Interview de M. Jean-Claude Gayssot, ministre de l'équipement, des transports et du logement, à RTL le 27 juillet 2001, sur les dispositifs en matière de sécurité routière, la reprise d'AOM-Air Liberté, la remise en fonction de l'avion Concorde . | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Claude Gayssot, ministre de l'équipement, des transports et du logement, à RTL le 27 juillet 2001, sur les dispositifs en matière de sécurité routière, la reprise d'AOM-Air Liberté, la remise en fonction de l'avion Concorde .

Personnalité, fonction : GAYSSOT Jean-claude, ARZT Richard.

FRANCE. Ministre de l'équipement, des transports et du logement

ti : R. Arzt - C'est demain le week-end les vacanciers du mois de juillet vont croiser ceux du mois d'août. Les dispositifs de contrôle, radars et autres ont été renforcés ?

- "Oui, il y a des renforcements tous les week-ends , et en particulier celui-ci, puisqu'il va y avoir un monde fou sur les routes, avec des problèmes de bouchons, d'embouteillages... Mais il y aura surtout des risques pour la sécurité et la météo ne risque pas d'arranger les choses. Donc, il y a tout le dispositif de la présence humaine des forces de l'ordre - 20 000 policiers et gendarmes - avec du matériel. Il y a, effectivement, du matériel nouveau à leur disposition : 2 000 radars, dont 600 radars au laser, qui, même à distance, peuvent flasher un excès de vitesse à 200 ou 300 mètres. Il y a aussi des éthylotests électroniques en plus grand nombre. Donc, premièrement, une présence renforcée et deuxièmement, des contrôles, qui ne sont pas faits pour embêter les gens, mais pour les encourager à respecter les règles du jeu. J'ajoute que ceux qui ne respecteront pas les règles du jeu, sont non seulement passibles de sanctions - des amendes, ce qui est prévu normalement - mais aussi de la rétention immédiate du permis de conduire pour des excès d'alcoolémie ou des excès de vitesse de 40 km/h."

Cette semaine, on a eu connaissance, par Le Canard enchaîné, d'une étude du Conseil général des Ponts et Chaussées, qui indique que sur cent comportements susceptibles de provoquer un accident, un seul est réellement sanctionné.

- "Effectivement, il y a un million de kilomètres de routes alors vous ne pouvez pas avoir un gendarme tous les kilomètres - et ça ne suffirait pas pour repérer tout le monde. En réalité, cette étude - ce qui prouve que nous travaillons sur ces questions, puisque c'est le Conseil général des Ponts et Chaussées - a été faite à partir de 1998 et c'était le moment où il y avait le moins de présence..."

...cela a complètement changé depuis ?

- "Cela a évolué. Je vous ai parlé des moyens supplémentaires et ces moyens sont allés croissant : maintenant, nous avons des véhicules banalisés qui se baladent sur les routes. Il y a une croissance très forte du nombre de contrôles et évidemment, du nombre de sanctions.

P. Lunardini, le nouveau ministre italien des Transports dans le gouvernement de Berlusconi, vient de proposer de porter jusqu'à 160 km/heure la limite de vitesse sur autoroute au lieu de 130. Il explique que la fréquence des accidents est plus élevée en ville que sur les autoroutes.

- "Il est vrai que sur les autoroutes, la fréquence des accidents, toute proportion gardée, est moindre : nous tuons cinq fois moins sur les autoroutes de France que sur les routes nationales ou départementales. Mais si on parle autoroute, en Allemagne, on se tue deux fois plus qu'en France, parce qu'il n'y a pas de limitation de vitesse sur les autoroutes ; personne ne le dit ! On voit bien que la vitesse est un élément du risque et en plus, un facteur aggravant."

Donc, vous n'êtes pas d'accord avec ce ministre italien ?

- "Non, je crois qu'une vitesse raisonnable et une distance entre véhicule sont tout à fait nécessaire, si l'on veut éviter les accidents et les accidents graves."

On attend aujourd'hui le jugement du tribunal de commerce à propos d'AOM -Air Liberté. Ce sera soit la liquidation soit la cession à l'un des candidats repreneurs. Vous préférez que ce soit la cession ?

- "Evidemment. La liquidation serait catastrophique pour des milliers et des milliers de personnel, pour un potentiel utile au transport aérien. Je le dis depuis le début : d'abord, qu'il y ait des repreneurs fiables et pérennes ; je l'ai dit dès le départ et le tribunal, en quelque sorte, l'a confirmé hier, même si aujourd'hui, des ajustements doivent être faits pour cette reprise."

Il existe deux repreneurs ?

- "Il existe deux repreneurs. Donc, il faut un projet à la fois viable et pérenne, qui s'inscrive dans une perspective de développement ; un projet qui soit accepté par les salariés, et une condition qui est, qu'au côté d'Air France, la compagnie nationale, il y ait un autre pôle pour l'aménagement du territoire, pour la desserte des Dom-Tom, et également pour le transport touristique, les charters, etc. Il y a de la place. Aujourd'hui, j'espère que la cession sera faite et qu'il n'y aura pas de liquidation."

Dans un premier temps, vous avez mis en cause le principal actionnaire, E. -A. Seillière. Vous le faites moins maintenant ?

- "J'ai toujours dit et je continue à le dire : les actionnaires doivent assumer leurs responsabilités. Il n'est pas juste que, parce qu'il y a eu des fautes et des erreurs de stratégie, des erreurs industrielles et de développement, que les actionnaires se retirent comme ça, sur la pointe des pieds, en n'assumant pas leurs responsabilités. SwissAir a fait savoir qu'elle participerait, elle semble s'engager dans cette démarche de prise en compte de ses propres responsabilités."

On a parlé du Concorde à l'occasion de l'anniversaire de l'accident. Quels éléments vous sont encore nécessaires pour redonner le certificat de navigabilité ?

- "Depuis le tragique accident, il y a un an, les Bureaux d'enquête accidents ont beaucoup travaillé et il faut d'ailleurs saluer leur travail qui est considérable. J'avais mis en place un groupe de travail commun avec les Anglais et les Français : il y a aussi bien les compagnies aériennes que les constructeurs, les Bureaux d'enquête accidents..."

...et alors, conclusion ?

- "Ils ont beaucoup travaillé et il reste encore des essais à faire. Nous sommes partagés, entre les Français et les Anglais, sur les essais et les modifications à préconiser et ainsi de suite... Les essais concernent les risques au feu et également les problèmes de pompage, c'est-à-dire les ratés de moteur qui peuvent exister quand il y a injection de carburant. Cela doit être fait dans les toutes prochaines semaines. Une fois fait, les constructeurs, les Bureaux d'enquête accidents et les aviations civiles me donneront les éléments nécessaires. Ensuite, dès lors qu'il sera confirmé qu'avec les modifications qui interviendront sur les appareils, c'est-à-dire que tant que les modifications ne seront pas faites, il n'y a aura pas de rétablissement global du certificat de navigabilité, il se fera appareil par appareil. Je pense que fin août ou fin septembre, les premiers appareils qui auront été modifiés, pourront faire leur vol d'endurance."

Le bureau de l'Assemblée nationale a décidé de transmettre aux juges les déclarations de patrimoine de J. Chirac : vous pensez que cela contribue à faire progresser la transparence en politique ?

- "Il y a eu une demande au bureau de l'Assemblée nationale. J'ai répondu avant hier soir, en disant que l'Assemblée nationale est souveraine pour savoir ce quel a à faire. Je suis pour la transparence mais je ne voudrais pas, qu'avec cette question des affaires, soit éludé l'essentiel des enjeux du débat politique profond dans lequel le pays doit s'engager..."

Quand vous entendez les députés de l'opposition qui demandent la publication des déclarations de patrimoine des membres du Gouvernement.

- "Moi, je suis tranquille. On pourra faire ensuite une hiérarchie pour savoir où sont les riches et où sont les moins riches. Tout le monde peut aller consulter les déclarations d'impôts - je le dis au passage car les gens ne le savent pas -, on n'a pas le droit de les communiquer, de les publier mais vous pouvez aller voir combien M. Richard gagne."

Mais là je parlais de J.-C. Gayssot !

- "Et même pour J.-C. Gayssot, ils peuvent aller voir combien je gagne... Et si vous voulez, on échange..."

Merci, j'y réfléchirais...

(source http://sig.premier-ministre.gouv.fr, le 30 juillet 2001)

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