Déclaration de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, sur les nouvelles technologies de l'information dans l'enseignement, Hourtin le 20 août 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jack Lang, ministre de l'éducation nationale, sur les nouvelles technologies de l'information dans l'enseignement, Hourtin le 20 août 2001.

Personnalité, fonction : LANG Jack.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

Circonstances : Université d'été de la communication à Hourtin le 20 août 2001

ti : Mesdames, Messieurs,

Merci au CREPAC d'Aquitaine et à La Ligue de l'Enseignement de nous réunir une nouvelle fois à Hourtin, pour réfléchir ensemble à l'avenir de notre société, de notre école et à la défense de ses valeurs.

Voici quatre ans, ici même, Lionel Jospin annonçait un changement de cap volontaire et radical en faveur des nouvelles technologies de l'information et de la communication. Il était temps - grand temps - de prendre la mesure de l'urgence, de rompre avec le laisser-aller, de s'arracher à l'immobilisme et de sonner l'heure de la mobilisation de l'Etat, des collectivités locales, des entreprises, des particuliers, des chercheurs et des créateurs. Neuf milliards de francs ont depuis lors été engagés, six chantiers prioritaires retenus : l'enseignement, la culture, la modernisation des services publics, les entreprises, l'innovation technologique et la régulation. Trop longtemps lanterne rouge en Europe, la France est aujourd'hui en mouvement, en action et en changement. Quatre ans après, constatons les résultats : toutes les administrations, toutes les écoles sont équipées, l'usage d'Internet s'est répandu dans les entreprises et chez les particuliers. Plus que jamais pourtant, nous ne devons relâcher l'effort, mais au contraire accélérer la marche des transformations.

Pourquoi cette fièvre, cet emballement qui s'en sont suivis ? Il ne s'agissait pas de céder à une mode. C'était bien sûr une question vitale pour notre économie, pour nous adapter et même anticiper sur les changements qui s'opéraient partout. Mais sans doute plus que tout, il fallait entrer résolument, avec détermination dans une véritable révolution culturelle.

J'ai toujours pensé qu'il valait mieux s'emparer des innovations technologiques plutôt que d'être gouverné par elles. En 1984, alors Ministre de la Culture, j'avais moi-même été à l'origine de la création d'une agence pour les nouvelles technologies dans le domaine des Arts et de la Culture, agence qui a permis le foisonnement des réalisations françaises d'images de synthèse, de musique numérique et de jeux vidéo. Lorsque avec François Mitterrand, nous avons lancé le projet de la Bibliothèque Nationale de France, nous avons souhaité qu'elle soit entièrement numérisée, pour être autant une bibliothèque immatérielle accessible au monde entier qu'un bâtiment installé sur une rive de la Seine.

Au demeurant, les arts ont souvent été, depuis la dernière guerre mondiale, à l'avant garde du croisement entre recherche scientifique, culture et technologie. L'utilisation très ancienne de l'électronique par des compositeurs tels Bério, Boulez, Xenakis, Schönberg, Pierre Henri, ou par des chercheurs tels que Pierre Schaeffer au laboratoire de recherche de l'ORTF, donne aujourd'hui à la musique techno française une originalité mondialement reconnue. Le maniement dans les arts plastiques d'outils numériques tels que les palettes graphiques, les stations 3D, les scanners, fut également très tôt source d'une très grande créativité.

Ministre de l'Education nationale en 1992, j'avais créé auprès de moi une délégation chargée des nouvelles technologies et de l'audiovisuel. Après avoir mis sur rails ARTE, je décidais alors d'affecter la partie diurne du 5ème réseau à une chaîne éducative, que le CSA de l'époque avait malheureusement refusé. Il faudra qu'une loi en imposât, un an plus tard, la création.


Une nécessité pour l'enseignement

Là encore, interrogeons nous ! Pourquoi l'Ecole devrait-elle être au premier rang de ceux qui adoptent cette révolution numérique ?

1/ C'est d'abord parce que l'Ecole doit être un instrument d'égalité culturelle et éducative. Elle doit donner à tous les jeunes les compétences nouvelles indispensables aux exigences de la vie moderne. L'école est donc bien un pivot de la société de l'information et constitue encore l'environnement privilégié de familiarisation aux nouvelles technologies.

Ce qui semblait être un effort est devenu une évidence, surtout pour les jeunes. La plupart d'entre eux ont grandi avec l'ordinateur personnel, avec l'explosion du nombre de chaînes de télévision, avec l'installation du numérique et le règne du virtuel. Mais il reste bien des efforts à faire pour rendre accessible des outils qui restent trop souvent chers, réservés à quelques uns. Mais est-ce à dire que démocratiser l'accès aux nouvelles ressources suffira ? Est-ce à dire que chacun aura plus largement accès à la connaissance ? Rien n'est certain. On sait la force des inégalités en la matière, et la vitesse avec laquelle elles s'installent.

C'est cette même exigence d'égalité qui me conduit à souhaiter l'accès par le public aux équipements multimédia installés dans les écoles, en dehors des heures scolaires. Dans la mesure ou l'organisation logistique le permet, l'école doit s'ouvrir et devenir un lieu d'accès aux savoirs pour tous. Des expériences ont déjà eu lieu dans certains établissements de Strasbourg ou dans le Département des Pyrénées Atlantiques. Je souhaite que ces dispositifs se généralisent.

2/ C'est aussi parce que les technologies de l'information sont un instrument de transformation de la pédagogie dans toutes les disciplines. En France, le conseil national des programmes et l'Inspection Générale de l'Education Nationale ont identifié les contributions de ces technologies à l'enseignement.

Elles font partie intégrante de la discipline à enseigner : en sciences, en technologies industrielles ou tertiaires.

Elles constituent un outil de travail pour les enseignants comme pour les élèves : pour effectuer des recherches documentaires sur Internet ; pour produire des documents utilisés dans les classes ; pour échanger des informations et travailler en équipe grâce aux messageries ; pour s'auto-former et s'auto-évaluer.

Elles permettent d'enrichir le contenu pédagogique et donnent accès à de nouvelles méthodes ou de nouveaux champs de connaissances : méthodes de simulation, en science et en économie ; techniques de calcul numérique et de représentation graphique en mathématiques.

Elles modifient les relations pédagogiques maître-élève pour favoriser une pédagogie différenciée soucieuse du parcours individualisé de chaque élève.

3/ C'est enfin parce que les enjeux économiques et culturels sont considérables et touchent à un certain nombre des fondements de l'école républicaine :

Je veux parler de l'importance que représente l'éducation et la formation face aux logiques marchandes et financières de grands groupes qui veulent imposer leur loi.

Je veux parler aussi de la confusion croissante entre information et savoir, qui conduit progressivement à privilégier la première en lui attribuant des valeurs fondamentalement dépendantes de leur moment et de leur durée d'usage.

S'engager résolument dans ce changement culturel était le signe du refus de l'immobilisme et de la fatalité. Il n'aurait pas été concevable qu'une institution comme l'Education nationale, avec ses 12 millions d'élèves et son million d'enseignants, soit étrangère à cette révolution technologique. Certes ces bouleversements peuvent constituer un risque redoutable pour notre culture. Ce risque est évitable quand on se montre volontaire et ambitieux, quand on maîtrise les techniques sans en être les esclaves. D'autres bouleversements technologiques et intellectuels du passé, tels l'imprimerie ou le cinéma, nous montrent l'exemple. C'est une formidable occasion de renouveau intellectuel et de transformation des modes de diffusion et de propagation des idées.

Notre engagement pour la société de l'information est une chance nouvelle pour l'école. C'est un choix de société, c'est un choix de civilisation, et c'est un choix de gouvernement qui doit être une source de fierté collective.


Etat des lieux des nouvelles technologies dans l'enseignement

Conformément aux directives données par le plan de Lionel Jospin, la politique entreprise a permis de fédérer les dynamismes des enseignants, des parents d'élèves et des collectivités locales. Elle a été initiée par mes prédécesseurs, Claude Allègre et Ségolène Royal. J'ai décidé de l'amplifier. La France figure dorénavant dans le peloton des pays les mieux placés en matière d'équipement, de connexions et de contenus pédagogiques multimédia, en conformité avec les objectifs définis par la Commission européenne.

1/ Dans l'enseignement scolaire, l'action engagée porte sur plusieurs points.

Tout d'abord, le développement des équipements et la mise en réseau des établissements et des écoles. Grâce aux interventions considérables des collectivités locales en complément des fonds injectés par l'Etat, les taux d'équipements ont connu une progression spectaculaire. L'Etat a également apporté son soutien indirect aux collectivités, en débloquant 270 millions de francs auprès de la Caisse des Dépôts et Consignations.

Pour ne citer que quelques chiffres, l'évolution du parc d'ordinateurs a été la suivante :
Au lycée, de 12 élèves par ordinateur à 6 élèves par ordinateur

Au collège, de 26 élèves par ordinateur à 14 élèves par ordinateur

A l'école, de 100 élèves par ordinateur à 23 élèves par ordinateur

Le taux de connexion à Internet est quant à lui de près de 100% dans les lycées et collèges et de 50 % dans les écoles alors qu'il était négligeable auparavant.

Constatant le retard en équipement dans certaines écoles, j'ai décidé, dés mon arrivée, d'allouer un montant supplémentaire de 70 millions de francs annuels pour aider les communes qui ne pouvaient pas investir suffisamment dans ces matériels. Le rattrapage de ce retard sera achevé avant la fin de l'année scolaire.

Faut-il aller plus loin et imaginer des formules nouvelles ? L'action pionnière menée par le Département des Landes et son président Henri Emmanuelli, pour équiper de façon systématique ses collégiens en ordinateurs portables, me semble intéressante à cet égard. Nous y apportons tout notre soutien pédagogique en mobilisant nos équipes pour réussir cette opération.


Notre ambition n'est pas simplement de faire progresser le taux d'équipement mais de s'assurer que le multimédia est effectivement utilisé par les professeurs dans leurs enseignements. Cet enrichissement de la pédagogie réclame :

- Un soutien actif à la production et à la diffusion de contenus pédagogiques multimédias en partenariat avec les ministères de la Recherche, de l'Industrie et de la Culture. Cette action se traduit par des aides à l'industrie et à la recherche en multimédia pédagogique. Elle consiste également à financer des contenus numériques et à les diffuser dans les établissements. Environ 75 projets ont été soutenus directement pour un total de 15 millions de francs de subventions et 1200 produits (CD-ROM, DVD) ont pu être expertisés dont 357 ont reçu le label Reconnu d'Intérêt Pédagogique.
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- Un plan ambitieux de formation des personnels enseignant et d'encadrement. Notre action porte tant sur la formation initiale que sur la formation continue avec un plan d'urgence immédiatement mis en ¿uvre dans les IUFM.
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Le plan que j'ai décidé pour la rénovation de la formation initiale des maîtres, fixe comme objectif que tout futur enseignant, à sa sortie de l'IUFM, maîtrise ces nouveaux outils et sache les intégrer dans sa pratique pédagogique. Le programme national élaboré par la commission présidée par M. Philippe Meirieu intègre ces obligations. A terme, ces compétences pourront être validées par un certificat. La mise en ¿uvre du plan pluriannuel de recrutement des nouveaux enseignants nous offre une opportunité considérable pour sensibiliser et former les enseignants à l'utilisation de ces nouveaux moyens pédagogiques.

En outre, les actions de formation continue, réalisées depuis 1998 sur ces sujets, représentent ainsi entre le quart et le tiers des stages proposés dans les plans de formation académiques, contre moins de 5% auparavant.

La mobilisation et l'ouverture d'esprit dont ont fait preuve les enseignants de toutes générations sur ces sujets me semblent en tous points remarquable. Je suis très impressionné par la rapidité avec laquelle les maîtres se sont adaptés à ces bouleversements et se sont montrés prêts aux expériences nouvelles. Nous sommes ici aux antipodes des clichés habituellement propagés sur le prétendu conservatisme des enseignants.


La création du Brevet informatique et Internet. J'ai décidé en juin 2000 de créer ce certificat, pour les élèves des écoles et des collèges, attestant de leurs compétences dans l'utilisation des ordinateurs et d'Internet. Il faut qu'à court terme les élèves sachent naviguer sur Internet comme ils devraient savoir écrire et nager. J'ai remis ces premières attestations au cours du salon de l'éducation de l'année dernière. Les brevets commencent maintenant à être décernées dans de nombreuses écoles et collèges. Le dispositif se généralise et sera rendu obligatoire en 2002-2003 dans tous les établissements.

Je souhaite maintenant que ce type de certification soit étendu à d'autres ordres d'enseignement. J'ai donc décidé :
- dans les GRETA, pour la formation continue des adultes, la création d'un certificat analogue au brevet Informatique et Internet. Ce nouveau dispositif sera opérationnel dès la rentrée 2001.
- dans l'enseignement supérieur, la création d'un certificat de compétences en informatique. Ce certificat permettra d'attester la maîtrise des outils et de leur usage par les étudiants dans le cadre de leurs études. Des premières expérimentations devraient se mettre en place au cours de la prochaine année universitaire.


L'implication forte des TIC dans les réformes et les nouveaux programmes d'enseignement. Tous les nouveaux programmes des différentes disciplines comportent désormais une composante nouvelle technologie. C'est bien évidemment le cas pour les sciences, mais aussi en histoire/géographie, en français et en langues. C'est la traduction concrète du fait que les TIC constituent un outil pédagogique formidable pour enrichir le contenu de chaque discipline. Les réformes que j'ai annoncées sur le collège ou dans les lycées à travers les itinéraires de découverte et les TPE (Travaux personnels encadrés) incluent toutes une composante sur les nouvelles technologies.

En outre, le "cahier d'exigences" qui dessinera l'idéal éducatif du collégien et qui définira les connaissances et les compétences que l'élève doit maîtriser en quittant le collège, devra bien évidemment inclure ces notions. Il en ira de même dans le nouveau programme de l'école maternelle et primaire actuellement en rédaction et qui sera soumis à la consultation des maîtres à l'automne prochain.


Une meilleure visibilité des projets innovants impliquant les TIC. Depuis ma prise de fonction, j'ai découvert avec beaucoup d'intérêt le foisonnement d'initiatives des enseignants qui consacrent beaucoup de temps et d'énergie à ces sujets. Il importait de repérer ces initiatives, de les valoriser et de mutualiser l'expérience acquise. J'ai décidé la constitution d'une base de données, maintenant réalisée, de 2000 établissements pilotes, accessible à tous les enseignants qui peuvent librement s'en inspirer dans leur propre pédagogie.


La réforme du CNED (Centre National d'Enseignement à Distance) et du CNDP (Centre National de Documentation Pédagogique). Ces deux organismes sont profondément touchés par ces mutations technologiques. J'ai donc souhaité qu'ils se réorganisent. Un certain nombre de chantiers sont en cours.

Au sein du CNED, c'est la mission d'enseignement à distance qui est repensée pour tenir compte d'Internet et de la mise en ligne des cours. C'est aussi le partenariat du CNED avec les universités qui se développe autour des campus numériques.

Au sein du CNDP, dirigé par Claude Mollard, dont la mission est d'assurer la production et la diffusion d'outils pédagogiques auprès des enseignants :
- le développement de son rôle d'éditeur multimédia en ligne (des sites Internet et des banques de données) et hors ligne (DVD et CDRom); cette politique éditoriale doit se faire dans une cohérence qui sera assurée par un comité de l'édition ;
- un renforcement de la diffusion des productions du CNDP par la multiplication des co-éditions et co-diffusions avec des éditeurs privés (livres et multimédia) ;
- une relance de la production et de la diffusion de la Télévision scolaire en partenariat avec la Cinquième, voire d'autres chaînes de télévision ;
Enfin, un projet de filiale commune au CNED et au CNDP est à l'étude et devrait permettre d'apporter aux enseignants et aux élèves à la fois des cours et des outils pédagogiques à distance ; cette filiale devrait intervenir au plan international.
2/ Dans l'enseignement supérieur, j'ai souhaité amplifier les efforts du ministère en matière d'enseignement à distance et de ressources multimédias.

Pour l'enseignement à distance, j'ai lancé depuis ma prise de fonction deux appels à projets dans lesquels 93 projets portés par des universités ont été retenus (27 en 2000 et 66 en 2001). Il s'agit d'un enjeu stratégique pour la France pour structurer une offre nationale de formation supérieure à distance compétitive au niveau international : 70 millions de francs ont été consacrés cette année à ces opérations par le Ministère de l'Education nationale, celui de la Recherche ainsi que la Datar. J'ai le plaisir de voir que les premiers campus numériques (au nombre de 7) démarreront dès la rentrée universitaire 2001 : en économie/gestion, en droit des affaires, en droit, en mécanique ou en sciences de l'ingénieur.

J'ai lancé un serveur Internet d'information "formasup". Il présente l'offre de formation à distance française et donne accès à de nombreuses ressources sur le sujet.


Un autre champ de développement des TIC dans le supérieur concerne le développement des ressources multimédias dans les cursus de formation. Je pense notamment aux réalisations auxquels le ministère s'est associé :
-à "Canal U" qui constitue la Web Télévision des universités françaises ;
-aux "Amphis de la 5ème" dispositif interactif qui propose une diffusion en ligne de ses émissions 24h sur 24 ;
-ou bien encore à "EducaSup" qui propose des outils pédagogiques numériques réalisés pour l'enseignement supérieur.


Le développement de nouvelles formations : De nouveaux diplômes vont être créés dans de nombreuses universités dés la rentrée prochaine qui intégreront les nouvelles technologies comme par exemple des DESS ou des licences professionnelles sur les métiers de l'Internet (webmaster, concepteur de services sur Internet).

Par ailleurs le gouvernement a décidé la création de deux écoles de l'Internet pour former des ingénieurs spécialisés. Ces écoles se mettent en place actuellement à Marseille et à Bourges.

Une impulsion nouvelle

Nous n'en resterons pas là. Si l'action gouvernementale en faveur de la société de l'information a pris son essor dans notre système éducatif, je veux donner une impulsion nouvelle à l'usage des technologies de l'information et de la communication à l'école.

1/ Nous souhaitons désormais faire porter la priorité de notre action sur l'usage des technologies multimédia en construisant un espace numérique accessible librement par tous les enseignants et tous les élèves.

A cette fin j'ai engagé le Ministère dans des négociations de partenariats et d'accords avec des fournisseurs de contenus et de services multimédias, de façon à rendre accessible librement et gratuitement des outils et des données à l'ensemble de la communauté éducative. Un certain nombre d'accords sont déjà signés ou en passe de l'être. Sans vouloir être exhaustif, je souhaite mentionner l'Institut Géographique National pour la mise à disposition de bases cartographiques, le CNED et les éditions Champions pour une base de texte littéraires, ou encore IBM pour les logiciels de bureautique et d'enseignement à distance. Dans tous les cas, l'Education nationale a imposé des conditions conformes à ses exigences de gratuité et de neutralité. Vous trouverez la liste exhaustive de ces accords dans le communiqué de presse qui suivra mon intervention. Je voudrais néanmoins insister sur des opérations qui me semblent très représentatives de ce que je souhaite généraliser concernant la mise à disposition de données numériques pour les établissements scolaires.

Louvre.edu : Le Ministère a passé un accord avec le musée du Louvre et les Pages Jaunes Editions de façon à rendre accessible en ligne l'ensemble des ¿uvres du Louvre accompagnées de notices pédagogiques. Il s'agit véritablement d'un outil moderne pour les enseignants et les élèves favorisant une approche interactive et pluridisciplinaire. Elle s'intègre parfaitement dans les mesures que j'ai prises pour les TPE au lycée et les itinéraires de découvertes dans ma réforme du collège. J'enverrai dans les jours qui précèdent la rentrée scolaire un courrier électronique à l'ensemble des chefs d'établissements (collèges et lycées) leur annonçant la possibilité d'accéder aux services de Louvre.edu.


L'enseignement des langues. J'ai initié un vaste plan pour l'enseignement des langues étrangères dans le primaire et le secondaire. J'ai décidé que soit mis en place un site Internet sur l'apprentissage des langues à l'école. Ce site conçu en priorité pour les enseignants du primaire constituera un centre de ressources et de renseignements utiles à leurs pratiques pédagogiques, sur le modèle de ce qui existe déjà pour l'enseignement des sciences avec "La Main à la Pâte".

L'apprentissage des langues permet de comprendre l'apport pédagogique de ces nouveaux outils : auto-correction, auto progrès et source forte de motivation pour les jeunes. Quoi de plus motivant et enthousiasmant que de dialoguer avec des élèves étrangers grâce aux messageries électroniques ou d'être capable de lire et de comprendre des documents présents et librement accessibles sur Internet ! Un exemple : la lettre que j'ai reçue récemment d'un professeur d'anglais à Redon, Mme Ropars, qui m'exprimait l'ardeur et l'impatience des élèves face à cette nouvelle façon d'apprendre.

Je veux encore accroître les sources d'information et de documents disponibles pour l'enseignement des langues étrangères. Le ministère négocie un accord avec la BBC permettant aux élèves et aux enseignants du second degré et des IUFM de recevoir les chaînes de la BBC et de procéder à leur enregistrement pour leurs besoins pédagogiques dans l'apprentissage de l'anglais. Je souhaite maintenant que ce type d'accords puisse se faire avec d'autres pays.


Ce dernier point me conduit naturellement à aborder la délicate question des droits d'auteurs. Le ministère a entrepris un important travail de concertation afin de résoudre, en amont, les problèmes de droits d'auteur. Ceci de manière à respecter les auteurs pédagogiques innovants, mais aussi parce que la sécurité juridique sur les projets de création multimédia est un argument de compétitivité. A ce titre, un accord entre mon ministère, le CNDP et la SACEM a été obtenu pour l'utilisation dans les classes des ¿uvres musicales à des fins pédagogiques. Je souhaite que ce règlement ouvre la voie pour de nouveaux accords permettant de libérer les droits pour l'utilisation des ¿uvres dans les écoles.


La réalisation de nouveaux environnements de travail : Cet espace pédagogique numérique doit pouvoir être accessible sur Internet depuis n'importe quel point d'accès connecté. Nous travaillons sur des projets de " bureau virtuel " et de " cartable électronique ". A travers ces travaux, nous inventons là, le manuel scolaire de demain qui complétera heureusement le manuel traditionnel. J'ai demandé aussi que des expériences soient menées sur l'utilisation du livre électronique pour l'apprentissage de la lecture auprès des jeunes en difficultés scolaires. Les premiers projets qui m'ont été soumis sont extrêmement séduisants.


L'encouragement de la recherche sur les nouvelles technologies et leurs usages : De nombreux réseaux de recherche technologique sur ces sujets ont été mis en place conjointement par les ministères de la Recherche, de l'Industrie et de la Culture. L'effort sur ces sujets devra être maintenu.

Aussi ai-je souhaité créer une Villa de l'Education, sur le modèle de la Villa Médicis à Rome, consacrée au multimédia pédagogique. Cette résidence européenne, dédiée aux nouveaux arts d'apprendre et d'enseigner, sera un lieu de réflexion de création, de recherche, de rencontre et de formation ouvert à des lauréats venant de tous les pays de l'Union européenne. Le choix du comité de sélection dont je vous fais part aujourd'hui, s'est finalement porté sur la communauté d'agglomération de Grenoble pour son emplacement. Le dynamisme de ce site dans le domaine des technologies de l'information son intérêt constant pour les questions d'éducation, et sa proximité des pôles universitaires lyonnais devraient permettre à cette résidence européenne de devenir rapidement un lieu de référence et de réflexion international dans le domaine des technologies éducatives.

2/ Une autre de mes priorités reste sur la formation des jeunes à l'usage raisonné et citoyen de l'informatique, d'Internet et des médias.

J'ai déjà mentionné le Brevet Informatique et Internet dans les écoles et les lycées qui a pour particularité d'insister sur l'usage citoyen que les jeunes doivent faire de ces nouvelles technologies. Il ne s'agit pas, bien entendu, de transformer les élèves en spécialistes de l'informatique. Cela serait illusoire et inutile. Il s'agit plutôt qu'ils acquièrent le minimum de connaissances indispensables à la maîtrise des ordinateurs et des logiciels en développant leur esprit critique par rapport à l'ensemble des contenus diffusés sur la toile. L'enjeu fondamental est donc bien de former le futur citoyen de la société de l'information. C'est dans l'utilisation au quotidien de l'informatique et d'Internet, sous la conduite de leurs enseignants que les jeunes seront le mieux formés à l'usage raisonné, responsable et citoyen de nouveaux médias.

Notre volonté de former les jeunes générations à l'usage des médias ne concerne pas que l'informatique et Internet mais s'étend plus généralement à l'ensemble des moyens de communication et des vecteurs de culture : la presse, la télévision ou le cinéma. C'est dans cette optique que doit se comprendre le plan que j'ai lancé conjointement avec la Ministre de la culture et de la communication sur "la formation aux arts et à la culture à l'école". Je souhaite notamment que les écoles puissent disposer de projecteurs DVD permettant la découverte et la formation à l'audiovisuel, au cinéma et à leurs techniques. A terme, il s'agit de mettre en place une réelle éducation cinématographique et audiovisuelle, mais aussi de permettre aux jeunes de développer leur analyse critique et créative pour les aider à mieux comprendre et décrypter les images qui envahissent leur vie.

Une réflexion sur le métier d'enseignant. Le maître restera le pilier de notre Education car lui seul sera capable de mettre les informations en perspectives de les soumettre à l'esprit critique. Comme leur nom l'indique, ces technologies concernent l'information. Elles ne constituent pas en elles-même une science, un savoir organisé et rationnel. Le maître est donc irremplaçable. Son métier est néanmoins appelé à évoluer. Son temps sera moins consacré à la transmission directe du savoir qu'à l'innovation pédagogique, à la mise en cohérence et à l'orientation. Cette recherche pédagogique devra nécessairement être prise en compte dans l'évaluation des enseignants. Les missions que j'ai confiées sur l'évolution du métier d'enseignant à M. Eric Esperet pour le supérieur et à M. Jean-Pierre Obin pour le scolaire concernent cette difficile question.

L'usage d'Internet et du multimédia à l'école doit se faire de façon très corrélée avec celui des autres médias plus traditionnels qui nécessitent tous un apprentissage de procédures et de méthodologies indispensables à la construction de réels savoirs. Ces technologies sont un plus pour la culture et l'intelligence à condition qu'elles ne nous asservissent pas. Le rôle des enseignants est ainsi réaffirmé tout simplement dans leurs fonctions de pédagogues.


Nous ne sommes qu'au tout début d'un processus qui va profondément bouleverser la vie quotidienne des enseignants, et de l'école. Le maître sera plus maître que jamais pour allumer le feu des vocations et des aptitudes de ses élèves. L'école sera plus ouverte que jamais au monde et au savoir. La formation débordera les murs de l'école. Les élèves auront accès à distance à leur enseignant, aux ressources mises en ligne par leur établissement. Les frontières de l'école vont devenir plus floues, remettant en cause les notions d'" accompagnement scolaire ". L'enseignement à distance fera partie des modes d'accès aux savoirs, pleinement intégré aux systèmes en vigueur. De nombreux obstacles restent pourtant à lever : l'organisation matérielle des classes et des établissements ; l'accès au haut débit ; la maintenance des équipements. Nous devons continuer à y travailler avec ardeur et obstination.

On peut pressentir que l'école et la société toute entière sont appelées à connaître plus de changements et de bouleversements dans les 10 ans à venir que dans les 10 ans passés. Les réformes que j'ai engagées pour l'Education nationale visent à développer l'esprit d'initiative, l'esprit d'équipe et le goût de l'expérimentation. L'école doit préparer le citoyen à s'adapter, à travailler en équipe et développer son goût de l'aller-retour entre l'expérimentation et la théorie.

Voilà ce que nous faisons, ce que nous essayons de faire à l'école : plus que jamais un lieu de vie, d'intelligence, d'imagination et de culture.

Cette ¿uvre inlassable d'éducation conduite avec enthousiasme, obstination et intelligence par nos maîtres, est malheureusement, disons le franchement, parfois contrecarrée par la société elle-même. Face à une école de la rigueur et de l'exigence, la société distille trop souvent une idéologie de la facilité, de l'approximation, du gain facile. La culture propagée par les principaux émetteurs nationaux et internationaux est une culture parfois insipide et incolore, quand elle n'est pas tout simplement une culture de la violence et de l'égoïsme individuel. Au milieu de cet océan de relative médiocrité, l'école, c'est son honneur, fait parfois figure d'oasis, de lieu de refuge, de foyer de résistance culturelle. Mais nos maîtres ne pourront pas indéfiniment mener seuls le combat pour les valeurs de respect, de culture, de solidarité.

Aussi bien, je me permets en leur nom, d'adresser un appel à tous ceux, et en particulier aux chaînes publiques, qui dans ce pays et en Europe sont sources de publication d'images ou d'émissions. Aidez-nous dans notre mission. Accorder à la Science et aux Arts une place qui leur est trop chichement mesuré. Préférez exalter l'idéal de solidarité, plutôt que le culte du profit individuel. Ouvrez les portes et les fenêtres aux émissions culturelles, scientifiques, humanitaires, trop souvent absentes de vos écrans¿ et notre pays ne manque pas de talents pour vous en proposer.

Pour être gagnée, la bataille de l'Education doit être menée par la nation toute entière.

(Source http://education.gouv.fr, le 21 août 2001)

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