Interview de M. Charles Pasqua, président du RPF, à RTL le 12 juillet 2001, sur le financement du RPF, ses mises en examen, son dépôt de plainte contre la violation du secret de l'instruction, le maintien de sa candidature à l'élection présidentielle de 2002 et sur le financement des voyages du président de la République. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Charles Pasqua, président du RPF, à RTL le 12 juillet 2001, sur le financement du RPF, ses mises en examen, son dépôt de plainte contre la violation du secret de l'instruction, le maintien de sa candidature à l'élection présidentielle de 2002 et sur le financement des voyages du président de la République.

Personnalité, fonction : PASQUA Charles, ELKRIEF Ruth.

FRANCE. RPF, président

ti : R. Elkrief - Les juges resserrent leur étau autour de vous, après déjà trois mises en examen, peut-être une nouvelle procédure, comment le vivez-vous ?

- "Ce que je constate, c'est qu'il y a une sorte d'acharnement judiciaire : c'est toujours sur le même problème, toujours sur la même affaire."

On vous reproche le financement illégal du RPF ?

- "Cela ne résiste pas deux minutes à un examen sérieux. Je ne comprends pas qu'il ait fallu à trois juges et à un certain nombre de policiers plus de six mois, alors qu'ils n'ont absolument rien dans leurs dossiers. 8 millions de fonctionnement par an, 28 millions pour la campagne européenne, tous les comptes ayant été contrôlés, déposés, agréés par la Commission des comptes de campagne, qu'est-ce que l'on veut de plus ? !"

Je précise donc qu'ils ont perquisitionné hier au ministère de l'Intérieur car les juges Courroye et Prévost-Desprez se demandent si vous n'auriez pas reçu la somme de 7 millions et demi pour le RPF en 1999, en contrepartie d'une faveur que vous auriez accordée en 1994, c'était l'ouverture du casino d'Annemasse. Les gens qui ont ouvert ce casino vous auraient versé, quelques années, pour votre parti, une certaine somme d'argent, en échange de services...

- "Je veux bien que l'on me reconnaisse un certain génie dans le domaine de la prescience, mais en 1994, je ne risquais pas d'imaginer qu'en 1999, je ferais une liste aux élections européennes et que j'aurais besoin d'argent. Tout ça n'est pas sérieux ! En réalité, cette affaire résulte d'un préjugé que les juges ont. Ils ont imaginé qu'il y avait un financement illégal pour le RPF et maintenant, ils essayent de le démontrer par tous les moyens. Cette affaire du casino d'Annemasse a déjà été examinée par deux juges, un juge à Monaco et un juge à Ajaccio. Et les deux personnes dont il s'agit, mes amis¿"

M. M. Tomi et R. Feliciaggi ; M. Tomi étant le père de M. Mondoloni, qui a versé ces 7 millions et demi donc au RPF.

- "Vous êtes vachement au courant !"

Je lis les journaux, comme vous...

- "Ce que je trouve scandaleux, c'est d'abord cet acharnement. Deuxièmement, la violation permanente du secret de l'instruction et je me demande ce que fait Mme Lebranchu ! Elle est assise sur sa chaise dorée, c'est très bien, mais manifestement le respect des principes du droit est le dernier des soucis de ces messieurs et de ces dames."

C'est parce que vous avez des ennuis que vous dites cela. Mais c'est arrivé souvent, y compris lorsque vous étiez ministre dans vos gouvernements...

- "...Non, je n'ai jamais eu de responsabilités dans le domaine de la justice et en tous les cas, je trouve que c'est scandaleux. Dieu merci, il y a maintenant un arrêt de la Cour de cassation qui va permettre de rétablir un peu les choses parce que jusqu'à présent - je sais que cela va contrarier les journalistes -, jusqu'à présent les journalistes avaient le droit d'apporter la preuve de leur bonne foi par tous moyens, y compris en présentant des copies de procès-verbaux d'instruction, ce qui est quand même inouï ! D'où viennent-ils ces procès-verbaux verbaux d'instruction ? Il n'y a pas trente six sources !"

Qu'est-ce que vous voulez dire exactement ? Que ce sont les juges qui les donnent ?

- "Il y a plusieurs sources possibles : les avocats, les policiers ou l'entourage des juges, il n'y en pas trente-six. Je constate que, jusqu'à présent, aucune information n'a été ouverte. J'ai, en ce qui me concerne, donné comme instructions à mes avocats de déposer plainte sur des violations flagrantes du secret de l'instruction. Mais pour le reste, parce qu'il faut aller à l'essentiel : il n'y a aucun financement illégal du RPF, je le redis une nouvelle fois. Il n'y a aucun don, contrairement à ce que je lis ici ou là, le RPF n'a reçu aucun dont de la part de Mme Mondoloni, il y a des prêts¿"

Ce sont des prêts, c'est ce que vous dites ?

- "Non, ce n'est pas ce que je dis, c'est ce qui est la vérité. Ils ont été enregistrés, etc."

Vous avez déjà trois mises en examen, là il y a cette procédure qui s'ouvre pour corruption, vous restez candidat à la présidentielle ?

- "Oui, madame ! J'ai déjà eu l'occasion de dire ce que je pensais de tout cela. D'abord, ces procédures devront trouver leur terme, premièrement. Deuxièmement, je constate qu'il ne s'agit pas d'une instruction judiciaire. Au travers des actes qui sont conduits par ces deux juges, il s'agit d'une véritable campagne visant à m'abattre ; c'est de cela dont il est question. On utilise le dénigrement, la diffamation, on utilise la presse par un certain nombre d'échos."

Est-ce que cela vaut le coup de continuer à faire de la politique dans ces conditions, parce qu'on voit dans les sondages que vous avez beaucoup baissé, vous ne décollez pas autour des 3 % ?

- "Ca, je m'en fous, ce n'est pas mon problème les sondages, nous verront bien le moment venu. Les élections présidentielles ne se dérouleront pas du tout comme le croient aujourd'hui les deux principaux protagonistes. Il faut bien se dire que les Français se rendront compte, au début de l'année prochaine avec la disparition du franc, de ce qu'on leur a caché et de la réalité des choses. Le choc sera plus important qu'on ne l'imagine."

Vous n'êtes pas le seul à aborder¿

- "Un seul mot si vous me permettez¿ Quant à moi, je ne suis pas candidat aux élections présidentielles pour trouver une situation quelconque, pour faire parler de moi, je suis candidat parce que je crois à un certain nombre d'idées. Quand on croit à ses idées, que l'on croit dans la France, on a le devoir d'aller jusqu'au bout de sa démarche et j'irai."

Vous n'êtes pas le seul à avoir des ennuis avec les juges. Vous avez vu que le Président Chirac est aussi un peu dans le collimateur ; sa fille a été entendue hier. Qu'est-ce que vous en pensez, cela vous choque, vous surprend ?

- "Qu'est-ce qui devrait me choquer ?"

L'audition de C. Chirac.

- "Claude Chirac est une citoyenne comme une autre, donc elle a été convoquée par les juges et elle s'y est rendue. Je n'ai pas de commentaire à faire sur ce point. Par contre, sur les tentatives conduites contre le Président de la République - je peux être en désaccord avec J. Chirac sur le plan politique, sur tel ou tel plan, c'est une autre affaire -, je considère que le Président de la République a un devoir, il a le devoir de défendre les institutions et les juges n'ont pas à entendre le Président de la République."

Il est au-dessus des lois ?

- "Non, il n'est pas au-dessus des lois. Ce sont les juges, à l'heure actuelle, qui essayent de se mettre au-dessus des lois."

Ils vont trop loin ?

- "Le statut du Président de la République est garanti et il n'a pas à répondre aux convocations des juges."

Vous l'approuvez, vous vous sentez solidaire ?

- "Absolument ! Il y a une dérive d'un certain nombre de juges qui est nuisible à l'autorité judiciaire elle-même et qui finira par se retourner contre elle. Ce n'est dans l'intérêt de personne et notamment pas des juges."

M. Ulrich, l'un des principaux conseillers de J. Chirac, a également été entendu hier par les juges sur l'affaire des billets d'avion payés en liquide. Il a dit, qu'en 1988, lorsque le Premier ministre J. Chirac a quitté Matignon, qu'il a lui-même a emporté les fonds secrets qui restaient, et que le Président Chirac - à l'époque Premier ministre - lui avait dit qu'il les utiliserait pour ses voyages politiques. Est-ce que vous êtes courant, vous étiez ministre de l'Intérieur et très proches de J. Chirac à ce moment là ?

- "En quelle année ?"

En 1988 ! Vous n'étiez pas encore balladurien à l'époque, vous étiez très proche de J. Chirac.

- "Non je n'avais pas à être au courant, personne ne m'a jamais parlé de cette affaire, de ce qui pouvait être fait, du solde qui restait des fonds spéciaux, etc. Chacun, dans ce domaine, se comporte selon sa propre éthique. Quand j'ai quitté le ministère de l'Intérieur, il restait dans le coffre du ministre une certaine somme d'argent que j'ai remise à mon successeur. Je considérais que c'était normal, je ne suis pas parti avec. Ce que font les autres, je n'en sais rien et cela ne me regarde pas !"

Donc vous trouvez qu'il n'aurait pas dû partir avec ?

- "Je ne dis rien du tout, je dis que chacun se comporte comme il l'entend."

Et cela vous choque qu'éventuellement que les Premiers ministres successifs - M. Rocard l'a dit - partaient peut-être avec les fonds spéciaux ?

- "Probablement, il en avait fait autant."

Cela vous surprend et cela vous choque ?

- "Je n'en sais rien, je n'ai jamais été Premier ministre, donc je n'ai jamais¿"

Vous étiez ministre de l'Intérieur et un des grands conseillers, un des proches de J. Chirac depuis des années, et vous n'êtes pas au courant!?

- "Je n'étais pas au courant de tout, la preuve."

(source http://sig.premier-ministre.gouv.fr, le 12 juillet 2001)

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