Interview de M. Charles Pasqua, président du RPF, à France 2 le 16 juillet 2001, sur l'émission télévisée du Président de la République le 14 juillet, la compétence des juges, et sur sa candidature à l'élection présidentielle de 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Charles Pasqua, président du RPF, à France 2 le 16 juillet 2001, sur l'émission télévisée du Président de la République le 14 juillet, la compétence des juges, et sur sa candidature à l'élection présidentielle de 2002.

Personnalité, fonction : PASQUA Charles, DAVID Francoise.

FRANCE. RPF, président

ti : F. David

Nous allons parler de ce qui fait la Une de tous les journaux, à savoir l'intervention du Président de la République, ce week-end. Tout le monde dit qu'il est parti en campagne présidentielle, c'est aussi votre sentiment ?

- "Oui, je pense que c'est évident. Cela a un mérite au moins : je pense qu'on parlera de l'essentiel et de ce qu'intéresse les Français. De ce point de vue, J. Chirac, au niveau de l'analyse, ne s'y est pas trompé ; il a bien touché les points qui font mal pour le Gouvernement."

C'était quand même une attaque frontale, directe, du genre : "je dénonce tout ce qu'a fait le Gouvernement."

- "C'est son droit le plus absolu, c'est clair ! Personne ne pensait une seule minute que la cohabitation ait comme conséquence que J. Chirac soit solidaire de ce que fait Jospin, bien que sur un certain nombre de points, ils aient la même politique. Mais de cela, nous aurons l'occasion de reparler. En ce qui concerne le diagnostic, l'insécurité à la fois "civile" - comme il dit - et sociale, le diagnostic est excellent ; c'est clair ! En ce qui concerne les remèdes, c'est un autre problème.

J. Chirac a notamment évoqué la situation de la justice à travers l'affaire qui le concerne, les billets d'avions. Vous même, vous avez maille à partir en ce moment avec la justice : vous êtes mis en examen concernant le financement du RPF. Est-ce que vous partagez l'opinion du Président de la République quand il dit que la justice est en pleine confusion ?

- "Lorsqu'il dit qu'à la présomption d'innocence est substituée la présomption de culpabilité, il a raison. Je crois qu'il ne faut pas confondre les choses ; je crois que, globalement, les juges font bien leur métier. Le Président de la République a reconnu lui-même qu'ils n'avaient pas suffisamment de moyens, je crois que c'est vrai, il faut les renforcer. Mais que quelques juges aient envie de substituer leur propre pouvoir à celui de la République telle qu'elle existe aujourd'hui, cela me paraît évident. Il n'y a pas de pouvoir judiciaire, il y a une autorité judiciaire. Les juges ne sont pas investis par le peuple, ils sont nommés par le Gouvernement, par le pouvoir exécutif ; ils doivent rendre leurs décisions en fonction de la loi et non pas en fonction de leurs sentiments. C'est ce que les Français sont en droit d'attendre, tous les Français, y compris les hommes politiques."

En même temps, certains mettaient en avant, notamment à gauche, le fait qu'on ait réussi à rompre le lien entre le Gouvernement et les juges, c'est-à-dire que les instructions soient limitées ; vous le regrettez ?

- "Non, je ne regrette rien du tout, je considère que c'est une erreur, c'est une autre problème. Je pense que les choses doivent être claires. La politique pénale doit être définie par le Gouvernement ; après le vote du Parlement, c'est à lui d'exécuter cette politique. Les juges sont là pour rendre la justice au nom du peuple français et en fonction de la loi. Il faut veiller à ce que, de toute manière, il y ait une politique pénale qui soit la même pour l'ensemble de la France. On ne peut pas, effectivement, pour un même délit, juger différemment en différents points du territoire ; ce n'est pas acceptable."

Vous êtes d'accord avec le Président de la République quand il refuse de référer à une convocation des juges ?

- "Il a tout à fait raison. Le Président de la République n'a pas à répondre à une convocation des juges."

En revanche, en ce qui concerne les fonds spéciaux, vous êtes contre le gel que préconise J. Chirac et que refuse L. Jospin ?

- "Je ne vais pas entrer dans le détail mais il s'agit de savoir de quoi on parle. Dans les fonds spéciaux, il y a une part de ces fonds spéciaux - le Président de la République l'a expliqué lui-même d'ailleurs - qui concerne les actions conduites à l'extérieur par les services spéciaux, une part qui sert au fonctionnement des ministères, etc., une part non négligeable qui reste à la discrétion du Premier ministre. Ce sont ces fonds-là que le Président de la République souhaiterait voir geler. Je leur laisse le soin de s'expliquer."

Vous allez être candidat à l'élection présidentielle. Qu'est-ce qui, dans cette campagne, vous différenciera de J. Chirac ?

- "D'abord, il y a l'essentiel. L'essentiel, c'est la possibilité, pour la France, de décider par elle-même de ce qu'elle doit faire. Lorsque j'entends le Président de la République dire qu'il faut rétablir l'autorité de l'Etat, veiller au respect de la fonction présidentielle, il a raison. Sauf que dans une certaine mesure, il est responsable lui-même de l'abaissement de cette fonction et aussi des coups qui ont été portés à l'indépendance nationale. Aujourd'hui, nous n'avons plus les moyens de conduire une politique monétaire et, par conséquent, économique - et dans une certaine mesure sociale - indépendante ; nous avons transféré tout cela à l'Europe. D'autre part, j'entends parler de l'insécurité, de la nécessité de prendre des mesures, etc. J'ai entendu monsieur Vaillant monter en ligne à la demande de monsieur Jospin lequel qui dit qu'on va recruter 3 000 policiers... Tout cela n'est pas sérieux ! Il y a un seul moyen, si l'on veut disposer rapidement de policiers opérationnels, c'est celui que j'avais inscrit dans la loi en 1995 : recruter des personnels administratifs, les affecter dans les commissariats et mettre les policiers confirmés sur le terrain, et non pas des adjoints de sécurité qui font bien dans le paysage mais qui n'ont pas les moyens nécessaires, ni légaux ni matériels pour intervenir. C'est une des erreurs commises par le Gouvernement socialiste."

Votre campagne sera sur la sécurité, sur l'indépendance nationale ?

- "Pas seulement, je pense qu'il y a autre chose : les élections présidentielles, c'est le contact entre l'homme et le peuple. Ce qui me choque un peu, ce qui me navre, c'est qu'aussi bien le Président de la République que monsieur Jospin - dont on pense qu'il sera candidat bien que pour le moment il joue à cache-cache -, aucun des deux ne dit quelle est sa vision de la place de la France dans les cinq années qui viennent en Europe et dans le monde ; quelle est la vision qu'ils ont de l'avenir pour la jeunesse. C'est de cela dont il va falloir parler : quelle France demain ? Ce sera le problème des présidentielles."


(Source http://sig.premier-ministre.gouv.fr, le 23 juillet 2001)

Rechercher