Interview de M. Charles Pasqua, président du RPF et candidat à l'élection présidentielle de 2002, à La Chaîne Info le 4 septembre 2001, sur sa candidature et celle de M. Chevènement, la violence et les trafics d'armes, le recrutement de policiers et de magistrats, la situation en Corse et sur le passage à l'euro. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Charles Pasqua, président du RPF et candidat à l'élection présidentielle de 2002, à La Chaîne Info le 4 septembre 2001, sur sa candidature et celle de M. Chevènement, la violence et les trafics d'armes, le recrutement de policiers et de magistrats, la situation en Corse et sur le passage à l'euro.

Personnalité, fonction : PASQUA Charles, SEGUILLON PIERRE Luc.

FRANCE. RPF, président;FRANCE. Candidat à l'élection présidentielle de 2002

ti : Un sondage BVA vous donne une poussée avec 6 points d'intention de vote, comme d'ailleurs à Jean-Pierre Chevènement, qui a annoncé aujourd'hui sa candidature et qui est, je dirai, un peu sur le même créneau que vous, puisqu'il se dit lui aussi défenseur de la souveraineté nationale. Mais d'abord, cette poussée d'intentions de vote vous l'interprétez comment ? Pourquoi à votre avis ?

Je crois que c'est assez logique. J'ai été finalement très bas, beaucoup plus bas que la normale dans les sondages.

Et dans les sondages BVA, vous êtes passé de 2 à 6 ?

Oui, absolument. Et donc, c'est normal qu'à l'approche des élections présidentielles, bien qu'on en soit encore assez loin, il y ait une espèce de rééquilibrage entre les candidats qu'on crédite, je dirai sans humilité, d'une certaine expérience, et puis les autres. Je prends ça avec beaucoup de philosophie.

Est-ce que vous avez le sentiment que c'est un peu conjoncturel, que c'est une poussée sécuritaire, parce qu'on sait que les problèmes de sécurité vous sont particulièrement chers ?

Oui, c'est possible. Si cette poussée dans les sondages correspond aux préoccupations des Français dans le domaine de la sécurité et à la compétence dont ils me créditent dans la lutte contre l'insécurité, alors, je suis optimiste pour la suite, parce que ça devrait continuer, parce que malheureusement je ne vois pas ce qui pourrait, dans un avenir proche, faire en sorte que l'insécurité régresse.

Alors, on va reparler de l'insécurité tout à l'heure, mais au début de l'après-midi, Jean Pierre Chevènement, dont on savait qu'il serait candidat, annonçait officiellement sa candidature de sa mairie de Belfort. Je le rappelais tout à l'heure : il est sur un créneau semblable au vôtre, il défend la souveraineté de la nation. Est-ce que sur ce créneau, au fond vous êtes deux, il n'y en a pas un de trop ?

Oui, les choses se présentent un peu différemment. Je veux dire par là que chacun de nous a un parcours et chacun de nous a une histoire et incarne un certain nombre de valeurs. Alors, il y a entre Chevènement et moi, sur un certain nombre de points, convergence d'analyses et d'attitudes, mais il y a aussi des différences sensibles.

Alors, qu'est-ce qui vous sépare aujourd'hui ?

Premièrement, moi j'ai rompu avec mon camp. J'ai quitté le RPR, j'ai rompu avec Jacques Chirac et je me situe ailleurs. Lui il est toujours malgré tout¿

Il n'est plus socialiste depuis un bout de temps.

Il est toujours dans le camp de la gauche. Aux dernières élections européennes, ses amis étaient sur la liste socialiste. Et il va avoir du mal à faire oublier aux Françaises et aux Français qu'il a été pendant 4 ans dans le gouvernement de Monsieur Jospin. Ce n'est pas mon cas. Cela étant, moi je me réjouis chaque fois qu'un homme politique prend position en faveur de la défense de l'intérêt national, de l'indépendance et de la souveraineté du pays. Je m'en réjouis et il n'y a aucun problème. Voilà. Maintenant, de là à dire que nous sommes sur le même créneau, je crois qu'il commet l'erreur que d'autres ont commise avant lui, peut-être moi-même, à savoir penser rassembler les Républicains des deux rives.

Ce n'est pas possible, à votre avis ?

Ca ne se fera pas.

Vous avez le sentiment que la logique de nos institutions est telle que le clivage gauche/droite, ce système binaire, fait qu'on ne peut pas aller au-delà de ce clivage.

C'est très difficile, sauf événement exceptionnel. En tous les cas, je l'ai expérimenté moi-même lors des élections européennes, puisque j'ai effectivement tendu la main, dans le cadre de la campagne que je conduisais, aux électeurs de gauche, j'en ai eu un tout petit nombre. Aucune personnalité de gauche ne m'a rejoint et je dirai que Chevènement, en ce qui le concerne, lorsqu'il a été consulté par certains de ses amis pour savoir s'ils pouvaient venir sur la liste, leur a répondu non.

Alors, ça veut dire que vos deux entreprises parallèles sont condamnées à n'être que des candidatures de témoignage. Autrement dit, comment imaginer que¿

J'ai déjà dit, ces entreprises ne se situent pas sur le même plan. Je crois que lui est resté, qu'il le veuille ou pas, au sein de la gauche. Mois je me suis extrait de mon camp et le discours que je tiendrai s'adressera aux Français hors parti. Moi, je ne situe pas ma démarche dans un cadre partisan. Mon approche sera différente.

Vous pensez pouvoir être au deuxième tour ? Objectivement, vous connaissez bien la politique.

Ecoutez, Monsieur Séguillon, ce que je trouve amusant c'est cette compétition pour occuper la place de troisième homme.

Il y en a beaucoup de troisièmes hommes !

Oui, mais enfin ça me fait penser au Tour de France, quand on se réjouissant d'être second. Là, le troisième ne servira à rien. Ce qu'il faut, c'est être dans les deux premiers, si vous êtes le troisième, vous aurez témoigné, c'est tout. Ce que je pense, c'est que les élections présidentielles seront très ouvertes. Il y aura une situation tout fait différente de celle qu'elle est aujourd'hui, peut-être parlerons-nous tout à l'heure de la situation économique, de l'euro, et nous reviendrons sur la sécurité. Les choses seront tout à fait différentes, et je vois mal comment Jacques Chirac, quelles que soient ses qualités qui sont très grandes et la sympathie qu'il peut inspirer au Français, réussirait à rassembler une majorité sur son nom pour incarner une politique différente de celle qu'il a conduite de 1995 à 1997. Pareil pour Jospin.

Au passage, vous avez le sentiment que la décision de la chambre d'instruction de la cour d'appel de Paris, qui annule une partie de la procédure à l'encontre de Jacques Chirac et notamment la convocation, fait que d'ici aux élections présidentielles prochaines, il ne sera plus embêté, malmené, embarrassé par les affaires ?

Ecoutez, je pense et je l'espère, parce ce que de toute façon, c'est un climat délétère et ça n'a rien à voir avec le combat démocratique.

Alors, on parlait à l'instant de la sécurité. Vous avez vu ce qui s'est passé à Béziers dimanche dernier, enfin ce dernier week-end. Daniel Vaillant, ministre de l'Intérieur, disait : il faut voir là la montée irrationnelle d'une violence individuelle et non pas un témoignage de la montée de la violence.

Monsieur Vaillant est ministre de l'Intérieur, enfin il occupe ce poste.

Que vous avez vous-même occupé.

Oui, mais enfin je ne pense pas que les Français aient le sentiment que Monsieur Vaillant s'occupe réellement de leur sécurité. Je crois qu'il faut regarder les choses telles qu'elles sont : nous payons à l'heure actuelle 6 ans de laxisme. Depuis 1995, déjà sous le gouvernement d'Alain Juppé, on a levé le pied. Les mesures que j'avais proposées pour qu'il y ait une présence policière forte dans les quartiers difficiles, c'est-à-dire le recrutement de 5 000 personnels administratifs pour renvoyer les policiers expérimentés dans les banlieues, tout ça a été abandonné. Et d'autre part, il y a le laxisme de la justice, parce qu'il faut bien le dire : on parle de cet assassin. Il faut quand même savoir qu'il avait été arrêté 38 fois. Il avait été interpellé 38 fois ! Il avait 18 condamnations, sa place aurait dû être en prison et non pas en liberté. D'autre part, mais c'est le secret de Polichinelle, il y a des armes lourdes dans les banlieues.

Vous dites, c'est un secret de Polichinelle ?

Oui

Est-ce qu'en 1995, quand vous êtes parti du ministère de l'Intérieur, vous saviez ou vous pensiez qu'il y avait déjà des armes dans les banlieues ?

Non, nous n'étions pas dans cette situation, parce que ces armes lourdes, d'où proviennent-elles ? Elles proviennent notamment de l'ancienne Yougoslavie, de la Bosnie, du Kosovo.

Ca veut dire que ça s'échange, ça s'achète.

Depuis qu'il y a eu ce véritable trafic, or rien n'est fait pour y mettre un terme. D'autre part, à partir du moment où la France a décidé d'abandonner ses responsabilités dans le domaine du contrôle des frontières, de la sécurité, de la justice, puisqu'elle va transférer tout ça à l'Union européenne l'année prochaine, il ne faut pas s'étonner des résultats. Et lorsque les policiers ne se sentent pas soutenus, lorsqu'ils procèdent à des arrestations et que, dans la foulée, on libère les gens, il ne faut pas s'étonner du résultat. Là, je mets en cause tout à fait directement et profondément les responsables politiques, gouvernementaux, depuis 1995 et plus particulièrement depuis 1997.

Alors, vous voulez dire que, par exemple, il faut restaurer des barrières aux frontières ? Il y a les accords européens, quand même.

Oui, mais ces accords, je vous rappelle au passage que les accords de Schengen prévoient la possibilité momentanément, pour une période déterminée, de rétablir les contrôles aux frontières.

Et vous dites aujourd'hui, étant donné ce qu'on constate notamment sur ces trafics d'armes, qu'il conviendrait aujourd'hui, en tout ces de manière provisoire, de restaurer les contrôles à toutes les frontières ?

Mais ça, ça me paraît évident, mais ce n'est qu'un des éléments d'une politique destinée à rétablir la sécurité. A l'heure actuelle, tout le monde sait que nous avons en France 200 quartiers dans lesquels les policiers ne rentrent pas ou ne rentrent qu'avec beaucoup d'appréhension. Enfin, il y a de cela quelques mois, à Nanterre, à l'occasion d'une perquisition, on a trouvé 16 ou 17 bazookas, lance-roquettes. On a trouvé des armes lourdes. Dans la région parisienne, en Seine Saint Denis, il y a déjà eu des affrontements de bandes à coups de fusil. Et que fait-on devant cette situation ?

Vous, vous dires barrières aux frontières, investissement de ces quartiers par des policiers¿

Mais, bien entendu. Investissement par des policiers, ça ne consiste pas à y aller un jour et à disparaître. Ca consiste à avoir une politique de recrutement et de formation et ça consiste à rétablir la loi dans ces quartiers difficiles, c'est-à-dire implanter¿

Attendez, Daniel Vaillant n'arrête pas d'expliquer qu'on recrute de nouveaux policiers.

Ecoutez, Daniel Vaillant, il me fait rire. Quels sont les policiers qui ont été recrutés depuis 1997 ? Monsieur Chevènement qui est candidat maintenant, a été ministre de l'Intérieur pendant 4 ans, il n'a pas recruté un seul policier, à l'exception des adjoints de sécurité. On a recruté 17 000 adjoints de sécurité, ils ressemblent à des policiers, mais ils n'en ont ni les pouvoirs, ils n'en ont pas les moyens d'action. Voilà la réalité des choses.

Vous parlez de la justice, est-ce que vous êtes partisan de recruter des magistrats ?

Ca, ça me paraît extrêmement logique. Même s'il n'y avait pas eu ces incidents extrêmement graves, le problème de la justice se pose. Il n'y a pas suffisamment de magistrats. D'ailleurs, j'ai proposé, dans mon propre département, que l'on implante dans les quartiers sensibles des unités dans lesquelles il y aurait à la fois la police et la justice. Il y a un grand nombre de substituts, il faut encore en augmenter le nombre, et qu'on les mette dans les quartiers difficiles et qu'on puisse régler les problèmes tout de suite.

Est-ce que les procédures sont trop complexes ? Est-ce que vous êtes partisan, par exemple, d'abroger la loi qui est parfois mise en cause sur la présomption d'innocence parce qu'elle fait des procédures très complexes ?

Non, je crois qu'il ne faut pas tout mélanger. Je crois que dans le domaine de la sécurité, on a eu tort d'abroger les lois que j'avais fait voter, et je le regrette. Ces lois permettaient notamment les contrôles des véhicules, les contrôles d'identité, etc¿Tout ceci, il faudra bien se décider à le rétablir. Et puis, il faut se donner les moyens. Et pour cela, je note au passage qu'il faut une politique pénale cohérente ; il faut donc que les procureurs reçoivent de la part du gouvernement et du ministre de la Justice des instructions quant à la politique qui doit être conduite.

Vous remettez en cause l'indépendance du parquet ?

Mais, je ne mets pas en cause d'indépendance du parquet. Je mets en cause¿

Vous venez de dire qu'elle est cause d'absence de politique pénale cohérente.

Je mets en cause, Monsieur Séguillon, je crois que je parle français et, normalement, on devrait comprendre ce que je dis. Je dis qu'il faut une politique pénale, que cette politique pénale doit être définie par le Parlement et appliquée par le gouvernement. C'est au garde des Sceaux de donner aux procureurs de la République, qui ne sont pas indépendants, les instructions sur une politique pénale. Qu'on mette un terme aux laxismes actuels ! Voilà.

Est-ce que vous estimez que Madame Marylise Lebranchu, garde des Sceaux, ne donne pas les instructions nécessaires aux procureurs aujourd'hui ?

Absolument. Je considère que le garde des Sceaux ne joue pas le rôle qu'il devrait jouer et le gouvernement dans cette affaire est responsable.

Au passage, vous avez dit, au sujet des OGM, de l'arrachage des plants d'OGM, que vous seriez partisan que ces cultures d'OGM expérimentales se fassent en milieu fermé et non pas en milieu ouvert. Mais, en l'état actuel des choses, vous seriez pour poursuivre de manière plus sévère ceux qui arrachent ces plants d'OGM ?

Moi, je crois que le fait de laisser un certain nombre d'associations rendre elles-mêmes la justice ou se faire justice elles-mêmes, n'est pas digne d'un état démocratique. Je crois donc que le gouvernement doit arrêter une politique. Par contre, je crois que l'inquiétude d'un certain nombre de milieux, non seulement de ces associations mais de milieux scientifiques, etc¿, est réelle parce que personne ne sait quelle diffusion peut résulter des tests qui sont faits en milieu naturel. Je crois qu'on ne peut pas empêcher la recherche, mais je crois qu'il faut qu'elle ait lieu effectivement en milieu fermé.

J'en viens à un autre sujet où la violence existe également, c'est la Corse. L'Assemblée territoriale s'est réunie hier ; Monsieur José Rossi a parlé, il a exprimé son¿

Monsieur José Rossi parle beaucoup, c'est une de ses grandes capacités et qualités.

Vous voulez dire par là ?

Je veux dire qu'il parle plus qu'il n'agit.

Il y a eu 90 attentats depuis le début de l'année, est-ce que dans votre esprit, ça condamne le processus de Matignon ou ça confirme son urgente nécessité ?

Mais, ça ne veut rien dire. Qu'est-ce que c'est que cette histoire de processus de Matignon ? Ca n'existe pas. Il n'y a pas eu de discussions à Matignon, il y a eu de la part du gouvernement abdication devant les revendications permanentes des nationalistes. Il fallait être aussi léger que le Premier ministre pour croire, d'une part, que les nationalistes se contenteraient des mesures que l'on acceptait de prendre en faveur de leurs thèses et que, dans le même temps, il n'y aurait plus d'attentats et qu'il n'y aurait pas de revendication d'indépendance. Monsieur Talamoni a dit aujourd'hui même¿

Qu'il était partisan de l'indépendance, qu'il y avait après Matignon.

Qu'il considérait ce processus comme une marche vers l'indépendance. C'est évident.

Comme une étape.

Oui, c'est évident. C'est contraire aux principes républicains, c'est contraire à l'intérêt national et c'est le contraire de ce que souhaite la majorité des Corses.

Donc, dans votre esprit, premièrement, il faut dissoudre l'Assemblée territoriale ?

Je ne sais pas s'il faut dissoudre l'Assemblée. Moi, c'est ce que j'ai proposé parce que je crois que de toute façon, il faut donner la parole aux Corses. On ne peut pas faire un référendum uniquement réservé à la Corse, donc le seul moyen de donner la parole aux électeurs et de leur permettre de se prononcer d'une manière démocratique et tout à fait lisible, c'est de dissoudre l'Assemblée de Corse. Mais, alors, j'ai entendu Monsieur Rossi dire qu'on ne peut pas dissoudre l'Assemblée de Corse, etc.. Je voudrais simplement rappeler ceci, dans cette affaire¿

Mais, elle a une légitimité¿

Non, il n'y a pas de légitimité. L'Assemblée de Corse n'a pas été élue pour prendre des décisions de nature politique et qui engagent l'avenir de l'île de cette manière. Elle a été élue, c'est une assemblée territoriale chargée de la gestion de l'île. Et les élus de la majorité de l'île, c'est-à-dire les élus disons globalement de droite, ceux-là avaient été élus contre les thèses nationalistes. Alors, les nationalistes à la limite, eux, ils sont dans leur bon droit en disant : nous, nous avons été élus normalement, nous avons fait campagne pour nos idées, nous défendons ces idées. Il n'y a rien à dire. Par contre, les autres ont été élus contre eux. Et ensuite, ils se mettent d'accord avec eux. Alors, s'ils avaient deux sous d'honnêteté politique, ce sont eux qui devraient décider de revenir devant les électeurs. Et s'ils sont tellement sûrs de leur bon droit, qu'ils démissionnent.

Chaque fois que le gouvernement entend ce genre d'argument, il répond : est-ce que vous avez une alternative ? J'ai entendu Monsieur Rossi, justement dans son discours, dire : ils peuvent toujours parler les Pasqua, les Debré et les Chevènement, mais finalement ils n'ont fait que cautionner le désordre en Corse.

Ah bon ! Et quelle aide Monsieur Rossi a-t-il apporté aux gouvernements dans lesquels je me trouvais de 86 à 88 ou de 93 à 95 ? Est-ce qu'il s'est manifesté à l'époque pour condamner les attentats ? Est-ce qu'il a condamné l'action des nationalistes etc ? Je crois qu'en Corse, il y a un certain nombre de choses à faire. Moi, j'avais commencé à les faire. Je constate que l'oubli emporte beaucoup de choses. J'avais bien obtenu de l'Assemblée de Corse, nationalistes compris, qu'ils établissent ensemble un développement de l'île.

Vous avez dit, à plusieurs reprises, que vous souhaiteriez que le président de la République s'exprime beaucoup plus sur ce problème corse. Il peut encore faire quelque chose d'ici les présidentielles ?

Il pourrait naturellement, mais je crois qu'il ne fera rien. Il laissera Jospin s'empêtrer, alors que tout ça n'a pas grand-chose à voir avec l'intérêt national. Mais d'un autre côté, le président de la République n'a pas de responsabilité directe dans la conduite de ce dossier.

Dernière question, avant qu'on ne se quitte. A propos de la Banque Centrale Européenne, on va passer à l'euro. Est-ce que vous êtes partisan de réformer les traités pour que la Banque Centrale Européenne ne soit plus indépendante, elle est très critiquée, ou pour qu'elle change de statut ou pour qu'elle soit davantage sur le statut, par exemple, de la Federal Reserve américaine ?

Moi, j'étais contre le traité de Maastricht, tout le monde le sait, et j'ai considéré qu'on mettait la charrue avant les b¿ufs en faisant une monnaie européenne unique avant même d'avoir harmonisé les politiques économiques, fiscales et sociales. Puis, dans le même temps, on a confié des responsabilités à la Banque Centrale Européenne qui sont totalement déconnectées de la réalité économique, parce que la Banque Centrale Européenne, en définitive, n'a pas de moyens de jouer ; elle n'a le devoir de jouer que contre l'inflation et non pas de se préoccuper du développement économique, etc.. Mois, je crois que plutôt que de réformer la Banque Centrale Européenne, on peut toujours le faire naturellement, il vaudrait mieux se préoccuper de l'essentiel. L'essentiel, c'est ceci, l'euro existe, on le voit, il est là, mais dans le même temps, on voit qu'il est très mal accueilli et mal ressenti. Alors, gardons la situation actuelle, gardons le franc en même temps que l'euro et puis nous verrons bien comment les choses évolueront. Ca me paraîtrait¿.

C'est un v¿u pieux ?

Non, ce n'est pas un v¿u pieux. On a parfaitement le temps de le faire. Ca me paraîtrait beaucoup plus logique. Gardons la situation actuelle. L'euro, c'est une erreur, tout le monde le sait.

Vous voilà donc engagé en pleine campagne présidentielle, simple question : combien de divisions avez-vous pour mener cette campagne ?

Il n'est pas besoin de divisions, Monsieur. Ce n'est pas un problème de parti politique, ni de militants. Moi, je m'adresse aux Français¿

Il faut quand même avoir des troupes pour¿

J'en ai quelques-unes. Mais je ne doute pas qu'elles grossiront à vue d'¿il au fur et à mesure que nous approcherons de l'échéance et que le discours que je suis appelé à tenir rencontrera l'écho que j'espère.

Charles Pasqua, merci beaucoup.


Merci

(Source http://www.rpfie.org, le 6 septembre 2001)

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