Interview de M. Jean-Marc Ayrault, président du groupe PS de l'Assemblée nationale, à RTL, le 26 janvier 2001, sur son attitude à l'égard du Président Chirac, la sécurité, le chômage, l'exclusion, la retraite, le conflit des traminots à Nantes, la circulation automobile, le cumul des mandats et l'activité culturelle de Nantes. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Marc Ayrault, président du groupe PS de l'Assemblée nationale, à RTL, le 26 janvier 2001, sur son attitude à l'égard du Président Chirac, la sécurité, le chômage, l'exclusion, la retraite, le conflit des traminots à Nantes, la circulation automobile, le cumul des mandats et l'activité culturelle de Nantes.

Personnalité, fonction : AYRAULT Jean-Marc, MAZEROLLE Olivier.

FRANCE. PS, président du groupe parlementaire à l'Assemblée nationale

ti : O. Mazerolle - Il y a deux personnalités en vous. Ici, vous êtes placide, vous vous entendez bien avec la droite au niveau de la région. En revanche, en tant que président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, vous cognez sans relâche sur le Président de la République ?

- "Sans relâche, c'est excessif. En tout cas, je suis placide à Nantes et à Paris. Pour animer à Paris un groupe parlementaire de 255 députés, il vaut quand même mieux être placide."

Quand même ! Vous avez dit en octobre dernier : "J. Chirac c'est le degré zéro de la politique."

- "J'avais eu ce jour-là une formule que je reconnais sévère. Mais enfin, soyons clair, je n'ai pas l'habitude d'attaquer la personne du Président de la République ni la fonction. J'ai trop de respect pour ces grandes institutions. Simplement, il y a quelque chose qui me choque assez profondément dans l'attitude politique de J. Chirac : c'est la différence entre le discours et le réel. En gros, on entend chaque semaine - au début de l'année, c'était fréquent - beaucoup de recommandations du Président de la République : "voilà ce qu'il faudrait faire.""

Et maintenant sur la sécurité ?

- "Et c'est maintenant sur la sécurité, alors qu'au fond il y a un décalage entre le discours et la réalité : "faites ce que je dis, mais ne faites ce que je fais ou ce que j'ai fait.""

Mais il est dans son rôle de souligner ce que les Français attendent.

- "En tant que Président de la République, il est dans son rôle, je ne le conteste pas, absolument pas. Je parle de l'homme politique J. Chirac, candidat en 1995 pour combattre la fracture sociale nomme un Premier ministre, A. Juppé, qui fait exactement le contraire. Sur la sécurité, nous avons un Gouvernement qui, entre 95 et 97, a parlé de sécurité, mais qui n'a rien fait. Aujourd'hui, il faut gérer l'insuffisance des effectifs de police. Beaucoup de policiers partent à la retraite et ces départs n'ont pas été anticipés dans les budgets de 95, 96 et 97. C'est tout ce travail que doit faire le Gouvernement - et la majorité ; il le fait, parce qu'il y a quand même quelqu'un qui parle et d'autres qui agissent. Nous sommes là pour cela, c'est vrai. Mais je me permets tout simplement de souligner ce décalage entre le discours et la réalité."

L'insécurité taraude l'esprit des Français ?

- "Oui, c'est sûr qu'elle taraude, en tout cas elle préoccupe. C'est, avec la lutte contre le chômage et les exclusions, l'autre préoccupation prioritaire des Français. Ce n'est pas un hasard si depuis 1997, le Gouvernement travaille avec acharnement sur ce dossier, tout en étant modeste, parce qu'en matière de sécurité, c'est un éternel recommencement. Je suis maire et je sais que c'est un travail extrêmement difficile, qui doit nécessiter une mobilisation générale de la police, de la justice mais aussi de tous les acteurs de terrain. C'est d'ailleurs ce que le Président de la République, à Dreux, a parfaitement reconnu."

Il y a eu hier une mobilisation syndicale sur les retraites. Du côté du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, seriez-vous favorable à l'adoption de l'idée de la CFDT qui est la retraite à la carte : après 40 ans de cotisations, on peut s'en aller quel que soit l'âge ?

- "J'ai écouté effectivement à plusieurs reprises N. Notat qui apporte sa contribution avec beaucoup de franchise et de lucidité à un problème qu'il faudra bien régler."

Avant 2002 ?

- "Avant 2002 ? Le chômage continue de reculer, cela fait beaucoup plus de salariés qui cotisent. Donc, les chiffres des comptes des systèmes de retraite se sont améliorés. Il n'y a donc pas péril en la demeure. Monsieur Seillière exagère sur l'urgence des décisions. Mais ces décisions, il faudra les prendre progressivement et surtout il faut qu'elles soient acceptées par les salariés, parce que la manière dont il s'y est pris, extrêmement brutal - "c'est à prendre ou à laisser" - avec le sentiment au fond qu'il veut imposer le système par capitalisation, a provoqué une réaction massive où tous ceux qui ne sont pas forcément d'accord entre eux se sont réunis pour dire "non" à cette façon de faire."

Les retraites à la carte, c'est une bonne idée ?

- "Je crois qu'il y a déjà des départs à la retraite à des âges différents. Mettons tout à plat, je crois qu'il y a de quoi faire. Mais surtout dialoguons, parce que s'il s'agit d'opposer un système à un autre ; je suis sûr que cela ne passera pas, que les Français ne veulent pas de système par capitalisation."

Ici à Nantes, en ce moment, il y a un conflit social : les traminots qui réclament 11 % d'augmentations salariales ...

- "C'est beaucoup."

En tant que maire et président de la communauté urbaine, vous êtes les propriétaires ...

- "Oui, tout à fait."

Qu'est-ce que vous allez faire ?

- "La direction de la société des transports, la SEM - société d'économie mixte - négocie. Elle a fait des propositions qui sont déjà très larges. Donc, il appartient aux organisations syndicales de les examiner, d'y répondre aussi avec le sens des responsabilités. Je sais qu'il y a plusieurs organisations syndicales, que ce n'est pas toujours facile, les unes par rapport aux autres. Mais je crois qu'il faut accepter que tout n'est pas possible tout de suite, mais reconnaître aussi qu'il y a un effort considérable qui est fait. En tout cas, moi, personnellement, je préconise le dialogue. Ce dialogue est déjà en cours. J'espère qu'il y aura une hausse des salaires, c'est certain."

Nantes, c'est une des villes d'Europe où la circulation automobile est en régression. Comment avez-vous fait ? Vous avez matraqué l'automobiliste ?

- "Non, mais on a essayé d'apporter des réponses alternatives, parce qu'il ne s'agit pas de culpabiliser l'automobiliste. Vous êtes, comme moi, automobiliste, mais en même temps vous êtes usager des transports en commun. Dans les grandes villes, si on ne développe pas l'offre de transports alternative - on prend sa voiture, on monte dans le tramway, on prend un bus - cela ne marchera plus et ce sera l'asphyxie. Toutes les villes qui n'ont pas anticipé, sont face aujourd'hui à la difficulté. Nantes a le plus grand réseau de tramway de France. C'est quelque chose d'important, mais nous voulons continuer, parce que si on s'arrêtait en chemin, les problèmes, au lieu de reculer, augmenteront."

Vous êtes maire et vous êtes toujours député. Donc, le cumul des mandats, cela ne vous concerne pas ? D'ailleurs cela ne concerne quasiment pas les députés. C'est un gros échec de Jospin ?

- "Ce n'est pas l'échec de Jospin mais de la majorité sénatoriale et de la droite qui a refusé de franchir de façon audacieuse cette nouvelle étape. Evidemment, il ne s'agit pas que les députés-maires socialistes se fassent harakiri. La réforme, je pense qu'elle se fera parce que c'est inéluctable. Il faut que la France se modernise là aussi. Aujourd'hui, nous avons déjà franchi une étape. Il y a déjà des élus qui ne peuvent plus cumuler trois mandats, comme c'était le cas auparavant. On ne peut plus en avoir que deux et c'est déjà un progrès. Mais je suis sûr qu'après 2002, il se passera quelque chose."

Une des marques de la ville de Nantes, c'est l'activité culturelle, cela n'arrête pas. Il y a des festivals en permanence. Il y a ce week-end ce qu'on appelle "la folle journée", c'est-à-dire des artistes connus ou moins connus qui viennent pendant trois jours faire de la musique classique, avec des concerts à 30 francs ?

- "Il y a un gros effort qui est fait par la collectivité, la ville de Nantes, la région aussi même si c'est surtout la ville de Nantes qui finance à 80 % - 90 % même - l'action culturelle. Cela dit, il y a un engouement très fort du public parce que les hommes et les femmes qui animent - c'est le cas de R. Martin, ce week-end - les grands festivals, les grandes rencontres culturelles sont des hommes et des femmes de très grand talent qui sont capables aussi de faire venir des talents de l'extérieur. Il y a une offre culturelle qui est riche, très vivante, très diversifiée et, comme l'a souligné le journal Le Monde dans son enquête, ce n'est pas une politique culturelle qui se limite à quelques grands événements, mais qui se déroule toute l'année, avec ce week-end par exemple, la possibilité d'aller écouter la musique classique, mais aussi des musiques nouvelles, du jazz."

(...)

(source http://sig.premier-ministre.gouv.fr, le 26 janvier 2001)

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