Déclaration de M. Jean Glavany, ministre de l'agriculture et de la pêche, sur les grandes orientations de la politique viti-vinicole et, notamment, sur la nécessité d'un plan pluriannuel d'adaptation de la viticulture, Bordeaux le 4 juillet 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean Glavany, ministre de l'agriculture et de la pêche, sur les grandes orientations de la politique viti-vinicole et, notamment, sur la nécessité d'un plan pluriannuel d'adaptation de la viticulture, Bordeaux le 4 juillet 2001.

Personnalité, fonction : GLAVANY Jean.

FRANCE. Ministre de l'agriculture et de la pêche

Circonstances : Congrès de la Confédération des caves coopératives de vin de France à Bordeaux le 4 juillet 2001

ti : Monsieur le Président, cher Denis Verdier,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,

Je suis très heureux d'être aujourd'hui à Bordeaux pour votre congrès annuel qui se tient cette année dans un contexte d'inquiétude.

En réponse aux propos du président Verdier, je souhaite, très brièvement, faire le point sur les grands dossiers du moment et tracer les voies de mon action pour les mois à venir.

La situation a imposé que nous ayons des échanges réguliers au cours des derniers mois. Je vous dis à nouveau mon entière disponibilité pour rechercher avec vous les voies qui permettront de trouver des solutions aux difficultés auxquelles vous êtes confrontés et surtout de construire un projet d'avenir. Mon objectif est d'assurer la pérennité des 80.000 exploitations viticoles de France et à notre pays de rester la référence mondiale dans ce secteur. Ma porte vous est et vous restera toujours ouverte pour que nous puissions débattre afin de construire ensemble l'avenir de notre viticulture.

Dans ce contexte, je ne peux que condamner avec vigueur les actes de violence qui ont à nouveau eu lieu vendredi 29 juin à la suite de la manifestation de Carcassonne. De tels gestes sont inadmissibles, inexcusables et incompréhensibles pour l'ensemble de nos concitoyens surtout au regard des efforts qui ont été faits au titre de la solidarité nationale. Dans la bataille d'image que se livrent les vins du monde, ces actes font un tort énorme au Midi, à ses vins comme à toute la production nationale. Je sais que vous les réprouvez mais j'apprécierais d'entendre dans votre bouche une condamnation nette et sans ambiguïté.

Je souhaite aujourd'hui que nous puissions faire le point sur ce qui s'est passé depuis notre réunion du 3 avril et voir comment chacun a mis en ¿uvre les termes du contrat que nous avions alors passé ensemble. Mais surtout au-delà des difficultés immédiates que nous devons régler, je souhaite évoquer avec vous l'avenir de notre viticulture. Un plan d'adaptation pluriannuel de notre viticulture doit être élaboré et nous devons nous mettre d'accord sur une méthode.

1 - Les mesures de distillation
Le 3 avril, je m'étais engagé à assainir le marché grâce à la distillation. Après en avoir discuté longuement avec vous, et après avoir mené une négociation délicate avec la Commission européenne, j'ai obtenu un contingent communautaire de distillation de crise de 1.5 millions d'hectolitres à 12.5 FF/degré/hl et un accord unanime du Conseil agricole des quinze pour verser une aide nationale permettant de porter le prix d'achat du vin à 20 FF/degré/hl. J'ai également pris note de votre engagement à souscrire un hl à la distillation "alcool de bouche" pour un hl de distillation de crise. 3 millions d'hectolitres de vin pourront ainsi être retirés du marché à un prix moyen de 18 F/hl. Il s'agit d'un signal très fort puisque, depuis le début de l'année, 800 millions de francs auront servi à détruire 4 millions d'hectolitres de vin pour rééquilibrer le marché.

D'après les éléments dont je dispose et cela est très important, il apparaît que les volumes obtenus à Bruxelles ont été souscrits à la distillation. L'excédent va donc être résorbé, permettant ainsi au marché de rebondir.

Sur ce sujet, je crois que nous avons trouvé ensemble les bonnes réponses. Je voudrais simplement indiquer que ceux qui prônent la distillation de 5 millions d'hectolitres à 25 F rendent un bien mauvais service aux vignerons.

Comment pourrait-on expliquer aux contribuables que 1.5 milliards de francs seront consacrés à la destruction d'un produit comme le vin? Quel vigneron pourrait être assez fou pour croire que la distillation peut remplacer le marché ?

2 - Les mesures de maîtrise de la production

De votre côté, je me réjouis que des mesures indispensables mais courageuses aient été adoptées par les instances appropriées de l'INAO et de l'ONIVINS.

Pour ce qui concerne la maîtrise des rendements des vins de pays, je salue les propositions qui ont été faites lors du conseil de direction de Londres qui vont permettre de réduire les rendements de 10hl/ha en tenant compte des spécificités des différents segments de marché et de ne compter les vignes pour le calcul du rendement que la deuxième année à partir de la plantation, c'est à dire seulement à partir de la troisième feuille.

Le nouveau décret modifié en ces termes sera adopté très rapidement afin d'être applicable dès la prochaine vendange.

Pour ce qui concerne les rendements des vignes d'appellations d'origine contrôlée, des efforts sont en cours. En particulier, la limitation du rendement des vignes à vins de table dans les exploitations mixtes est acquise, ce qui permettra d'éviter des dérives inacceptables.

Je souhaite que les syndicats de défense puissent débattre rapidement de l'indispensable fixation de rendement maximum de production de façon à ce que les décrets puissent être modifiés rapidement.

Pour ce qui concerne l'agrément des vins à appellation d'origine contrôlée, il est indispensable de finaliser rapidement les textes d'application du décret afin de mieux asseoir la crédibilité de ces contrôles. Des critiques récurrentes sont faites sur ce sujet aussi bien en France que chez nos acheteurs et des mesures strictes doivent être adoptées afin d'être inattaquables. La rigueur est indispensable pour défendre la notion même d'appellation d'origine contrôlée.

De manière générale, qu'il s'agisse de vins de pays comme de vins d'appellation d'origine contrôlée, l'exigence d'impartialité, d'indépendance, et de transparence des procédures, doit guider vos réflexions.

Le secteur du vin ne saurait durablement à l'avenir s'exonérer de cette préoccupation qui, pour l'agrément comme pour les différentes étapes de la production, est en passe de devenir l'une des conditions d'accès au marché.

Pour ce qui concerne les plantations nouvelles, nous devons être extrêmement lucides. Une pause des plantations est indispensable, pour tous les vignobles dont les indicateurs économiques se sont détériorés au cours de cette campagne, en AOC comme en vins de pays. Des efforts ont été accomplis avec la conception de tableaux de bord plus fiables.

Il convient d'aller plus loin afin de prouver que des marchés sont disponibles pour les vins qui seront mis sur le marché.

Pour cette année, afin de tenir compte de la situation des différents vignobles, j'ai décidé d'octroyer 1.500 ha de droits de plantation pour les vins de pays et 4400 ha pour les vins d'appellation d'origine contrôlée. Cette décision doit permettre d'assurer la croissance des vignobles qui ont des débouchés commerciaux en croissance et permettre d'accompagner les projets des jeunes viticulteurs.

Je rappelle enfin que pour encourager une réelle maîtrise de la production, toutes les aides européennes, et notamment l'aide à l'enrichissement, seront désormais conditionnées par des critères de rendement.

Toutes ces dispositions vont dans le bon sens. Elles doivent être perçues non comme des contraintes administratives supplémentaires mais comme le moyen de préparer l'avenir et d'éviter l'apparition de nouveaux déséquilibre.

Toutefois, il est possible que cette année, elles ne puissent répondre aux difficultés susceptibles de se poser pour la prochaine vendange. C'est pourquoi je vous invite, avec l'appui du directeur de l'ONIVINS, à organiser avec les élaborateurs de jus de raisin et de moûts concentrés l'écoulement de volumes significatifs. Je vous encourage également à poursuivre votre dialogue avec la grande distribution pour que les vins français retrouvent une place plus importante. A cet égard, vous pouvez compter sur mon soutien.

3 - Volet communautaire

Sur un plan communautaire, la nouvelle organisation commune de marché a été adoptée dans un contexte de retour à l'équilibre. Nous avons alors salué cet accord comme une victoire.
Nous avons en effet obtenu la mise en ¿uvre d'outils offensifs qui vont vous permettre la poursuite de la modernisation de nos vignobles. Pour les plantations 2000/2001 la France a obtenu une enveloppe de plus de 100 millions d'euros, soit 670 millions de francs pour poursuivre son effort de restructuration de son vignoble. C'est une somme considérable puisqu'elle représente deux fois le montant de la meilleure des dernières enveloppes nationales mise en ¿uvre au profit de ce secteur.

La mobilisation de ces crédits a connu des difficultés de rodage en première année de mise en ¿uvre. Je vous demande avec les services du ministère et ceux de l'ONIVINS, de réfléchir pour la prochaine campagne à des modalités compatibles avec la réglementation communautaire. Il me semble notamment que, comme cela se fait dans d'autres Etats membres, il serait judicieux de recourir aux versements d'avances. Compte tenu de l'enjeu financier et de l'importance de cette mesure pour la viticulture française, il est nécessaire d'adapter nos procédures pour maximiser les retours communautaires.

Pour ce qui concerne le volet "gestion de marché", je vous rappelle que la France a voté contre le règlement d'application.

Pour la prochaine campagne, j'ai demandé des adaptations sur 3 points :

- le report de la date limite de souscription des contrats du 1er septembre au 1er octobre,
- la limitation de l'accès à la distillation d'alcool de bouche à 30% de la vendange par producteur, au lieu de 40 % actuellement,
- la suppression de la distillation à façon.

J'espère que nous pourrons obtenir ces améliorations du dispositif de gestion de la distillation "alcool de bouche" dès la prochaine campagne.

Au-delà, nous devons réfléchir à des adaptations à apporter au règlement du Conseil de façon à ce que les Etats membres puissent accéder équitablement à la distillation "alcool de bouche". Je souhaite que des contacts soient pris avec nos partenaires pour rechercher avec eux une amélioration de l'OCM. Nous devons avoir quelques objectifs simples :

- obtenir que les Etats membres puissent rendre obligatoire la distillation de crise et appliquer un barème permettant de pénaliser les hauts rendements ;
- mettre en place un dispositif de couplage des deux distillations permettant au viticulteur de déduire les volumes livrés à la distillation alcool de bouche des quantités qu'il doit livrer à la distillation de crise.

Toutefois, dans le contexte actuel, nous devons trouver des alliés, ce qui va nécessiter des contacts approfondis. En effet, le climat n'est pas à Bruxelles à lancer des réformes coûteuses pour soutenir des marchés en déséquilibre.

Vous pouvez également compter sur la détermination de la France pour ce qui concerne le règlement étiquetage : nous ne pouvons pas accepter la banalisation de mentions qui font le renom de nos vins au risque de perdre tout argument pour les protéger dans la négociation internationale.

4 - Rapport BERTHOMEAU

J'ai beaucoup parlé d'aujourd'hui, des difficultés auxquelles nous sommes confrontés. C'est normal, c'est important pour des milliers d'exploitations petites ou moyennes qui ont des fins de mois à boucler. Je voudrais maintenant vous parler de l'avenir.

Je ne vais pas sortir de mon chapeau une solution toute faite, mais je vais vous proposer une méthode et un calendrier pour construire notre projet pour l'avenir, définir notre cap et nous y tenir.

C'est pourquoi j'avais chargé Jacques BERTHOMEAU d'une mission sur le positionnement stratégique de nos différents types de produits sur le marché mondial. Un effort important de clarification de notre offre s'impose pour la rendre plus simple, plus lisible et à clairement afficher une hiérarchie au sein de nos vins de pays. Une identité spécifique au service des vins de pays doit être mise en ¿uvre car ces produits souffrent aujourd'hui d'une hétérogénéité incompatible avec les exigences de la distribution, surtout en comparaison avec leurs compétiteurs.

La contribution de Jacques BERTHOMEAU me sera remise dans les tout prochains jours et je souhaite qu'elle puisse servir de base à une réflexion constructive entre tous les opérateurs de la filière, de l'amont comme de l'aval.

5 - Plan pluriannuel d'adaptation

Je suis convaincu que c'est à la faveur des crises que les tabous peuvent tomber et permettre ainsi de retrouver un nouveau consensus.

En effet, le paysage de la viticulture mondiale change vite et la visite que j'ai pu faire à VINEXPO m'a impressionné : nous devons réagir faute de quoi nous risquons les pires déconvenues. Je considère que notre travail est plus qualitatif que quantitatif. Nous devons nous donner les moyens d'attaquer les différents segments de marché avec des outils appropriés. Pour cela, je propose à la filière viticole de s'engager dans la mise au point d'un plan d'adaptation de la viticulture afin de tracer des perspectives.

Dans ce travail, nous devons correctement évaluer nos forces et nos atouts mais aussi nos difficultés, nos incohérences et nos faiblesses. Sans complaisance.

Mon ambition est de permettre que ces mutations ne soient pas subies mais maîtrisées et conduites en concertation avec la profession.

Il ne faut pas chercher de boucs émissaires. Bien sûr certains ont leur part dans vos difficultés que ce soit le comportement de grande distribution, les importations, voire les politiques de santé publique¿). Mais il vous faut commencer par balayer devant votre porte et affronter les réalités tout au long de la filière.

Elles se trouvent d'abord à l'amont. Une grande partie du vignoble doit encore être restructuré et il faut poursuivre, voire accélérer dans ce domaine l'effort engagé : la nouvelle OCM, malgré ses difficultés de mise en place, va vous y aider.

Mais au-delà de l'encépagement, les vignerons ont aussi leur part de responsabilité. Dans la façon de conduire les vignes, d'organiser la fourniture des raisins dont les caves ont besoin, dans la maîtrise de la qualité qu'elles sont en droit d'exiger, d'énormes progrès sont à accomplir.

Je souhaite insister ici sur la nécessité de contrôler réellement les rendements et de s'interdire catégoriquement les transferts de vendanges. Sur ce dernier point, il est indispensable que les professionnels aient conscience que ceux qui trichent font du tort à tous les vignerons.

Si de tels comportements persistent, alors il n'y aura effectivement qu'un avenir sombre pour la viticulture.

Mais il est évident que beaucoup de viticulteurs sont convaincus des efforts à faire dans ce domaine : il faut, de façon urgente, mettre en place un système suffisamment incitatif et pédagogique pour entraîner dans la bonne direction l'ensemble de la profession.

Cela repose d'abord sur une poursuite des progrès techniques qui passe probablement par un meilleur encadrement des viticulteurs sur le terrain. C'est en effet d'abord dans les vignes que la qualité se construit. Le CTE est un outil bien adapté à cette évolution. Je me réjouis que certains grands départements viticoles aient su se saisir de cet instrument pour accompagner l'évolution de leur vignoble. Je constate que certains réfractaires après avoir longtemps bloqué le mouvement dans leur département commencent à se mobiliser.

Cela repose aussi sur une gestion nationale du potentiel de production. La réserve nationale de droits qui va être mise en place devra participer à cette orientation.

Les caves coopératives doivent être le vecteur de cette nouvelle étape du progrès technique dans les vignobles et de l'adaptation des exploitations. Sinon elles trahiraient la cause qui est la leur. Des fédérations de caves ont entamé ce mouvement permettant de définir une stratégie que l'Etat et les collectivités territoriales pourront accompagner.

Mais notre inadaptation est aussi nette en ce qui concerne l'aval de la filière.

La poursuite de l'investissement industriel et de la restructuration des caves est indispensable.

Là encore, le réseau coopératif a un rôle majeur à jouer.

Je propose que l'Etat accompagne la réflexion locale en participant au financement d'audits des filières régionales à l'instar de ce que le Président Verdier a engagé dans le département du Gard . j'ai obtenu qu'une dotation spécifique soit attribuée à l'ONIVINS pour cela.

Le travail qui devra être conduit, dont je souhaite qu 'il associe le plus largement possible les responsables professionnels locaux, devra bien entendu faire une large place à l'impératif de consolidation commerciale.

Il est désormais évident, face à la montée de la concurrence internationale, qu'un handicap majeur de notre filière réside dans la faiblesse de nos structures commerciales.

Sans capacité de mobiliser les capitaux nécessaires au développement marketing et commercial, nos opérateurs n'ont pas la taille critique pour disposer d'une gamme et imposer une marque. Les entreprises françaises doivent évoluer, se regrouper, s'adapter.

S'il n'est pas dans le rôle de l'Etat de prendre l'initiative d'un montage ou d'un autre, il doit pouvoir accompagner les efforts de ceux qui intègrent cette exigence et sont prêts à investir.

Ces démarches locales devraient aboutir à des schémas d'adaptation dont la mise en cohérence, d'abord par grand bassin de production, puis au niveau national débouchera sur ce que j'ai appelé le plan d'adaptation de la viticulture française. Je vous propose de le finaliser pour la fin de l'année.

C'est au prix de ce travail d'organisation, qui naturellement doit être ouvert au secteur du négoce non coopératif, que des perspectives crédibles de maintien de nos parts de marché pourront être envisagées.

Ce n'est que si je dispose de ces éléments de stratégie que je pourrai à plaider à Matignon l'octroi des concours nécessaires pour restructurer les entreprises viticoles et accompagner leurs efforts à l'exportation. Je vous invite à cet égard à éviter de retomber dans les écueils passés. Ce n'est qu'au prix d'un effort de conception bien mené que nous pourrons disposer d'un outil pérenne, gage premier de son efficacité. Je demande au directeur de l'ONIVINS de se mobiliser sur ce dossier.

Naturellement, tout cela nous impose de clarifier le positionnement de notre production, ou plutôt de nos productions.

Pour cela, il faut sans tabou accepter de remettre en cause nos certitudes. Cela ne signifie pas bien au contraire qu'il faille nous rallier à une sorte de " pensée unique " du style de vin et du mode de commercialisation imposée par nos concurrents.

Mais cela suppose, bien entendu, d'être en mesure d'emporter l'adhésion de tous les types de consommateurs face à cette nouvelle concurrence.

Je suis convaincu de votre savoir-faire viticole, de votre dynamisme et de la capacité d'évolution de vos entreprises. Je vous demande de faire taire vos différences et vos oppositions pour définir une stratégie pour la viticulture française. 80.000 familles de vignerons dépendent de ce projet.

Je vous remercie et à bientôt.

(Source http://www.agriculture.gouv.fr, le 24 juillet 2001)

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