Interview de Mme Catherine Tasca, ministre de la culture et de la communication, au site internet "premier-ministre.gouv.fr" le 20 juin 2001, sur la fête de la musique et sur la défense des droits des artistes sur Internet. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Catherine Tasca, ministre de la culture et de la communication, au site internet "premier-ministre.gouv.fr" le 20 juin 2001, sur la fête de la musique et sur la défense des droits des artistes sur Internet.

Personnalité, fonction : TASCA Catherine.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication

ti : La rédaction du site - Que symbolise pour vous la fête de la musique ? Quelles particularités présente le programme de cette 20ème fête de la musique ?

Catherine Tasca - La Fête de la musique n'est pas un symbole mais une réalité. Celle de millions de gens qui descendent dans la rue le même soir pour faire ou écouter de la musique. C'est une fête de la liberté puisque chacun peut jouer où il veut, écouter ce qu'il veut. C'est une fête de la découverte puisque chacun au gré de son parcours peut découvrir des musiques inattendues ? C'est une fête de la rencontre et du partage puisque toutes les classes d'âge toutes les catégories sociales se retrouvent à l'occasion de ce qu'il faut bien appeler le plus grand concert du monde.

J'ai voulu que cette 20ème édition de la Fête de la musique soit placée sous le signe des moins de 20 ans, ceux qui, finalement, sont nés dans la fête et qui d'ailleurs ne savent pas très bien quand elle a été créée. J'ai voulu également qu'elle soit placée sous le signe de la création et le ministère de la Culture a donc commandé à 7 musiciens 7 créations qui seront jouées pour la première fois jeudi soir. Au Palais Royal vous pourrez écouter deux d'entre elles : celle de Michel Godard pour la fanfare de banlieues bleues et celle de Claude Barthélémy pour l'orchestre national de jazz.

J'ai également souhaité que cette fête fasse place à d'autres arts et c'est pourquoi nous avons commandé 20 affiches différentes à 20 graphistes français mais aussi d'autres pays d'Europe.

LRDS - La fête de la musique a connu un succès croissant, en France et à l'étranger. Combien de pays fêtent l'évènement, en 2001 ? Quels sont-ils ? Y-a-t-il une collaboration entre les pays qui fêtent la musique chaque année ?

Catherine Tasca - Cette année il y aura 120 pays où des fêtes de la musique seront organisées. En Europe nous avons créé une coordination européenne de la fête de la musique avec les représentants des grandes villes qui organisent cette fête.

LRDS - La fête de la musique a beaucoup évolué depuis 20 ans. Quel avenir lui imaginez-vous ?

Catherine Tasca - La fête a beaucoup évolué parce qu'elle a beaucoup grandi en taille. Mais je suis frappée de constater que l'esprit des débuts reste toujours vivant. Les 15-25 ans forment toujours le noyau central du public donc la fête ne vieillit pas. Les rencontres et les concerts qui mêlent musiciens amateurs et musiciens professionnels demeurent l'un des ingrédients fondamentaux de son succès.

Et il y a toujours ce mélange étonnant de grands concerts avec la multitude de petits groupes de musiciens installés à tous les coins de rue. Alors pour moi l'avenir ressemblera au présent. Une partie de la musique changera au gré des modes et du temps. Des plus jeunes se joindront au plus anciens mais l'esprit de la fête demeurera. Savez-vous que la fête de la musique est le seul événement où la nostalgie n'est pas de mise, puisque 70 % du public estime que la fête de la musique est mieux aujourd'hui qu'elle ne l'était à ses débuts.

LRDS - La fête de la musique se déroule aussi sur internet, sur lequel la création musicale est un élément majeur d'échange et de visites. Depuis 1999, le site de la fête de la musique consacre une part importante au développement musical sur internet. Cette année, une rubrique " cyberfête de la musique " propose d'écouter des extraits musicaux et de surfer sur la " toile musicale ". Surtout, elle pose 5 principes, fondés sur le respect mutuel de la liberté et des droits des artistes et des internautes. Pensez-vous que leurs intérêts soient aujourd'hui compatibles ?

Catherine Tasca - Les intérêts des internautes et des artistes sont bien évidemment compatibles. Il ne faut pas s'arrêter à des simplifications trompeuses. Internet représente pour les musiciens comme pour les autres artistes un formidable moyen de toucher plus facilement de nouveaux publics notamment tous ceux qui sont éloignés géographiquement des grands centres de consommation.

C'est aussi un moyen plus économe de mettre à disposition une ¿uvre et en cela internet favorise dans un premier temps la diversité culturelle. Mais pour que les artistes puissent continuer à créer il faut qu'il puissent se rémunérer normalement. Tous les internautes peuvent le comprendre et je crois d'ailleurs que la charte proposée à l'occasion de cette cyberfête que vous venez de citer va dans le bon, sens et je suis sûr qu'elle va recueillir une très large adhésion.

LRDS - La fête de la musique célèbre tous les talents, d'amateurs ou de professionnels. Face à une industrie du disque qui privilégie souvent les succès faciles ou les reprises, comment peut-on encourager la création, en particulier des jeunes auteurs qui débutent ?

Catherine Tasca - Le talent ne se décrète évidemment pas. Mais l'Etat se doit de créer les conditions qui permettent aux talent d'éclore et de se développer. Dans le domaine de la musique nous avons donc mis en place des aides spécifiques pour les labels indépendants. Nous organisons un réseau de scènes spécialisées dans les musiques actuelles et nous avons incité par une politique de quota adaptés les radio-diffuseurs à faire une large place aux nouveaux talents. Et puis nous soutenons également toutes les initiatives qui permettent aux jeunes auteurs de se faire connaître comme par exemple au Printemps de Bourges.

(source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 21 juin 2001)

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