Interview de M. Marc Blondel, secrétaire général de FO, à France 2 le 21 février 2001, sur les négociations sur les salaires dans la Fonction publique, les retraites complémentaires et la Sécurité sociale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Marc Blondel, secrétaire général de FO, à France 2 le 21 février 2001, sur les négociations sur les salaires dans la Fonction publique, les retraites complémentaires et la Sécurité sociale.

Personnalité, fonction : BLONDEL Marc, MORIN Gérard.

FRANCE. FO, secrétaire général

ti : G. Morin.- Vous voudriez bien aussi avoir du grain à moudre chez les fonctionnaires, cela vous aiderait bien. Mais pour l'instant, il n'y a pas de discussion, il n'y a plus de discussion entre le ministre et les syndicats de fonctionnaires ?

- "C'est curieux, on fait de la concertation et on décrète, on décide comme cela 0,50 % d'augmentation pour l'année 2000."

Que va-t-il se passer ?

- "Nous sommes au mois de février et nous sommes encore mécontents, parce que l'an 2000 est pratiquement une année blanche, dans la limite où les prix ont augmenté de 1,6. 0,50 % : il manque 1,1%. La revendication est claire : toutes les organisations syndicales sont d'accord, on veut 1,1 de plus."

Vous attendez du ministre qu'il vous recontacte ?

- "Que nous puissions discuter, négocier, et essayer de voir les projections que l'on peut faire. J'ai des surprises avec ce ministre. Il a essayé d'inventer quelque chose de nouveau : il veut en fait essayer de négocier sur la durée de la mandature. Il dit deux ans avant l'année 2000 plus de deux ans après - cinq ans : on fera le point et on regardera en fonction de l'indice des prix. Si on fait cela en ce moment, il est clair que les fonctionnaires ont perdu du pouvoir d'achat si on arrête à l'an 2001, en fin 2000. Maintenant, si on fait cela en 2003, la question est relativement simple : va-t-on juger le Gouvernement ? Les fonctionnaires vont le juger en fonction de la situation salariale. Et est-ce que, par exemple, lors de la campagne électorale, l'opposition ne va pas dire : "Nous ferions mieux !" On va politiser l'action syndicale, ce qui ne semble pas être le but, enfin l'intérêt de quiconque."

Même dans cette période de municipales ?

- "Je m'efforce de dire et de rappeler que mon organisation est indépendante et que nous ne changeons pas de position en fonction des employeurs que nous avons dans le secteur public et dans la fonction publique. Ce que nous réclamons, c'est l'augmentation des salaires. Alors, peut-être, l'incident particulier avec la fonction publique est que, lorsqu'on augmente les salaires, en matière d'augmentation proprement dite la masse salariale s'accroît et la tendance est de supprimer des postes pour que la masse salariale ne s'amplifie pas trop."

L. Fabius dit : "Attention, je ne veux pas augmenter le déficit !"

- " Mais L. Fabius a dit au début de l'année : "J'ai 45 milliards de plus." Il avait quand même de quoi redistribuer un peu !"

Cela n'empêche pas qu'il y ait du déficit budgétaire ?

- "Oui, surtout qu'il l'a autolimité en quelque sorte. C'est lui-même qui a déclaré qu'il allait limiter le déficit budgétaire pour prendre des engagements européens. C'est la France qui a suggéré cela."

Que font les fédérations de fonctionnaires qui ont lancé un ultimatum ?

- "Elles se réunissent aujourd'hui, alors je ne peux pas anticiper sur la réunion, sur les discussions. Toutes les organisations vont décider quelque chose. Disons qu'il y aura certainement une action assez dure dans le courant du mois de mars."

Après le deuxième tour des municipales ?

- "Oui, pour ne pas politiser justement, pour ne pas donner le sentiment que nous faisons cela pour soutenir ou s'opposer à quelque chose. On va traîner au mois de mars une action correspondante à l'année précédent, puisque c'est toujours l'an 2000. On ne veut pas une année blanche."

Des journées de grève ?

- "Il y aura des grèves. Je ne sais pas la nature exacte car cela fait partie de la discussion. Mais la détermination est telle que je crois que c'est très clair."

Cela bloque pas mal aussi avec le Medef sur les discussions pour les retraites complémentaires. Certains syndicats ont accepté les propositions mais pas vous. Est-ce que vous discutez tout de même en coulisses, y a-t-il une avancée possible encore ?

- "Non, je ne crois pas qu'il y ait une avancée possible parce que je viens de recevoir une lettre de monsieur Seillière où il me dit qu'il ne peut pas signer la deuxième et la troisième partie. Je suis conscient que nous avons lancé une grève le 25, cette grève a bien marché, elle a contraint le Medef à reculer. Il a donc tout simplement décidé de reporter ses intentions de remettre en cause la retraite à 60 ans, notamment sous l'axe des retraites complémentaires en 2002, après les élections."

Durcissement ?

- "Il se durcit mais fait un petit sous-entendu très curieux. En ce moment, le Medef est très conseilleur pour le Gouvernement : "Monsieur Jospin vous devriez ... etc, etc ...", comme si cela prenait une petite allure politique. Je sais que ce sont les manifestations que nous avons organisées, donc je me félicite d'avoir obtenu satisfaction, y compris par l'action."

Les patrons de PME vous entendent un peu plus, non ?

- "Le président des PME m'a écrit en me disant qu'il tenait compte de ma lettre, qu'il observait ce que je disais, qu'il y avait différents chantiers qui étaient en suspens - la formation professionnelle, la Sécurité sociale etc, - et qu'il fallait que nous discutions. Lui, il ne rompt pas, il accepte de discuter. Cela me semble très intéressant. Cela prouve tout simplement que le Medef n'est pas suivi comme il l'entendrait. Je rappelle que, lorsqu'ils ont décidé de ne plus payer l'ASF ..."

Entre 60 et 65 francs.

- ."..65 % des entreprises ont payé quand même. C'est un désaveu public."

Troisième chantier important : la Sécurité sociale. On a su que les dépenses maladies ont plongé en 2000.

- "Il n'y a pas que les dépenses maladies. Il y a en plus 12 millions de feuilles maladies qui ne sont pas traitées en ce moment ! Il y a des caisses primaires qui payent avec 25 jours de retard !"

Manque de bras ?

- "Manque de bras. En plus, ils vont faire les 35 heures - ils les demandent. Il va falloir embaucher, et là on n'est pas tout à fait d'accord. Et puis, on ne s'intéresse plus à ce genre de chose. Vous savez qu'on m'appelait "le curé de la Sécurité sociale" - à tort ou à raison : je connais la Sécurité sociale. Quand on a supprimé le paiement au guichet, je me souviens avoir manifesté mon mécontentement, avoir dit que c'était honteux, etc. 25 jours pour payer ! Cela prouve manifestement que la tutelle a pris en main la Sécu et que les administrateurs de la Sécu ne servent en fait à plus grand chose."

Vous, les syndicats de salariés, discutez avec les syndicats de médecins. Vous allez faire des propositions ensemble au patronat ?

- "Oui, nous discutons avec monsieur Maffioli et les syndicats de médecins pour savoir comment on pourrait mettre debout une convention alternative. C'est-à-dire, qu'en définitive, à l'heure actuelle, la Caisse d'assurance-maladie ne discute plus avec les médecins. Vous avez vu la santé à Grenelle, ce qu'a fait madame Guigou : tout le pouvoir est dans une seule main. Le ministre est à la fois le président, le directeur, et puis le ministre de tutelle. Madame M. Aubry d'ailleurs jouait très bien de ce genre de chose. Mais ceci étant, il y a une espèce de blocage qui fait que les assurés ne sont plus représentés directement en définitive. Cela pose un problème. Cela mérite en gros - il faut être clairs - la remise en cause des ordonnances de monsieur Juppé, raison pour laquelle nous avions fait les grèves de 95. Le patronat dit qu'on doit en discuter, moi je lance la balle. Je dis tout de suite : "Si c'est pour reprendre de l'autonomie de la Sécurité sociale, je suis d'accord. Si c'est au contraire pour essayer de casser la Sécu encore plus et l'ouvrir au privé, je dis non !"."

(Source http://sig.premier-ministre.gouv.fr, le 21 février 2001)

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