Interview de M. Daniel Vaillant, ministre de l'intérieur, à RTL le 24 août 2001, sur la situation en Corse et sur l'augmentation de linsécurité en région parisienne. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Daniel Vaillant, ministre de l'intérieur, à RTL le 24 août 2001, sur la situation en Corse et sur l'augmentation de linsécurité en région parisienne.

Personnalité, fonction : VAILLANT Daniel, ELKRIEF Ruth.

FRANCE. Ministre de l'intérieur

ti : R. Elkrief La paix en échange des réformes institutionnelles, c'était le pari du processus de Matignon. Ce pari est perdu aujourd'hui ?

- "Je ne le crois pas parce que la Corse mérite mieux que ce que l'on dit souvent. Ce processus a été engagé. Il a été à deux reprises, à travers le relevé de conclusions de Matignon, puis le projet de loi que j'ai préparé, validé, acté par l'immense majorité des élus du suffrage universel en Corse.."

On ne les a pas entendus depuis l'assassinat de François Santoni, depuis les récents assassinats¿

- "Les élus qui se sont exprimés à deux reprises ne se désengagent pas du processus."

Vous le savez, ils vous l'ont dit, vous leur avez parlé ?

- "Bien sûr, M. Baggioni et M. Rossi, président de l'exécutif et président de l'Assemblée et Jacobbi à gauche maintiennent leur engagement, ainsi que les socialistes. Quant aux élus nationalistes, j'ai vu que l'un d'entre eux s'est exprimé.."

... Jean-Guy Talamoni s'est exprimé dans un journal suisse.

- "On est donc dans la même configuration. Je pense que c'est à la fois heureux, normal, parce que dans une démarche de transparence, de dialogue et de débat démocratique avec les élus, je crois que l'objectif c'est la reconnaissance et l'épanouissement d'identité de la Corse, c'est le développement économique et c'est la paix, la cessation des violences. C'est ce pari qui est fait."

Sur la paix, quand on voit le texte de Jean-Guy Talamoni dans le journal suisse hier, il ne renonce pas formellement à la violence. Or L. Jospin a dit : "le processus continue et cela implique naturellement la fin de la violence". N'y a-t-il pas une contradiction ?

- "La violence conduit à l'impasse. J'ai condamné, au nom du gouvernement, l'assassinat de François Santoni le jour même et avec la plus grande vigueur, mais j'avoue ne pas comprendre ceux qui, sur la base de cet assassinat scandaleux, voudraient remettre en cause le processus et essayer de trouver une solution."

Vous parlez de l'opposition.

- " M. Santoni avait fait le choix de la clandestinité et d'une certaine manière, du combat par la violence. C'est une impasse, on le voit bien."

Mais M. Talamoni ne revient pas là-dessus

- "La poursuite du débat démocratique, le fait que nous fassions dans la transparence, un pas en avant à travers le projet de loi que j'ai présenté à l'Assemblée, dont je vous rappelle qu'il a été voté par une majorité confortable, qui viendra au Sénat, nous isncrivent dans une logique de dialogues transparents. C'est pour cela que j'espère que ce texte sera encore amélioré au Sénat. Et vous verrez, je ne crois pas qu'il subira une érosion de la part de ceux qui le soutiennent."

Je reviens quand même sur les nationalistes : dans le texte de M. Talamoni hier, vous avez le sentiment qu'il y a une avancée sur la violence ? Il revient sur les prisonniers politiques, il demande de nouveau leur libération des prisonniers et il ne renonce pas à la violence. Est-ce que vous pouvez encore avoir confiance ?

- "Ce n'est pas un problème de confiance, c'est un problème de responsabilités de chacun. Comme ministre de l'Intérieur de ce Gouvernement et au nom du Gouvernement, je conduis ce travail, ce processus, pour aboutir par étapes à une évolution du statut de la Corse. Ce texte viendra au Sénat à l'automne et puis, si les violences cessent, si la paix civile est retrouvée il y aura l'étape de 2004, si les conditions politiques et institutionnelles sont réunies. "

Pas de dissolution de l'Assemblée corse dans l'intervalle, ainsi que le demande l'opposition ?

- " J'ai entendu M. Devedjian qui parle au nom du RPR ; décidément, je pensais que M. Devedjian, avocat, était un homme de droit mais il est fâché avec le droit ! Le Président de la République ne dispose pas du pouvoir de dissolution de l'Assemblée de Corse."

Mais le Gouvernement pourrait la dissoudre dans le cadre d'un blocage.

- "Dans le cas d'un blocage, ce qui n'est pas le cas. La légitimité de l'Assemblée de Corse n'est pas remise en cause. Je constate par ailleurs que l'opposition - M. Pasqua, M. Debré et M. Devedjian - ne propose aucune solution. Quand ils n'ont pas de solution, ils proposent la dissolution. C'est un jeu classique du côté du RPR, mais ce n'est pas une solution pour la Corse, ce n'est pas sérieux. Il faut reprendre le chemin du débat au travers du projet de loi. S'il y a quelques difficultés - j'ai entendu des critiques sur l'adaptation à travers l'article 12 de la loi que j'ai présentée sur la loi littorale -, je peux vous dire devant vos auditeurs, à votre micro...."

...et aux dirigeants de l'opposition qui sont favorables à ce projet ?

- "A tous ceux qui, dans leur fonction parlementaire notamment, sont confrontés au débat, au Parlement et au vote, que ce n'est pas le Gouvernement qui est à l'origine de la loi littorale : ce sont les élus de la Corse dans leur diversité qui ont demandé cette adaptation. De surcroît, elle n'est pas - j'ai eu l'occasion de m'exprimer récemment là dessus - une remise en cause du littoral, il n'y a pas de risques de bétonnage. Je suis ouvert à la discussion, je n'étais pas demandeur, ce sont aux élus de la Corse notamment de s'exprimer sur ce sujet. Personnellement, comme ministre de l'Intérieur, je suis ouvert."

Vous lancez un appel à certains élus de droite qui pourraient continuer à appuyer le processus de Matignon ? Vous en aurez besoin...

- " M. Baggioni je tiens à vous le dire, est un élu RPR et M. Rossi est un élu Démocratie Libérale. Donc effectivement, la Corse dépasse les clivages politiques."

Revenons aussi à vos responsabilités de ministre de l'Intérieur, c'est à dire à l'enquête. C'est surprenant que le double meurtre de Moriani dans lequel un proche de M. Santoni a été assassiné avec son cousin apparemment, soit qualifié plutôt de "crime crapuleux". Hier, Irène Stohler, qui était magistrat anti-terroriste en Corse et qui est une des responsables aussi de l'anti-terrorisme, considérait qu'il s'agit plutôt d'un crime nationaliste ou d'un crime terroriste. Est-ce que les politiques n'ont pas envie de le taxer de "crapuleux" parce que ça l'arrange ?

- "Le Gouvernement n'interfère pas dans l'expression de ceux qui sont chargés de l'enquête, c'est peut-être nouveau, mais en tout cas c'est la réalité. Je suis informé au fur et à mesure. J'ai bien vu que les informations qui sortaient le soir même de la part de ceux qui mènent cette enquête de ce drame n'étaient pas les mêmes le lendemain. Quelle est l'origine, quel est le mobile de ce crime ? Je ne le connais pas. Hier, la tendance était de penser, d'après les informations qu'on nous communiquait, que ce crime était un crime de droit commun, comme on dit. S'il y avait des dimensions politiques, l'enquête le démontrera et les juges chargés de ces questions s'en saisiraient. Mais nous sommes dans l'indépendance de ceux qui agissent dans ces matières."

M. Talamoni et d'autres nationalistes ont demandé une protection. Sont-ils protégés aujourd'hui ?

- "Le ministère de l'Intérieur a proposé à un certain nombre de personnalités des protections, cela a été le cas de M. Santoni, cela a été le cas quand je suis arrivé au ministère de l'Intérieur pour les élus, notamment M. Talamoni qui l'a refusée. J'ai reproposé des protections après l'assassinat de François Santoni parce que c'est normal que l'Etat protège ou en tout cas propose une protection. M. Talamoni et quelques autres n'ont pas souhaité cette protection mais les offres ont été faites."

Vous parlez aux nationalistes ?

- "Je n'ai pas de dialogue particulier. Il y a des préfets qui vont très bien leur travail, je veux redire d'ailleurs que le préfet Lacroix a restauré l'autorité de l'Etat. Il a fait un travail formidable en Corse. Je voulais lui rendre hommage au moment où il va quitter ses fonctions."

On quitte la Corse pour passer à l'Ile-de-France parce que les chiffres de l'insécurité sortis hier sont très inquiétants. Ils ont connu une hausse importante. Vous étiez en vacances, mais qu'en pensez-vous ?

- "J'ai pris effectivement quelques vacances, mais j'ai été bien sûr quotidiennement tenu au courant des faits et notamment des drames, je pense à Cergy-Pontoise. Je crois qu'il ne faut pas parler des chiffres de la délinquance en Ile-de -France mais des vols avec violence ou sans violence qui sont en augmentation selon les chiffres qui sont effectivement sortis hier. Je vous rappelle que dès le mois de juillet, le directeur de la Police nationale - c'est une nouveauté - a donné les chiffres du premier semestre parce que je crois qu'il faut aller dans le sens de la transparence. C'est aussi pour cela que j'ai confié à M. Pandraud et à M. Caresche une mission - c'est le Premier ministre qui leur a confié cette mission à ma demande - pour essayer de sortir de ce débat stérile sur les chiffres et leur interprétation. La police qui fait plus de travail, les plaintes qui sont plus facilement déposées aujourd'hui par nos concitoyens ce qui est une bonne chose, dans tout commissariat, alors qu'avant c'était dans leur commissariat de domicile, ce sont des éléments qui provoquent la polémique. Il y a une police de proximité, un travail de prévention mais en même temps, les crimes, les vols augmentent. Je pense aux vols avec portables qui représentent 50% des vols avec violence qui font donc monter énormément les chiffres. La réponse ne peut pas être que policière. Elle doit être policière, mais l'efficacité de la chaîne pénale et la réponse graduée de la justice sont des éléments importants pour la sécurité de nos concitoyens."


(Source http://sig.premier-ministre.gouv.fr, le 24 août 2001)

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