Interview de M. Jean-Pierre Chevènement, député du Mouvement des citoyens, à France 2 le 19 juillet 2001, sur les fonds secrets, les relations entre le Président de la République et le Premier ministre, la sécurité et le financement du Mouvement des citoyens dans l'hypothèse de sa candidature à l'élection présidentielle. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Pierre Chevènement, député du Mouvement des citoyens, à France 2 le 19 juillet 2001, sur les fonds secrets, les relations entre le Président de la République et le Premier ministre, la sécurité et le financement du Mouvement des citoyens dans l'hypothèse de sa candidature à l'élection présidentielle.

Personnalité, fonction : CHEVENEMENT JEAN Pierre, RELTIEN Philippe.

FRANCE. Mouvement des citoyens, député

ti : P. Reltien

"Opération vérité" du Premier ministre, L. Jospin : en réponse à J. Chirac, il divulgue la répartition des fonds secrets : 133 millions pour Matignon, 24 pour l'Elysée. On a l'impression que la campagne a commencé le 14 Juillet ; L. Jospin a-t-il bien fait ?

- "Ces fonds secrets, comme on dit, ont pour but, en principe, de mettre un peu d'huile dans les rouages de l'Etat en versant des primes de cabinet à des conseillers ministériels qui travaillent ou en fournissant le soutien nécessaire à l'action des services spéciaux. Il y a des commissions de magistrats astreints au secret défense ; il faut que ces commissions s'assurent que ces fonds spéciaux reçoivent une destination conforme à l'intérêt public. Maintenant, parlons franc, il s'agit d'une diversion de la part du président de la République pour détourner la conversation à propos des affaires qui l'impliquaient personnellement. Je pense que les Français méritent mieux que ce débat de chiffonnier ; il y a un déluge d'hypocrisie. Derrière cette pétarade assourdissante, se dissimulent, il faut bien le dire, des convergences profondes sur l'essentiel. Je ne dis pas qu'il y a une absolue identité entre J. Chirac et L. Jospin mais de profondes similitudes. Est-ce que je vais rappeler, par exemple, que nous sommes dans la cinquième année de la cohabitation, qui a inévitablement abaissé l'Etat ? Dois-je rappeler que toute la politique économique s'inscrit dans les contraintes du Traité de Maastricht, approuvé par l'un et l'autre, redoublé par le Traité d'Amsterdam et le Pacte de stabilité que L. Jospin qualifiait jadis de "super Maastricht" ? Vous avez un budget qui progresse de 0,5% et qui l'an prochain qui progressera de 0,2% - en 2003 - parce que nous sommes enfermés dans les contraintes de ce Pacte de stabilité."

Les tensions actuelles sont visibles entre l'Elysée et Matignon : ça vous paraît de nature à justifier une dissolution - C. Pasqua l'a évoquée ici ?

- "Evidemment non. Ce n'est pas la première fois qu'il y a des controverses entre les deux têtes de l'exécutif. Je crois qu'il faut un peu de patience ; des échéances sont prévues et elles interviendront à la date normale. Les Français devront trancher mais je veux les rendre sensible qu le fait que, sur les grands sujets, - et je pourrais citer outre la politique européenne, la politique militaire, la fin du service national, la réintégration dans l'OTAN, la politique judiciaire, l'indépendance des parquets, la Corse, les surenchères sur la décentralisation -, nous nous trouvons avec deux têtes de l'exécutif qui chassent sur les mêmes terres. Donc, l'étalage des petites querelles - il faut le répéter - n'a pour but que d'occulter la réalité de la convergence entre, d'une part, le social-libéralisme et de l'autre, le libéralisme social."

Dans l'affaire des voyages, les juges rendent une ordonnance d'incompétence ; ils soulignent qu'une expertise dit qu'il s'agit de 2,8 millions versés en liquide pour payer les voyages privés de l'ancien maire de Paris. Est-ce que vous seriez prêt à voter la saisine de la Haute Cour de justice ?

- "Non, je ne l'ai pas fait parce que je pense que le président de la République a d'abord des comptes à rendre au pays. En démocratie, ce sont les citoyens qui sont les juges. Il y a des échéances dans quelques mois ; eh bien, le dossier sera instruit par la presse - je l'espère avec équité - et puis les citoyens se prononceront mais j'espère qu'ils ne se prononceront pas seulement là-dessus ; ils se prononceront sur les grandes questions qui commandent l'avenir du pays. Ce qui me paraît frappant, à travers ces injures homériques et ces réparties théâtrales qui encombrent l'actualité, à travers cette mise en scène médiatique, c'est qu'on oublie complètement le grand dessein."

Vous n'avez rien dit sur le débat lancé par le chef de l'Etat, samedi dernier, sur la sécurité et la précarité de l'emploi. "Les parents ont peur", disait J. Chirac. A Belfort, vous venez de refuser le couvre-feu pour les mineurs. Vous allez nous expliquer pourquoi et d'où est partie la querelle.

- "Le président de la République a parlé de "défaut de volonté", mais ce défaut de volonté est largement partagé entre la droite et la gauche. Par exemple, il ne s'est pas prononcé pour la réforme de l'ordonnance sur la délinquance des mineurs de 1945 - je ne sais pas si vous l'avez noté - ; sur les rave parties, il n'est un secret pour personne qu'au sein même de la droite, l'idée même de demander un autorisation préalable, paraissait déjà une atteinte à la jeunesse. Tout cela est ridicule ! Je pourrais prendre le sujet de la justice : c'est quand même le Président Chirac qui a institué la commission Truche, qui a conclu à l'indépendance des parquets, dont on voit les conséquences et dont se plaint le président de la République aujourd'hui ! J'en viens à Belfort parce que je ne veux pas avoir l'air d'éluder votre question : effectivement, je suis affronté comme maire de Belfort à la démagogie de certains élus RPR qui se sont solidarisés avec un buraliste qui a fait feu sur des jeunes. Je pense que c'est absolument inacceptable : l'usage d'armes à feu à distance - je le précise - est totalement condamnable et je ne comprends pas que des élus RPR puissent lancer une pétition pour se solidariser avec une personne qui a visiblement perdu son sang-froid et blessé des jeunes à 70 mètres."

Ils veulent un référendum local.

- "Ils veulent un référendum sur le couvre-feu ; eh bien je juge, comme maire de Belfort, que la situation ne légitime pas l'utilisation, de ce qu'on appelle d'ailleurs tout à fait à tort, "le couvre-feu." Sur le principe, si la situation avait un caractère de quelconque gravité, je prendrais des mesures pour que les enfants mineurs soient reconduits naturellement chez leurs parents, mais est-ce que c'est là le problème aujourd'hui ? Je constate qu'à côté, à 15 kilomètres, il y a une ville RPR qui n'a pas pris de pareilles mesures et, par conséquent, j'aimerai inciter les élus RPR de Belfort à s'intéresser à ce qui se passe à Montbéliard ou à Vesoul, où il y a également un maire RPR. Donc attention à la démagogie, les problèmes de sécurité sont sérieux, méritent d'être traités sérieusement et autrement que cela n'est fait aujourd'hui."

En vous écoutant, on a l'impression que vous êtes déjà en campagne. Qu'est-ce qui pourrait faire que vous ne vous présentiez pas ? On attend le 9 septembre avec impatience dans vos rang.

- "Je vous le demande : qu'est-ce qui ferait que je pourrais ne pas me présenter ? Disons, le désir de ne pas me fatiguer par exemple, mais je ne raisonne pas comme ça, vous le savez bien. Donc, il peut y avoir d'autres arguments. Vous connaîtrez mon point de vue avant l'automne et même précisément, je pense que le 9 septembre, à Vincennes, se tiendra un grand meeting à l'initiative des comités d'appel ; j'aurais certainement l'occasion de me prononcer d'ici là. Pour revenir à la sécurité par exemple, je salue la création de 3 000 postes par L. Jospin, mais je ne peux pas m'empêcher de penser que si on les avait créés l'an dernier, à pareille époque, pour le budget 2001, compte tenu des temps de formation, de recrutement et de mise sur le terrain, cela aurait été préférable. Mais mieux vaut tard que jamais et je salue cette initiative du Premier ministre."

Pour faire campagne, il faut avoir 45 millions de francs - je crois que c'est ce que vous cherchez ? Il faut obtenir plus de 5% des suffrages pour récupérer le 1/4 de l'investissement.

- "La loi qui dit que pour se faire rembourser à hauteur de 45 millions de franc - la moitié du plafond - il faut avoir atteint 5% des suffrages. Mais je vous fais observer que dans le condominium PS-RPR qui régit la vie politique française depuis plus vingt ans, il y a deux partis qui sont assurés d'avoir l'essentiel des financements publics, qui n'auront aucun problème avec les banques parce qu'on dira qu'ils passeront la barre des 5 %, alors que pour tous les autres, on peut douter que... A mon avis, on trouve toujours des raisons quand on le veut. Vous avez évoqué les fonds secrets tout à l'heure, dont j'ose espérer qu'ils ne seront utilisés à des fins politiques. Enfin, tous les Français savent bien qu'il y a des pompes à finance illicites qui ne fonctionnent qu'au profit des partis installés. Donc, il y a une chape de plomb, qui pèse sur la vie politique française et qui rend difficile l'entreprise qui consiste à dire la vérité aux Français, à les saisir des questions qui touchent à leur avenir collectif. C'est une entreprise difficile mais faut-il pour autant ne pas s'y lancer ? C'est une question à laquelle je répondrai plus tard"

Demain les vacances, vous partez finir votre livre programme. Quel grand chapitre ?

- "Je ne suis pas sûr que ce livre sortira donc je vais voir si je n'ai pas la flemme."


(Source http://sig.premier-ministre.gouv.fr, le 23 juillet 2001)

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