Déclaration de M. Laurent Fabius, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, sur la préparation du passage à l'euro et sur les mesures visant à prévenir des hausses anticipées de prix dans cette perspective, Paris le 3 septembre 2001. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Laurent Fabius, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, sur la préparation du passage à l'euro et sur les mesures visant à prévenir des hausses anticipées de prix dans cette perspective, Paris le 3 septembre 2001.

Personnalité, fonction : FABIUS Laurent.

FRANCE. Ministre de l'économie, des finances et de l'industrie

Circonstances : Inauguration du "train de l'euro" à la gare de Paris-Bercy le 3 septembre 2001

ti : Mesdames et Messieurs,


Nous entrons désormais, pour les quatre mois qui sont devant nous, dans la période la plus intense de préparation à l'euro.

Désormais, l'euro arrive. Les pièces en euros quittent à partir d'aujourd'hui les centres départementaux de stockage pour commencer à être distribuées notamment dans 50 000 agences bancaires et bureaux de poste. C'est une opération logistique considérable avec d'abord le souci de la sécurité.

L'euro arrive aussi, parce que son "portrait" est désormais complet. La Banque centrale européenne a rendu publiques jeudi les caractéristiques exactes des billets nouveaux, et une puissante campagne de communication intervient, afin que chacun prenne connaissance de l'apparence exacte des pièces et des billets, avant de les utiliser le 1er janvier prochain.

C'est dans ce contexte que l'ordre des experts comptables et ses partenaires, auxquels je veux rendre hommage, donne aujourd'hui le départ du "train de l'euro" pour un Tour de France de plus de trois semaines. J'ai tenu à ce que mon ministère participe à cette opération, en raison de son originalité, de son impact et de sa démarche partenariale. Vous démentirez certainement à chacune des étapes de ce voyage la règle selon laquelle la presse ne s'intéresserait qu'aux trains qui arrivent en retard.

Aucune entreprise, si petite soit-elle, ne peut plus ignorer le passage complet à l'euro et le retrait du franc sans prendre désormais des risques sérieux, qui seraient encore accrus pour les commerçants. On n'a pas du tout affaire à une tâche insurmontable, mais à une série d'opérations qu'il faut avoir commencées à temps, et dont la réalisation exige méthode et collaboration avec des prestataires de services extérieurs.

Cela, vous allez le répéter partout en France : de la comptabilité à l'informatique, de la paie à la formation du personnel, des déclarations administratives à la fixation des prix, de nombreuses fonctions de l'entreprise sont concernées. Il est encore temps de commencer pour les très petites entreprises, mais il faut le faire vite et mettre maintenant les bouchées doubles.

Un mot, puisqu'il s'agit du départ d'un train, sur la hausse présente des tarifs SNCF. On a incriminé l'euro, à tort. Le dispositif s'efforce de concilier un rééquilibrage de la situation de l'entreprise et la modération de l'évolution générale des prix, mais n'a pas grand chose à voir avec l'euro. La réalité est que cette hausse limitée (1,9 % en moyenne) a été justifiée par la situation financière de l'entreprise et les investissements qu'elle a consentis ou va consentir.

On comprendra que je saisisse cette occasion pour dire quelques mots sur la question générale des prix et de l'euro. Nous avons trois enquêtes à notre disposition.


L'une, publiée par 60 millions de consommateurs, porte sur la période juin 2000-juin 2001, sur 210 produits d'entretien et d'alimentation, 10 points de vente dans les Yvelines et Paris. Elle a donc un registre limité et ne permet pas - d'ailleurs, elle ne le prétend pas - de discerner dans les évolutions constatées ce qui serait exactement dû à l'euro. Elle montre cependant certaines hausses fortes, parfois même scandaleuses, en particulier les lessives et les produits laitiers. Le rôle de cette publication, comme des associations de consommateurs, est d'inciter à la vigilance, de dénoncer les excès : ils le font et je les soutiens.

D'autre part, nous avons les travaux de l'INSEE, portant sur 200 000 produits, sur tout le territoire, représentatifs du mouvement réel et général des prix. Ils montrent que l'inflation en France est bien maîtrisée, notre pays étant au total un de ceux où l'inflation est la plus faible. Ceci est tout à fait essentiel.

Enfin, nous avons mis en place un dispositif spécial de surveillance : 300 enquêteurs de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes relèvent tous les mois les prix de 20 800 produits de services de grande consommation dans 2900 points de vente. Ce dispositif vise à suivre l'évolution du double affichage, à traquer les erreurs de conversion et à mesurer les évolutions de prix lorsqu'elles sont liées au passage à l'euro.

Pour ceux des produits ou services que nous suivons, les augmentations avaient été, d'après cette enquête, de +0,5 % en juillet dans les grandes et dans les moyennes surfaces. Les chiffres parvenus pour août indiquent des augmentations respectives de +0,4 et +0,5 %. D'autre part, il faut noter que les hypermarchés et les supermarchés pratiquent déjà le double affichage des prix dans les proportions de 99 % et 95 %, c'est un autre résultat de notre enquête.

Chez les prestataires de services, une plus grande proportion de prix est restée stable en août par rapport à juillet. Nous avons observé, ce qui est traditionnel en août, plus de modération : la hausse de l'échantillon a été de +0,3 % contre +0,7 % en juillet. Autrement dit, nous n'avons pas sur ce point de signe général alarmant, ce qui ne retire rien au caractère inacceptable des abus qui ont pu être constatés.
Je résume ces constats pour en tirer les indications essentielles :

L'inflation reste dans l'ensemble bien maîtrisée, mais il y a certains dérapages, l'euro servant souvent de faux prétexte. Cela justifie une vigilance et une action immédiatement renforcées, à travers 6 décisions :

1. Publication immédiate de l'enquête générale de la DGCCRF sur la surveillance des prix avec indication notamment des secteurs fautifs, pour une information transparente des consommateurs.
2. Rencontre dès cette semaine du secrétaire d'Etat à la Consommation François Patriat avec les représentants des fournisseurs et de la distribution, pour faire le point dans chaque secteur et opérer, quand nécessaire, un strict rappel à l'ordre. Ce sera le cas en particulier pour les secteurs de la boulangerie et des produits laitiers.
3. Réunion avant dix jours, dans chaque département, sous la présidence du Préfet, des observatoires de l'euro, pouvant être immédiatement saisis en cas de dérapage des prix.
4. Accélération de la fréquence des contrôles : tous les 15 jours relevés de prix sur 20 000 produits.
5. Mobilisation de 200 agents de la DGCCRF pour enquêter et instruire la procédure de saisine du Conseil de la Concurrence en cas d'actions concertées des professionnels pour augmenter les prix.
6. Procès-verbaux systématiques en cas d'erreur intentionnelle au détriment des consommateurs lors des conversions franc-euro.

Les résultats de cette action seront rendus publics chaque mois, voire plus fréquemment en cas de nécessité. Pour le Premier ministre, pour moi et pour tout le Gouvernement, il n'est tout simplement pas question de laisser s'opérer un dérapage des prix sous le faux prétexte de l'euro.

J'en reviens pour finir aux entreprises, qui ont également d'autres tâches que de définir leurs prix en euros. Je voudrais ici remercier tous ceux qui, comme vous, contribuent à faire avancer l'euro. J'ai eu l'occasion, au cours du "Tour de France pour l'euro" que j'ai mené à mi-juillet avec les quatre secrétaires d'Etat qui m'entourent, de le rappeler devant vos représentants : nous sommes dans cette affaire unis derrière le même objectif, derrière la même ambition. Nous savons que nous avons tous à gagner à une réussite commune . Quand il y a des abus, il faut le dire. Mais, dans l'ensemble, je suis convaincu que nous allons réussir le passage à l'euro, ensemble. C'est la particularité de la plus grande réforme monétaire du siècle que de n'être pas une affaire de quelques-uns : elle est vraiment l'affaire de tous.

(Source http://www.minefi.gouv.fr, le 05 septembre 2001)

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