Interview de M. Jean-Pierre Chevènement, ancien président du Mouvement des citoyens, à Europe 1 le 26 juin 2001, sur la position du MDC concernant le relèvement du SMIC, la politique de sécurité, l'influence des Verts sur la politique gouvernementale et sur son éventuelle candidature à l'élection présidentielle 2002. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Pierre Chevènement, ancien président du Mouvement des citoyens, à Europe 1 le 26 juin 2001, sur la position du MDC concernant le relèvement du SMIC, la politique de sécurité, l'influence des Verts sur la politique gouvernementale et sur son éventuelle candidature à l'élection présidentielle 2002.

Personnalité, fonction : CHEVENEMENT JEAN Pierre, ELKABBACH JEAN Pierre.

FRANCE. Mouvement des citoyens, président

ti : J.-P. Elkabbach - Le Smic va augmenter de 4,05 %. Les syndicats et le PC ne partagent pas la satisfaction d'E. Guigou. Et vous ?

- "Le Mouvement Des Citoyens non plus. Je trouve également que c'est insuffisant, parce qu'il y a déjà 2,2 points qui prennent en compte l'inflation, et qu'en réalité, il faut aller vers une augmentation beaucoup plus substantielle, si on veut remédier à ce que j'appelle "le problème de la feuille de paye." La réalité, c'est que depuis 1997, le pouvoir d'achat individuel des salariés n'a pratiquement pas augmenté."

Cela veut dire depuis que vous êtes au pouvoir, vous la gauche ?

- "Oui, parce que le choix a été fait de privilégier, notamment à travers la réduction du temps de travail, l'augmentation de l'emploi. Ce choix a été justifiable jusqu'à un certain point. Aujourd'hui, il ne l'est plus. Il faut concevoir un relèvement progressif du Smic jusqu'à 25 % sur cinq ans."

25 % ! ?

- "25 %, en tenant compte de l'inflation, et sur cinq ans."

A partir de quelle date ?

- "A partir de maintenant. Cela supposerait un rythme annuel de 4,5 %, de façon à opérer une correction qui est absolument nécessaire. Cela suppose aussi un abaissement des charges sur les petites et moyennes entreprises, un assouplissement du régime des heures supplémentaires pour les mêmes petites et moyennes entreprises, et une révision des grilles salariales."

Cela veut dire une révision de toute la politique sociale et économique du Gouvernement auquel vous avez appartenu ? Vous apparteniez au Gouvernement quand les 35 heures ont été décidées ?

- "Parce que nous sommes dans une période différente. Aujourd'hui se pose le problème du soutien de la croissance qui a tendance à fléchir. Nous allons entrer dans l'ère où les classes nombreuses de l'après-guerre vont partir à la retraite. Il faut donc impérativement revaloriser le travail. Et cela passe par la fiche de paye."

Les experts disent qu'une trop forte hausse du Smic - ou des Smic, comme disait C. Nay, il y en a cinq ou sept aujourd'hui - freinerait l'embauche.

- "Non, je ne le crois pas. Je pense que le moment est venu d'infléchir cette politique et qu'une politique de croissance soutenue implique un relèvement progressif, encore une fois, du pouvoir d'achat des salariés, notamment au niveau des plus basses qualifications."

La sécurité est devenue un enjeu politique majeur en particulier dans la perspective de 2002. La gauche est-elle en train de perdre cette bataille ?

- "Je ne crois pas qu'elle la perde. Elle l'a livrée et je ne veux pas compliquer la tâche de mon successeur. La doctrine de la police de proximité, c'est moi qui l'ai forgée, c'est moi qui ai engagé la première phase de généralisation. D. Vaillant continue. De la même manière pour les contrats locaux de sécurité, qui doivent naturellement porter une philosophie commune de la citoyenneté, c'est-à-dire l'égalité des droits, mais aussi l'égalité des devoirs, notamment dans les quartiers."

Cette politique n'est-elle pas en train d'échouer, même si c'est la vôtre et qu'elle avait été définie avec L. Jospin et présentée à Villepinte, il y a trois ans et demi ?

- "Je pense que tout cela n'est pas du tout en train d'échouer, mais mérite d'être complété."

Par quoi ?

- "Par exemple par une coopération plus étroite entre la police et la justice qui n'obéit qu'au procureur. Il y a en France près de 200 procureurs, donc le risque de 200 politiques pénales différentes. Il y a une attitude plus résolue concernant l'éducation en général et la politique menée en matière de délinquance des mineurs."

Est-ce qu'il faut la réprimer encore ? Vous avez fait scandale à l'époque en parlant des "sauvageons" ?

- "Les sauvageons, ce sont des arbres non greffés. S'agissant de l'éducation, elle implique le respect de limites, de règles dont le franchissement doit être sanctionné. La sanction a une valeur pédagogique. Le sentiment d'impunité chez les mineurs multirécidivistes ne favorise pas l'éducation. L'éducation implique la fermeté."

Vous avez parlé de la justice. Le ministre de la Justice, M. Lebranchu, disait hier qu'elle craignait une dérive sécuritaire, qu'il fallait prendre des mesures, mais qu'il y a une dérive et des risques ?

- "Je ne suis pas absolument d'accord avec cette approche. Je pense qu'il faut une raisonnable fermeté et ce n'est pas en cultivant son angélisme traditionnel que la gauche se mettra à la hauteur des défis qu'elle doit relever, dans ce domaine et dans un autre domaine que je vais souligner, pour finir, celui de l'accès à la citoyenneté. Quand j'ai dit "égalité des devoirs", j'ai dit aussi "égalité des droits." Or, chacun sait que certaines catégories de jeunes - les jeunes nés de l'immigration, pour aller vite - sont touchés par le chômage deux ou trois fois plus que la moyenne, et cela n'est pas acceptable."

Quand on vous dit qu'en matière de sécurité, pour gagner, il faut que la gauche soit à droite ?

- "Non, absolument pas. Il faut qu'elle ait des idées claires, il faut qu'il y ait une équation d'ensemble qui soit tenue, et ce n'est pas la seule responsabilité du ministre de l'Intérieur. Je rappelle qu'il y a aussi le ministre de la Défense pour la gendarmerie, il y a le ministre de la Justice, et puis il y a le Premier ministre qui est la gardien des équilibres généraux dans ce domaine."

Pourquoi ? Il ne remplit pas son rôle ?

- "Il y a des arbitrages qu'il doit faire dans le domaine de l'accès à la citoyenneté ou de la délinquance des mineurs et qu'il ne fait pas toujours avec la fermeté nécessaire."

Il va prendre aujourd'hui une décision, un arbitrage en particulier sur le texte concernant les fêtes techno. Faut-il une loi pour encadrer les rave-parties ? Faut-il une autorisation préalable ? On dit qu'il y avait des circulaires, qu'elles ne sont pas appliquées. Que faut-il faire ?

- "J'ai moi-même préparé une circulaire. J'ai reçu les organisateurs de ces parties. Je pense que la concertation est toujours la meilleure voie. Cela dit, il n'y a rien de choquant à ce qu'il y ait une déclaration préalable. S'épouvanter, comme le font certains députés socialistes à l'idée qu'il pourrait y avoir une règle concernant les jeunes, c'est vraiment tomber dans ce que j'appelle le jeunisme. C'est ridicule. Il faut reprendre le problème et par la voie de la concertation."

Donc, vous donnez plutôt raison à D. Vaillant ?

- "Je donne raison à ceux qui manifestent dans cette affaire le bon sens."

C'est-à-dire ?

- "[Le bon sens, sous-entendu] ... qui consiste à ne pas chercher une querelle symbolique, comme cela a été fait entre les deux tours des élections municipales et, en même temps, à rester ferme sur les principes."

Pourquoi D. Vaillant est-il tellement attaqué en ce moment ? Est-ce mérité, est-ce injuste ? C'est dur de parler de son successeur.

- "Oui, c'est un métier difficile et je ne veux rien faire pour le lui compliquer. Bonne chance, Daniel !"

Est-ce que le groupe socialiste lui dit la même chose : "Bonne chance Daniel" ?

- "Je souhaiterais que le groupe socialiste fasse sa révolution culturelle et comprenne ce que sont les exigences de la sécurité qui n'ont rien à voir avec je ne sais quelle dérive sécuritaire, stigmatisée par un autre ministre..."

... Madame Lebranchu... Les Verts se sont organisés. Ils haussent encore une fois le ton. Est-ce qu'ils représentent, selon vous, un mouvement historique et significatif ?

- "Je pense qu'ils témoignent de préoccupations légitimes : le souci de l'environnement, de la gestion des biens rares que sont l'eau, l'air, les sols, les réserves d'énergie et les matières premières. Mais tout cela, je le ressens également avec la même force et je pense que les solutions qu'ils préconisent sont souvent marquées au coin de l'obscurantisme. Par exemple, il faut éviter de développer des filières énergétiques qui rejettent du gaz à effet de serre. Cent fois oui. Mais alors pourquoi cette opposition frénétique à la modernisation de notre filiale électro-nucléaire."

Est-ce que vous leur faites confiance sur l'environnement, sur la politique, ou sur les deux ?

- "Personnellement, je ne leur fais pas confiance et je pense que le Parti socialiste s'est mis en situation d'otage d'un groupe de pression dont les palinodies ont émaillé le dernier week-end. Je trouve qu'il est grave que sur une décision aussi essentielle que la modernisation de notre filière électro-nucléaire, les Verts empêchent L. Jospin de prendre les décisions qui, de toute évidence, s'imposent. Non seulement, ils l'empêchent aujourd'hui et, dira-t-on, jusqu'en 2002, mais après encore, ils voudront l'empêcher car si ils ont effectivement 20 ou 30 députés, comme ils y prétendent, à ce moment-là ils s'opposeront comme une force maîtresse de la vie politique française dans le sillage de l'Allemagne."

Ce ne serait pas bon, selon J.-P. Chevènement ?

- "Ce serait très mauvais pour l'intérêt du pays. Je rappelle que 80 % de notre électricité vient du nucléaire et je pense qu'il faut prendre des décisions adultes dans ce domaine et ne pas céder à des paniques orchestrées."

Ils ont peut-être un bon candidat avec A. Lipietz et ce qu'il est en train de faire avec son Panama et son maoïsme. Est-ce un candidat sérieux d'avenir pour les Verts ?

- "Nous ne sommes pas encore engagés dans la campagne présidentielle. Donc qu'A. Lipietz développe ses arguments. Moi je serais heureux d'avoir un débat argumenté avec lui. J'ai d'ailleurs commencé à l'émission de C. Ockrent ."

Vous poursuivrez car vous serez probablement candidat ?

- "C'est une possibilité. En effet, je me suis réservé jusqu'à l'automne pour l'annoncer."

Est-ce que vous excluez de ne pas y aller ?

- "Tant qu'une décision n'est pas annoncée, elle n'est pas prise."

Est-ce qu'on peut imaginer une campagne présidentielle sans vous ?

- "Je pense qu'il y manquerait vraiment quelque chose."

Est-ce qu'il est vrai que vous avez loué et choisi votre immeuble de campagne?

- "C'est ce que j'ai lu.

Est-ce vrai ou pas ?

- "A ma connaissance, non, je n'ai encore rien payé."

Mais vous l'avez peut-être commandé ? Vous ne voulez pas répondre ?

- "Je ne sais pas ce que cela veut dire."

Vous avez dit l'automne, le 21 ? D'autres disent ...

- "La dernière date utile est le 21 septembre, mais effectivement, les comités d'appel organisent un grand meeting à Vincennes le 9 septembre."

On sera fixé à ce moment-là. Dans trois jours, la rémunération de tous les députés sera libellée en euro. Vous voici donc européen malgré vous.

- "J'ai déjà reçu un chèque en euro et je peux vous dire que je me suis fait carotter près de 20 % car celui qui a opéré ce chèque a fait des déductions dont il ne m'avait pas prévenu. Je mets en garde les utilisateurs sur le fait qu'il faut faire une conversion des francs en euro en divisant par 6,55957. Bonne chance !"

(source http://sig.premier-ministre.gouv.fr, le 26 juin 2001)

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