Déclaration de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, sur les emplois jeunes dans l'éducation nationale et la formation et la préparation des aides éducateurs à un futur métier selon leurs diplômes, Paris le 6 juin 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, sur les emplois jeunes dans l'éducation nationale et la formation et la préparation des aides éducateurs à un futur métier selon leurs diplômes, Paris le 6 juin 2001.

Personnalité, fonction : LANG Jack.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

ti : Le Premier Ministre l'a réaffirmé récemment, l'emploi reste la priorité du gouvernement. Dès le vote de la loi créant les emplois jeunes, l'Education nationale a pris une part importante dans sa mise en ¿uvre.

Cette volonté affirmée de contribuer à la réussite du Gouvernement dans la lutte contre le chômage a conduit mon ministère à procéder aux premiers recrutements dès octobre 1997, 40 000 contrats ont été ouverts dès 1997.

Cette annonce a bousculé notre institution, sans doute pour le mieux. Il a fallu répartir les emplois entre les Académies, demander aux équipes pédagogiques des écoles, collèges et lycées de définir les projets d'implantation et d'activité puis de mettre en place les commissions de sélection. Il y avait en moyenne cinq candidats pour un poste. Le chômage étant important, la compétition fut rude.

Dès les premières semaines, les premiers mois, les aides éducateurs ont trouvé leur place. Tout d'abord parce qu'ils ont répondu à des besoins encore en suspens dans les établissements. Mais encore parce qu'ils ont fait émerger des activités nouvelles qui ont amélioré le fonctionnement de notre système éducatif.

Ce qui caractérise l'activité des 65 000 aides éducateurs, c'est la polyvalence de leurs tâches : chacun d'entre eux exerce en moyenne deux ou trois missions. Les plus fréquentes sont l'assistance pédagogique, le soutien scolaire, les nouvelles technologies, la documentation, l'aide à la lutte contre la violence, la médiation avec les familles et l'aide à l'intégration des élèves handicapés.

L'importance de ces activités et l'efficacité avec laquelle ils les exercent, expliquent l'attachement des équipes de direction, des enseignants, des parents et des élus à leur maintien.

Ces jeunes ont transformé la vie dans les établissements.

Néanmoins, dès le début de cette opération, il a été clairement précisé aux aides éducateurs qu'ils ne seraient pas maintenus au-delà des cinq années de leur contrat.

Je rappelle le principe qui a présidé à l'organisation de ce dispositif : L'exercice des fonctions d'aide éducateur est et doit être une transition vers une autre activité. C'est une expérience qu'il est nécessaire de faire partager au plus grand nombre de jeunes.

Deux types de questions se sont alors posées à nous :

1) Fallait-il ou non maintenir ce système après le départ des jeunes à la fin de leur contrat ?
2) Comment assurer aux jeunes actuellement en fonction une préparation concrète à un futur métier ?


1) Fallait-il ou non maintenir ce système après le départ des jeunes à la fin de leur contrat ?

Plusieurs thèses se sont légitimement confrontées. Certains ont fait valoir que le système d'aide éducateur avait été conçu à un moment où il fallait résorber le chômage des jeunes et qu'il était dès lors légitime de baisser sensiblement et progressivement leur nombre jusqu'à le ramener à un chiffre de 45 000.

En tant que Ministre de l'Education nationale, j'ai plaidé en faveur d'une autre conception, les aides éducateurs ont montré leur utilité et leur efficacité dans le système pédagogique, en particulier en raison de leur situation de "jeunes" qui en fait d'excellents médiateurs entre les personnels de direction, les personnels enseignants et les élèves. Leur jeunesse même est l'un de leurs meilleurs atouts.

Autre vertu du maintien d'un grand nombre d'aides éducateurs ce peut être pour le futur, ils peuvent constituer un vivier pour les recrutements très nombreux que nous aurons à réaliser.

Je remercie la Ministre de l'Emploi et de la Solidarité, Mme Elisabeth GUIGOU, le Ministre de l'Economie et des Finances, M. Laurent FABIUS, d'avoir bien voulu soutenir ce point de vue, et le Premier Ministre, M. Lionel JOSPIN, d'avoir décidé d'arbitrer personnellement en faveur du maintien de 70000 contrats de droit privé d'emplois jeunes.


2) Comment assurer aux jeunes actuellement en fonction une préparation concrète à un futur métier ?

Le devoir de la puissance publique est de mobiliser toutes les énergies pour que les jeunes puissent s'insérer dans la vie professionnelle. C'est la raison pour laquelle je me suis battu pour que toute une batterie de dispositions soient adoptées afin d'offrir une réelle insertion professionnelle.

Il m'est apparu que nous devions simultanément prendre deux types de mesures, les unes portant sur le temps de formation, les autres portant sur les modalités de formation et de préparation aux métiers.


Les mesures destinées à assurer un temps suffisant de formation

Le Premier Ministre a bien voulu accepter avec l'appui de Mme GUIGOU, trois propositions que je lui avais présentées et qui vont changer considérablement la situation d'un nombre important d'aides éducateurs.

1ère décision : Tout jeune pourra bénéficier d'un contrat pendant 5 ans même s'il a été engagé sur un contrat d'une durée plus courte.

Dès le début il a été décidé de remplacer les aides éducateurs sortis du dispositif par de nouveaux aides éducateurs pour la durée restante du contrat de 5 ans. Ainsi, 16 000 aides éducateurs ont été recrutés en remplacement de partants.

Ils verront donc désormais leur contrat prolongé afin qu'ils puissent bénéficier d'une expérience de 5 ans. C'est une mesure évidente de justice qui place tous les aides éducateurs sur un pied d'égalité. C'est aussi une mesure qui vise à l'efficacité tant il est difficile de réussir la professionnalisation en seulement 1, 2 ou 3 ans.

2ème décision : Prolongation jusqu'au 30 juin 2003 des contrats conclus avant le 30 juin 1998.

Puisque les actions de professionnalisation ont un peu tardé à se mettre en place lors des premiers recrutements, j'ai pensé qu'il était juste et légitime que les premiers engagés, c'est-à-dire ceux recrutés avant le 30 juin 1998, puissent voir prolonger leur contrat jusqu'au 30 juin 2003.

3ème décision : Le doublement de la durée de formation au cours des deux dernières années du contrat.

Je suis disposé pour faciliter l'insertion professionnelle des aides éducateurs à augmenter la durée de formation qui est actuellement de 200 heures par an, jusqu'à 300 voire 400 heures annuelles, en fonction du projet professionnel préparé.

Tout doit être fait pour faciliter la préparation à l'insertion des aides éducateurs très motivés.


Les mesures destinées à accroître les préparations aux différents métiers

1ère décision : Chaque aide éducateur doit bénéficier d'un bilan pour faire le point sur la réalisation de son projet professionnel.

Nous devons tout faire pour aider les aides éducateurs à construire un projet professionnel, et nous devons leur proposer une formation adéquate pour y accéder.

Il faut impérativement éviter que les aides éducateurs ne se trouvent au chômage au terme de leur contrat.

J'ai insisté avec vigueur sur ce point auprès des recteurs. Les projets professionnels doivent être concrets, réalistes et consistants. C'est de la responsabilité de l'éducation nationale mais également de la responsabilité des aides éducateurs qui doivent s'engager sur des projets en fonction de leurs compétences, c'est-à-dire, de leurs diplômes et de leurs talents.

2ème décision : Un traitement diversifié des aides éducateurs doit être réalisé en fonction de leurs diplômes et de la durée de leur contrat.

Sans effectuer une répartition trop rigide entre les aides éducateurs, on peut néanmoins distinguer quatre grandes catégories :

Ceux qui sont titulaires d'une licence ;

Ceux qui sont dans la troisième ou la quatrième année du contrat et qui possèdent le baccalauréat ;

Ceux qui sont dans la troisième ou la quatrième année du contrat et qui possèdent un diplôme de bac + 2 ;

Ceux qui viennent d'être recrutés et possèdent le bac ou bac + 1.

les aides éducateurs titulaires d'une licence au moment de leur recrutement.

9 000 aides éducateurs, soit 13 % d'entre eux, sont titulaires d'une licence et plus. Ils réunissent donc les conditions pour se présenter à tous les concours de recrutement de personnels enseignants, de personnels d'éducation ou de personnels administratifs de catégorie A. J'observe qu'à la session 2000 du concours de recrutement de professeurs des écoles, 4 500 aides éducateurs étaient inscrits parmi les 66 000 candidats. Leur taux de succès est proche de la moyenne nationale.

Les aides éducateurs recrutés en 1998 et 1999 titulaires du baccalauréat.

42 000 aides éducateurs en fonction, soit 60 % d'entre eux, ont été recrutés au niveau du baccalauréat.

Les aides éducateurs titulaires du baccalauréat, qui sont dans la troisième ou la quatrième année de leur contrat peuvent envisager leur insertion dans le secteur privé, ou dans la fonction publique en se présentant à un concours de catégorie B. Les recteurs organiseront à leur attention des préparations à ces concours quand cela n'a pas déjà été mis en ¿uvre.

Je rappelle que les 25 conventions signées avec des branches professionnelles, de grandes entreprises ou d'autres administrations portent sur plus de 50.000 possibilités d'embauches.

J'ai demandé aux recteurs de prolonger ces accords nationaux par des accords locaux d'embauches.120 accords locaux d'embauches ont déjà été signés.

Ces accords doivent ouvrir des perspectives et faciliter les premiers contacts. Je vais à nouveau demander aux recteurs qu'ils développent des relations étroites avec les entreprises, comme ils le font déjà, dans le cadre de l'enseignement professionnel, afin de multiplier les possibilités de stages et d'ouvrir davantage le marché de l'emploi aux aides éducateurs.

Je souhaite également que de longs stages d'immersion soient organisés, pour définir un projet professionnel et préparer efficacement les jeunes à l'embauche. J'ai noté que dans les académies où ils existent, le stage est souvent suivi d'une embauche. Je compte beaucoup sur les GRETA pour engager les formations d'adaptation préparant aux emplois du secteur privé.

Les aides éducateurs recrutés en 1998 et 1999 titulaires d'un diplôme de bac + 2.

19 000 aides éducateurs, soit 27 % d'entre eux, ont été recrutés au niveau de Bac + 2.

Le projet de loi de modernisation sociale envisage la validation des acquis de l'expérience après trois années d'expériences professionnelles. Dans cet esprit, j'envisage d'ouvrir pour les aides éducateurs des concours de 3ème voie pour l'accès aux corps enseignants, aux corps de personnels d'éducation et aux corps de personnels administratifs qui prendront en considération la validation des acquis professionnels.

Trois années d'expériences avec des élèves constituent une pratique professionnelle exceptionnelle qui démontre l'intérêt de ces jeunes pour l'Education nationale.

Je vais, dès les prochaines semaines, faire préparer les textes réglementaires indispensables pour que ces dispositions entrent en vigueur dès la session de recrutement de l'année 2001-2002.

Mais il ne suffit pas d'autoriser l'accès aux concours, il convient d'y préparer les aides éducateurs dans les meilleures conditions. Cette mission revient aux IUFM.

Nous devons nous fixer un objectif : que chaque aide éducateur volontaire puisse se voir offrir une préparation aux concours ; il appartient aux recteurs de rechercher les solutions les mieux adaptées, en liaison avec les IUFM et les universités.

Le CNED participera également à cette préparation en complément des IUFM et des universités.

Les aides éducateurs, titulaires du baccalauréat, recrutés en 1999, 2000 et 2001.

Tous les candidats qui souhaitent entreprendre une formation de l'enseignement supérieur doivent pouvoir y accéder.

Il va être demandé aux universités et à leurs IUT, aux GRETA pour les BTS, d'aménager des préparations spécifiques qui pourront inclure, dans le cursus de formation, le recours au téléenseignement universitaire ou au CNED. Dans ce cadre, le dispositif de validation des acquis pourra également être appliqué.

Après avoir obtenu un diplôme de niveau bac + 2, ces aides éducateurs pourront se présenter aux concours 3ème voie d'accès au monde enseignant, d'éducation ou administratif.

Pour conclure, je veux insister sur quelques points qui me semblent déterminants. C'est aux jeunes que nous devons penser, au métier qu'ils pourront trouver à l'issue de leur expérience d'aides éducateurs.

Après bientôt quatre années de pratique, il est vital que les recteurs adaptent le dispositif, qu'ils mutualisent les réussites et qu'ils développent si nécessaire des activités nouvelles.

L'avenir professionnel des aides éducateurs passe, c'est une voie obligée, par des formations ou des stages encore plus adaptés. Nous devons les leur offrir.

Enfin, à l'heure où l'Education nationale doit réaliser d'importants recrutements, je souhaite offrir au plus grand nombre d'aides éducateurs intéressés, la possibilité de se présenter aux concours. Cela va sans dire, les concours connaîtront toujours les mêmes exigences, il en va de la qualité de l'enseignement dispensé aux générations futures. Pour être reçus, les aides éducateurs devront fournir un effort important, et nous les aiderons par des préparations efficaces. Mais c'est la règle des concours, tous ne réussiront pas.

Voilà pourquoi nous devons poursuivre avec détermination des ouvertures vers le secteur privé. Notre économie a besoin de leur expérience. Les nombreuses conventions que nous avons signées avec des entreprises le montrent suffisamment. C'est un espoir pour tous ces jeunes.

(Source http ://www.education.gouv.fr, le 11 juin 2001)

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