Déclaration de M. Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, sur la situation économique et sociale, Montreuil le 28 juin 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, sur la situation économique et sociale, Montreuil le 28 juin 2001.

Personnalité, fonction : THIBAULT Bernard.

FRANCE. CGT, secrétaire général

ti : L'inquiétude grandit chez les salariés. D'un côté Laurent Fabius déclare hier que la croissance sera plus faible que prévue, "moins de 2,5 %" contre 2,7 % il y a quelques semaines. De l'autre, les plans de suppressions d'emplois s'accumulent. Après Marks et Spencer, Danone, Moulinex, Bata, voici Philips, 3 M, Ericsson... Serge Tchuruck va plus loin et annonce pour Alcatel un vaste plan de restructurations qui devrait déboucher sur "une entreprise sans usine". Le lien est évident : les suppressions d'emplois et la prétendue "rationalisation des activités", conduite sous la pression des exigences financières, bloquent la croissance.

La France et l'Europe sont à la croisée des chemins. La croissance économique, de ces trois dernières années, avait quelque peu dissimulé les problèmes. Les choix économiques et sociaux des prochains mois vont être décisifs. La CGT, dans ce contexte, entend mettre en avant les priorités à ses yeux décisives, pour assurer une croissance durable qui s'appuie sur le progrès social.

Ce qui est prioritaire c'est la défense et le développement des emplois productifs et qualifiés. Avec les hausses des salaires qui doivent les accompagner ! L'opposition entre emplois industriels et emplois de service, que l'on nous présente comme la conséquence des mutations technologiques, est fausse et désastreuse.

La France et l'Europe ont les moyens de maintenir un haut niveau d'emplois productifs. C'est un enjeu stratégique dans les secteurs de la chimie, de l'électronique, de la mécanique et de la production de nombreux biens de consommation (automobile, électroménager, textile¿). Qualifications, salaires, efficacité de la main d'¿uvre sont des atouts pour cela et non des handicaps. Il est regrettable de ce point de vue que le gouvernement ait donné un signe aussi négatif aux entreprises en réduisant le "coup de pouce au SMIC" à sa plus simple expression. La CGT ne s'en tiendra pas là.

Il s'agit ensuite de mettre fin à l'hémorragie financière des ressources dont disposent les entreprises. L'année dernière les investissements français à l'étranger ont été supérieurs à ceux réalisés dans les entreprises en France : sur 100,-Frs d'investissement, 60,-Frs sont allés à l'étranger, ce qui illustre la course effrénée aux délocalisations.

Nous ne prônons pas le repli national. Mais où va-t-on, sachant que sur le long terme moins d'investissements en France se traduiront par moins de production et moins d'emplois ? La CGT réclame des droits pour les salariés face à cette logique du capital financier. Pas simplement pour "mieux gérer les plans sociaux", mais pour peser plus directement, plus fortement sur les choix stratégiques. Patronat, gouvernement, syndicats sont au pied du mur. La discussion sur la loi de modernisation sociale n'a pas clos le dossier. La CGT exige une véritable démocratie sociale à l'entreprise.

En troisième lieu, nous nous battons pour une relance des dépenses publiques utiles. Là aussi, il faut sortir des contradictions et faux-semblants. Il est justifié que les Français les plus modestes aspirent à une baisse de leurs impôts. La CGT est pour une réforme fiscale en profondeur. Mais il est beaucoup moins légitime que la France, comme l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne s'engagent dans de vastes plans de baisse de la fiscalité sur les revenus et les patrimoines les plus élevés, alors que les déficits publics demeurent importants et que, surtout, le besoin de nouvelles dépenses et investissements publics est si évident : éducation, formation, recherche, équipements sociaux, infrastructures de transport et de communication, équipements de sécurité¿ Ce sont là de véritables investissements pour affronter les défis des mutations technologiques et sociétales. Le budget 2002 qui va se préparer cet été doit refléter ces priorités.

C'est ainsi que l'on pourra garantir la croissance et le progrès social.

Dans une telle situation, la mobilisation des salariés dans l'unité la plus large est indispensable. Au-delà des actions immédiates il nous faut, tous ensemble, envisager dès à présent une riposte collective à la rentrée.

(Source http://www.cgt.fr, le 29 juin 2001)

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