Interview de M. François Bayrou, président de l'UDF, à RMC le 13 juillet 2001, sur la responsabilité pénale du président de la République et sur la nécessité de coordonner l'action des procureurs. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Bayrou, président de l'UDF, à RMC le 13 juillet 2001, sur la responsabilité pénale du président de la République et sur la nécessité de coordonner l'action des procureurs.

Personnalité, fonction : BAYROU François, LAPOUSTERLE Philippe.

FRANCE. UDF, président;FRANCE. Force démocrate, président

ti : Je vais vous poser une question de morale pour commencer, vous qui attachez beaucoup d'importance à la morale : est-ce que, aujourd'hui, au nom de la morale, est-il indispensable d'éviter que les prochains Jeux Olympiques se déroulent à Pékin parce que les droits de l'homme n'y sont pas respectés ?

- "Il faudrait. Je veux dire que cet élément devrait être pris en compte et pesé lourdement dans le choix. Est-ce que les Jeux olympiques et le choix de la ville ont quelque chose à voir avec la morale ? On peut en douter. On voit bien les raisons qui poussent pour Pékin : c'est l'immense marché que représente 1,3 milliards de personnes en Chine. Donc, pour tous ceux pour qui les jeux sont une affaire - et ils sont nombreux -, on voit bien dans quel sens le sens des affaires pousse. Mais il faudrait que les droits de l'homme soient pris en compte. Et si tel était le cas, naturellement, Pékin ne serait pas choisie."

Comme d'habitude "il faudrait, il faudrait...." Pour en revenir en France, au problème du Président de la République, élu par tous les Français - et c'est pour cela que ça intéresse tous les Français -, est-ce que dans l'état actuel des lois, faut-il que le Président défère, s'il était convoqué comme témoin assisté ou bien est-il dans son droit, et même son devoir, de ne pas répondre à la convocation des juges ?

- "Je suis de ceux qui pensent et qui disent depuis longtemps que le Président de la République doit être naturellement protégé, qu'il faut des filtres pour éviter qu'il ne soit soumis à tous les embruns qui peuvent venir de la justice, mais qu'il faut aussi montrer que la France est un pays où la loi est la même pour tous. Donc, d'ici quelques semaines, j'ai l'impression que nous allons avoir une réponse des plus hautes instances de la magistrature, une réponse de la justice, de la Cour de cassation en particulier qui va dire quel est le droit. On sortira ainsi d'un feuilleton qui a duré trop longtemps."

Est-ce que vous pensez que, dans cette affaire, le Garde des Sceaux fait bien de ne pas parler au nom du respect de l'indépendance des juges ou bien devrait-il parler lorsque, notamment, le parquet est divisé ?

- "Sur cette affaire en particulier, naturellement, s'il parlait ce serait interprété dans un sens ou dans l'autre, je comprends donc qu'il abstienne. Mais il y a un problème général de la conduite en France du ministère public et du fait que, comme la justice est rendue au nom du peuple français, il faut bien que d'une manière ou d'une autre, coordonner l'action des procureurs. Il est vrai que ça fait désordre de voir des procureurs s'affronter sur un sujet aussi important. C'est un peu dans la nature des choses. Bientôt, on aura une jurisprudence et j'espère qu'on sortira de ce feuilleton."

Qu'attendez-vous du Président de la République qui va parler demain à tous les Français ?

- "Une vision de l'avenir de la France et une manière de montrer comment on sort de tout ça. C'est vrai que ça pèse pour beaucoup de Français, que le climat est délétère, lourd, destructeur et on a besoin d'en sortir. C'est le rôle du Président de la République de dire sa vision du chemin."

Est-ce que les conséquences politiques de tout ce qui s'est passé récemment, vous pensez que cela fait les affaires du supposé candidat L. Jospin ?

- "Il a aussi ses faiblesses. Je ne sais pas si vous avez regarder son émission, il y a quelques jours, je ne l'ai pas trouvé convaincant et je ne l'ai pas trouvé très juste dans sa manière de parler de la France. Il a ses faiblesses et naturellement cela jouera un rôle dans l'avenir. Je ne crois pas que pour l'instant L. Jospin soit beaucoup mieux placé que J. Chirac ou que d'autres candidats. La course n'est pas encore partie et d'ailleurs, c'est tellement loin, il est bon qu'il en soit ainsi. Il y a dix mois avant cette élection et une campagne électorale de dix mois, ça n'existe pas. Je crois donc qu'il faut attendre que les choses s'éclaircissent et qu'on y voit un peu plus clair. C'est ce que pense d'ailleurs l'immense majorité des Français aujourd'hui."

Ce n'est pas aujourd'hui que vous allez nous annoncer votre candidature ? Vous n'allez pas nous faire ce plaisir ?

- "Vous avez compris que tel n'est pas le calendrier que je crois juste."

Même si vous êtes candidat ?

- "Nous verrons à la rentrée."

(Source http://sig.premier-ministre.gouv.fr, le 23 juillet 2001)

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