Discours de M. Charles Josselin, ministre délégué à la coopération et à la francophonie, sur les Jeux de la Francophonie, la culture francophone, l'esprit de la Francophonie, les Droits de l'Homme et la présence française au Canada, Ottawa, Canada, le 14 juillet 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

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Discours de M. Charles Josselin, ministre délégué à la coopération et à la francophonie, sur les Jeux de la Francophonie, la culture francophone, l'esprit de la Francophonie, les Droits de l'Homme et la présence française au Canada, Ottawa, Canada, le 14 juillet 2001.

Personnalité, fonction : JOSSELIN Charles.

FRANCE. Ministre délégué à la coopération et à la francophonie

Circonstances : Fête nationale et ouverture des Jeux de la Francophonie, à Ottawa, Canada, le 14 juillet 2001

ti : Monsieur le Secrétaire général de la Francophonie

Monsieur le Président de la Chambre des Communes

Mesdames et Messieurs les chefs de délégation des pays de la Francophonie

Mesdames et Messieurs les Ministres

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et Ambassadrices

Mesdames et Messieurs,

Chers Amis

C'est plus souvent, et avec raison, aux ambassadeurs que la France confie le soin d'accueillir celles et ceux qui viennent fêter avec nous notre Fête nationale et pour moi, c'est un bonheur que d'avoir manqué, en quelque sorte, à la règle qui habituellement m'oblige, aux côtés du Président et du Premier ministre, à assister à Paris à un défilé militaire qui, ce matin, aura été fortement arrosé, d'après les informations qui me sont parvenues.

Merci à ceux qui ont en charge la météorologie à Ottawa. Les années précédentes, c'est plus auprès des populations bretonnes que je fêtais ce 14 juillet, en ma qualité d'élu des Côtes d'Armor. J'en profite d'ailleurs pour saluer les Bretons. Il y en a toujours.

C'est évidemment cette coïncidence heureuse entre le 14 juillet et l'ouverture des Jeux de la Francophonie qui justifie ma présence parmi vous. J'observe d'ailleurs qu'entre ces deux symboles, il y a, comme on dit, du sens. Le 14 juillet 1790 avait rassemblé les Français dans une fête de l'unité et de la fraternité, et lorsqu'on commémore cet acte, il s'agit bien et de liberté et aussi d'amitié et ce sont bien ces deux signes, là aussi, que la Francophonie se doit de célébrer. Et je voudrais affirmer la Francophonie pour un espace de liberté où doivent s'épanouir les valeurs démocratiques et c'est aussi la manifestation d'une véritable fraternité autour d'une identité culturelle forte, capable d'ailleurs de nous rassembler au-delà des clivages géographiques, politiques, linguistiques même. Et j'en veux pour preuve la présence dans la délégation française d'une athlète comme Eunice Barber, venue d'un pays anglophone d'Afrique de l'Ouest, durement touché par la guerre civile et qui a choisi de devenir française avant de remporter sous nos couleurs un titre de championne du monde d'heptathlon.

Ce grand rassemblement sportif et culturel, qui va faire battre le c¿ur de 3.000 jeunes en même temps, au même rythme, est une échéance importante pour le Canada. C'est aussi un moment important pour le monde francophone. Symboliquement, c'est une agglomération bilingue qui nous accueille. C'est Ottawa, c'est Hull. C'est à la fois le Québec, c'est l'Ontario. Et je veux saluer leurs représentants, les remercier pour l'effort considérable qui a été accompli pour assurer la réussite, le succès de ce très grand événement, l'importance, la qualité aussi de la participation française à ces Jeux. Et je salue là nos représentants qui sont ici disséminés parmi nous et vous les reconnaîtrez aisément à l'élégance de leur tenue.

Tout cela porte le témoignage de l'importance, de l'intérêt que la France attache à cette manifestation incomparable. Et comme à chaque manifestation culturelle francophone importante, on ne peut pas ne pas s'interroger et se poser la question, être francophone, en ce début du XXIè siècle, qu'est-ce que cela signifie ? C'est toujours un peu hasardeux que de se poser la question tant la réponse est délicate et ce soir, Monsieur le Ministre Duhamel, Monsieur le Ministre Boudria, que je suis heureux de saluer plus particulièrement à cette occasion, puisque j'ai la chance de les avoir tout près de moi, ils savent bien que lorsque les étudiants, lors des conférences auxquelles nous sommes invités, nous posent ce genre de question, c'est toujours un peu difficile de savoir par quel bout on y répond. C'est d'abord le plaisir évidemment, le bonheur d'écrire, de lire, de parler en français, une langue qui est unique, mais qui est aussi, il faut le dire, riche des mots, des accents issus des génies des peuples répartis sur les cinq continents.

C'est évidemment partager une culture déclinée en histoires diverses. C'est faire preuve, et je voudrais y insister, d'ouverture, de tolérance, de respect des Droits de l'Homme. J'insiste sur cette question des Droits de l'Homme qui aura au cours des deux dernières années fait l'objet de réflexions très approfondies, en français. C'est aussi dans cette langue-là que nous pouvons aborder les questions les plus difficiles, les plus délicates, parler avec nos amis de l'Est, du Sud, de cette question si délicate de l'apprivoisement de la démocratie, des Droits de l'Homme, sachant que ces pays s'inscrivent dans une autre perspective historique qu'ils conduisent à un autre rythme, cette évolution pour nous essentielle et qui doit être universelle vers la démocratie et le respect des Droits de l'Homme.

Bien sûr que la littérature se nourrit d'autres mots que ceux offerts par la langue que nous avons en partage et pourtant la force de la Francophonie repose en grande partie, plus encore sans doute dans les pays où elle est minoritaire, sur un amour profond de la langue française et des ¿uvres qui l'ont illustrée et je voudrais rappeler, appeler au secours de la démonstration, la place qu'ont dans la littérature française de très grands écrivains étrangers et le Canada avec Gabrielle Roy, Anne Hébert, Antonine Maillet ou Nancy Houston, qui apportent une démonstration éclatante au rayonnement de cette littérature.

En réalité, si l'écriture demeure sans doute le vecteur le plus ancien de diffusion de la Francophonie, celle-ci emprunte avec bonheur les formes modernes, celles d'aujourd'hui, j'oserais presque dire celles de demain. Au cours des dernières années, s'est développée une véritable scène internationale qui dépasse les frontières, qui dépasse les continents, qui mêlent les chanteurs de tous horizons - et la programmation artistique autour des Jeux, notamment la super Francofête, en sera le reflet - des chanteurs dont les sonorités dans les accents viennent enrichir notre Francophonie.

Cette tendance s'observe dans d'autres domaines, le cinéma, la télévision et maintenant Internet. 20 millions d'internautes aujourd'hui en Francophonie. C'est beaucoup, c'est encore trop peu et compte tenu du fait que le Canada et le Québec ont une longueur d'avance, en quelque sorte, sur notre vieux continent dans la relation avec ce moyen si moderne de communication, je voudrais dire l'importance que sont pour nous ces partenaires à cet égard. Je rappelle que le Sommet de Hanoi s'était donné pour ambition d'ouvrir les autoroutes de l'information. Je sais que les écoles francophones forment ici des internautes très présents sur la toile.

La Francophonie ne se réduit pas au partage d'une langue, d'une culture. Elle a aussi une dimension politique. Forte des 55 Etats et gouvernements qu'elle rassemble et qui représentent 500 millions d'habitants, l'Organisation internationale de la Francophonie est devenue un partenaire majeur de la vie internationale comme l'a montré le Sommet de Moncton et je veux dire à cet égard le rôle important qu'aura joué, que joue le Secrétaire général, M. Boutros Boutros Ghali, que je suis également heureux de saluer plus particulièrement puisqu'il est parmi nous. Le prochain sommet à Beyrouth va avoir pour thème le dialogue des cultures, dialogue à l'intérieur de la communauté francophone, dialogue aussi avec les autres cultures dans un esprit bien sûr d'ouverture et de coopération.

Mesdames et Messieurs,

La Francophonie est une cause exigeante dont les succès ne sont jamais acquis. C'est en quelque sorte un combat. C'est vrai au plan international, je crois pouvoir dire que c'est aussi le cas au Canada, et c'est la détermination politique, c'est le dynamisme des communautés francophones qui permettront de préserver le bilinguisme dans ce pays. Les textes législatifs, comme la loi sur les langues officielles ou la loi 101 au Québec, ont permis de consolider les droits des francophones. Ces dispositions protectrices, soutenues par une jurisprudence attentive de la Cour suprême, se sont d'ailleurs traduites par des mesures concrètes en matière d'accès au services d'éducation ou de santé. Ici comme ailleurs, le français ne peut vivre que s'il est possible de vivre en français.

Ces Jeux, en tout cas, constituent une magnifique occasion d'affirmer le fait français au Canada. Mais dans cette affirmation, la communauté française tient une part capitale et je veux saluer ici mes compatriotes et leurs représentants et notamment les délégués au Conseil supérieur des Français de l'étranger, ainsi que les présidents des associations françaises. Près de 130.000 Français vivent au Canada, la majorité dans l'agglomération de Montréal, et par leur intégration, et/ou ont d'ailleurs la nationalité canadienne, ils contribuent, vous contribuez, Chers Amis, au dynamisme et à la prospérité du pays qui vous accueille et la France vous est reconnaissante du rôle essentiel que vous assumez ainsi pour la présence français dans ce pays.

Je voudrais, en terminant, redire tous mes v¿ux aux organisateurs de ces Jeux qui seront, je n'en doute pas, une occasion unique de réaffirmer nos liens d'amitié et aussi la force de notre langue commune et de nos identités culturelles

Vive la France !

Vive la Francophonie !

Vive l'amitié entre nos peuples ! .


(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 19 juillet 2001)

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