Interview de M. Marc Blondel, secrétaire général de FO, à RMC le 12 juin 2001, sur l'attitude du Medef concernant le projet de contribution de la Sécurité sociale au financement des 35 heures et sur le volet anti-licenciement du projet de loi sur la modernisation sociale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Marc Blondel, secrétaire général de FO, à RMC le 12 juin 2001, sur l'attitude du Medef concernant le projet de contribution de la Sécurité sociale au financement des 35 heures et sur le volet anti-licenciement du projet de loi sur la modernisation sociale.

Personnalité, fonction : BLONDEL Marc, LAPOUSTERLE Philippe.

FRANCE. FO, secrétaire général

ti : P. Lapousterle - Hier, le Medef a menacé de quitter la Sécurité sociale après la confirmation par madame Guigou que la Sécurité sociale contribuerait au financement des 35 heures et cela dans moins de trois semaines. Est-ce que vous prenez la menace du Medef et des patrons au sérieux et quelle est votre réaction ?

- "Je prends la menace au sérieux. D'abord ma réaction sur la décision de madame Guigou et du Gouvernement : je ne m'associe pas mais je crie en même temps que le Medef. Je trouve tout à fait anormal qu'on fasse un prélèvement sur les cotisations sociales qui sont un salaire différé et qu'on affecte ce prélèvement comme si c'était un impôt. En définitive, c'est clair, les salariés vont payer l'impôt sur le revenu, l'impôt sur la consommation par la TVA, et en plus un impôt complémentaire qui serait¿"

Sur les 35 heures ?

- "... Non, pour les 35 heures. Cela explique d'ailleurs toutes les difficultés qu'on rencontre pour faire passer les 35 heures dans la fonction publique, car si l'Etat s'appliquait à lui-même ce qu'il applique effectivement au privé, il est fort probable qu'il considérerait que ça lui coûte trop cher. Ceci étant, je suis d'accord avec le patronat et les autres organisations syndicales. Tout le monde lève les bras aux cieux en disant que ce n'est pas le rôle des cotisations sociales. L'attaque du Medef laisse sous-entendre qu'ils n'administreraient plus, disent-ils, la Sécurité sociale. Là, je regrette cette réaction tardive, dans la limite où je rappelle que depuis 1995 -depuis les ordonnances Juppé - la Sécurité sociale est pratiquement sous le contrôle de l'Etat. C'est vrai que la tentation est grande de considérer la Sécurité sociale comme le budget annexe, le budget social de l'Etat. C'est les parlementaires maintenant qui fixent l'enveloppe. Cela veut dire en termes clairs qu'on est sous contrôle comptable et que dans ce domaine, c'est clair, on sait maintenant toutes les difficultés qu'il peut y avoir¿"

Vous approuvez le patronat alors dans sa menace ?

- "Je n'approuve pas le patronat dans sa menace. Je pense que le patronat aurait dû, en 1995, faire savoir que le cas échéant il n'accepterait pas de siéger dans les conseils d'administration."

Et vous-même pourquoi vous ne le faites pas ?

- "Entre nous, je ne vais pas le faire tout seul. Vous ne pensez pas que si les administrateurs Force Ouvrière se retiraient des caisses de Sécurité sociale, nous serions, pardonnez-moi la liberté d'expression, Grosjean comme devant, puisque nous ne pourrions même plus voir ce que l'on fait. Je ne serais même plus habilité à dire ce que je suis en train de dire à l'heure actuelle, puisque ça voudrait dire que je me désintéresse complètement de la Sécurité sociale. Pardonnez-moi, la tradition de mon organisation c'est justement de marquer un intérêt énorme pour la Sécurité sociale qui et une grande conquête, on l'oublie de trop."

Cela dit quand il y a un déficit, on ne se plaint pas que l'Etat règle l'addition.

- "Pardonnez-moi, je voudrais qu'on regarde les choses, quand il y a un déficit - à l'heure actuelle, sauf erreur de ma part, il y a un excédent, non pas sur l'Assurance maladie¿"

Quand il y a eu un déficit ?

- "Il y a eu, à différentes reprises, il y a eu effectivement une espèce de¿ Je me souviens d'ailleurs d'un entretien assez difficile avec monsieur Balladur lorsqu'il était Premier ministre, parce que je disais, moi, que c'était la part consacrée aux anges, vous savez quand l'alcool etc¿ Le but n'est pas de faire un déficit dans la Sécurité sociale. Le but est de couvrir le besoin des gens, et ensuite on regarde in fine le résultat, et si c'est nécessaire de mettre un complément, on met un complément. Il faut savoir si oui ou non on veut soigner les gens. Il faut savoir si dans ce domaine, notre pays veut rester le plus égalitaire possible. Cela a un coût."

Si l'Etat donc prélève sur les comptes de la Sécurité sociale 12 milliards, comme il en a l'intention pour payer les 35 heures, qu'est-ce qui se passe ?

- "Il est fort probable qu'il va y avoir une réaction pratiquement de l'ensemble des organisations syndicales. Vraisemblablement, donc, le patronat, lui, décidera peut-être - au moins une partie du patronat déciderait vraisemblablement - de ne pas désigner les administrateurs. Il n'est pas exclu d'ailleurs qu'à un moment donné tout ça s'accumulant, cela fasse l'objet d'une réaction plus vive et plus large sous forme d'actions venant des organisations syndicales."

Quoi ?

- "Cela peut être une manifestation, ça peut être quelque chose de ce genre. On peut très bien, si la mobilisation se fait, si les gens voient bien les conséquences que ça peut avoir, on peut très bien, puisque tout le monde s'accorde à dire qu'au mois de septembre vraisemblablement ou au mois d'octobre, il y aura une réaction assez brutale sur l'ensemble des problèmes sociaux, pourquoi pas celui là, il sera intégré aussi."

Le projet de modernisation sociale avec son volet anti-licenciement sera discuté à l'Assemblée nationale demain entre partis politiques de la majorité. Pourquoi cela se fait en l'absence totale des syndicats ?

- "Cela ne se fait pas en l'absence totale des syndicats, c'est l'image que l'on veut donner. Non. Moi je n'ai jamais vu autant madame Guigou, je n'ai jamais vu autant y compris les services du Premier ministre. Je suis en contact avec le conseiller social du Premier ministre avec une certaine régularité¿"

C'est pas vous qui influez ?

- "Qu'est-ce que vous en savez ?"

Vous n'influez pas ?

- "Qu'est-ce que vous en savez ! Tout cela c'est de l'affirmation. Tout cela c'est parce que le Parti communiste a fait ses choux gras de ce genre d'affaires. Je suis bien sûr d'ailleurs que si le Parti communiste avait eu un résultat électoral différent, il est fort probable qu'il se serait moins préoccupé de la chose. Pardonnez-moi, il faut quand même être clair, nous sommes dans un système capitaliste¿"

On ne vous entend pas ?

- "Attendez, qu'est-ce que vous me faites faire là en ce moment ? Nous sommes dans un système capitaliste. Ce système capitaliste, les entreprises, on le sait bien, respirent et licencient. Même dans un système qui ne serait pas capitaliste, elles licencieraient. Je vous rappelle que Renault n'a pas hésité à faire Vilvoorde et à licencier, bien que ce soit sous contrôle d'Etat. Ceci étant, soyons tout à fait clairs, d'un seul coup les communistes ont l'air de découvrir cela. Pourquoi ? Parce que Calais est touché, parce que Calais est une ville qui a un maire communiste ? Moi, c'est l'ensemble de ceux qui sont licenciés qui me préoccupe et je suis obligé de dire à monsieur le Premier ministre - je le lui ai dit et je lui répète : "non, vous ne pouvez pas dire que vous ne pouvez rien faire". Non, ce n'est pas la loi du marché qui dicte, parce qu'il y a un problème qui est le problème de l'industrialisation de la France. Qu'est-ce qu'on fait à Cahors ? Valéo : 300 personnes, on ferme la boite. Qu'est-ce qu'on fait à Armentières ? 200 et quelques personnes dans le textile, on ferme la boite¿"

Ce n'est pas d'aujourd'hui.

- "Qu'est-ce qu'on fait à Alençon ? Qu'est-ce qu'on fait chez Moulinex ? Qu'est-ce qu'on fait au Mans ? Je pose une question qui est beaucoup plus large. Il faut réindustrialiser, parce que sinon on va vers des déserts, on va avoir concentrations dans les capitales régionales, on va avoir de la désertification et demain il n'y a plus La Poste, et demain il n'y a plus le train, etc. C'est le rôle de l'Aménagement du territoire, c'est le rôle du Gouvernement d'intervenir. Voilà où je rouspète. Deuxièmement, on nous raconte des histoires avec les plans sociaux. On fait des bons plans sociaux sur le papier etc. Ils ne sont appliqués qu'à moitié généralement. Donc je demande des garanties là-dessus. Troisièmement, moi je vais vous dire, plutôt que le boycott de Lu, etc... Si on avait foutu en grève pratiquement tous les gens de chez Danone, Riboud aurait peut-être coincé. C'est là qu'il fallait faire l'action, c'est là, moi, que je préconise l'action. Pas obligatoirement aller faire la manifestation avec le gros ballon du PC. J'ai autre chose à faire que ça, d'autant que, qu'on le veuille ou non, il est bien au pouvoir le PC, maintenant. Cela veut dire que c'est des histoires entre la gauche plurielle et ce n'est pas à moi de traiter ce genre d'affaires."

(Source http://sig.premier-ministre.gouv.fr, le 12 juin 2001)

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