Interview de Mme Elisabeth Guigou, ministre de l'emploi et de la solidarité, à France Inter le 24 août 2001 sur les problèmes liés à la circulation routière dans les vallées alpines, le rapport Legras sur la Corse, les plans sociaux et la réduction du temps de travail dans les hôpitaux. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Elisabeth Guigou, ministre de l'emploi et de la solidarité, à France Inter le 24 août 2001 sur les problèmes liés à la circulation routière dans les vallées alpines, le rapport Legras sur la Corse, les plans sociaux et la réduction du temps de travail dans les hôpitaux.

Personnalité, fonction : GUIGOU Elisabeth, ARDISSON Annette.

FRANCE. Ministre de l'emploi et de la solidarité

ti : A. Ardisson Hier, conseil des ministres, aujourd'hui réunion des ministres, quelle était l'ambiance hier ?

- "Très détendue, nous rentrions de vacances, nous étions reposés, nous nous sommes raconté nos vacances, nous avions tous bonne mine, nous sommes en forme. Je me sens très en forme pour attaquer cette rentrée qui n'est pas facile évidemment."

Et l'ambiance entre vous, parce que ça commençait un peu mal hier entre le ministre des Transports qui trouve que son collègue de l'Environnement qui ne veut pas rouvrir le tunnel du Mont-Blanc aux camions manque un peu d'expérience, J. Lang qui repasse les dossiers de tel ministre directement au Premier ministre¿On a l'impression qu'il y a des secteurs de compétences qui se marchent un peu sur les pieds.

- " J.-C. Gayssot a parlé gentiment à son collègue. Il y a un vrai débat. Les vallées alpines sont très engorgées par la circulation routière pas seulement pas les camions, c'est un vrai problème à l'échelle européenne, il faut le traiter. On ne peut pas avoir simplement une seule solution, on ne peut pas simplement interdire. Il faut développer le ferroutage. S'agissant du Tunnel du Mont-Blanc, il y a deux questions : comment éviter l'engorgement de cette vallée - mais il y en a d'autres - et puis d'autre part, la sécurité. Nous allons parler de tout ceci, je n'imagine pas que J.-C. Gayssot puisse préconiser la réouverture du tunnel si toutes les conditions de sécurité ne sont pas remplies. Nous allons en débattre et de toute façon, il n'y aura qu'une seule position du gouvernement, compte tenu de tous les éléments. Le ferroutage, c'est à dire la combinaison rail-route, c'est la solution mais elle est lente à se mettre en place, on peut comprendre pourquoi, et elle est compliquée. Je crois que c'est très certainement vers quoi il faut aller."

N'y a-t-il a pas un problème Vert au sein du gouvernement avec leur tendance au maximalisme sur un certain nombre de positions, comme cela se passe à Paris, et qui gêne la majorité à la veille d'une échéance électorale importante ?

- "On a une majorité plurielle, il y a toujours eu des débats. Je pense que c'est bon qu'il y ait des débats parce que nous sommes dans une société complexe avec des comportements et des exigences souvent contradictoires qu'il faut arriver à concilier. Gouverner c'est ça, c'est essayer de faire en sorte que des forces politiques sociales, syndicales, professionnelles puissent arriver à se mettre en mouvement pour construire du positif. Au départ, il y a toujours des controverses et des débats, et je pense qu'il vaut mieux les faire vivre pour arriver à une position qui permette d'avancer, qui permette de faire des réformes plutôt que de les étouffer. C'est le choix qui a été fait avec la majorité plurielle, je crois que cela a produit plutôt de bons résultats jusqu'à présent. Il ne faut pas étouffer le débat, c'est bon qu'il existe, mais au final, pour un gouvernement, il y a une position et une seule et tout le monde doit en être solidaire dès lors qu'on appartient au gouvernement."

Je me permets de rentrer dans un dossier qui n'est pas actuellement votre domaine de compétence, c'est la Corse. Ce matin, France Soir publie les extraits d'un rapport que vous aviez commandé quand vous étiez ministre de la Justice et vous reproche de l'avoir tenu caché. Ce rapport met en cause tout simplement les hommes politiques de Corse et la corruption.

- "Je pense qu'il s'agit du rapport que j'avais demandé au procureur général Legras l'été dernier, qui est un rapport de travail qui n'a jamais été destiné à être publié parce qu'il y a des informations confidentielles dedans qui touchent à des personnes qui sont elles-mêmes dans des procédures judiciaires. C'est un rapport qui montre que le gouvernement a une politique pénale en Corse car j'avais demandé au procureur général Legras, que je voyais d'ailleurs régulièrement quand j'étais Garde des Sceaux, d'analyser, de démonter tous les ressorts de la criminalité en Corse, et de faire en sorte qu'il puisse donner au gouvernement des éléments pour que l'ensemble des services de l'Etat puisse participer à la lutte contre la criminalité, contre le blanchiment d'argent, contre la corruption. C'est et cela reste la politique du gouvernement. Il n'y a et il n'y aura aucune espèce d'indulgence pour toutes les formes de criminalité. J'ajoute que nous avons considérablement renforcé les moyens de la justice en Corse puisque nous avons créé, il y a deux ans et demi, un pole financier à Bastia, des magistrats spécialisés dans la lutte financière. Nous avons suscité avec le procureur général Legras et le procureur de Paris Dintilhac qui est chargé de la lutte contre le terrorisme - vous savez que c'est une compétence partagée - des rencontres entre magistrats corses et magistrats établis sur le continent parce que naturellement, il y a des ramifications. Je soutiens depuis le début, le processus politique engagé par L. Jospin en Corse. Je pense qu'il n'y a pas d'autre issue pour trouver une solution et pour aller vers la paix et la lutte contre la violence. Mais ce n'est pas parce qu'il y a un processus politique que le gouvernement a la moindre indulgence ou demande la moindre compromission ou la moindre indulgence vis-à-vis de la lutte contre la violence. Ce sont deux éléments de notre politique en Corse qui ont été définis dès le départ par le Premier ministre et qui sont tenus."

Venons-en à vos dossiers. L'été a été meurtrier dans les entreprises, entreprises technologiques d'abord, mais aussi AOM ou Moulinex. Est-ce que vous ne craignez pas qu'il ait une recrudescence des plans sociaux à la rentrée, justement peut-être pour anticiper sur une conjoncture qu'on annonce défavorable ?

- "C'est vrai que le nombre de plans sociaux annoncés est impressionnant. C'est vrai dans le secteur des télécommunications, il y a une crise mondiale. C'est vrai aussi dans d'autres secteurs qui connaissent des crises plus anciennes, comme l'électroménager ou encore le textile ou l'habillement. Nous assistons depuis plusieurs années maintenant à un phénomène qui fait que nous avons des concentrations sans cesse plus importantes dans l'industrie, que l'industrie crée de moins en moins d'emplois, mais heureusement les services et le bâtiment, eux, en créent davantage. Chaque fois, ces annonces de plans sociaux sont un choc pour les salariés qui sont concernés, et nous devons d'abord penser à eux parce que c'est un drame personnel et familial qu'ils vivent. C'est tout d'un coup toute la construction d'une vie qui paraît s'effondrer. C'est la raison pour laquelle le gouvernement a fait voter, et la dernière lecture aura lieu en novembre au Sénat, un projet de loi de modernisation sociale pour essayer de faire en sorte que les salariés aient davantage leur mot à dire sur les stratégies de l'entreprise et pour éviter les licenciements."

Certains experts disent que les licenciements qui ont lieu actuellement sont précisément envisagés pour anticiper sur cette loi, parce que les entreprises voudraient éviter certaines complications légales.

- "On peut toujours faire des suppositions mais je crois que cette loi apportera beaucoup d'abord parce qu'elle impose des obligations de formation, par exemple, un congé de formation de neuf mois avec paiement du salaire ou des obligations de reclassement. Dans la mesure où on crée heureusement beaucoup plus d'emplois qu'il ne s'en détruit, c'est le reclassement qu'il faut viser, et c'est l'effort de formation professionnelle. Au-delà de ce projet de loi de modernisation sociale, qui j'en suis sûre va améliorer la situation parce qu'elle donnera la parole aux salariés dans les entreprises, leur donnera la possibilité de proposer des alternatives aux projets de restructuration, nous avons un grand chantier devant nous pour les années qui viennent : celui de la formation professionnelle. C'est le droit à la formation continue pour chacun. C'est la possibilité d'avoir un livret ou un passeport formation qui permette justement de s'adapter sur les fonds financés par l'Etat mais qui sera attaché à chaque individu. J'y crois beaucoup."

D'un mot, quel votre dossier prioritaire pour la rentrée ?

- "Nous avons la semaine prochaine une réunion importante sur la réduction de la durée du travail dans les hôpitaux. C'est un dossier difficile sur lequel nous avons déjà beaucoup travaillé. Il faut créer beaucoup d'emplois dans les hôpitaux, nous allons le faire et nous en profiteront pour pouvoir améliorer l'organisation du travail et encore la qualité des soins de notre système de soin qui, rappelons-le, est le meilleur du monde."

(Source http://sig.premier-ministre.gouv.fr, le 24 août 2001)

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