Interview de M. Marc Blondel, secrétaire général de FO, à RTL le 27 décembre 2000, sur l'annulation par le Conseil constitutionnel des allégements de CSG sur les bas salaires, l'avenir des régimes de retraite et le syndicalisme. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Marc Blondel, secrétaire général de FO, à RTL le 27 décembre 2000, sur l'annulation par le Conseil constitutionnel des allégements de CSG sur les bas salaires, l'avenir des régimes de retraite et le syndicalisme.

Personnalité, fonction : BLONDEL Marc, ARZT Richard.

FRANCE. FO, secrétaire général

ti : R. Arzt La semaine dernière, le Conseil constitutionnel a annulé les allégements de CSG sur les bas salaires. Quelle peut-être la solution de remplacement pour les bas salaires, à votre avis ?

- "Il faut tout simplement augmenter les minima sociaux, cela me semble être beaucoup plus dans la ligne des choses. Nous nous sommes félicités de cette décision pour deux raisons. La première est que cela confirme manifestement que la CSG est bien un impôt. Si le Conseil constitutionnel considère qu'il doit être égalitaire, c'est la définition même de l'impôt. La seconde est que, lorsqu'on fait référence au SMIC, cette référence gêne en quelque sorte l'évolution du SMIC. On a un problème avec le SMIC, compte tenu des 35 heures, puisqu'on a deux SMIC à l'heure actuelle. Il serait grand temps de réduire progressivement la différence de manière à ce qu'on n'en ait qu'un seul. Si en plus à chaque fois qu'on revalorise le SMIC cela déclenche des effets induits très importants, cela va aller dans le sens contraire."

Pas d'impôt négatif en tout cas.

- "Non. Nous sommes assez réservés à Force ouvrière sur la notion d'impôt négatif."

Le patronat relance le débat sur l'immigration, c'est le journal Les Echos qui le signale, pour les métiers où il y a pénurie de main-d'¿uvre. La Chambre de commerce et d'industrie de Paris demande une ouverture plus large des frontières et plus de souplesse dans les autorisations de travail pour les étrangers. Voilà un signe d'ouverture du patronat à votre avis ?

- " J'ai dit il y a quelques temps qu'il faudrait un peu de génie créateur dans le patronat parce que aller chercher de la main-d'¿uvre à l'étranger est une vieille solution. Ce n'est pas du tout une réaction xénophobe mais il y a encore 2 250 000 salariés en France qui demandent un emploi, notamment des jeunes. Il semble manifestement qu'il y a un point de fixation sur la notion d'informaticien - ce n'est plus les informaticiens comme nous les avons connus, ce n'est pas la mécanographie, l'informatique ; maintenant l'informaticien, c'est une espèce d'ingénieur qui serait¿"

Et alors ?

- "On doit trouver dans les 2 250 000 personnes qui attendent un emploi des gens qui ont une formation générale - bac + 2 ou bac+ 4. On pourrait former d'ici 2005, puisque c'est en 2005 semble-t-il que les besoins seraient les plus importants, ou alors on est très mauvais dans le cadre de la formation professionnelle. Si on parle de refondation sociale¿"

Les pays voisins de la France font appel¿

- "L'Allemagne. Si on parle de refondation sociale au moins que cela serve à quelque chose ! Voilà un terrain sur lequel je sollicite M. Seillière depuis x temps, il ne répond pas, j'espère qu'à l'occasion du débat sur la formation professionnelle je pourrais le convaincre. En tout cas, si mon appel est entendu, je m'en féliciterais."

L'appel à une main-d'¿uvre immigrée comme renouvellement de la population active peut contribuer au financement des retraites ?

- "C'est vrai aussi pour ceux qui sont sur le territoire français : le rapport des retraites est un rapport entre actifs et inactifs. Si on met les chômeurs au travail, cela va aussi financer les retraites. Il ne faut pas simplement que ce soit le produit de l'immigration. On peut même penser d'ailleurs, bien que ce ne soit pas tout à fait vrai, que lorsqu'ils rentrent dans leur pays, ils se font payer leur retraite, fort heureusement. Encore que ce n'est pas tout à fait vrai, y compris pour la main-d'¿uvre dans le bâtiment. Je suis à peu près au courant et je le dis : il y a quelques arabes et quelques espagnols qui ne perçoivent pas leur retraite."

Le dossier des retraites va revenir dans l'actualité la semaine prochaine, on sait que le Medef propose un système à la carte¿

- "Il ne propose rien."

Il vous demande de proposer quelque chose, non ?

- "Le Medef ne propose rien, si ce n'est de dire "nous ne voulons pas payer de cotisations supplémentaires, quel que soit le rapport actifs/inactifs et nous voulons ce qu'on appelle la neutralité actuarielle." C'est un terme technique qui veut simplement dire en assurance : "On ne distribuera pas plus d'argent. Si vous êtes plus nombreux, on baissera l'affectation à chacun". Tel est le discours."

Qu'est-ce que vous allez répondre ?

- "Je vais répondre plusieurs choses. La première, c'est que si le Medef veut remettre en cause la retraite à soixante ans, il faut qu'il le dise ouvertement. Si le Medef fait de la politique, qu'il fasse de la politique mais qu'il le dise et qu'il dise ouvertement au Gouvernement "remettons en cause la retraite à soixante ans." Comme je sais que du côté du Gouvernement on est en train de regarder l'évolution des choses entre 2002 et 2004 et que ce qui va se faire pour le secteur privé deviendra le précédent pour le secteur public, j'annonce tout de suite la couleur. Dès le mois de janvier, il va commencer à y avoir des réactions et j'appelle les gens à prendre conscience. C'est clair, net et précis. Malgré le fait qu'il y ait encore - je l'ai dit - 2.250.000 chômeurs, le patronat considère qu'on doit travailler maintenant au-delà de soixante-cinq ans et il pense même qu'on devrait avoir quarante-cinq ans de cotisations pour avoir droit à des retraites."

En terme financier et en terme démographique, tout n'est pas à rejeter dans l'argument patronal.

- "Il y a des données objectives. Je ne pense pas que les gens qui entrent dans la vie professionnelle à vingt-cinq ou vingt-sept ans vont partir à soixante ans. Je ne me fais pas d'illusion. Vingt-cinq ou vingt-sept ans maintenant, quarante ans de cotisations, cela ferait soixante-cinq ou soixante-sept ans. Je sais très bien que les choses devront évoluer. Ceci étant, ce que je n'accepte pas, c'est que d'ores et déjà, le patronat mette comme objectif la non-augmentation des cotisations. Si la population vieillit, s'il y a beaucoup plus de gens plus âgés, il est normal qu'on réaffecte plus d'argent à ces gens-là que précédemment. On ne peut pas marcher à masse constante."

Est-ce que, en tant que leader syndical, vous pensez qu'il y a un risque, contre lequel vous luttez, que le sens de l'histoire aille en faveur du patronat ?

-"Je ne sais pas si le sens de l'histoire ira en faveur du patronat. Le sens que le patronat veut donner à l'histoire est le suivant : il semblerait que tout ce qui peut être nouveauté, tout ce qui peut être modernité ne peut se construire que sur les dépouilles de l'existant. J'ai une vision tout à fait différente des choses. Je pense que le progrès, c'est justement faire évoluer les choses en allant dans le bon sens. Je regarde ce que fait le mouvement syndical depuis maintenant une cinquantaine d'années - parce que précédemment il y a eu la guerre de 14, la guerre de 1940-1945 - ; pendant cinquante ans, le mouvement syndical avait effectivement réussi à faire progresser les choses. Il semblerait maintenant - cela s'appelle la refondation mais je pense que c'est plutôt de la destruction - que pour repartir et aller vers 2001 avec enthousiasme, il faut d'abord détruire l'existant."

Vous êtes sur une logique de défense des acquis ?

- "Je suis pour une logique d'abandon des acquis quand ils ne signifient plus rien. C'est-à-dire que lorsqu'on a quelque chose qui vaut 10 francs, qu'on arrive à avoir quelque chose de 12 francs, on abandonne celui à 10 francs. Je ne suis pas, moi, attaché aux vieilleries. Je pense qu'il faut évoluer et évoluer dans le bon sens. Le problème, c'est d'essayer de faire que nos enfants vivent mieux que ce que nous avons vécu et on peut espérer que les petits-enfants vivront encore mieux que les enfants."

En terme de moyens de lutte : quand vous voyez les médecins, après les avocats d'ailleurs, il y a quinze jours, se mettre en grève, c'est un peu troublant pour un représentant syndical. La grève, c'est plutôt traditionnellement pour les¿

- "Non, ce n'est pas troublant du tout parce que c'est tout simplement les effets de ce que nous annoncions il y a cinq ans. Rappelez-vous le plan Juppé, nous avions dit à propos du contrôle comptable de la Sécurité Sociale qu'à un moment donné il y aurait une réaction collective. Nous y sommes, c'est une réaction collective, ce n'est pas simplement le médecin, c'est tout le monde qui est mécontent dans le secteur de santé, ce seront bientôt les malades parce qu'on sait maintenant qu'il est quasiment normal que pendant l'été il y ait des hôpitaux qui ferment des services, que c'est tout à fait normal d'attendre un mois ou deux mois pour être opéré etc. Dès qu'on fait une analyse strictement comptable et budgétaire des choses, on serre les boulons et à un moment, cela fait la cocotte-minute : cela se met à éclater. Ce sont les prémices ; cela va venir, cela viendra malheureusement, à mon avis, cela va se confirmer."

Ce sera l'un des combats du syndicalisme dans les années qui viennent ?

- "Le prochain combat, c'est le 18 janvier, tout le monde sait cela. Nous savons tous que nous mobilisons le 18 janvier pour les fonctionnaires¿"

Je pensais à l'échelle du siècle.

- "Vous inviterez peut-être les successeurs de M. Blondel parce que je ne pense pas que je vivrais aussi longtemps - je le regrette pour moi ! - pour faire les commentaires là-dessus d'ici quelques années. "

(Source http://sig.premier-ministre.gouv.fr, le 27 décembre 2000)

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