà que les policiers italiens en sont à mettre des caméras cachées et des micros cachés dans les hôtels et dans les chambres des coureurs !

- "C'est l'application de la loi italienne ; il n'y a rien à dire là-dessus. On n'y arrivera pas que par la répression ; il faut aussi qu'on éduque. Il faut que nous cassions le raisonnement qui allie médicament et pratique sportive. Nous sommes en train de mettre en place des antennes régionales de lutte contre le dopage qui seront des lieux de conseil où des praticiens pourront venir rencontrer d'autres praticiens, débattre, se renseigner, s'informer ; où des sportifs pourront venir trouver conseils, aides parce que c'est surtout là qu'il faut agir. Il faut vraiment que dès le début de la pratique sportive, on sensibilise, on alerte à la fois les pratiquants mais aussi l'encadrement. Si on ne le fait pas, si on n'en reste qu'à la répression, cela prendra beaucoup de temps."

Bien sûr, mais on finit par se demander comment faire. Parmi les dopés qui ont été contraints de se retirer du Giro, il y a le Français P. Hervé qui était déjà impliqué dans l'affaire Festina.

- "Il est vrai que cela peut provoquer du découragement mais il ne faut pas céder à cette tentation ; il faut continuer. On progresse au niveau international, on progresse pays par pays, une sensibilisation est en train de se faire. C'est peut-être parce qu'on lutte plus efficacement contre le dopage que nous aurons certainement d'autres faits tels que celui que nous venons de vivre - peut-être moins gigantesques. Nous aurons d'autres faits de ce type. Il faut continuer et ne pas se décourager. Il faut surtout souligner - et je crois que c'est ce qui nous motive - que la majorité des sportifs ne se dope pas et nous fait rêver sans se doper. C'est ce qu'il faut surtout souligner."

Le Tour de France part dans quelques semaines : est-ce que vous êtes inquiète ? Est-ce que des mesures particulières sont prises ?

- "Oui, les organisateurs ont pris des mesures tout à fait particulières cette année, avec une campagne de prévention avant le Tour, avec toute une série de mises en alerte. Nous avons passé un bon accord entre le ministère de la Jeunesse et des Sports, le Conseil national de prévention et de lutte contre le dopage et l'Union cycliste internationale. Nous allons utiliser les nouveaux tests sanguins et urinaires concernant l'EPO ; nous allons multiplier les contrôles inopinés. Nous allons tout faire pour que le Tour se déroule bien et surtout sans tricherie, dans le respect des coureurs. C'est ce qui est essentiel."

L'image aussi est importante. A propos d'image internationale, comment va la candidature française pour les Jeux ? Avez-vous des informations ?

- "Elle va bien. Il faut se battre jusqu'au bout parce que nous avons à nos côtés des candidatures importantes : Pékin, Toronto. J'en discutais encore avec plusieurs membres du CIO, hier, à Roland-Garros et nous avons des atouts : la ville capitale, avec ces épreuves en plein centre de Paris, avec le Stade de France, avec le fait que nous avons montré que nous étions capables d'organiser de grands événements sportifs, avec le fait que le mouvement sportif français a de bons résultats et défend les titres du sport avec l'Etat français. C'est jouable, il ne faut surtout pas se décourager. Le rapport nous a un peu déçus parce qu'il donnait aussi beaucoup d'atouts à Pékin. Mais les choses ne sont pas jouées."

Que pèsent les chances françaises face à ce qu'on, appelle la "realpolitik", qui ferait qu'un cadeau à la Chine ne serait pas mal pour les relations internationales ?

- "Nous sommes conscients de tout cela. Mais Paris, c'est aussi la garantie que tout se passera en pleine sécurité, que tout se passera dans le respect des droits de l'homme. Il faut que chacun réfléchisse au moment de son vote à toutes ces questions. Paris porte une certaine image du sport, de l'accueil, du rassemblement. Je pense donc que c'est jouable, on y va !"

La politique tout court maintenant : est-ce que la ministre communiste que vous êtes va voter la loi de modernisation sociale ?

- "Je ne suis pas députée, donc je ne vote pas. C'est le groupe communiste qui en débattra, il faut laisser cette prérogative aux députés qui sont élus dans leur circonscription. C'est à eux de prendre la décision. Les négociations se poursuivent avec A. Bocquet - j'en parlais hier avec E. Guigou. Je n'ai pas encore vu les amendements, je ne peux donc pas me positionner."

Le climat s'est-il un peu détendu ? C'était chaud ces dernières semaines !

- "Ce n'est pas une question de tension, c'est une question de débats dans la majorité. Il y a eu cette manifestation importante samedi. Aujourd'hui, je crois que beaucoup de salariés attendent vraiment que des décisions soient prises pour les protéger réellement des licenciements boursiers. On dit pudiquement "les plans sociaux" mais quand les entreprises sont bénéficiaires et licencient massivement, on peut quand même se poser des questions."

R. Hue a annoncé sa candidature à la présidentielle à la veille de son procès qui s'ouvre ce matin. C'est une situation complexe.

- "Le premier procès avait montré que peu de chose pesait sur R. Hue, bien au contraire. Ce deuxième procès mettra en évidence que R. Hue n'est pour rien dans tout cela. Je pense que sa candidature est une candidature de rassemblement, à la fois à l'intérieur, pour les communistes, mais aussi au niveau de ceux et celles qui veulent un réel changement dans ce pays. Vous savez qu'il y a d'autres candidats, nous avons innové : ce sont des candidatures à la candidature. Les communistes voteront à la rentrée et le congrès ratifiera au mois d'octobre. Je suis vraiment contente que R. Hue ait enfin déposé sa candidature."

La gauche plurielle est une formule qui a encore du crédit à vos yeux ?

- "Oui. J'ai entendu ce week-end que tout le monde ne pensait pas cela à gauche, notamment M. Chevènement. Je pense que c'est une véritable chance pour la gauche qu'il y ait cette pluralité, qu'à l'intérieur de la gauche on accepte aujourd'hui de discuter, débattre - on le voit en ce moment -, de ne pas toujours être accord sur tout mais d'essayer de construire ensemble. Le pire pour la gauche serait que nous soyons tous en uniforme, à penser la même chose au même moment. Nous n'aurions alors plus de souffle, plus de dynamique. Alors continuons dans la gauche plurielle, je crois que c'est important."

(source http://sig.premier-ministre.gouv.fr, le 11 juin 2001)

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