Interview de M. Charles Pasqua, président du RPF, à France-inter le 29 août 2001, sur l'intervention télévisée de Lionel Jospin, la situation en Corse et la sécurité. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Charles Pasqua, président du RPF, à France-inter le 29 août 2001, sur l'intervention télévisée de Lionel Jospin, la situation en Corse et la sécurité.

Personnalité, fonction : PASQUA Charles, ARDISSON Annette.

FRANCE. RPF, président

ti : A. Ardisson Vous avez naturellement regardé à la télévision L. Jospin qui ne dira qu'en 2002 s'il est candidat à l'élection présidentielle. Votre impression générale sur l'intervention du Premier ministre ?

-" Je l'ai trouvé ennuyeux ! Je n'ai pas senti ni un Premier ministre qui s'exprimait ni un candidat aux élections présidentielles. C'était un exposé, celui d'un professeur, qui essayait d'expliquer aux gens que finalement, ça va pas mal, et ce qui ne va pas encore très bien s'arrangera. Pour le reste, il n'y avait pas de flamme, il n'y avait pas de conviction. Très honnêtement, puisque la télévision c'est l'image beaucoup plus que les mots, je crois que c'est une émission pour rien. S'il avait comme souhait de donner le sentiment aux Français qu'il maîtrisait bien les choses, qu'on pouvait compter sur lui pour l'avenir etc, je crois que c'est raté."

L. Jospin s'est dit "surpris" et même un peu "choqué" par les critiques de J. Chirac, le 14 Juillet. Vous-même, le 25 juillet, vous vous demandiez si le Président de la République ne devait pas dissoudre et le Premier ministre démissionner ? Les vacances étant passées, tout s'étant un peu aplani, ne croyez-vous pas que c'est un peu beaucoup demander ?

- "Je n'avais aucune illusion, je n'ai jamais pensé une seule minute qu'on se lancerait dans la dissolution ou que Jospin s'en irait. Mais ce que je trouvais choquant, c'est qu'on en arrive à ce degré de tension entre les deux représentants de l'exécutif, puisque le pouvoir est partagé maintenant ..."

C'est d'ailleurs ce que dit Jospin ...

- "Je me demandais comment cela pourrait durer. Mais enfin, manifestement Jospin s'en est bien accommodé et puis J. Chirac aussi puisqu'à la première réunion au Conseil des ministres, ils ont fait comme si de rien n'était. Ce qui veut dire qu'on est très loin de l'esprit des institutions de la Vème République. Cela rappelle plutôt la IV ème, les jeux politiciens."

On vous attend surtout sur la Corse, venons-en directement sur le sujet. Quel est votre commentaire sur qu'a dit justement L. Jospin à propos de la Corse - c'est-à-dire : "(...) évoquer l'amnistie maintenant, c'est contre-productif, c'est encourager le terrorisme" (...) "Jamais d'amnistie pour les assassins du préfet Erignac" (...) " Il faut poursuivre le processus."

- "Jospin n'est pas crédible et les socialistes non plus parce qu'il faut rappeler que nous sommes en 2001. Au cours de ces 20 dernières années, les socialistes ont eu la responsabilité du pouvoir pendant 15 ans ! Donc, ils ont eu la responsabilité de la gestion du dossier corse pendant 15 ans ! Nous avons en réalité eu la responsabilité pendant un peu plus de cinq ans, mais chaque fois deux ans. Pendant cette période, on n'est pas en mesure d'engager une politique avec des chances de succès, il faut du temps pour cela, les socialistes en ont disposé, nous ne l'avons pas eu. Mais, de toute façon, chaque fois que les socialistes ..."

... précisément, le processus de Matignon repose sur le temps ?

- "Chaque fois que les socialistes nous ont succédé, ils ont eu la même démarche. Qu'il s'agisse de 88 ou de 93, quand ils sont revenus, ils ont immédiatement amnistié ! Tous ceux que nous avions arrêté, compte tenu des actes délictueux ou des crimes, ont été relâchés et amnistiés. Ce qui veut dire que, lorsque Jospin, aujourd'hui, déclare que l'amnistie n'est pas dans l'air du temps etc., il n'est pas tellement crédible. Mais surtout, ce qui est plus ennuyeux, c'est ce qu'on appelle "le processus de Matignon", c'est-à-dire les discussions qui ont été engagées avec les séparatistes, avec les nationalistes. Il n'y a pas eu de discussion véritable ; il y a eu de la part du Gouvernement une abdication devant les revendications permanentes des séparatistes. Et chacun sait que, de toute manière, leur ambition, c'est bien l'indépendance, quoi que l'on puisse lâcher, ça ne s'arrêtera pas. Et d'ailleurs Jospin comptait sur une certaine pacification. Pour le moment, il a obtenu le contraire, c'est-à-dire que les meurtres ont repris de plus belle, et que les factions se déchirent."

Mais la discussion se fait avec l'Assemblée de Corse ?

- "L'Assemblée de Corse n'est pas légitime, elle n'a aucune légitimité pour conduire ces discussions. Les seuls qui aient une légitimité, je le reconnais, ce sont les nationalistes. Pour quelles raisons ? Parce que, lorsqu'ils ont été candidats aux élections territoriales, ils l'ont été sur leurs propres thèmes. "Nous voulons ceci, et nous sommes pour l'indépendance de la Corse." Les autres ont été candidats sur les thèmes contraires : "nous sommes contre les nationalistes, nous sommes contre leurs revendications etc. "Cela veut dire qu'ensuite, ils ont trahi leurs engagement par rapport aux électeurs."

Quand vous dites qu'il faut qu'il y ait de nouvelles élections, dissoudre l'Assemblée de Corse et réélire des gens, en fait, ceux que vous visez, ce sont vos propres amis, parce qu'ils sont quand même à droite ?

- "Mon problème, ce n'est pas que ce soit des amis ou pas des amis, c'est le cadet de mes soucis ! On ne peut pas tourner le dos aux engagements que l'on a pris devant les électeurs et faire le contraire de ce à quoi on s'était engagé à faire. C'est la raison pour laquelle je dis que cette assemblée n'avait aucune légitimité, ni politique, ni démocratique, pour s'engager dans cette voie. Le Gouvernement a parfaitement le droit de penser qu'il faut engager cette politique, les élus corses n'en ont aucun. Et d'ailleurs, à l'heure actuelle, si j'en juge par les sondages - il faut accorder aux sondages l'intérêt qu'ils méritent - les Corses rejettent massivement l'idée d'indépendance et souhaitent être consultés. On ne peut pas faire de référendum, je suis d'accord avec l'analyse que font les constitutionnalistes. Mais rien n'empêche de les consulter en dissolvant l'assemblée de Corse, et, à ce moment-là, ceux qui ont décidé d'engager ce processus avec les nationalistes défendront ces idées. On verra bien s'ils seront réélus. Cela serait la logique. On ne peut pas s'engager dans cette affaire sans l'assentiment des électeurs."

Je voudrais votre éclairage sur cette bagarre entre les magistrats du pool anti-terroriste et le chef de la section anti-terroriste du parquet de Paris. La personne qui occupait ce poste auparavant était, dit-on, une de vos proches ; le nouveau, semble-t-il, est un proche du Gouvernement. C'est une histoire politique ou c'est une histoire juridique de procédure ?

- "Très honnêtement, je n'en sais rien."

Vous n'en avez pas eu vent ?

- "J'en ai eu vent en lisant le journal Le Monde hier soir, comme tout le monde si j'ose dire. Ce n'est pas la première fois qu'il y a des problèmes de cet ordre. Je crois que de toute manière, il est clair que le parquet de Paris a été repris en main pour des raisons politiques par le Gouvernement. La nomination de monsieur Dintilhac de ce point de vue est significative. C'est un militant socialiste membre du Syndicat de la magistrature, et quand il est arrivé, il a commencé à faire le ménage. Il s'est d'abord débarrassé du substitut qui suivait les affaires financières, parce que probablement il n'était pas suffisamment souple à l'égard du pouvoir socialiste, et il a continué depuis. Alors, s'il y a effectivement un problème politique, il est du côté du Gouvernement."

Je ne vais pas vous quitter sans parler de sécurité, deuxième préoccupation du Gouvernement après le chômage. L. Jospin a dit que ce n'était pas seulement une responsabilité gouvernementale, mais que c'était la société qui était violente. Vous êtes d'accord avec cette analyse ?

- "Oui, c'est un peu vrai, mais cela n'enlève rien aux responsabilités du pouvoir. La sécurité est le premier devoir de l'Etat républicain et je constate que ces responsabilités ne sont pas assumées. Elles ne l'ont pas été par Chevènement, quelle qu'ait été sa volonté qui n'a pas eu de conséquences réelles. L'insécurité a continué à progresser et, aujourd'hui, le nombre de quartiers dans lesquels nous sommes dans une situation de non-droit va en augmentant. Voilà la réalité des choses. C'est un constat d'échec."

Quelqu'un pourrait faire mieux ?

- "Je crois que oui, et, pour cela, je rejoins ce que disait J. Chirac sur ce point, il faut une volonté politique. Il faut une volonté et il faut incarner cette politique qui consiste à dire qu'il faut que l'inquiétude change de camp ; elle doit frapper les malfrats et non pas les honnêtes gens."

(Source http://sig.premier-ministre.gouv.fr, le 30 août 2001)

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