Interview de M. Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, à RMC le 7 juin 2001, sur les licenciements économiques dans le cadre du projet de loi de modernisation sociale, la SNCF et les emplois-jeunes. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, à RMC le 7 juin 2001, sur les licenciements économiques dans le cadre du projet de loi de modernisation sociale, la SNCF et les emplois-jeunes.

Personnalité, fonction : THIBAULT Bernard, LAPOUSTERLE Philippe.

FRANCE. CGT, secrétaire général

ti : P. Lapousterle - Vous avez un sentiment sur l'aveu du premier ministre concernant son passé trotskiste ?

- "Il y a beaucoup de chroniques entretenues pour pas grand chose."

C'est un peu surprenant ?

- "Non, pas spécialement. Les engagements des responsables politiques au fil du temps et dans leur jeunesse sont très variables. Je pense même que d'autres n'auraient pas forcément intérêt à ce qu'on braque aussi le projecteur sur leur passé de jeune militant dans tel ou tel parti politique."

Tout à l'heure, le Président de la République inaugurera le TGV Méditerranée. Le syndicat Sud a précisément choisi cette journée pour déposer un préavis de grève. Vous pensez que c'est irresponsable ou que c'est de bonne guerre ?

- "C'est un coup de pub. Le plus important aujourd'hui est qu'il y ait l'inauguration du TGV. Ce qui permet, une nouvelle fois, de mettre l'accent sur les capacités d'une entreprise nationale et publique et sur les performances de professionnels que sont les cheminots. Cela démontrera encore une fois que ce type de fonctionnement de statut d'entreprise est compatible avec une performance technique et une performance d'exploitation qui est reconnue par le monde entier. Je veux donc faire un salut plus qu'amical à mes camarades cheminots pour leur nouvelle démonstration de performance, ce qui ne veut pas dire qu'il faille oublier les problèmes de moyens humains et matériels, pour faire en sorte que tous les moyens à la disposition de l'entreprise ne soient pas exclusivement concentrés sur l'exploitation du TGV. Mais je pense que cette inauguration est un point d'appui supplémentaire pour les personnels pour revendiquer des moyens permettant à cette grande entreprise nationale de faire face aux besoins de transport ferroviaire de notre pays."

Les emplois-jeunes concernent actuellement 275 000 jeunes dans notre pays. Q'avez-vous pensé quand vous avez entendu E. Guigou annoncer hier la consolidation de ces postes à l'Education nationale et à la police et l'embauche de 10 000 postes supplémentaires l'an prochain ?

- "Je trouve qu'on est à mi-chemin entre l'engagement moral du Gouvernement qui disait "nous aurons une responsabilité particulière à l'égard de ces jeunes à l'avenir"- et l'annonce de dégagement de moyens financiers supplémentaires. En même temps, je considère qu'au stade actuel, la pérennité de ces emplois n'est pas assurée et que le débouché pour ces jeunes n'est pas assuré. Un emploi-jeune n'est pas un métier. Nous sommes, au travers des entreprises nationales, des collectivités locales, sollicités et interpellés par ces jeunes dans un emploi depuis plusieurs années. Il reste à concrétiser ces emplois-jeunes par des mesures précises. Or, au regard des annonces d'hier, je ne considère pas que cet avenir pour chacun des jeunes qui parfois ont fait la démonstration dans l'Education nationale, dans la police, dans les entreprises publiques, - on évoquait la SNCF - est assuré. Il doit y avoir maintenant des discussions très précises permettant à chacun de ces jeunes d'avoir un débouché concret pour leur avenir. C'est ce sur quoi nous allons insister ; nous avons un rassemblement le 16 juin à Paris de ces emplois-jeunes pour obtenir des mesures précises permettant de pérenniser leur emploi.

La loi de modernisation sociale repasse en discussion la semaine prochaine à l'Assemblée nationale, avec son volet anti-licenciements qui est le plus important. Acceptez-vous ce qu'a répété hier le Premier ministre, à savoir qu'on ne peut pas, en France, interdire les licenciements à cause de l'environnement, de l'appartenance à l'Europe, etc. ?

- "Entre l'interdiction et les procédures aujourd'hui à disposition des entreprises pour licencier un peu à tout va - les licenciements ne sont pas seulement économiques, il y a une différence. Le débat se focalise sur les licenciements économiques mais il y a d'autres types de licenciements. Nous avons fait des propositions, je crois même malheureusement que nous avons été la seule confédération, le 7 mai, à faire les propositions au Gouvernement, à l'ensemble des députés, pour dire en quoi, selon nous, il y avait une modification du cadre législatif à opérer s'agissant des licenciements économiques d'une part, et s'agissant des licenciements individuels. On en parle très peu, mais la plus grande partie des licenciements dans notre pays sont des licenciements individuels, pour des motifs très divers. Il y a besoin de redéfinir déjà tout ce qui recouvre effectivement les licenciements économiques. Il y a une liberté assez large laissée aujourd'hui aux entreprises. C'est ce qui a défrayé la chronique pendant des semaines, et ce qui continue de représenter des oppositions fortes dans des entreprises. Il faut accorder des pouvoirs supplémentaires aux salariés, pour contester le bien fondé du caractère économique des licenciements. Pour l'instant, nous considérons que les mesures envisagées sont insuffisantes de ce point de vue."

Même la nouvelle formule ...

- "J'avoue que, pour l'instant, je n'en ai pas connaissance. Les discussions engagent les parlementaires principalement mais en tant qu'organisation syndicale, nous ne nous voyons pas proposer quelque texte précis que ce soit. Je regrette d'ailleurs que les organisations syndicales, encore une fois, sur un sujet aussi essentiel - peut-être que nous avons une part de responsabilité - ne soient pas davantage associées à la réflexion politique concernant les mesures destinées notamment à faire jouer un rôle plus important aux organisations syndicales - en tout cas, je le souhaite."

Aviez-vous demandé à être reçu sur ce texte par madame Guigou ?

- "Nous avions été reçus bien en amont de l'ouverture du débat. Nous avons dit en son temps qu'après les premières annonces effectuées, nous étions loin du compte pour ce qui nous concerne. Madame Guigou nous avait répondu à l'occasion qu'elle était ouverte à des propositions pouvant émaner des organisations syndicales. Nous avons joué le jeu et je me suis adressé au Gouvernement par un courrier le 7 mai - dont les députés ont eu connaissance. Force est de constater qu'entre la série de propositions que nous avons faites dans six domaines particuliers et le résultat du débat tel que je l'ai perçu à l'Assemblée, il y a encore une grande marge. J'espère bien que le délai nouveau mis sur ce débat va être mis à profit pour améliorer les dispositions qui étaient initialement prévues."

Un mot pour finir sur la manifestation prévue après-demain à l'initiative de l'intersyndicale des entreprises touchées par les licenciements - Lu, AOM, Marks Spencer. Pourquoi n'y participez-vous pas ?

- "Nous y participons..."

La CGT en tant que telle n'appelle pas à manifester.

- "La CGT sera présente à cette manifestation par une délégation de la confédération. Il y aura un certain nombre de sections syndicales qui seront présentes à Paris. Je pense même que la plupart des militants syndicaux seront d'étiquette CGT. Pour autant, les conditions dans lesquelles cette manifestation a été décidée ne nous ont pas permis d'être des co-organisateurs. Mais nous serons présents. Je regrette même que nous soyons peut-être la seule confédération qui sera présente de nouveau à cette initiative. Ce qui me donne une nouvelle fois l'occasion de souligner combien il y aurait nécessité pour le syndicalisme français de travailler davantage dans l'unité, au moment où les problèmes sociaux sont aussi aigus dans les entreprises."

Y serez-vous vous-même ?

- "Personnellement non, mais la direction de la CGT n'est pas uniquement composée de son secrétaire général."


(Source http://sig.premier-ministre.gouv.fr, le 7 juin 2001)

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