Interview de Mme Michèle Alliot-Marie, présidente du RPR, à Europe 1 le 29 août 2001, sur l'intervention télévisée de Lionel Jospin, la croisssance, la fiscalité, les recrutements prévus dans les hôpitaux et sur l'avenir institutionnel de la Corse. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Michèle Alliot-Marie, présidente du RPR, à Europe 1 le 29 août 2001, sur l'intervention télévisée de Lionel Jospin, la croisssance, la fiscalité, les recrutements prévus dans les hôpitaux et sur l'avenir institutionnel de la Corse.

Personnalité, fonction : ALLIOT MARIE Michèle, MARTICHOUX Elisabeth.

FRANCE. RPR, président

ti : E. Martichoux "Les autres parlent, moi je travaille" : c'est, en gros, le message qu'a délivré le Premier ministre, hier, qui s'est livré à une explication de texte de sa politique. Est-ce que, finalement, ce n'est pas d'abord cela qu'attendent les Français plus que les grandes envolées oratoires pré-électorales ?

- "Si j'en crois à la fois les analyses de tous vos confrères et celles des alliés du Premier ministre, cette intervention a été jugée inutile parce que je crois qu'elle n'a pas rassuré les Français pour l'avenir. Il n'y a rien comme perspective d'avenir. Je pense que nous reviendrons sur les deux points qui ont été évoqués. Le Premier ministre nous a donné des explications laborieuses de ce qu'il avait fait, parfois d'ailleurs, je dois le dire, en trichant un peu, voire en détournant la vérité, à moins peut-être que lui-même ne voit pas ce qui se passe et manque de lucidité. Si j'écoute ce matin ce que dit le parti communiste qui participe au Gouvernement, si j'écoute ce que disent les Verts, les uns et les autres disent qu'ils sont restés sur leur faim ou que cela a été une xième tentative de justification de la politique gouvernementale sans que les résultats soient là et sans perspective d'avenir."

C'est votre analyse qui vous intéresse en premier lieu.

- "On pourrait penser que, comme je suis dans l'opposition, je suis parti pris. Je ne suis pas seule à faire la même analyse."

L. Jospin a beaucoup parlé d'économie. On va commencer par ce chapitre-là. Il a rappelé que la France affiche avec l'Angleterre le meilleur taux de croissance des pays industrialisés, performance confirmée par le FMI. Est-ce que vous vous en réjouissez ou est-ce que vous préférez finalement être "anxiogène", pour reprendre son terme, c'est-à-dire nourrir l'inquiétude des Français ?

- "Quand on occupe une certaine position politique, je crois que ce qui compte avant tout, c'est l'intérêt de la France et l'intérêt des Français. C'est dans cette perspective que je me situe. Si effectivement la France avait de très bons résultats, je m'en réjouirais, d'ailleurs parce que j'espère bien que nous allons être au Gouvernement dans quelques mois et que nous pourrions aussi en bénéficier."

2,3 % de croissance, c'est encore de la croissance et elle est encore plus forte que celle de nos voisins.

- "Je constate que pendant le règne, si je puis dire, de M. Jospin, la France a reculé dans l'échelon des pays économiques les plus avancés. Nous sommes aujourd'hui en cinquième position de pays économiques les plus dynamiques, nous sommes passés derrière les Anglais. Il faut quand même le voir, quand on cite des chiffres il faut citer tous les chiffres. Ce que je constate aussi c'est que le pouvoir d'achat des Français qui auraient dû bénéficier de cette croissance a augmenté deux fois et demi moins vite que le taux de croissance et trois fois moins vite que la moyenne des pays développés en l'an 2000 et il a même stagné l'année dernière. A quoi sert la croissance si elle n'est pas faite pour augmenter le bien-être des Français, la qualité de vie des Français ou pour mieux préparer notre pays à la concurrence ? Or, aujourd'hui, ce que nous constatons c'est que le Premier ministre n'a pas utilisé la croissance pour mettre notre pays dans une meilleure situation. La France n'est pas désendettée. Nous continuons à avoir effectivement un Etat qui continue à dépenser chaque année 200 milliards de plus que ce qu'il gagne. C'est tout à fait dommage. Cela va à l'inverse de ce que dit le Premier ministre."

Mais en ce qui concerne cette rentrée et ce taux de croissance de 2,3 %. Est-ce qu'il vous semble tenable ? Est-ce que cela fait partie des objectifs chiffrés chez les économistes du RPR ?

- "Nous le verrons. Nous avions dit au moment même où M. Fabius nous parlait d'un taux de croissance de 3 % pour l'année qui vient qu'il ne serait pas de 3 % et qu'il serait plus vraisemblablement aux alentours de 2,3 %. Aujourd'hui, nous sommes sur les chiffres que nous avions annoncés, des chiffres de lucidité. Cela va rendre la constitution du budget et la satisfaction des promesses que le Gouvernement a faites à telle ou telle catégorie extrêmement difficile."

En attendant des baisses d'impôts, la prime pour l'emploi, l'allocation de rentrée scolaire : tout cela va effectivement doper la consommation ?

- "Là aussi, je crois qu'il faut être prudent. Des baisses d'impôts annoncées, c'est toujours bon à prendre, je crois que vous serez d'accord avec moi. Ceci dit, ce qu'il faut bien voir c'est qu'il y a eu, en réalité, préalablement une augmentation considérable des impôts. Ce que le Gouvernement redonne aujourd'hui aux Français, c'est moins de 10 % de ce qui a été prélevé au cours des trois dernières années. N'oubliez pas qu'il y a eu 14 impôts et taxes nouvelles créés il y a trois ans. On en redonne un petit peu mais il faut bien voir que par rapport à la situation antérieure, le pouvoir d'achat a régressé. Le pouvoir a régressé aussi pour les salariés puisque les 35 heures ont bloqué les salaires."

Si vous gagnez les élections en 2002, vous poursuivez la politique de baisses d'impôts ?

-"Je vous rappelle que le premier qui a engagé la baisse d'impôts, c'est A. Juppé. Ceci a été interrompu au moment où les socialistes sont arrivés au pouvoir. C'est un peu la règle du jeu : à deux ans de l'élection présidentielle, on redonne un petit peu aux Français de ce qu'on leur a pris."

Il a renoncé, hier, à augmenter la fiscalité sur l'essence. Sur les 35 heures dans les PME, il va assouplir le dispositif pour que cela soit tenable.

- "Ce que nous demandions depuis des mois et des mois."

C'est du pragmatisme ? A. Chabot parlait de "blairisme." Ce n'est pas pour vous déplaire s'il s'adapte aux réalités économiques ?

- "Je crois que lorsqu'on entend les petits commerçants, les artisans, il est bon effectivement qu'aujourd'hui on prenne en compte ce qu'ils disent et ce que nous disons depuis longtemps, c'est-à-dire que les 35 heures obligatoires pour tous sont une aberration qui va conduire à une catastrophe économique. Le Premier ministre a enfin reconnu son erreur et il dit qu'il va assouplir, sans nous dire d'ailleurs comment cela va être fait. Nous lui disons : "c'est bien de nous avoir écouté mais écoutez-nous jusqu'au bout et redonnez de la souplesse au lieu de tout vouloir contrôler, réglementer et sanctionner comme vous le faîtes généralement.""

Les 35 heures à l'hôpital : gros dossier social du Gouvernement. Demain, E. Guigou reçoit les partenaires sociaux mais il a annoncé des créations d'emplois dans les personnels hospitaliers. Vous savez qu'il y a des pénuries terribles surtout chez les infirmières. On ne peut pas faire autrement qu'augmenter le nombre de personnel dans les hôpitaux aujourd'hui ?

- "Avant les vacances, j'ai visité plusieurs CHU et j'ai discuté dans toute la France avec les personnels. C'est vrai qu'aujourd'hui même, les urgences ne sont plus assurées car il y a eu un certain nombre de blocages sur les recrutements de personnels depuis quelques années. Effectivement le numerus closus, notamment pour les médecins, a été très fort. Effectivement, la santé des Français doit être notre préoccupation numéro un parce que nous sommes tous touchés de près ou de loin. Je crois que le Premier ministre s'en aperçoit un peu tard. Après avoir dit "on va faire les 35 heures dans les hôpitaux" sans prendre immédiatement les mesures nécessaires, c'était un peu irréaliste. C'est très bien de créer des emplois et cela correspond à un besoin mais il faut bien savoir qu'un médecin, une infirmière cela ne se recrute pas comme ça si les gens ne sont pas formés. Il faut trois ans pour une infirmière, il faut cinq à sept ans pour un médecin. Comment va-t-on faire si on veut appliquer tout de suite les 35 heures comme l'a dit le Gouvernement ? C'est impossible. M. Jospin se trouve aujourd'hui devant la preuve de l'irréalisme de sa politique. Je crois que cela a été un manque de lucidité qui même aujourd'hui n'est pas comblé puisqu'il dit qu'il suffit de recruter. Non, il ne suffit pas de recruter parce que les gens ne sont pas formés. Comment va-t-il faire ? Je lui pose la question."

On va parler de la Corse. Il l'a dit et redit hier soir : "on ne remet pas en cause le processus de Matignon." Certains membres de l'opposition réclament un référendum. Est-ce que c'est votre cas déjà ?

- "Le référendum est impossible, je le dis depuis toujours, puisqu'il ne peut avoir lieu que sur l'ensemble du territoire national. En revanche, il est vrai que ce qui vicie les accords de Matignon c'est qu'ils ont été passés principalement avec des personnes qui n'avaient pas la légitimité de représenter la volonté des Corses sur ce problème de l'évolution institutionnelle de l'île, y compris les élus de l'assemblée territoriale parce qu'ils n'ont pas été élus sur ces sujets. Ils ont été élus pour gérer des problèmes administratifs ou techniques. Ils n'ont pas été élus sur le fait de leur engagement à l'égard de l'évolution de l'île. C'est la raison pour laquelle nous disons qu'il serait plus juste de dissoudre l'assemblée territoriale pour que les élus, devant les électeurs corses, disent ce qu'ils veulent et qu'à ce moment-là, les Corses puissent effectivement choisir leurs représentants."

Ces élus de droite et de gauche doivent entendre ce matin qu'ils ne sont donc pas légitimes pour négocier, discuter avec le Gouvernement de l'avenir de la Corse ?

- "De l'avenir institutionnel de la Corse. Nous le disons depuis très longtemps, un certain nombre d'entre eux qui l'ont déjà dit. Les élus nationaux, eux, ont cette compétence ; les élus territoriaux non de la même façon que certains représentants de différents mouvements nationalistes qui ne sont pas élus. Le deuxième point est qu'il n'y a pas d'arrêt de la violence quoi que l'on dise, quoi que l'on essaye de dissimuler. Il faut bien voir que les attentats contre les intérêts de l'Etat ont continué depuis le processus de Matignon. M. Jospin avait dit au départ qu'il en faisait un préalable. Il a renoncé sur ce point, il a cédé aux exigences et aux surenchères des nationalistes représentant des groupes violents. Cela n'amène aucune solution."

Hier, L. Jospin a conclu en disant qu'il était malsain que l'exécutif critique l'exécutif, en référence directement à J. Chirac le 14 juillet. "Ce sont les limites de la cohabitation." Est-ce que l'atmosphère ne s'alourdit pas dangereusement entre les têtes de l'exécutif ?

- "Il est évident que les socialistes et M. Jospin ont engagé une campagne présidentielle sur des bases que je ne trouve pas saines : extrêmement agressives et visant la personne. Quant aux critiques de fond, je me demande si M. Jospin ne serait pas finalement un peu oublieux du passé. Est-ce qu'il se souvient quand il était premier secrétaire du parti socialiste des critiques constantes que M. Mitterrand faisait à l'égard du gouvernement durant les deux premières cohabitation où j'étais membre du Gouvernement ?"

(Source http://sig.premier-ministre.gouv.fr, le 30 août 2001)

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