Interview de M. Charles Pasqua, président du RPF, dans "Le Parisien" du 20 juillet 2001, sur la cohabitation, l'insécurité, les fonds spéciaux, le financement du RPF et sa candidature à l'élection présidentielle. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Charles Pasqua, président du RPF, dans "Le Parisien" du 20 juillet 2001, sur la cohabitation, l'insécurité, les fonds spéciaux, le financement du RPF et sa candidature à l'élection présidentielle.

Personnalité, fonction : PASQUA Charles, JEUDY Bruno.

FRANCE. RPF, président

ti : DEUX FOIS MINISTRE de l'Intérieur lors des deux premières cohabitations (1986-1988 et 1993-1995), Charles Pasqua se dit favorable à la création d'un " conseil de sécurité " parlementaire pour contrôler l'engagement des fonds spéciaux à l'usage des cabinets ministériels.

La cohabitation Chirac-Jospin va-t-elle tenir encore neuf mois ?

Je ne sais pas comment ils vont faire. Depuis le 14 Juillet, on voit bien qu'une étape a été franchie par le président et le Premier ministre. Ce système est très mauvais pour la France. La comédie de Jacques Chirac et Lionel Jospin nous lasse. Mais ce combat de chiffonniers va se poursuivre, car ils ont décidé que leur intérêt mutuel est de rester en place encore neuf mois.

Que pensez-vous du ton des critiques que les ministres ont adressées au président après le 14 Juillet ?

Certaines sont parfaitement acceptables dans le débat démocratique. Mais d'autres, comme celle de Jean Glavany qui a évoqué un " cocktail de mensonge et de manipulation ", relèvent carrément de l'insulte. La vie politique française n'a pas connu un niveau aussi médiocre depuis la III e République !

Mais Chirac n'a-t-il pas un peu exagéré sur le chômage ou le pouvoir d'achat ?

Sans doute a-t-il été un peu abrupt dans la forme... mais son analyse est exacte. On voit bien aussi que " la déferlante de l'insécurité " correspond à une réalité. Il a raison d'affirmer qu'il s'agit d'un problème majeur. Mais il n'avance guère de solutions.

Quand le Premier ministre annonce 3 000 nouveaux policiers, cela vous réjouit ?

Evidemment, cela va dans le bon sens. Mais le problème n'est pas là. Nous sommes confrontés à l'urgence. En 1995, j'avais préparé une loi sur la réorganisation de la police. J'avais dit qu'il fallait des personnels formés pour les mettre immédiatement dans les quartiers difficiles. Je proposais d'embaucher des employés administratifs pour dégager sur le terrain tous les policiers qui répondent au téléphone dans les commissariats. Hélas ! ce programme a été abandonné, aussi bien par le gouvernement Juppé que par celui de M. Jospin. Quand vous savez qu'il faut deux ans pour former un policier, on voit bien que l'annonce de ces derniers jours est parfaitement électorale et démagogique.

Faut-il réformer les fonds spéciaux, voire en geler leur usage ?

Sûrement pas ! Il est normal qu'un Etat démocratique se prémunisse contre des agressions éventuelles. Des moyens doivent être donnés aux services de sécurité. Je suis toutefois favorable à la création d'un conseil de sécurité qui serait composé de parlementaires issus de la majorité et de l'opposition. Quant aux fonds spéciaux destinés au fonctionnement des ministères, on peut parfaitement les clarifier et les contrôler par l'intermédiaire du Parlement.

Qu'avez-vous pensé en apprenant l'audition de Claude Chirac ?

Elle est une citoyenne comme les autres. La fille du président, ou son épouse, n'a pas de statut particulier. A mes yeux, seul le président doit bénéficier d'un statut pénal particulier.

Comment conciliez-vous vos mises en examen et votre candidature à l'Elysée ?

Que le juge Courroye enquête, ça ne me gêne pas. Il n'y a rien dans le dossier, aucun élément sérieux. Le problème c'est de savoir si les juges enquêtent de manière impartiale.

Vous maintenez que personne n'a financé illégalement votre campagne européenne et le RPF que vous présidez ?

C'est ridicule. Ma campagne a été contrôlée de A à Z, et on n'a rien trouvé d'illégal. Le juge a pensé que j'avais un financement provenant de l'Angola. Tout cela n'existe pas. Le budget annuel de fonctionnement du RPF se monte à 8 millions de francs. Ce chiffre est à rapprocher des 120 à 150 millions de francs des grands partis. Quant à la campagne européenne, elle a été financée par des apports personnels des candidats ou des avances des banques. Tout cela a été remboursé et contrôlé. Quant aux prêts qui ont été consentis depuis, ils ont été enregistrés et déclarés.

Ces enquêtes pourraient compromettre votre candidature à la présidentielle ?

Je ne crois pas du tout que les juges veulent m'empêcher d'être candidat. Je constate que cette enquête a été motivée par les déclarations de mon ancien associé (NDLR : Philippe de Villiers) qui a, lui, intérêt à ce que je ne sois pas candidat.

Aurez-vous les 500 signatures nécessaires à votre candidature ?

Sans problème. Croyez-moi, l'an prochain, les Français n'éliront ni le plus sympathique ni celui dont l'épouse est la plus dynamique. Non, ils se détermineront sur la vision qu'ont les candidats de l'Europe et de la France.

Comprenez-vous les motivations des manifestants antimondialistes réunis à Gênes ?

Je désapprouve ceux qui utilisent la violence pour s'exprimer. En revanche, je comprends et partage les motivations des manifestants. Nous sommes entrés dans un système mondialiste qui va à l'encontre de notre République. Pour l'instant, la mondialisation profite surtout aux plus riches. L'écart s'accroît entre pays prospères et pays pauvres. C'est pourquoi je suis favorable à la taxe Tobin sur les opérations boursières.
RECUEILLIS PAR Bruno Jeudy
(source http://www.rpfie.org, le 03 août 2001)

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