Interview de M. Jean-Louis Debré, président du groupe parlementaire RPR, à Europe 1 et dans l'Express le 14 août 2001, sur sa proposition de faire une loi de programmation pour la sécurité et sur son refus d'une amnistie en Corse. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Louis Debré, président du groupe parlementaire RPR, à Europe 1 et dans l'Express le 14 août 2001, sur sa proposition de faire une loi de programmation pour la sécurité et sur son refus d'une amnistie en Corse.

Personnalité, fonction : DEBRE Jean-Louis, MARTICHOUX Elisabeth, MANDONNET Eric.

FRANCE. RPR, président du groupe parlementaire à l'Assemblée nationale

ti : INTERVIEW A EUROPE 1 :

E. Martichoux - Etes-vous "démagogue et malhonnête", c'est D. Vaillant qui le dit la semaine dernière dans les colonnes du Parisien, à propos de votre proposition de loi de programmation pour lutter contre l'insécurité ?

- "Je lui laisse son commentaire. Je constate simplement que la délinquance et la criminalité ne cessent de progresser en France, que l'année dernière, dans le budget, il y avait 1248 policiers de moins. Ce que je propose ne me semble être ni démagogique ni irréel. Quant je propose qu'il y ait une loi-programme sur cinq ans pour fixer un certain nombre d'objectifs financiers, et pour engager 30 000 policiers et 10 000 gendarmes afin de compenser les départs à la retraite et l'application des 35 heures ; quand je propose de mieux associer à la définition de la sécurité les élus locaux et d'assurer une complémentarité entre la police nationale et la police municipale, il n'y a aucune démagogie. Tout le monde le constate, il y a une progression considérable de la délinquance des mineurs de plus en plus jeunes. Et depuis quatre ans, le Gouvernement refuse de voir la réalité. Par conséquent, lorsque je propose la comparution immédiate des mineurs en justice, dès leur première infraction, quand je propose d'abaisser l'âge de la majorité pénale et de faire en sorte que les services de police puissent appréhender des jeunes mineurs, je ne vois rien de démagogique. Par contre, ce que je vois, c'est que le Gouvernement, et monsieur Vaillant en particulier, se bercent de mots et d'illusions et font croire qu'ils sont efficaces alors que leur action atteint ses limites. On l'a vu par l'augmentation considérable de la délinquance et de la criminalité en France."

C'est vrai que les chiffres ont augmenté, le Gouvernement ne le nie pas ...

- .".. après l'avoir nié !"

Ce sera un thème électoral à n'en pas douter ...

- "Mais ce n'est pas forcément un thème électoral ! C'est un thème qui préoccupe les Français."

On entend à gauche D. Vaillant dire : "moi j'agis et les autres effectivement critiquent." Est-ce que c'est vrai que par exemple lorsque vous étiez arrivé Place Beauvau, vous aviez renoncé à la loi de programmation que C. Pasqua avait fait voter ?

- "C'est totalement inexact puisque, lorsque je suis arrivé Place Beauvau, j'ai fait embaucher et recruter un nombre important de fonctionnaire pour mettre les policiers sur le terrain. J'ai fait des réformes importantes, notamment celle des corps et carrières et celle des cycles de travail qui a permis de donner beaucoup plus d'efficacité aux services de police. Et par conséquent, nous avons appliqué la loi de programmation qui avait été votée par le Parlement. D'ailleurs, les statistiques l'ont montré : lorsque j'étais aux responsabilités du ministère de l'Intérieur, la délinquance et la criminalité ne cessaient de diminuer parce que nous avions remis les policiers sur le terrain, parce que nous avions pris un certain nombre de réformes pour rendre leur action plus efficace. Naturellement, il fallait continuer et le Gouvernement, lui, n'a pas continué, il s'est contenté de faire des colloques ou des réunions pour faire croire et pour semer l'illusion. Aujourd'hui, ils essaient de trouver d'autres responsables."

L'insécurité, on en reparle ce matin, même si le triple meurtre épouvantable de Cergy finalement n'est pas un braquage qui a mal tourné mais un acte de vengeance. Cela rappelle que les hold-up bancaires ont énormément augmenté depuis le début de l'année, c'est très inquiétant parce qu'avec le passage à l'euro, plus de 100 milliards d'euros vont être acheminés d'ici 2002 - 700 milliards de francs -, 25 000 hommes seront mobilisés. C'est vrai que c'est une opération qui a lieu d'inquiéter tous les acteurs.

- "Oui, mais la délinquance des mineurs aussi inquiète. Cela fait un certain nombre d'années qu'on voit des mineurs de plus en plus jeunes, âgés même de 13 ans, faire des braquages ou des vols avec violence et on ne veut pas modifier notre législation. Là aussi c'est préoccupant. On peut multiplier les exemples."

Pour ce qui concerne le couvre-feu des mineurs, vous aviez dit qu'à Evreux, dans la ville dont vous êtes député-maire, vous éviteriez autant que possible quand même de le mettre en place.

- "Oui, parce que je pense que derrière le couvre-feu des mineurs, il faut faire respecter cette mesure et qu'actuellement, je n'ai pas à Evreux le nombre de fonctionnaires de police suffisant pour le faire. J'ai augmenté le nombre de policiers municipaux, mais je ne cesse de réclamer plus de policiers nationaux."

On ne vous a pas encore entendu dans la polémique sur l'amnistie, s'agissant de la Corse. C'est vrai que c'est un dossier délicat quand même pour vous qui avez été critiqué pour votre gestion du dossier corse quand vous étiez ministre de l'Intérieur.

- "Si le dossier corse était facile depuis 20 ans, tous les ministres l'auraient réglé. Je suis opposé à tout projet de loi portant amnistie. Je crois qu'il est indécent d'évoquer cette question. Je souhaite que les assassins du préfet Erignac soient tous interpellés et tous jugés ! Et puis, je voudrais rappeler aussi, que depuis 20 ans, les nationalistes corses ont bénéficié de trois lois d'amnistie. En 1981, 140 nationalistes corses ont été amnistiés ; en 82, les socialistes - toujours eux ! - ont même amnistié un terroriste corse qui avait été condamné pour avoir grièvement blessé plusieurs gendarmes ; et puis ils ont recommencé en 89 à faire une nouvelle loi d'amnistie. Bref, on doit être très vigilants parce que la caractéristique de la politique des socialistes à l'égard de la Corse, c'est de toujours faire des lois d'amnistie."

D. Voynet, la semaine dernière, disait ceci - je la cite - : "MM. Debré et Pasqua seraient culottés de polémiquer sur l'amnistie. En ce qui les concerne, s'agissant de la Corse, il s'agit plutôt d'amnésie." Elle faisait ce mot à propos de la conférence de presse de Tralonca, par exemple...

-" Mais cela n'avait rien à voir..."

...Ces hommes cagoulés en noir, devant les caméras, dont on dit qu'ils avaient été couverts par le ministère de l'Intérieur pour leur conférence de presse.

- "Comme d'habitude, Mme Voynet dit à peu près n'importe quoi, elle ne connaît pas le dossier, donc elle ferait mieux de s'occuper de l'environnement ou de faire en sorte que, dans son propre parti, on ne dise pas également n'importe quoi. Je souhaite qu'il n'y ait pas d'amnistie et pour ce qui concerne la conférence de presse de Tralonca, elle fut faite par des nationalistes corses de manière clandestine. Elle avait pour but - je vous le rappelle - d'annoncer une trêve des attentats. Ce n'est pas le ministère de l'Intérieur qui l'a organisée, ce n'est pas moi qui ai organisé ces conférences de presse clandestines. A l'époque, nous avions autre chose à faire. Je rappelle que lorsque j'étais aux responsabilités, on n'a jamais autant interpellé de nationalistes corses et mis en prison."

Vous êtes donc très hostile à toute amnistie ; vous êtes satisfait que le Premier ministre ait démenti catégoriquement cette hypothèse pour les crimes de sang ? Comment commentez-vous le sondage CSA pour Libération : 46 % des Français sont favorables à l'indépendance. Qu'est-ce que cela traduit ? Une grande lassitude par rapport à ce dossier ?

- "Cela traduit une lassitude mais moi, je n'ai pas cette lassitude. La Corse fait partie intégrante de la France et je souhaite que dans ce département français, la paix, le calme, la tranquillité soient la règle plutôt que les attentats ou les actions menées par un petit nombre de personnes, pour des raisons qui leur appartiennent."

H. de Charette proposait hier une référendum dans la foulée de la présidentielle, si l'opposition l'emportait en 2002. Est-ce que vous êtes favorable à cette proposition ?

- "Il faudra, à un moment, trouver la possibilité de bien montrer ce que veulent les Corses. Ils le montrent naturellement à travers les élections législatives et présidentielle mais si cela ne suffit pas, pourquoi pas ?

Est-ce que J. Chirac n'aurait pas dû s'exprimer, ne serait-ce que par communiqué, pour faire connaître son sentiment sur cette affaire d'amnistie qui touche beaucoup les Français ?

- "Le Président de la République a été clair à plusieurs reprises sur cette affaire et il a toujours dit qu'il était contre l'amnistie pour les assassins du préfet Erignac."

Un mot sur les fonds spéciaux : votre frère, B. Debré, et J. Vergès se sont faits confirmer par le procureur Dintilhac, qu'il y avait matière à fraude fiscale sur cette affaire. Que demandez-vous à L. Fabius ?

- "Ce n'est pas ce qui est important ; ce qui est important, c'est que le Premier ministre a dit - et avoué - qu'il avait conservé des fonds spéciaux, alors que les règles sont celles de l'annualité budgétaire. Il faut donc que le Premier ministre nous dise ce qu'il a fait de ces fonds spéciaux qu'il a gardés de côté, contrairement à la loi. Deuxièmement, quand il dit qu'il a donné des fonds spéciaux à des associations humanitaires, je voudrais qu'il nous donne la liste de ces associations."

Les socialistes disent qu'il y a diversion, que la question n'est pas là, que le président de la République a utilisé ces fonds spéciaux pour financer des voyages en avion.

- "Les socialistes sont toujours en train de faire de la diversion. La question est là ! Qu'a fait M. Jospin des fonds spéciaux dont il avait la libre utilisation ? Il dit qu'il les a conservés, or la règle, c'est que le budget est voté chaque année et à la fin de l'exercice budgétaire, on ne peut conserver par devers-soi un certain nombre de sommes, sauf à le dire."

Vous qui êtes proche du président de la République, quand devrait-il annoncer sa candidature à l'Elysée ?

- "C'est sa responsabilité. Il vous le fera savoir."

(source http://sig.premier-ministre.gouv.fr, le 13 août 2001)

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