Interview de M. Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères, à France Info le 23 juillet 2001, sur les missions des services culturels, les réseaux et le rayonnement culturels de la France à l'étranger. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères, à France Info le 23 juillet 2001, sur les missions des services culturels, les réseaux et le rayonnement culturels de la France à l'étranger.

Personnalité, fonction : , , VEDRINE Hubert.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères

Circonstances : Réunion annuelle des agents du réseau de coopération et d'action culturelle au Palais des Congrès à Paris du 23 au 25 juillet 2001

ti : Q - Monsieur le Ministre, quelles sont les principales missions des agents des services culturels qui sont en poste à l'étranger ?

R - Ces conseillers, attachés culturels, ces directeurs d'Instituts, ces directeurs d'Alliance, ces attachés audiovisuels, tous ceux qui constituent ce réseau culturel français à l'étranger, ont pour objet de faire connaître notre langue, de faire connaître la culture française, de faire connaître les créateurs, les artistes français et aussi de proposer ce que nous avons de plus intéressant à montrer, à la fois quant à notre patrimoine et à notre création, et en même temps de répondre à une demande, et à ce qu'un parlementaire qui avait fait un excellent rapport là-dessus, M. Patrick Bloch, a appelé "le désir de France", qui est quelque chose que je constate moi-même constamment dans tous mes voyages. Il reste une curiosité et une sympathie très forte. A nous de trouver les prestations culturelles et les moyens d'atteindre ces publics.

Q - D'un style schématique et de façon un petit peu grossière, allez vous trouver, est-ce que la Direction générale de la Coopération internationale et du Développement sert plus la politique étrangère de la France ou bien alors est-ce qu'elle aide plus au développement des pays en difficulté ou est-ce qu'elle essaie de concilier les deux ?

R - Il ne faut pas opposer les différentes choses. La fonction même du ministère des Affaires étrangères est de réussir à faire la synthèse et de créer la synergie entre les actions de solidarité à l'égard des pays les plus pauvres ou en développement, toutes ces économies et démocraties émergentes que nous voulons aider, et d'autre part d'avoir une politique d'influence dans le monde entier, d'ailleurs une partie de notre influence passe par ces politiques de solidarité mais pas uniquement parce que nous voulons aussi avoir une influence sous différentes formes, culturelle, artistique ou autre, intellectuelle, dans les grands pays, à commencer par les Etats-Unis. Mais c'est vrai aussi de la Russie, c'est vrai du Japon, c'est vrai de beaucoup de pays d'Europe. Et le rôle du ministère des Affaires étrangères est précisément de combiner tout cela et de faire en sorte que dans cette politique étrangère, il n'y ait pas que la dimension diplomatique classique, il y a aussi des dimensions économique, culturelle et intellectuelle. Nous essayons de faire cette synthèse et j'espère que nous y arriverons.

Q - ... Il y a une forte présence anglophone également la plupart du temps. Est-ce qu'aujourd'hui vous jugez que le rayonnement de la France est encore à la hauteur des ambitions que nous pourrions nourrir, est-ce qu'il est encore significatif véritablement à l'étranger ?

R - Alors, il faut être à la fois réaliste sans être fataliste ou accablé, et ambitieux tout en utilisant des moyens réalisables pour notre ambition. Naturellement l'influence anglo-américaine est dominante dans le monde, l'influence américaine, que j'appelle l'hyper-puissance est présente partout et, en matière de langue, cela s'exerce au détriment de toutes les autres langues et pas uniquement du français, dans un premier temps. Mais il y a quand même encore aujourd'hui dans le monde, 130 millions de gens qui parlent vraiment bien le français, au moins 80 millions de gens qui l'apprennent. TV5 touche aujourd'hui 130 millions de foyers et nous constatons absolument partout, notamment dans tous les pays où on décide d'apprendre une deuxième langue vivante, qu'il y a une véritable ruée sur le français. D'autre part, nous constatons que partout dans le monde, il y a une résistance au nivellement, à la normalisation. Tout le monde aime la culture américaine, le cinéma américain, naturellement, mais personne n'a envie de ne plus être lui-même. Dans cette recherche, la France apparaît donc comme apportant une réponse à ce besoin de diversité, de respiration et de pluralisme. Ce qui est vrai sur le plan de la bio-diversité est vrai sur le plan de la culture et des langues. Et là-dessus la France a une formidable carte à jouer. Et tout notre effort est, là aussi, de répondre à ce désir.

Q - Ce que vous évoquez, Monsieur le Ministre, suffit-il à légitimer la présence des centres culturels, des Alliances culturelles français à l'étranger ?

R - C'est-à-dire quand on voyage partout comme c'est mon cas, on entend dire seulement une seule chose : "On en veut plus. Maintenez le centre, surtout ne le fermez pas, même si vous avez des difficultés budgétaires", ce que nous avons malheureusement tout le temps. On nous dit : maintenez-les, il faut en créer un autre, ceci, cela, faites venir plus d'artistes français. Développez les cours de français. Développez votre audiovisuel. On veut connaître vos films, traduisez vos livres." On l'entend partout, d'un bout à l'autre du monde. Que ce soit dans des endroits où nous avons une présence très ancienne depuis des siècles, ou dans des endroits où on n'a jamais mis les pieds. On n'a pas à légitimer quelque chose qui est plébiscité comme un désir dans le monde entier. Nous avons, avec des moyens qui sont évidemment trop limités, à répondre au mieux à cette demande, en présentant une France sympathique, ouverte, qui n'est pas là pour être péremptoire, donner des leçons, prétendre à sa culture supérieure aux autres, mais montrer que sa culture fait partie absolument de ce grand dialogue culturel qui doit faire le monde de demain, que nous ne voulons pas uniforme.

(Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 25 juillet 2001)

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