Interview de M. Charles Pasqua, président du RPF, à France inter le 17 juillet 2001, sur l'insécurité, la violence, la délinquance des mineurs, le couvre-feu institué dans certaines villes pour les mineurs de moins de 13 ans et sur le financement du RPF. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Charles Pasqua, président du RPF, à France inter le 17 juillet 2001, sur l'insécurité, la violence, la délinquance des mineurs, le couvre-feu institué dans certaines villes pour les mineurs de moins de 13 ans et sur le financement du RPF.

Personnalité, fonction : PASQUA Charles, RELTIEN P.

FRANCE. RPF, président

ti : P. Reltien

"L'insécurité mine le moral des Français", déclare J. Chirac le 14 Juillet et le même jour, des voitures sont incendiées à Aulnay-sous-Bois, des pompiers sont agressés. D. Vaillant, le lendemain, rappelle dans Le Monde que c'est sous votre tutelle, place Beauvau, que la délinquance avait atteint son top niveau. En tant que ministre de l'Intérieur, vous n'aviez pas la réputation de faire "pschitt ! " ; et cette violence semble échapper aux politiques de droite comme à ceux de gauche. La tolérance "zéro", j'ai l'impression d'entendre ça chaque fois que les élections approchent ?


- "L'insécurité ou la montée de la violence n'est pas nouvelle. Ce qu'il faut à un gouvernement pour y porter remède, c'est du temps. C'est la raison pour laquelle ce Gouvernement-ci, c'est-à-dire celui de M. Jospin, devra être jugé beaucoup plus sévèrement que les autres parce qu'il aura eu cinq ans. Moi, j'ai été ministre de l'Intérieur à deux reprises : j'ai eu à chaque fois deux ans et je répète qu'il faut du temps. Je ne vais pas me lancer dans la querelle des chiffres et des statistiques avec M. Vaillant, tout ça n'a aucun sens. Je constate, en réalité, que le Gouvernement de M. Jospin n'a pris aucune mesure réelle sérieuse depuis cinq ans. Pour être tout à fait honnête et tout à fait objectif, je dirais également que le gouvernement de M. Juppé qui l'avait précédé non plus, parce que quand j'étais ministre de l'Intérieur, j'ai fait adopter une réforme de la police et j'ai fait adopter, notamment, un principe qui consistait à dire qu'il fallait recruter du personnel administratif pour dégager les policiers qui sont dans les commissariats et qui s'occupent d'autres choses que ce qu'ils devraient faire normalement. J'avais prévu un plan qui permettait de recruter 5 000 personnels administratifs ; cela aurait dégager 5 000 policiers pour les mettre dans les quartiers et les cités sensibles. Or si la première année j'ai pu effectivement en recruter 500, ce plan a ensuite été abandonné par M. Juppé. Deuxièmement, M. Jospin arrive et pour sacrifier à la mode, il recrute des emplois-jeunes - 17 000 adjoints de sécurité - qui sont payés au même niveau que les policiers mais qui n'ont ni la formation ni les moyens ni la capacité pour assumer le travail d'un policier. Donc ce n'est pas la peine de se jeter des chiffres à la figure, la réalité est simple. D'ailleurs, j'ai entendu un certain nombre de ministres socialistes dire, qu'une fois de plus, la droite - c'est leur problème car ce sont eux qui s'expriment - jouaient sur le fantasme de l'insécurité. Je dis que le constat du président de la République est juste, et il est bon. Je dis qu'il a aussi sa part de responsabilité dans tout cela. Mais ce qui est plus grave que tout le reste, c'est cette espèce de combat de chiffonniers dans lequel s'engagent le président de la République et le Premier ministre. Si on voulait aller jusqu'au bout d'une démarche logique, si le président de la République considère que ce Gouvernement est aussi mauvais et qu'il met en cause l'intérêt national et qu'il ne fait rien, alors il devrait prendre des mesures et dissoudre pour revenir devant les Français. Quant à M. Jospin, s'il avait deux sous de dignité, après tout ce qu'on a dit sur lui, je vois mal comment il pourra se retrouver demain au Conseil des ministres avec M. Chirac. Il devrait s'en aller. Mais ils ne le feront ni l'un ni l'autre."

Revenons à la situation locale et au couvre-feu. Vous ne souhaitez pas ce que vous avez connu autrefois aux jeunes d'aujourd'hui mais l'idée est maintenant reconnue par le Conseil d'Etat : Orléans, Nice, Cannes, Aulnay, Colombes dans les Hauts-de-Seine appliquent ce couvre-feu de 23 heures à 6 heures, la nuit pour les moins de 13 ans. On le réclame pour certains quartiers de Paris - on pense à la Défense, aux portes de Neuilly. Il y a ceux qui applaudissent, ceux qui disent que c'est un retour au laisser-passer, racisme anti-jeunes. 230 francs d'amende pour les parents des gosses qui traînent : cela vous paraît dissuasif ?

- "Je crois que c'est nécessaire. Je vois mal d'ailleurs ce qui pourrait justifier qu'on laisse des enfants de moins de 13 ans traîner dans les rues, la nuit, en proie à toutes les violences, y compris sur eux-mêmes - on voit bien tout ce que cela peut donner. D'autre part, je ne vois pas ce qui pourrait excuser le laxisme des parents. C'est vrai que c'est dommage d'en arriver là mais à partir du moment où on est confronté au laisser aller et à l'absence de responsabilité des familles, il faut bien que les élus locaux prennent leurs responsabilités. Moi-même, président de Conseil général, je n'ai pas de responsabilités dans le domaine dans la lutte contre la sécurité et pourtant, je suis obligé de m'en saisir parce que les citoyens se moquent éperdument de savoir à qui est la faute. S'il y a de la violence, ils ne vont pas dire que c'est de la faute de l'Etat ou de celle de la mairie ; ils mettent tout le monde dans le même panier."

Comment répare-t-on les voitures incendiées ?

- "Non seulement ça, mais on ne peut pas laisser se développer ce climat ; il faut prendre un certain nombre de mesures. J'ajoute qu'on ne peut pas prendre seulement des mesures de sécurité, il faut une politique d'ensemble. De ce point de vue, je regrette la carence du Gouvernement - je le dis parce que malheureusement c'est vrai - dans le domaine de la politique de la ville, parce que souvent, si les jeunes se laissent aller à la violence, c'est parce qu'on ne leur propose rien d'autre, parce qu'il n'y a rien ; ils sont abandonnés à eux-mêmes. Je ne dis pas qu'il faut les encadrer mais je dis qu'il faut leur proposer un certain nombre d'activités. C'est ce que nous faisons chez nous, dans notre département. Nous les recevons l'été avec l'ouverture de tous les parcs de sports : il y a 140 000 jeunes qui ne partent pas et à qui on essaye de donner quelque chose à faire."

C'est le basket de minuit aux Etats-Unis ?

- "Aux Etats-Unis c'est le basket de minuit et pour nous, c'est l'ouverture de tous les sports en compagnie de champions parce que cela leur parle, cela leur dit quelque chose et que cela les incite à l'effort et à un minimum de discipline."

Chirac propose d'arrêter les 4 000 meneurs et de récupérer ceux qui peuvent l'être en les envoyant dans des centres éducatifs spécialisés. Je crois que c'est une idée de R. Pandraud, l'ancien ministre délégué à la sécurité, qui disait qu'il fallait les envoyer dans les coins les plus déserts de France. Vous allez aussi mettre les mineurs là-dedans ?

- "Quand il s'agit de jeunes gens et de jeunes filles au-delà de seize ans, la loi permet de prendre un certain nombre de mesures. Quand il s'agit de mineurs multi-récidivistes et délinquants, on est un peu désarmé. Je crois qu'il faudra - ce n'est pas la peine de se cacher derrière son petit doigt et derrière les mots - revoir l'ordonnance de 1945 et il faut prévoir, effectivement, des centres d'accueil où l'on pourra mettre ces mineurs que l'on aura enlever des quartiers où ils mettent la pagaille et où ils reviennent jouer les caïds, parce qu'on ne peut rien faire contre eux, même quand ils ont été interpellés. J'en connais certains qui ont déjà été interpellés 15 ou 20 fois. Il est bien évident, ensuite, que la police baisse les bras parce qu'ils reviennent, font un bras d'honneur aux policiers ou leur crachent dessus, etc... C'est inacceptable."

Les juges ont perquisitionné deux fois, la semaine dernière, le ministère de l'Intérieur à la recherche de preuves de corruption contre X, au profit de votre parti avec l'argent de la revente du casino d'Annemasse en 1994 et 1995. Vous pouvez nous assurer aujourd'hui que personne, dans le milieu des jeux, ne vous a illégalement financé ?

- "Premièrement, il n'y a rien de plus transparent que les finances de mon parti. Elles sont tellement faibles - voisines de zéro - qu'il n'y a rien de plus facile à contrôler. S'ils voulaient contrôler sérieusement, qu'ils aillent donc contrôler le RPR, le PS. Là, ils auront de quoi faire. Cela porte sur des centaines de millions - 140 ou 150 millions. Chez moi, cela porte péniblement sur 8 millions. Tout cela est ridicule ! Je crois que les juges se sont faits une idée - ou on leur a mis dans la tête - et qu'ils essayent de trouver ce qui correspond à ce qu'ils pensent, mais qui ne correspond pas à la réalité. Il n'y a aucun financement illicite ou illégal. Rien du tout."

Il y avait bien des gens qui à l'époque voulaient le casino de la Baie des Anges.

- "Ce sont d'ailleurs les mêmes et je leur ai refusé. Il y a une certaine incohérence. Le casino d'Annemasse était une petite chose ; le casino de la Baie des Anges une très grande : j'ai accordé l'une et refusé l'autre. Il faudra me demander pourquoi j'ai refusé ou alors c'est que je suis idiot - c'est possible."

Vous, vous allez chez les juges ?

- "Bien entendu, si je suis convaincu j'y vais. Ils sont d'ailleurs extrêmement courtois, je dois le dire. Mais en dehors de ça, cela n'apporte pas grand chose de neuf, étant donné - je le redis une nouvelle fois - que je ne mets pas tous les juges dans le même panier. Ce que je constate - et je crois que le président de la République sur ce point à raison -, c'est que la présomption de culpabilité a succédé à la présomption d'innocence. Les juges auxquels j'ai affaire - M. Courroye, pour ne pas le nommer -, a une idée dans la tête et il essaye d'apporter la preuve que cette idée est bonne. Ce n'est pas ça la justice. La justice consiste à enquêter à charge et à décharge et non pas dans un seul but qui est d'apporter la preuve que l'on a raison. Non ! Il y a les faits et les faits sont têtus : il n'y a rien."


(Source http://sig.premier-ministre.gouv.fr, le 23 juillet 2001)


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